Le hongrois ou la langue hongroise (hongrois : magyar nyelv ) est une langue de la branche ougrienne des langues finno-ougriennes, au sein de la famille des langues ouraliennes. Ses parentes les plus proches sont le khanty (ou ostiak) et le mansi (ou vogoul) en tant que langues ougriennes, et des parentes plus éloignées sont le finnois et l'estonien, appartenant à la branche finno-permienne des langues finno-ougriennes.. Il est parlé par environ de personnes, dont vivent en Hongrie. Il existe aussi des communautés magyarophones dans tous les pays voisins de la Hongrie (Roumanie, Slovaquie, Serbie, Ukraine, Autriche, Croatie et Slovénie), ainsi que d’importantes communautés apparues par émigration aux États-Unis, au Canada, en Israël

Par sa morphologie, le hongrois est typologiquement une langue agglutinante. Sa phonologie est caractérisée par l'harmonie vocalique. À côté de son vocabulaire hérité ou développé en interne, le hongrois a emprunté historiquement des mots aux langues turciques, aux langues indo-iraniennes, aux langues slaves, au latin, à l'allemand et à quelques autres langues..

Le hongrois s'écrit depuis le dans une forme adaptée de l’alphabet latin, qui a progressivement remplacé l'alphabet runique hongrois. Ce dernier est en revanche de plus en plus utilisé partout dans les régions magyarophones depuis sa « redécouverte » dans les années 1980..

Répartition géographique et statut

Sur les de locuteurs du hongrois, vivent en Hongrie, où le hongrois est la langue officielle. Cette langue a le même statut en Slovénie ()., à côté du slovène, dans les localités où il y a des « communautés nationales » hongroises.. Quant à l'importance du nombre de locuteurs, le deuxième pays est la Roumanie, avec de langue maternelle.. Dans ce pays, le hongrois peut être utilisé dans l'administration locale, dans les localités où le poids des personnes appartenant à la minorité hongroise dépasse les 20 %.. En Serbie ()., dans la province de Voïvodine, le hongrois est dit « d'usage officiel » dans les localités où la population magyarophone atteint 15 % de la population totale.. En Slovaquie ()., en Ukraine, dans la région de Transcarpathie ()., en Autriche (). et en Croatie ()., le hongrois est une langue minoritaire reconnue.

En dehors des pays voisins de la Hongrie, où les Hongrois ont un statut de minorité nationale, il y a beaucoup de locuteurs de hongrois dans la diaspora. Les communautés les plus nombreuses se trouvent aux États-Unis ()., au Canada () et en Israël ()..

Histoire externe

left|thumb|La plus longue des trois phrases en hongrois contenues dans la charte de fondation de l'abbaye de Tihany (1055) : feheruuaru rea meneh hodu utu rea (lieu-dit « en montant jusqu'à la grand-route de Fehérvár »).

L'histoire du hongrois commence il y a quelque , à l'est de l'Oural, dans la région du fleuve Ob. Dès cette époque et par la suite, au cours de la migration des Hongrois vers le sud-ouest, leur langue est influencée par des langues turciques et iraniennes. Après leur établissement dans le bassin des Carpates, l'adoption du christianisme et la fondation du royaume de Hongrie, le hongrois est influencé par des langues slaves et par le latin, langue par laquelle commence la culture écrite en Hongrie.

La première attestation écrite du hongrois date du . Ce sont quelques phrases et mots isolés, dans la lettre de fondation de l'abbaye de Tihany.

Au paraît le premier texte complet en hongrois, Halotti beszéd és könyörgés (Discours funèbre et prière), et, au , la première œuvre littéraire, le poème Ómagyar Mária-siralom (Plainte de la Vierge Marie en ancien hongrois).

Au , la langue se développe grâce à la littérature profane, mais surtout aux premières œuvres imprimées en hongrois, des traductions de textes bibliques initiées par l'Église catholique et par des protestants. Au même siècle paraissent les premiers ouvrages linguistiques concernant le hongrois.

