Élie Eugène Christophe dit Eugène Christophe, né le à Paris et mort le dans la même ville à l'Hôpital Broussais, est un coureur cycliste français. Issu d'un milieu modeste, il exerce la profession de serrurier avant de se consacrer au cyclisme. Il compte à son palmarès un Milan-San Remo, un Paris-Tours, deux Bordeaux-Paris, trois victoires d'étape sur le Tour de France et six titres de champion de France de cyclo-cross. Sa carrière impressionne par sa longévité : il dispute sa première course professionnelle , à l'âge de , et ne se retire définitivement des pelotons qu'en , âgé de . Durant ces années, il a porté les couleurs des plus grandes équipes de l'époque, avant de créer sa propre marque de cycles vers la fin de sa carrière.

Surnommé « Le Vieux Gaulois », en référence aux longues moustaches qu'il portait au début de sa carrière, Eugène Christophe est reconnu pour son endurance et brille particulièrement sur les épreuves de longue distance ou celles disputées dans des conditions climatiques éprouvantes, qualités qu'il doit à sa pratique régulière du cyclo-cross. Il est l'un des coureurs les plus populaires de son époque et le reste après sa mort, principalement en raison de ses déboires sur le Tour de France. En 1913, il casse sa fourche dans la descente du col du Tourmalet et se voit contraint de la réparer seul, en respect du règlement, dans une forge de Sainte-Marie-de-Campan. Il connaît le même incident à deux autres reprises : en 1919, alors qu'il porte le premier maillot jaune officiel dans l'histoire du Tour, à deux étapes de l'arrivée, ainsi qu'en 1922, dans la descente du col du Galibier.

Bien que n'ayant jamais remporté le Tour de France, avec pour meilleur résultat une deuxième place en 1912, il est considéré comme une des légendes de l'épreuve.

Biographie Jeunes années Élie Christophe naît le à Paris., dans une petite maison du passage du Havre, près de la gare Saint-Lazare. Ses parents, François, originaire de Breteuil dans l'Oise, et Embroisine, originaire de Bonneville en Haute-Savoie., exercent la profession de concierge. Très vite, ils prennent l'habitude de l'appeler Eugène, son deuxième prénom à l'état civil. Eugène Christophe et son frère, d'un an son cadet, sont envoyés en nourrice à Souligné-sous-Ballon, un petit village de la Sarthe. Il revient vivre à Paris avec ses parents à l'âge de cinq ans alors que ces derniers s'installent dans un immeuble du quai de Béthune, sur l'île Saint-Louis. Il fréquente une école de la rue Saint-Louis-en-l'Île, obtient son certificat d'études puis est inscrit aux cours complémentaires..

Il entre en apprentissage chez un serrurier de la rue Chapon et se passionne alors pour le cyclisme en fréquentant la boutique d'un loueur de vélos située dans la même rue. Il met à profit ses économies, récoltées en faisant des courses ou des corvées pour les locataires de l'immeuble., pour louer un vélo chaque dimanche et se promener régulièrement avec ses amis du quartier. Ses parents lui offrent finalement un vélo afin de faciliter ses déplacements entre leur domicile et l'atelier du serrurier..

Son père meurt alors qu'Eugène Christophe est âgé de seize ans, obligeant sa mère à revenir à son ancien métier de cuisinière. La famille Christophe vit alors pauvrement.. Il assiste en 1901 à sa première course cycliste professionnelle, Paris-Brest-Paris, en se rendant à Saint-Cloud avec un ami. L'année suivante, il dispute sa première course, un brevet de organisé par L'Auto qu'il parcourt en au milieu de . puis se met à fréquenter le monde des courses cyclistes, endossant notamment le rôle d'entraîneur, c'est-à-dire de locomotive humaine pour des coureurs plus huppésLa présence d'entraîneurs dans les courses cyclistes professionnelles est une pratique répandue au tournant du . Les coureurs les plus renommés du peloton s'attachaient ainsi les services de cyclistes plus faibles afin de bénéficier de leur abri pendant une partie de la course. Cette pratique est notamment remise en cause par Henri Desgrange qui l'interdit lors de la création du Tour de France en 1903.. Alors qu'il réalise qu'il est parfois plus fort que le coureur qu'il doit protéger, il décide de passer des brevets de distances organisés par l'Union vélocipédique de France (UVF). Cette même année, il remporte un vélo de piste à l'occasion d'une tombola organisée dans le cadre du Salon du cycle au Grand Palais. Sur cette machine, il gagne sa première course, ce qui le décide à passer professionnel. Sans équipe et sans argent, il devient coureur professionnel de , une classe ouverte aux coureurs de faible notoriété..

