Mustela putorius, le Putois, mais plus spécifiquement désigné sous le nom de Putois d'Europe, est une espèce de mammifères carnivores de la famille des Mustélidés. Cette espèce se trouve d'un bout à l'autre du continent européen, mais aussi dans les montagnes du Rif, en Afrique du Nord.

Au sein du genre Mustela, regroupant notamment des belettes, les hermines et des visons, il possède un corps plus raccourci et compact, ce qui le rend plus pataud, mais dispose d’une grande taille, ainsi qu’un crâne et une dentition plus puissante. Il est généralement d’une couleur brune foncée, avec un ventre clair ainsi qu’un masque facial sombre. Des mutations surviennent parfois, notamment l'albinisme, le leucisme, l'isabellisme, le xanthochromisme, l'amélanisme et l'érythrisme.

Il est particulièrement célèbre pour sa capacité à sécréter un liquide particulièrement malodorant pour marquer son territoire, d’où il tire son nom vernaculaire en français de « putois », ainsi que le nom vulgaire qui lui a été donné un temps, sous celui de « Putois fétide ». La figure du putois est régulièrement confondue avec celle de la mouffette dans l’imaginaire populaire, tant ils sont sémantiquement comparables.

L'espèce est apparue en Europe de l'Ouest au cours du Pléistocène moyen, ses parents vivants les plus proches sont le Putois d'Eversmann et le Putois à pieds noirs, auparavant placés dans le groupe des Putorius. Si aujourd’hui le nom est considéré comme un synonyme junior invalide de Mustela, les trois espèces sauvages forment toujours en embranchement cohérent et peuvent produire une progéniture fertile. Le putois est considéré comme l'unique ancêtre du furet, qui a été domestiqué il y a plus de ans dans le but de chasser les nuisibles.

Le putois est beaucoup moins territorial que les autres mustélidés, les animaux du même sexe partageant fréquemment leurs domaines vitaux. Il est polygame et la gestation survenant après l'accouplement à la suite d'une ovulation induite. Il donne généralement naissance au début de l'été à des portées composées de cinq à dix petits, qui deviennent indépendants à l'âge de deux ou trois mois. Le putois d'Europe se nourrit de petits rongeurs, d'oiseaux, d'amphibiens et de reptiles. Il paralyse parfois ses proies en leur perçant le cerveau avec ses dents et les stocke, encore vivantes, dans son terrier pour une consommation future. C’est un animal courageux qui, lorsqu’il est confronté à un prédateur plus grand, fait une série de simulations de charges en poussant des cris saccadés et perçants, d’où l’expression « crier comme un putois ».

L'espèce a historiquement été perçue de manière négative par l’Homme. Le putois a été persécuté par les gardes-chasse et est devenu synonyme de promiscuité sexuelle dans la littérature ancienne. Depuis 2008, il est classé en « préoccupation mineure » sur la liste rouge de l'UICN en raison de sa vaste aire de répartition et de ses effectifs importants.

Dénominations Nom scientifique valide : Mustela putorius Linnaeus, 1758 selon ; Nom vulgaire (vulgarisation scientifique) typique en français : Putois d'Europe ; Autres noms vulgaires : Putois (Stricto sensu), Belette putois, Putois commun, Putois ordinaire, Putois vulgaire, Putois fétide ; Noms vernaculaires (langage courant) : Furet ; Noms vulgaires et vernaculaires régionaux : fiesjow (flamand), fuchioe (picard), fura (catalan), ipurtats (basque), puant, pudask (breton), sténkert (luxembourgeois), turó comú (catalan), vexhåd (wallon).

Étymologie et dénominations régionales Le nom vernaculaire « putois » dérive de l'ancien français put, issu du latin putere (« puer »), en référence directe à la forte et désagréable odeur que l'animal sécrète pour marquer son territoire ou lorsqu'il se sent menacé.