Aux , dans la principauté de Transylvanie, le hongrois devient pour la première fois langue de l'État. Les codes de lois Compilatae Constitutiones Regni Transylvaniae (1671) et Approbatae Constitutiones Regni Transylvaniae (1677) sont rédigés en hongrois..

Au , la langue nationale unitaire est formée et les normes de la langue standard sont fixées par des lettrés adeptes du mouvement appelé « renouveau de la langue », qui tend à éliminer les influences latines et allemandes, ainsi que par les ouvrages normatifs de la Société scientifique hongroise. D'abord entre 1844 et 1849, puis définitivement en 1867, le hongrois devient langue officielle.

Dialectes

Les dialectes du hongrois sont groupés en dix régions dialectales, chacune comportant plusieurs groupes de dialectesKiss 2006, . :

la région de Transdanubie occidentale ; la région de Transdanubie centrale-Kisalföld ; la région de Transdanubie méridionale ; la région de la Grande Plaine méridionale ; la région palóc ; la région de Tisza-Körös ; la région du Nord-Est ; la région de Mezőség ; la région sicule ; la région de Moldavie.

Phonologie et graphie

vignette|Un locuteur du hongrois. Le système phonologique du hongrois standard est formé de sept paires de voyelles, une brève et une longue par paire, et de , chacune pouvant être brève ou longue. L'opposition brève – longue a une valeur fonctionnelle : le sens des mots peut être différencié par la quantité d'une voyelle ou d'une consonne.

Le hongrois se caractérise par l'harmonie vocalique. Dès lors qu’un mot comprend plusieurs voyelles, celles-ci doivent être de même nature : soit antérieures, soit postérieures. Hormis quelques rares exceptions, le lexique du hongrois s’attache ainsi à ne jamais mélanger voyelles antérieures et postérieures au sein d’un même mot.

En hongrois, l'accent est tonique (appelé aussi « d'intensité »), plus marqué qu'en français. Les mots relativement longs peuvent comporter plusieurs accents, dont un principal. L'accent unique ou principal frappe toujours la première syllabe des mots.

L'écriture du hongrois est phonémique dans une grande mesure. Sauf cas rares, un graphème correspond toujours au même phonème.

Quelques signes diacritiques sont utilisés pour des graphèmes notant des voyelles : l'accent aigu sert à noter les voyelles longues (á, é, í, ó, ú), le tréma (ö, ü) définit d'autres voyelles courtes (les voyelles arrondies antérieures, inexistantes en latin) et le double accent aigu (ő, ű) note leurs homologues longues et peut donc être considéré comme un tréma long, puisqu'il ne modifie que la longueur d'une voyelle à tréma.

Certaines consonnes sont notées à l'aide de digrammes ( – cs, – dz, – gy, l'une des graphies de – ly, – ny, – sz, – ty et – zs) ou d'un trigramme ( – dzs).

L'alphabet hongrois compte 44 lettres, dont non accentuées, neuf lettres accentuées, huit digrammes et un trigramme. Il est ordonné ainsi :

A a, Á á, B b, C c, Cs cs, D d, Dz dz, Dzs dzs, E e, É é, F f, G g, Gy gy, H h, I i, Í í, J j, K k, L l, Ly ly, M m, N n, Ny ny, O o, Ó ó, Ö ö, Ő ő, P p, Q q, R r, S s, Sz sz, T t, Ty ty, U u, Ú ú, Ü ü, Ű ű, V v, W w, X x, Y y, Z z, Zs zs.

Le caractère agglutinant du hongrois

Du fait que le hongrois est une langue agglutinante, il se différencie des langues indo-européennes, mais se rapproche d'autres langues de sa famille, et même de langues d'autres familles encore, comme le turc ou le japonais. Le caractère agglutinant consiste en ce que les morphèmes sont des affixes (préfixes et suffixes) qu'on attache aux mots radicaux, souvent plusieurs suffixes l'un après l'autre, de façon que les limites entre eux restent nettes, chacun correspondant à un seul trait sémantique ou fonctionnel.