Carrière cycliste Débuts chez les professionnels (1903-1908) vignette|Eugène Christophe sur Paris-Roubaix en 1908.|alt=Photographie en noir et blanc d'un cycliste sur sa bicyclette, les mains tenant le guidon, la jambe gauche à terre Eugène Christophe dispute sa première course professionnelle le , sur un parcours de entre Champigny-sur-Marne et Ozoir-la-Ferrière, qu'il remporte devant Augustin Ringeval.. Cette même année, il se classe notamment de Paris-Rouen et de Paris-Laon.. Il assiste au départ du premier Tour de France en tant que spectateur.. En 1904, il participe à son premier Paris-Roubaix. Distancé après à la suite d'une attaque d'Hippolyte Aucouturier, il rattrape quelques coureurs entre Doullens et Arras. Il y reçoit les conseils de Maurice Garin, vainqueur du Tour de France 1903 mais qui ne participe pas à l'épreuve. Celui-ci l'accompagne et le guide pendant quelques kilomètres, tandis qu'Eugène Christophe apprend qu'il est alors de la course. Il conserve son rang jusqu'à de l'arrivée : victime d'une défaillance, il est dépassé par Léon Georget, Édouard Wattelier et Aloïs Catteau. Finalement septième de la course, à plus de d'Hippolyte Aucouturier, vainqueur, il reçoit une prime de et se révèle au grand public. La même année, il participe à la course Bordeaux-Paris, mais seulement en tant qu'entraîneur du coureur italien Rodolfo Muller.

La saison 1905 d'Eugène Christophe est presque vierge de résultat. En dehors des courses, il travaille parfois jusqu'à onze heures par jour sur un chantier. Il est également frappé par plusieurs drames personnels. Marié en 1904, il est aussi père d'un petit garçon prénommé Henri. Ce dernier meurt d'une broncho-pneumonie lors de l'hiver 1905. Quelques mois plus tard, sa femme meurt elle aussi d'une congestion pulmonaire..

En 1906, Eugène Christophe rejoint l'équipe Labor et se classe d'abord de Paris-Tours, avant d'être sélectionné pour son premier Tour de France. Il se classe de la entre Paris et Lille, à plus de deux heures du vainqueur, ce qui importe peu puisque le classement est alors établi aux pointsDe plus, dans le Tour de France 1906, au contraire du Tour de France 1905, il n’y a plus de pénalités de points appliquées selon le retard en temps lors d’une étape.. Il se révèle dans la entre Grenoble et Nice, sur un parcours accidenté : il prend la de l'étape, dans le même temps que le second, Georges Passerieu. Régulier jusqu'à l'arrivée à Paris, alors que de nombreux coureurs abandonnent, Eugène Christophe se classe finalement de son premier Tour. L'année suivante, il part au service militaire pour deux ans en tant qu'agent de liaison. Lors de ses permissions, il endosse le rôle d'entraîneur pour Louis Trousselier dans Paris-Roubaix et Bordeaux-Paris. Libéré de son service militaire en , il prend la de Paris-Tours..

