vignette|Seringues utilisées pour la castration chimique L'expression castration chimique ou immunocastration peut avoir plusieurs sens : le traitement alternatif à la « castration chirurgicale », couramment pratiquée par les éleveurs et vétérinaires ; un traitement inhibiteur de la libido, visant à diminuer l'appétit sexuel par l'administration de substances hormonales. Il sert aux États-Unis et dans quelques pays d'Europe à lutter contre la récidive des délinquants sexuels. Ce traitement peut être administré aux hommes et aux femmes. Chez l'homme, la castration chimique inhibe l'activité gonadique par l'utilisation de médicaments anti-androgènes ce qui a pour effet une baisse de la libido.
Le recours à la castration chimique est sujet à débat à cause des préoccupations liées aux droits de l'homme et des effets secondaires possibles qu'elle engendre. Aujourd'hui, un seul État a rendu obligatoire la castration chimique pour les pédophiles récidivistes : la Californie (depuis 1996).Les députés russes ont voté le une loi permettant de condamner à la castration chimique les pédophiles reconnus coupables de crimes sexuels sur des mineurs de moins de 14 ans. La mesure a été adoptée en première lecture à la quasi-unanimité à la chambre basse du Parlement (Douma), 322 députés ayant voté pour et un seul contre.
Description Application Le procédé consiste en un traitement qui peut se présenter sous deux formes : par voie orale ou par injections.
Les premiers traitements commercialisés en France sont les anti-androgènes. Ils contrecarrent l'action des hormones androgènes sécrétées. On peut citer l'acétate de cyprotérone, un dérivé de la progestérone. Chez l'homme, leur action permet de ralentir la croissance des cellules de la prostate et donc de réduire la libido. Ce traitement se présentant sous la forme d'une pastille, il est difficile de s'assurer que le patient le suit à la lettre, et il peut induire une gynécomastie. (hypertrophie des glandes mammaires) tel que l'expérimenta Alan Turing... Chez la femme, les effets sont similaires, bien qu'il y ait peu de recherches concernant l'abaissement chimique de la libido féminine ou des anaphrodisies spécifiques aux femmes. Toutefois les régimes hormonaux anti-androgènes réduiraient la testostérone chez les femmes ce qui entraînerait une réponse sexuelle.. Ces médicaments dégonflent également les glandes mammaires et augmentent la taille du mamelon. On voit également une diminution soudaine de la masse osseuse et une décoloration des lèvres., une réduction de la taille des poils, et de la masse musculaireCan drugs help sex offenders? by Clare Murphy for the BBC, 13 June 2007.
D'autres traitements commercialisés sont des analogues de la GnRH : ils bloquent l'action de la GnRH (hormone libératrice des gonadotrophines), une hormone de la reproduction. La triptoréline en est un exemple. Le contrôle des prises est facilité par une administration qui se fait par injection. Le produit injecté se dissout lentement, assurant la libération continue et fiable du médicament durant trois mois.
Efficacité L'efficacité du traitement reste encore à prouver. Les statistiques montrent une différence significative de récidive avec ou sans traitement, sans pour autant que cette différence soit forte (13.7% vs 10.1%). Ce type de traitement doit donc encore faire ses preuves car il y a un manque d'études suffisamment rigoureuses. Néanmoins il est important de préciser que ce traitement est indissociable d’un suivi psychologiqueLe Point, 09/10/2009 : "Ce traitement change la vie" des délinquants sexuels, propos recueillis par Ségolène Gros de Larquier. Selon Florence Thibaut, professeur de psychiatrie au CHU de Rouen, le problème vient d’un problème comportemental qui, sans le traitement médicamenteux, est difficile à atteindre pour le patient dont toute l’attention est portée sur son obsession sexuelle. Le traitement médicamenteux est une « sorte de calmant », son but étant de stopper les problèmes d’ordre physique pour que le patient se concentre sur son comportement. Une fois que le traitement fait effet, le patient est « davantage disponible pour travailler d’autres points », peut « s’intéresser à autre chose » et donc admettre le préjudice causé à la victime, être d'accord sur l'utilité de se soigner, de progresser sur le contrôle de soi-même, voire de réorienter sa sexualité.
Controverses Une appellation contestée L'usage de l'appellation « castration chimique » pour désigner les traitements inhibiteurs de la libido est contestée. Le terme « castration » renvoie à l'idée de mutilation génitale, ablation des organes nécessaires à la reproduction qui est désapprouvée par une grande partie du monde, et illégale sur l’homme dans la plupart des pays. La castration chirurgicale a un effet irréversible, alors que l'effet de la castration chimique disparait après arrêt du traitement. Elle n'est pas non plus une forme de stérilisation..
Une obligation contestée Pour Bernard Cordier, chef du service de psychiatrie de l'hôpital Foch de Suresnes (Hauts-de-Seine), soumettre de force les délinquants sexuels n’est pas une solution« Castration chimique : "Les patients se disent apaisés" », Le Monde, 17 juin 2021.. S’ils ne désirent pas suivre ce traitement, ils ne désirent pas non plus se soigner. Donc les contraindre au traitement ne servirait à rien. Comme le soulignait Florence Thibaut dans l’interview précédemment citée, c’est le comportement mental qui prime pour soigner ce genre de déviance sexuelle. Sans l’envie du patient, même contraint à renoncer à ses pulsions sexuelles pendant quelque temps, il gardera la même mentalité, et dès l’arrêt du traitement il reprendra son obsession et récidivera.
