Les relations entre Cuba et les États-Unis sont marquées par l'embargo américain mis en place depuis le . Les relations étaient neutres au moment de la révolution cubaine, en 1959, mais se sont dégradées dès l'année suivante, avec l'expropriation des compagnies des États-Unis et le refus américain d'acheter le sucre cubain, malgré les tentatives de médiation opérées par le président argentin Arturo Frondizi. En , Washington lance le débarquement de la baie des Cochons, avec des membres de la Brigade 2506, qui fut un fiasco. En 1973, les deux États signent ainsi un pacte sur les détournements d'avion, qui leur a permis d'échanger un certain nombre de pirates de l'air .

Les relations américano-cubaines alternent depuis entre période de réchauffement et d'adoucissement, l'administration Obama ayant récemment organisé un dégel de celles-ci, en ordonnant notamment la levée des restrictions sur les voyages et les remesas envoyées à Cuba par les immigrants cubains aux États-Unis. Les États-Unis ont aussi retiré leur veto mis depuis 1962 à l'intégration de Cuba dans l'Organisation des États américains (OEA) La OEA readmitirá a Cuba tras 47 años de suspensión, La Vanguardia, 3 juin 2009 .

Historique Avant 1961

Les États-Unis intervinrent à partir de 1898 dans la guerre d'indépendance cubaine, soutenant les insurgés contre la couronne espagnole. Les troupes espagnoles vaincues, ils instaurèrent en un gouvernement militaire d'occupation à La Havane. L'indépendance de Cuba est reconnue, mais l'amendement Platt, adopté en , établit de facto un protectorat américain sur l'ile et octroie à Washington les bases de Guantánamo et de Bahia Honda. L'Americain Tobacco Company rachète les principales manufactures de cigares cubaines. Les troupes américaines sont retirées en 1902 mais investissent à nouveau le pays en 1906 pour mettre fin à des troubles politiques. Elles administrent le pays jusqu'en 1909. L'armée américaine est de retour en 1912 après une révolte des ouvriers agricoles ; la répression fait des milliers de morts.

Cuba se détourne des États-Unis après la révolution pour se rapprocher de l'Union soviétique. Lors de son arrivée au pouvoir, Fidel Castro effectue son premier voyage officiel à WashingtonTangui Pennec (Agrégé de géographie, Institut français de géopolitique (CRAG-Paris 8).) Yves Lacoste. La géopolitique et le géographe. Il rencontre en le vice-président Richard Nixon à la Maison-BlancheRencontre historique entre chefs des diplomaties US et cubaine Capital, 10 avril 2015. Ce dernier fait un compte rendu de son entretien au président Dwight D. Eisenhower en ces termes : Isabelle Vagnoux et Janette Habel Etats-Unis – Cuba : Une nouvelle donne ?. Le Conseil de sécurité nationale des États-Unis estime toutefois dès qu’il devait être remplacé et étudie des stratégies pour « mettre en place un nouveau gouvernement à Cuba »..

Dwight D. Eisenhower accorde en 1960 13 millions de dollars pour créer un camp d'entrainement au Guatemala destiné à former des combattants anticastristes. Le débarquement de la baie des Cochons, mené en avril est cependant un échec. Le ministre cubain des Affaires étrangères, Raúl Roa García, demande l'aide de l'Organisation des Nations unies, affirmant que son pays avait été attaqué par « une force mercenaire organisée, financée et armée par le gouvernement des États-Unis, en provenance du Guatemala et de la Floride. » L'ambassadeur américain réfuta ces accusations, qu'il qualifia de « totalement fausses ». L'ambassadeur britannique apporta son soutien aux États-Unis : « Le gouvernement britannique sait par expérience qu'il peut faire confiance à la parole des États-Unis. »

Les premières mesures de rétorsion économique — la réduction des importations de sucre en provenance de l’île — ont été imposées à Cuba en 1960 en raison des nationalisations décidées par le gouvernement cubain.

