Le marquis Alessandro Striggio (I) (né en 1537 ou 1538 à Mantoue et mort le dans cette même villeNotice Bnf ) est un instrumentiste et compositeur italien de la Renaissance.

Biographie La page de titre de ses publications le mentionne comme gentilhuomo mantovano, un gentilhomme de Mantoue ; il semble qu'il ait été le fils naturel d'un noble de Mantoue qui l'aurait désigné légataire universel en 1547, lui assurant fortune et titreDavid Butchart, , Royal Musical Association Research Chronicle, 23, 1990.. Striggio jouit en effet d’un rang social assez élevé pour que de Toscane, duc de Florence, l’envoie comme émissaire à la cour d’Angleterre en 1567. Plus tard, il fut fait marquis et, à sa mort, il était grand chancelier de la cour des Gonzague à MantoueIain Fenlon, The New Grove Dictionary of Music and Musicians, ed. St. Sadie, 1991, , 271..

Entre environ 1559 et 1584, Striggio fut le principal compositeur à la cour des Médicis à Florence. Striggio fut un violiste réputé dont le jeu fut décrit par Bartoli : « il joue à quatre voix à la fois avec un son d’une telle élégance et d’une telle plénitude qu’il épate les auditeurs »cité par Iain Fenlon, op. cit., ibid..

Son congé obtenu, Alessandro Striggio put effectuer en 1567 ses voyages vers quelques capitales, telles Vienne, Munich, Paris. Notamment, avec enthousiasme, il fut accueilli à Paris par la cour de Charles IX duquel la mère était Catherine de MedicisSimon Trezise (éd.), The Cambridge Companion to French Music, p. 338, Cambridge University Press 2015 . Après l'exécution de son œuvre (sans doute Missa sopra Ecco dont une copie se trouve à la bibliothèque nationale de FranceKate Van Orden, Materialities : Books, Readers, and the Chanson in Sixteenth-century Europe, p. 42 Oxford University Press 2015 ), le roi proposa une fonction officielle à la cour au compositeur, qu'il refusa en faveur de son patron florentinJeanice Brooks, O quelle armonye : dialogue singing in late Renaissance France, (Iain Fenlon (éd.), Early Music History, tome 22), p. 19, note n° 38, Cambridge University Press .

Mais il doit surtout sa réputation à ses sept livres de madrigaux dont la popularité s’étendit à l’étrangerDictionnaire de la musique italienne, ss la dir. de M. Vignal, Larousse, 1988, 166.. L’écriture de Striggio, qui se distingue par un contrepoint élaboré et riche en modulations tout en faisant un usage restreint du chromatismeDictionnaire de la musique italienne, op. cit., ibid., témoigne d’un souci constant de la traduction expressive des paroles et d’une diversité rythmique très originaleDictionnaire de la musique, Les Hommes et leurs œuvres, ss la dir. de M. Honegger, Bordas, 1993, , 1222.

Alessandro Striggio est le père du poète portant le même nom (vers 1573-1630), qui fut l'un des premiers librettistes d'opéra.

Motet et messe pour quarante voix Une de ses œuvres les plus importantes, un des accomplissements les plus remarquables de la musique polyphonique de la Renaissance, est son motet Ecce beatam lucem (Voici la bienheureuse lumière) pour 40 voix indépendantes, qui aurait été exécuté à Munich en 1568 Iain Fenlon, Grove online.

D'ailleurs, des documents conservés dans les archives indiquent que sa messe à 40 voix étaient exécutée lors de son voyage effectué en 1567 (par exemple, en mai à Paris, en juin à Londres). D'où, depuis les années 1980, la partition était cherchée par quelques musicologues, notamment ceux qui considéraient que cette messe aurait inspiré Thomas Tallis qui sortirait le motet Spem in alium à 40 voix dans la même époqueSuzanne Cole, Thomas TAllis and His Music in Victorian England, p. 98, note n° 4, 2008 . Cette messe aussi demeure très importante, car il s'agissait d'une composition destinée à la fête solennelle de Florence, celle du patron de ville, saint Jean-Baptiste (célébrée le ).