L'espèce possède également de nombreux noms régionaux ou patoisants directement issus de cette racine latine, ainsi que des dénominations métaphoriques basées sur sa ressemblance physique avec le chat ou la fouine, ou encore des associations populaires erronées qui considéraient le putois comme le mâle de la fouine.

+ Noms régionaux de Mustela putorius Groupe ou zone linguistique / Région Nom vernaculaireFrançais (ancien)putoirJura / OgtrienputiasFrançais (général)putoisJorat / Anjou / Langres / Muison / Centre / Suisse romandepitoisHaut-MainepitoiHaute-Marne / Langres / MuisonpitieuMontrét / Normandie / PicardiepitouMontrét / Suisse romande / Canton de Vaud / NeuchâtelpetouJurapéteux, péyouxBretagnepistoizMontbéliardptauFrançais (Littré)punairotFrançais (général)puantCatalan (Pyrénées-Orientales)pudenHérault / GardpudisTarnpudréouNamur / Ardennesvéchau, vêcheu, véchouLiègewikaWallon (ancien)wixhaHainaut / Lille / WallonfichauRouchifumiauPicardieficheux, fismeux, fimieuFrançais (ancien)fismauPays messin / Saint-Améf'hò, khòBan de la RochechòLundevillechoCharentefouin de terreNicemartoulaWallonmâdrai, maudraiMeuseviase (au sens de fouine)CharentefitcheuCentre / Saintongechat pitoisLimousincho pitouriBerrychat punaisToulousegat pudisAnjoughat putoisMeusefouine mâle

Taxonomie vignette|gauche|Illustration de la « Belette putois » (Mustela putorius) dans l’Atlas de poche des mammifères de France, de la Suisse romane et de la Belgique, par Martin René, 1910.

Le putois fait partie des premières espèces de Mustélidés à être indexées dès la dixième édition du Systema Naturae de Carl von Linné en 1758 sous le nom toujours d’actualité de Mustela putorius. Cependant, du fait des fortes différences qui existent au sein du genre Mustela, l’espèce changera régulièrement de genre au cours de l’histoire :

En 1817, Frédéric Cuvier utilise le nom Putorius comme un nom de genre dont le putois en est devenu l’espèce nominale, là où Mustela désignait les espèces du genre Martes.

Évolution Le premier véritable putois était Mustela stromeri, qui est apparu à la fin du Villafranchien. Il était plus petit que la forme actuelle, ce qui indique que les putois ont évolué à une période relativement tardive. Les fossiles les plus anciens du putois moderne ont été découverts en Allemagne, en Grande-Bretagne et en France, et remontent au Pléistocène moyen. Les parents les plus proches du putois d'Europe sont le putois d’Eversmann et le Putois à pieds noirs, avec lesquels il aurait partagé Mustela stromeri comme ancêtre commun. Le putois d'Europe n'est cependant pas aussi bien adapté à un régime carnivore que le putois d’Eversmann, étant moins spécialisé dans la structure de son crâne et de sa dentition. Le putois d'Europe a probablement divergé du putois d’Eversmann il y a d'années d'après l'analyse de la protéine IRBP, bien que les transversions du cytochrome b indiquent une date plus récente de ans. Il est également étroitement lié au Vison d'Europe, avec lequel il peut s'hybrider.

Phylogénie Cladogramme des espèces actuelles du genre Mustela d'après Totikov et al. (2025) :

Domestication vignette|gauche|Femmes chassant le lapin avec un furet dans le Psautier de la reine Mary. Des études morphologiques, cytologiques et moléculaires confirment que le putois d'Europe est l'unique ancêtre du furet, réfutant ainsi tout lien avec le putois des steppes, dont on pensait autrefois qu'il avait contribué à la création du furet. Les furets ont été mentionnés pour la première fois par Aristophane en 425 av. J.-C. et par Aristote en 350 av. J.-C. Les auteurs grecs et romains du premier siècle de notre ère ont été les premiers à attester de l'utilisation du furet pour débusquer les lapins de leurs terriers. Les premières descriptions précises des furets proviennent de Strabon vers l'an 200 de notre ère, lorsque des furets furent lâchés sur les îles Baléares pour réguler les populations de lapins. Le Lapin de garenne étant originaire de la péninsule Ibérique et du nord-ouest de l'Afrique, le putois d'Europe a probablement été domestiqué pour la première fois dans ces régions.