Rupture des relations diplomatiques

Le , les États-Unis décident de rompre leurs relations diplomatiques avec Cuba.. Leurs intérêts sont alors défendus par l'ambassade de Suisse à La Havane, tandis que l'ambassade de Tchécoslovaquie défend les intérêts cubains à Washington.

Un programme d'opérations clandestines – l’opération Mangouste (ou « projet cubain ») – est mis en place à partir de , avec un budget excédant 50 millions de dollars par an. Diverses opérations sont menées dans ce cadre (actions de sabotage, espionnage, attaques maritimes et raids aériens). En 1962, le Pentagone élabore l'opération Northwoods, visant à attaquer sous fausse bannière des cibles américaines et ainsi justifier une potentielle invasion de l'ile par les troupes américaines ; jugé trop contre-productif en cas d’échec, ce projet est rejeté par Kennedy..

Le , les États-Unis décrètent un embargo commercial contre l'île par mesure de rétorsion contre le régime cubain qui nationalisa et expropria des compagnies des États-Unis. Cette décision a un impact considérable sur l'économie cubaine, les États-Unis étant historiquement le marché naturel de Cuba. En 1959, 73 % des exportations de l’île leur étaient destinées et 70 % des importations en provenaient..

En 1977, les deux pays conviennent mutuellement de normaliser leurs relations en ouvrant des sections d'intérêts américains et cubains dans leurs capitales respectives et gérées par leurs chargés d'affaires suisses et tchécoslovaques : la United States Interests Section in Havana dans la capitale cubaine et la Sección de Intereses de la República de Cuba dans la capitale des États-Unis. En 1992, après la dissolution de la Tchécoslovaquie, La Havane désigna également l'ambassade de Suisse à Washington pour défendre ses intérêtsCuba: Washington et La Havane rouvrent leurs ambassades - 20 Minutes, 20 juillet 2015..

En 1992, sous l’administration de George H. Bush, les États-Unis adoptent la loi Torricelli, qui intensifie les sanctions en leur conférant un caractère extraterritorial, pourtant interdit par le droit international. Tout navire étranger accostant dans un port cubain se voit interdire l'entrée aux États-Unis pendant six mois. Cuba doit en conséquence payer un prix bien supérieur à celui du marché afin de convaincre les transporteurs internationaux de la livrer. La loi impose par ailleurs des sanctions à tout pays apportant une assistance à Cuba.

En 1996, l'administration Clinton adopte la loi Helms-Burton, qui ajoute la rétroactivité à l'extraterritorialité. La loi sanctionne toute entreprise, quelle que soit sa nationalité, qui s'installerait sur des propriétés nationalisées après 1959. Elle permet ainsi de dissuader les investisseurs de s'installer à Cuba par crainte des représailles américaines. Les sanctions sont assouplies en 2000 sous la pression du lobby agricole qui réclamait le droit de vendre sa production à Cuba.

En 2003, le président George W. Bush met en place une Commission d'assistance à un Cuba libre pour examiner les moyens par lesquels les Etats-Unis peuvent accélérer et faciliter la transition démocratique de Cuba.

L'administration Bush impose de nouvelles sanctions en 2004. Un Américain souhaitant se rendre à Cuba doit prouver auprès du département du Trésor avoir au moins un membre de sa famille (parents, fratrie, grands-parents) vivant dans l'ile, ne peut séjourner dans l'ile plus de quatorze jours tous les trois ans (au lieu d'un voyage par an auparavant), et ne peut dépenser plus de 50 dollars par jour. En outre, les envois d'argent des Cubano-américains à un membre de leur famille sont limités à 100 dollars par mois et sont interdits si la personne est membre du Parti communiste de Cuba.

En 2002, l'ancien président Jimmy Carter fit une visite privée exceptionnelle pour détendre les relations avec l'Amérique... Il fit une nouvelle visite en 2011..

Le documentaire de Dollan Cannell 638 Ways to Kill Castro, diffusé en 2006 au Royaume-Uni, dénombre les attentats commis ou prévus contre par Fidel Castro sous administration de chaque président américain entre 1959 et 2000 : Dwight D. Eisenhower, 38 ; John F. Kennedy, 42 ; Lyndon Johnson, 72 ; Richard Nixon puis Gerald Ford, 184 ; Jimmy Carter, 64 ; Ronald Reagan, 197 ; George H. Bush, 16, Bill Clinton, 25..

