vignette|upright|alt=Carte de la vallée du lac Champlain, 1777.|Carte de la vallée du lac Champlain, 1777.

Le Fort Ticonderoga, appelé Fort Carillon de 1755 à 1759C'est à la suite de la bataille de Ticonderoga que le fort prit son nom actuel., est un important fort construit par les Français au à l'extrémité sud du lac Champlain en Nouvelle-France, dans l'État actuel de New York, aux États-Unis. Il a été bâti par Michel Chartier de Lotbinière, lieutenant et ingénieur ordinaire du roi, de 1755 à 1757. Le nom provient de l'iroquois , signifiant .

Le fort contrôle un point de portage sur la rivière La Chute, longue de entre le lac George (anciennement lac Saint Sacrement) et le lac Champlain, sur laquelle se succèdent plusieurs rapides. Il s'agissait, dans la première moitié du siècle, d'un point de portage stratégique sur les routes commerciales entre le bassin de l'Hudson, contrôlé par les Britanniques, et le bassin du Saint-Laurent, contrôlé par les Français. Surnommé la , il a été le théâtre de entre Français et Britanniques lors de la guerre de Sept Ans, puis entre Britanniques et Américains pendant la guerre d'indépendance des États-UnisLa bataille de Fort Carillon, en 1758, voit repousser victorieusement l'assaut de britanniques. En 1759, Les Britanniques chassent une garnison française symbolique lors de la bataille de Ticonderoga. En mai 1775, pendant la guerre d'indépendance des États-Unis, la milice des et quelques autres groupes sous la conduite d'Ethan Allen et Benedict Arnold s'emparent du fort au cours d'une attaque surprise. Les canons capturés sont transportés à Boston, où leur déploiement permet la prise de la ville par les Patriots en mars 1776. En juin 1777, les Britanniques dirigés par le général britannique John Burgoyne réoccupe les hauteurs entourant le fort, contraignant l'Armée continentale à évacuer Ticonderoga. En octobre 1777, John Brown, à la tête de cinq cents Américains face à cent défenseurs, tenta sans succès de réoccuper le fort en menant la première et unique attaque directe contre celui-ci..

Au cours de l'année 1777, les Britanniques abandonnent le fort à la suite de l'échec de la campagne de Saratoga et ce dernier cesse d'avoir une utilité militaire après la fin de la guerre d'indépendance des États-Unis. Le fort Ticonderoga tombe peu à peu en ruines, ses matériaux de construction, comme la pierre, le bois ou le métal, étant réutilisés par les habitants de la région. Il devient une attraction touristique au cours du et ses propriétaires le restaurent au début du . Il abrite désormais un musée et un centre de recherches, gérés par une fondation.

Géographie et premières explorations thumb|left|alt=gravure représentant un combat entre deux tribus indiennes.|Bataille entre les Algonquins et les Iroquois, près du site de Ticonderoga. Gravure de 1885 d'après une gravure réalisée par Samuel de Champlain durant son voyage de 1609. Le lac Champlain, qui forme la frontière entre les États américains de New York et du Vermont, et le fleuve Hudson forment une importante route utilisée par les Nord-Amérindiens avant l'arrivée des colons européens. La route est relativement dépourvue d'obstacles à la navigation, hormis quelques portages. L'un des points stratégiques de cette route est la pointe formée par le confluent de la rivière La Chute, par laquelle le lac George se jette dans le lac Champlain, et du lac Champlain. Un plateau rocheux permet de contrôler tous les accès au sud du lac Champlain, bien que le mont Defiance, culminant à , et deux autres collines — le mont Hope et le mont Independence — dominent le site.

Les Amérindiens occupent le site avant que l'explorateur français Samuel de Champlain n'y arrive en 1609. Champlain rapporte que les Algonquins, avec qui il voyageait, ont combattu un groupe d'Iroquois près d'un village indien appelé Ticonderoga. En 1642, le missionnaire français Isaac Jogues est le premier Européen à emprunter le portage de Ticonderoga, en voulant échapper à un combat entre Iroquois et Hurons.

À la fin du , les Français, qui se sont installés dans la vallée du Saint-Laurent au nord, et les Britanniques, qui se sont emparés des établissements néerlandais au sud, se disputent la région. En 1691, le colon néerlandais Pieter Schuyler construit un petit fort en palissades sur la pointe de Ticonderoga, sur la rive occidentale du lac Champlain. Ces conflits coloniaux atteignent leur apogée pendant la guerre de Sept Ans, au milieu du .

Construction thumb|upright=1.2|alt=Carte de Fort Carillon, en 1758|Carte de Fort Carillon, en 1758. En 1750, une petite fortification de palissade est à nouveau construite sur la pointe. Elle est baptisée Fort Vaudreuil, du nom du gouverneur général de la Nouvelle-France Pierre de Rigaud de Vaudreuil.

Après la bataille du lac George en 1755, Vaudreuil envoie son cousin Michel Chartier de Lotbinière construire une fortification pérenne sur la pointe de Ticonderoga, que les Français appellent Fort Carillon. Le fort pourrait tirer son nom de Philippe de Carrion du Fresnoy, un colon français qui y a établi un poste commercial à la fin du . Il semble cependant plus probable que ce nom provienne de la rivière La Chute, dont le bruit des rapides évoquerait le bruit des cloches d'un carillon. La construction du fort à l'italienne, dessiné par Lotbinière inspiré par l'ingénieur militaire Vauban, commence en .