De plus, imposer un traitement à un patient n’est pas en accord avec le code de déontologie auquel sont soumis les médecins. En effet, en France l'activité des médecins est réglementée par ce code établi par le Conseil de l'Ordre des Médecins chargé du respect de ses dispositions (article du décret). Le fait de demander aux médecins d’imposer ce traitement va à l’encontre de plusieurs articles de ce code (notamment l'article 5 : Indépendance professionnelle ; l'article 6 : Libre choix ; l'article 8 : Liberté de prescription).
Droit par pays
Canada En droit pénal canadien, le Code criminel autorise la castration chimique à condition que le délinquant y consent, en vertu de l'article 732 (3) g) : « (3) Le tribunal peut assortir l’ordonnance de probation de l’une ou de plusieurs des conditions suivantes, intimant au délinquant : si le délinquant y consent et le directeur du programme l’accepte, de participer activement à un programme de traitement approuvé par la province »Code criminel, LRC 1985, c C-46, art 732.1, <https://canlii.ca/t/ckjd#art732.1>, consulté le 2024-09-07. Bien que cette disposition ne mentionne pas expressément les mots « castration chimique », les tribunaux canadiens interprètent la disposition comme autorisant la castration chimique lorsque le délinquant y consent, par exemple comme l'explique la juge dans la décision R. c. Belleau2010 QCCQ 3407. En ligne. <https://canlii.ca/t/29k6f>, Consulté le 2024-09-07.
États-Unis Un contraceptif de type progestérone, l'acétate de médroxyprogestérone, a été expérimenté en 1966 comme un moyen en vue de castration chimique. En effet cette année-là, John Money, (psychologue, sexologue et auteur spécialiste de la recherche sur l'identité sexuelle et la biologie de genre), a prescrit de l'acétate de médroxyprogestérone pour traiter un patient atteint de pédophilie. Il est devenu le premier Américain à employer la castration chimique. Malgré la réussite de cette nouvelle forme de castration, ce médicament n'a pas été approuvé par la FDA pour le traitement des délinquants sexuelshttp://www.jaapl.org/cgi/reprint/31/4/502.pdf.
Aux États-Unis, au moins neuf États (Californie, Floride, Géorgie, Iowa, Louisiane, Montana, Oregon, Texas, Wisconsin) ont expérimenté la castration chimique.
La Californie fut le premier État à utiliser la castration chimique comme punition des délinquants sexuels. Lors d'une affaire de pédophilie en Californie, les juges ont exigé pour la première fois que des délinquants ayant commis des sévices sexuels sur un enfant âgé de 13 ans, subissent la castration chimique. En Californie, après un deuxième délit, le traitement est obligatoirehttp://ajp.psychiatryonline.org/cgi/content/abstract/138/5/644.
Elle est devenue, après la modification de la section 645 du code pénal en 1966, le premier État américain à ordonner la castration chimique obligatoire comme punition pour l'attouchement d'enfants. Cette loi dispose que si les juges rendent un verdict de culpabilité pour un viol d'enfant (mineur de 13 ans), le coupable peut être traité avec l'acétate de médroxyprogestérone s'il est en liberté conditionnelle et si c'est son deuxième délit sexuel. Les condamnés sont obligés d'accepter le traitement de castration chimique.
L'adoption de cette loi a mené à d'autres lois semblables comme la section 794.0235 de Floride votée en 1997. Dans l'Iowa et en Floride, les délinquants peuvent être condamnés à la castration chimique dans tous les cas impliquant des délits sexuels sérieux. Comme en Californie, le traitement est obligatoire après un deuxième délit. Le au Sénat, le gouverneur de la Louisiane Bobby Jindal a signé le projet de loi 144, permettant aux juges de Louisiane de condamner les coupables de viols à la castration chimiquehttps://archive.wikiwix.com/cache/20020920000000/http://www.sen.ca.gov/ftp/SEN/COMMITTEE/STANDING/PUBLICSAFETY/bills/_6bill12.htm..
Dans l'Union européenne La castration chimique est aujourd'hui utilisée dans de nombreux pays du nord de l'Union européenne tels que l'Allemagne, le Danemark, la Belgique, la Pologne, où elle a fait ses preuves comme solution au récidivisme des auteurs de crime sexuel. En général la castration chimique est subordonnée à une expertise psychiatrique des intéressés et complétée par une psychothérapie. Elle n'est jamais imposée., l'intéressé pouvant dans certains pays avoir le choix entre le traitement et une peine de prison (ou une peine de prison plus longue).
Allemagne Une loi est entrée en vigueur en ; elle permet aux personnes de plus de 25 ans de se faire pratiquer la castration par un médecin ou de se faire prescrire un autre traitement a priori réversible, mais qui peut avoir les mêmes effets. Il n'est délivré que pour empêcher, soigner ou apaiser des maladies graves, des troubles psychiques ou des souffrances liées à son instinct sexuel anormal. La loi offre la même possibilité aux personnes souffrant de déviances sexuelles et qui, compte tenu de leur personnalité et de leur passé, risquent de commettre des agressions sexuelles sur des mineurs ou des viols par exemple.
Depuis le une loi, inspirée d'un article de 1998, impose aux prisonniers condamnés à des peines de plus de deux ans pour délit sexuel un suivi psychologique adapté à leur cas dans un établissement socio-thérapeutique. Entre 2004 et 2008, il est apparu après des évaluations commandées par le ministère de la justice, que la pratique différait d'un établissement à l'autre. Dans certains, le suivi psychologique incluait un traitement médicamenteux.
Cependant, dans les différentes lois, l'intéressé doit avoir fait l'objet d'une expertise et être volontaire. Certains condamnés optent pour cette solution afin d'obtenir des réductions de peine ou pour éviter la rétention de sûreté qui peut leur être imposée par la juridiction de jugement..
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