Une œuvre encore plus ample avait longtemps été considérée comme perdue, Elle fut récemment redécouverte par le contre-ténor Dominique Visse et/ou par le musicologue Davitt MoroneyDécouverte d'une messe fantôme à quarante voix à la Bibliothèque nationale de France. Il s'agit d'une messe parodieLa désignation « messe parodie » est très éloignée de toute idée de caricature. Elle désigne seulement une technique de composition musicale, propre à cette époque. Il s'agissait de développer une pièce musicale préexistante., intitulée (« Messe sur Ecco sì beato giorno », c'est-à-dire : Messe sur Voici un jour si beau), écrite pour quarante voix (et même 60 dans l'Agnus Dei final). Elle reçut sa première interprétation moderne en 2007, et un enregistrement (par le groupe britannique I Fagiolini) en a été publié en . Parallèlement à ceci un autre ensemble, français, le Concert spirituel dirigé par Hervé Niquet a aussi travaillé sur cette œuvre pendant trois ans. Ce qui les a conduit, d'une part, à la réalisation d'un DVD avec enregistrement du concert donné à la Cité de l'architecture et du patrimoine au Palais de Chaillot en , complété par un documentaire de Laurent Portes qui retrace la genèse du projetLes aventuriers de la messe perdue (en ligne sur vodeus.tv) Documentaire de 50 min sur la Missa sopra Ecco sì beato giorno, du manuscrit retrouvé à la représentation de cette messe en , pour les du Concert spirituel, dirigé par Hervé Niquet. ; d'autre part, à un CD enregistré à l'église Notre Dame du Liban à Paris et paru en (à l'occasion du de l'ensemble Le Concert spirituel).

Œuvres

Cette liste est établie d'après l'ouvrage de Iain Fenlon, op. cit., 272-273. : Il primo libro de madrigali (à 5 voix, 1558, 2/1560) ; Il primo libro de madrigali (à 6 voix, 1560) ; Il cicalamento delle donne… (de 4 à 7 voix, 1567) ; Il cicalamento delle donne… (à 5 voix, 1569) ; Il secondo libro de madrigali (à 5 voix, 1570) ; Il secondo libro de madrigali (à 6 voix, 1571) ; Il terzo libro de madrigali (à 5 voix, 1596) ; Il quarto libro de madrigali (à 5 voix, 1596) ; Il quinto libro de madrigali (à 5 voix, 1597) ; Missa in dominicis diebus (à 5 voix, manuscrit du conservatoire Giuseppe Verdi à Milan) ; Ecce beatam lucem (motet à 40 voix, manuscrit de la Ratsschulbibliothek à Zwickau) ; Missa sopra Ecco sì beato giorno (messe parodie à 40 voix dont Agnus Dei à 60 voix, manuscrit de la bibliothèque nationale de France Rés.Vmd.52University of California Press, Alessandro Striggio's Mass in Forty and Sixty Parts, 2007 (extrait)).

Discographie Missa sopra Ecco si beato giorno 2011 : Mass in 40 parts, interprétée par Robert Hollingworth, I Fagiolini, Decca DEC478.2734 (DC et DVD)Classical Net, Mass in 40 parts, 2011 2012 : Mass for 40 and 60 voices, interprétée par Hervé Niquet, Dominique Visse (contreténor), Le Concert Spirituel, Glossa GCDSA921623Glossa, Alessandro Striggio, Mass for 40 and 60 voices, 2012

Bibliographie sélective R. Tadlock, Alessandro Striggio, Madrigalist, Journal of the American Musicological Society, XI, 1958, 29. R. Tadlock, The early Madrigals of Alessandro Striggio, thèse de doctorat, Université de Rochester, 1958. , The New Grove Dictionary of Music and Musicians, ed. St. Sadie, 1991, vol. 18,

Notes et références

Voir aussi

Articles connexes Musique italienne Liste de compositeurs italiens de musique classique

Liens externes Les aventuriers de la messe perdue (en ligne sur vodeus.tv) Documentaire de 50 min sur la Missa sopra Ecco sì beato giorno, du manuscrit retrouvé à la représentation de cette messe en , pour les du Concert spirituel, dirigé par Hervé Niquet.

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