Les travaux progressent lentement durant les bonnes saisons des années 1756 et 1757, utilisant les troupes stationnées au Fort Saint-Frédéric et au Canada. Les travaux de 1755 consistent prioritairement dans la construction des murs principaux et de la redoute Lotbinière, un ouvrage destiné à couvrir principalement La Chute. L'année suivante voit la construction des quatre bastions et d'une scierie près de la rivière. La construction de l'ouvrage ralentit en 1757, en raison de l'attaque du Fort William Henry par Montcalm qui mobilise les troupes. Les baraquements et les demi-lunes ne sont pas achevés avant le printemps 1758.

Murs et bastions Les Français ont construit Fort Carillon pour contrôler les accès sud au lac Champlain. Le bastion Germain regarde vers le nord-ouest et le bastion de la Reine est orienté au nord-est. Ces deux importants bastions protègent les accès au lac Champlain par la terre. Ils sont renforcés par deux demi-lunes orientées respectivement au nord et à l'ouest. Les bastions Joannes et Languedoc, orientés au sud, protègent les accès maritimes au lac.

Les murs ont une hauteur de et une épaisseur de . L'ensemble est entouré par un glacis et des fossés secs profonds de et larges de . Ces murs sont à l'origine des poutres comblées avec de la terre, rapidement remplacées par des pierres extraites d'une carrière voisine, bien que cela ne soit jamais véritablement effectué en totalité. Lorsque les principales défenses ont été achevées, Fort Carillon est armé avec des canons apportés de Montréal et de Fort Saint-Frédéric.

Intérieurs et extérieurs Le fort abrite trois baraquements et quatre entrepôts. L'un des bastions abrite une boulangerie capable de produire soixante miches de pain par jour. Un magasin à poudre a été taillé dans l'escarpement rocheux sous le bastion Joannes. Toutes les constructions à l'intérieur du fort ont été bâties en pierre.

Une palissade protège la zone comprise entre le sud du fort et la rive du lac. Ce site constituait le point d'accostage des canots et abritait plusieurs lieux d'entreposage additionnels nécessaires au fonctionnement du fort. Lorsqu'il est devenu clair, en 1756, que le fort avait été bâti trop à l'ouest du lac, une redoute supplémentaire a été dressée à l'extrémité de la pointe pour couvrir le lac.

Analyse Le fort est achevé en 1758. Le marquis de Montcalm, maréchal de camp et commandant des troupes régulières françaises, et deux ingénieurs militaires inspectent la fortification et critiquent presque tous ses aspects : les bâtiments sont trop grands et, par conséquent, forment des cibles faciles pour l'artillerie, le magasin à poudre fuit et la maçonnerie est de piètre qualité. Il semble cependant que l'accent n'ait pas été mis sur la principale faiblesse de la position : l'existence de trois collines – le mont Hope au nord-ouest, le mont Defiance au sud-ouest et le mont Independence au sud-est, de l'autre côté du lacLes noms des collines datent de la guerre d'indépendance américaine. Le mont Defiance était auparavant appelé la colline du Serpent-à-sonnette par les Français. – dominent Fort Carillon, l'exposant à l'artillerie adverse. Montcalm est notamment accompagné de Nicolas Sarrebource de Pontleroy, ingénieur général de la Nouvelle-France, préféré dans cette fonction à Lotbinière, suspecté de tirer profit de ses liens de parenté avec Vaudreuil. Pontleroy écrit plusieurs rapports particulièrement négatifs sur Lotbinière, dont la carrière est brisée.

William Nester, dans son étude exhaustive de la bataille de Fort Carillon, remarque d'autres problèmes dans la construction du fort. Le fort est trop petit, environ , pour une fortification inspirée par Vauban et il peut contenir à peine plus de . Les capacités d'entreposage sont trop faibles, rendant nécessaire la construction d'entrepôts et de réserves à l'extérieur des murs, dans un espace exposé. Sa citerne était petite et la qualité de l'eau était réputée mauvaise.

Histoire militaire Guerre de Sept Ans

thumb|alt=Carte de la bataille de Fort Carillon, 1758|Carte de la bataille de Fort Carillon, 1758. En , les troupes commandées par Montcalm quittent Fort Carillon et capturent Fort William Henry, sur la rive sud du lac George. Cette victoire, accompagnée d'une série d'actions victorieuses des Français, conduit les Britanniques à préparer une attaque de grande envergure contre Fort Carillon, dans leur stratégie globale de guerre contre le Canada français. En , le général britannique James Abercrombie regroupe une force militaire importante au Fort William Henry en préparation d'une campagne contre la vallée du lac Champlain. Cette armée débarque à l'extrémité nord du lac George, à quelques kilomètres du Fort Carillon le . Le général George Howe, commandant en second l'expédition et considéré comme l'un des meilleurs officiers britanniques, est tué au cours d'une reconnaissance. Troublé, Abercombie fait alors preuve d'hésitations et ralentit la marche de son armée. L'échec d'Arbecombie à se porter directement sur le fort le permet au marquis de Montcalm d'améliorer les défenses du fort. Les Français construisent en deux jours une série de retranchements autour d'une petite colline située à environ un kilomètre a nord-ouest du fort et mettent en place un abattis en contrebas de ces retranchements.

left|thumb|alt=Vue de Fort Carillon depuis le mont Defiance|Vue de Fort Carillon depuis le mont Defiance, pendant la bataille de 1759.