Premiers succès (1909-1911) En 1909, Eugène Christophe laisse son métier de serrurier pour devenir coureur professionnel à temps plein, à la suite d'un ultimatum lancé par son patron. Désormais membre de l'équipe Alcyon, il obtient dès le début de saison son premier titre de champion de France de cyclo-cross, puis se classe de Paris-Bruxelles derrière François Faber et Gustave Garrigou. Alors que la formation Alcyon a déjà prévu son équipe de « groupés » pour le Tour de France, en sélectionnant cinq coureurs de renom, François Faber, Cyrille Van Hauwaert, Louis Trousselier, Paul Duboc et Jean Alavoine, Eugène Christophe se contente du statut de coureur « isolé », sous le maillot bleu ciel de sa marque. Lors de la première étape entre Paris et Roubaix, il se classe , dans le même temps que le vainqueur, Cyrille Van Hauwaert.. Il fait preuve d'une certaine régularité tout au long de l'épreuve, en se classant de la troisième étape, puis encore lors des dixième et onzième étapes. Il achève ce Tour de France à la du classement général, comme en 1906, bien que cette performance suscite plus de reconnaissance étant donné le nombre plus important de coureurs à l'arrivée, contre seulement .. En fin de saison, il prend part au Tour de Lombardie avec ses coéquipiers d'Alcyon, et se classe .

Il obtient au début de l'année 1910 son deuxième titre consécutif de champion de France de cyclo-cross, puis s'aligne au départ de Paris-Roubaix. Il passe la course dans le groupe de tête en compagnie du futur vainqueur, Octave Lapize, et de coureurs comme Cyrille Van Hauwaert et François Faber. Il se classe finalement , ce qui constitue alors son meilleur résultat dans cette course. Il prend ensuite le départ de Milan-San Remo, dans des conditions glaciales. Pointé à une minute des hommes de tête alors que les coureurs arrivent à Novi Ligure, après de course, il reprend peu à peu ses concurrents, dont certains abandonnent, lassés par les conditions météorologiques. Il grimpe le passo del Turchino en tête, sur une route enneigée, et s'arrête quelques minutes dans une auberge pour se ravitailler, ce qui permet à un groupe de coureurs italiens de reprendre l'avantage.. Eugène Christophe repart et rejoint rapidement Pierino Albini pour se retrouver seul en tête. Il remporte cette édition de Milan-San Remo en solitaire, alors que seulement quatre coureurs achèvent la course. Ce succès de prestige lui apporte une certaine aisance financière : bien que la prime de victoire ne soit pas très élevée, son équipe Alcyon double son salaire.. Eugène Christophe participe à une autre course italienne, le Circuit de Brescia, qui comprend une course par équipe de cinq coureurs ainsi qu'un classement individuel. Il est aligné avec Louis Trousselier, François Faber, Ernest Paul et Gustave Garrigou au sein de l'équipe Alcyon, avec laquelle il remporte le classement par équipes, et se classe en individuel, la victoire revenant à Garrigou. Victime d'un malaise le soir même de la course, puis d'un second lors d'un entraînement en France, il décide pourtant de prendre le départ de Paris-Bruxelles mais abandonne rapidement, pris de vomissements. Convalescent, il est contraint de déclarer forfait pour le Tour de France et met un terme à sa saison. Le , à Vétraz-Monthoux, il épouse sa deuxième femme, Jeanne Huboux, dont il avait fait la connaissance l'année précédente, à son retour du Tour de Lombardie, alors qu'il se reposait dans les environs de Genève dans la famille de sa mère..

Après un nouveau titre de champion de France de cyclo-cross, Eugène Christophe obtient des résultats probants au début de l'année 1911, en se classant du Tour de Belgique puis de Milan-San Remo. Il est alors logiquement sélectionné pour le Tour de France au sein de la formation Alcyon. Hors du coup, il abandonne au lendemain de la onzième étape entre Bayonne et La Rochelle, qu'il a terminée à cinq heures du vainqueur Paul Duboc, souffrant d'un anthrax staphylococcique. Au mois d'août, il devient père d'un petit Albert.

Trois victoires d'étapes au Tour de France (1912) vignette|Eugène Christophe se classe du Tour de France 1912|alt=Photographie en noir et blanc d'un homme en tenue de cycliste portant un bouquet de fleurs dans la main gauche.