Reprise du processus de normalisation

Le Vatican a été impliqué dans la détente des relations entre Cuba et les États-Unis dès . Un groupe de parlementaires américains a visité la nonciature apostolique à Washington et a demandé l’aide du Vatican dans le dossier cubain. Le pape Benoît XVI s'est engagé dans cette affaire« USA-Cuba : le Vatican et le pape François ont joué un rôle clé », RTBF, 18 décembre 2014, lire en ligne. Puis le pape François a repris le dossier, et il s'est trouvé au cœur du rapprochement entre les deux pays. Le Vatican a accueilli, avec le Canada, les pourparlers secrets engagés entre les États-Unis et Cuba. Ces négociations ont été un sujet majeur de l'entretien entre le pape et Barack Obama lors de la visite du président américain au Vatican à la fin de « Le pape, au cœur du rapprochement entre Cuba et les États-Unis », Le Monde, 18 décembre 2014, lire en ligne.

Le , les deux pays annoncent conjointement le rapprochement entre Washington et La Havane, impliquant un assouplissement de l'embargo américain sur CubaLes États-Unis et Cuba annoncent un rapprochement historique - Europe 1 du 17 décembre 2014.. Ils annoncent en la reprise de leurs relations diplomatiques.

Le fait que l’embargo ne peut être annulé que par le Congrès implique que certaines mesures d’application extraterritoriale, tel que le Helms Burton Act de 1996 ou encore la section 211 de l’Omnibus Appropriations Act de 1998, resteront en vigueur pour le moment. En effet, le Congrès manifeste une forte opposition au processus de normalisation.

Le , les bâtiments qui abritaient jusqu'à présent les sections d’intérêts dans chaque capitale ont retrouvé automatiquement leur statut d’ambassadeLes États-Unis et Cuba rouvrent officiellement leurs ambassades - Le Monde du 20 juillet 2015.. Les employés ont été accrédités auprès de leurs ambassades et les chefs de mission deviennent chargés d'affaires, en attendant la nomination d'ambassadeurs.

En le rapprochement américano-cubain conduit à mettre fin à la politique mise en place par Bill Clinton en 1995, qui permettait aux exilés cubains d'obtenir l'asile puis une carte verte dès lors qu'ils posaient le pied sur le sol des États-Unis (s'ils étaient interceptés par les garde-côtes, ils étaient renvoyés à Cuba)Hector Lemieux, « États-Unis : les migrants cubains perdent leur statut spécial », Le Figaro, samedi 14 / dimanche 15 janvier 2017, page 7..

Rupture sous la gouvernance de Donald Trump

Le , Donald Trump annonce vouloir annuler l'accord conclu à la fin de 2014 avec Cuba en motivant sa décision par le caractère « brutal » du régime en place. Cette décision ne remet toutefois pas en cause les relations diplomatiques rétablies à la suite de l'accord de 2014. La décision de Trump se borne à interdire les opérations conclues avec des organisations sous contrôle de l'armée cubaine, ce qui pourrait toutefois avoir une influence sur le tourismeDonald Trump "annule avec effet immédiat" l'accord avec Cuba mais..., Huffington Post, 16 juin 2017. La décision de Trump est critiquée notamment par la chambre de commerce américaine qui fait valoir que cette décision « limite les possibilités de changements positifs sur l'île » et « risque de laisser la place à d'autres paysTrump durcit le ton sur Cuba, marque la rupture avec Obama, La Libre Belgique, 17 juin 2017 ».

Cuba réagit en affirmant que « toute stratégie destinée à changer le système politique, économique et social de Cuba, que ce soit à travers des pressions et des impositions, ou en employant des méthodes plus subtiles, seront condamnées à l’échec », et insiste sur sa « volonté de continuer le dialogue et la coopération avec le pays voisin ».