Les linguistes qui étudient le hongrois utilisent des termes différents pour les différents types de suffixes. Le suffixe dérivatif s'appelle képző et les suffixes grammaticaux sont de deux sortes. Ceux qui s'ajoutent à un radical ou à un suffixe dérivatif et peuvent être suivis d'un autre suffixe grammatical s'appellent jel « marque, signe ». Tels sont les suffixes de pluriel, et les suffixes possessifs. Ceux qui expriment les cas grammaticaux et ceux qui indiquent la personne du verbe, c'est-à-dire les désinences, s'appellent ragok (au singulier rag). Ils se distinguent des autres types de suffixes par le fait qu'il est impossible de leur attacher un autre suffixe.

Exemple de mot à suffixes : házaimban « dans mes maisons », formé du radical ház « maison », la voyelle de liaison -a-, le suffixe -i indiquant le pluriel des objets possédés, le suffixe -m indiquant la du singulier du possesseur et le suffixe -ban correspondant à la préposition française « dans ».

Les suffixes se succèdent dans un ordre qui suit des règles précises. Par exemple, dans le cas des noms, les suffixes dérivatifs s'attachent au radical du mot ou à un autre suffixe dérivatif, étant suivis des suffixes grammaticaux, dont le suffixe casuel est toujours le dernier. Il peut être précédé : du suffixe -k, marquant le pluriel sans idée de possession : ember « homme » + -ek → emberek « hommes » + -nek → embereknek « à des hommes » ; du suffixe personnel, appliqué à l'objet possédé : ember + -em → emberem « mon homme » + -nek → emberemnek « à mon homme » ; du suffixe -i, marquant le pluriel de l'objet possédé + du suffixe personnel de la ou de la du singulier et du pluriel, ou de la du pluriel : ember + eim → embereim « mes hommes » + -nek → embereimnek « à mes hommes » ; du suffixe personnel de la du singulier + du suffixe -i, marquant le pluriel de l'objet possédé : ember + -e → embere « son homme » + -i → emberei « ses hommes » + -nek → embereinek « à ses hommes » ; du suffixe marquant le possesseur : az ember + -é → « celui/celle de l'homme » + -t → az emberét « celui/celle de l'homme » à l'accusatif, az emberemét « celui/celle de mon homme » (accusatif), az embereimét « celui/celle de mes hommes » (accusatif), az embereiét « celui/celle de ses hommes » (accusatif).

Grammaire

Morphologie

Classification morphologique des mots

Keszler 2000Keszler 2000, cité par P. Lakatos 2006, . classe les mots selon leur nature comme suit :

Types de mots fondamentaux : Types de mots fondamentaux proprement dits : Verbe Types de mots nominaux : Nom Adjectif Numéral Adverbe Types de mots substituts de types de mots fondamentaux (pronoms) : Pronom personnel Pronom démonstratif Pronom interrogatif Pronom relatif Pronom général Pronom indéfini Types de mots intermédiaires entre le verbe et les autres types de mots fondamentaux – formes nominales du verbe : Infinitif Participe Gérondif Mots-outils : Dans des structures de nature morphologique : Verbe auxiliaire Formes nominales du verbe auxiliaire Postposition Adjectif dérivé de postposition mint formateur de complément Préfixe verbal Dans des structures de nature non morphologique : Conjonction Particule Article Mot de négation Mots-phrases : Interjection Mot-phrase d'interaction Modalisateur Onomatopée

Les suffixes personnels En hongrois, les personnes s'expriment par les pronoms personnels et par des suffixes spécifiques qui ont plusieurs fonctions, s'appliquant : à la forme de nominatif des pronoms personnels, pour former leur accusatif (avec des irrégularités) ; à des suffixes casuels, pour former des pronoms personnels à d'autres cas ; à des postpositions, pour former divers compléments circonstanciels ; aux noms et aux divers pronoms, pour exprimer le possesseur de ceux-ci ; aux verbes, pour leur servir de désinences.