Le furet et le putois d'Europe sont similaires en taille et en proportions, au point que les furets de couleur sombre sont presque impossibles à distinguer de leurs cousins sauvages. Cependant, le crâne du furet présente un volume crânien plus petit et un rétrécissement post-orbitaire plus étroit. Par rapport au putois d'Europe, le furet a un cerveau beaucoup plus petit, bien que cette comparaison n'ait pas été faite avec les putois méditerranéens, dont les furets sont probablement issus. La théorie d'une origine méditerranéenne est renforcée par le fait que le furet tolère moins le froid que les sous-espèces de putois du nord. Contrairement aux autres sous-espèces, qui sont largement solitaires, le furet vit volontiers en groupes sociaux. Le furet est également plus lent dans tous ses mouvements que le putois, et n'utilise presque jamais ses glandes odorantes anales. Dans l'ensemble, le furet représente une forme néoténique de putois.

Description

Morphologie et dimensions

L'apparence générale du Putois d'Europe est typique des membres du genre Mustela et des mustélidés : il est court sur pattes avec un corps fin, agile et allongé... Sa constitution reste néanmoins plus compacte et son corps moins étiré que celui du Vison d'Europe ou du putois d’Eversmann.

Les dimensions de l'espèce varient considérablement et ne suivent pas la Règle de Bergmann, la taille augmentant plutôt selon un axe est-ouest. Le corps mesure généralement entre 35 et de long, complété par une queue courte représentant environ un tiers du corps, soit entre 8 et .

Le Dimorphisme sexuel est très marqué, le poids corporel constituant l'un des meilleurs critères d'identification des sexes. Les mâles adultes pèsent de à (atteignant fréquemment à en Europe centrale), tandis que les femelles sont beaucoup plus légères et ne dépassent pas les à . Des cas de Gigantisme existent, mais ils résultent probablement d'une hybridation avec le vison d’Europe.

Les yeux du putois sont petits avec des iris brun foncé. Ses pieds sont robustes et modérément longs : les orteils arrière sont longs, partiellement palmés et munis de griffes non rétractiles de , tandis que les griffes antérieures sont fortement courbées, partiellement rétractiles et mesurent . Son crâne, grossier et massif, possède une région faciale courte, large et des crêtes osseuses développées (plus discrètes chez la femelle). Ses dents sont particulièrement grandes et puissantes par rapport à la taille du crâne. Moins rapide dans sa course que l'hermine ou le vison, il peut être rattrapé par un homme endurant. Bien que ses organes sensoriels soient bien développés, il ne distingue pas les couleurs.

Pelage et variations Le pelage typique est brun-noir ou noir-brun, une teinte dictée par les longs poils de jarre. Sur le dos et surtout sur les flancs, ce ton sombre est fortement éclairci par un sous-poil blanchâtre ou jaunâtre qui apparaît par transparence et crée un contraste net. La gorge, la poitrine, l'abdomen et les membres sont d'un noir soutenu. La tête est plus claire et présente un masque facial caractéristique : une zone brun-noir entoure les yeux et remonte sur le nez, se détachant sur un fond blanc-crème. Les oreilles sont petites, rondes, sombres et nettement ourlées de blanc.

La mue est bisannuelle. La fourrure d'été est courte, rèche, plus rousse et terne. En hiver, le poil de bourre s'épaissit considérablement pour protéger l'animal, ce qui donne une teinte globale beaucoup plus claire et brillante au pelage. Bien que le putois soit un bon nageur, sa fourrure retient moins la chaleur dans l'eau que celle du Vison d'Amérique : dans une eau à , le putois se refroidit en seulement 26 à , contre pour le vison.