La révolution néolithique fut la première révolution agricole, caractérisée par la transition de communautés de chasseurs-cueilleurs vers des communautés d'agriculteurs. Les données archéologiques indiquent que plusieurs formes de domestication de plantes et d’animaux surgirent indépendamment dans au moins sept ou huit régions séparées à travers le monde, et à des époques différentes. La première émergence eut lieu au Proche-Orient, où les hommes passèrent graduellement de la cueillette de céréales sauvages, au Natoufien, à la production de plantes et d'animaux domestiqués, en passant par des stades intermédiaires successifs durant près de . Si l'adoption de l'agriculture dans ces foyers d'origine correspond à un lent changement des comportements des populations locales, dans d'autres régions, comme en Europe, elle est plus rapide et correspond à l'arrivée de populations déjà néolithiséesA. Hauzeur, 1998, « Une nouvelle relation avec l'environnement : la domestication des animaux et des plantes », in : Les grandes inventions de la Préhistoire, Guides archéologiques du Malgré-Tout, CEDARC, pp. 63-68..
La révolution néolithique implique bien plus que la simple adoption d'un ensemble limité de techniques de production alimentaire. Au fil des millénaires, elle transforme les petits groupes de chasseurs-cueilleurs mobiles en sociétés sédentaires nombreuses qui modifient radicalement leur environnement, au moyen de techniques agricoles adaptées (par exemple l'irrigation) permettant d'obtenir d'importants surplus de production. On assiste à un fort accroissement de la population et au développement de la division du travail dans les villages, notamment entre agriculteurs et artisans"The Slow Birth of Agriculture", Heather Pringle"Zawi Chemi Shanidar", EMuseum, Minnesota State University.
La notion de révolution néolithique, popularisée en 1925 par l'archéologue australien Vere Gordon Childe, a rencontré un grand succès dans les milieux scientifiques, puis auprès du grand public. Elle est aujourd'hui tempérée par une meilleure connaissance archéologique des processus à l'œuvre durant cette période. Alain Testart propose notamment une nouvelle visionAlain Testart, « Les chasseurs cueilleurs ou l'origine des inégalités », Mémoires de la Société d'Ethnologie, Paris, 1982, 254 p. dans laquelle .
La révolution néolithique est en résumé pour de nombreux auteurs une mutation décisive du comportement humain, caractérisée par la sédentarisation, l'adoption d'une économie de production, et la mise en place de nouveaux types d'organisation sociale. Ces trois points peuvent être acquis simultanément ou non. Pour d'autres, elle n'est qu'un élément matériel accompagnant ou suivant une mutation culturelle. En tous cas, bien que marquée par des évolutions décisives entraînant une mutation profonde des sociétés humaines la « néolithisation » fut progressive et s'étala sur une période plus ou moins longue selon les régions du monde, jusqu'à concerner aujourd'hui la très grande majorité de l'humanité, bien qu'il subsiste encore de nos jours quelques groupes humains de chasseurs-cueilleurs (mais rarement exclusivement de ce type de société).
Transition vers une économie de production vignette|Ferme à Knap of Howar, sur un site occupé de 3500 à
Marqué par la perspective marxiste du matérialisme historique, l'archéologue australien Vere Gordon Childe (1892-1957) popularisa dans les années 1920 l'expression révolution néolithique, pour décrire les premières révolutions agricoles de l'histoire du Moyen-Orient. La période est décrite comme une pour souligner son importance et l'immense portée et le degré des changements qui affectent les communautés où ces nouvelles pratiques agricoles étaient progressivement adoptées et perfectionnées.
Le début de la culture des céréales et pseudocéréales (grains anciens) est généralement associé (mais pas toujours) au développement de nouvelles industries : pierre polie, poterie, vannerie, tissage, techniques de construction ... L'ordre d'apparition de l'agriculture et de ces autres productions varie selon les régions.
Le début de ce processus varie entre peut-être en Mélanésiesite agricole de Kuk et en Afrique subsaharienne. Certains chercheurs considèrent que les développements de 9000-7000 dans le Croissant fertile sont les plus importants. Il est probable qu'une explication univoque ne puisse convenir à tous les foyers de domestication des plantes et des animaux.
Cette transition semble partout être associée au passage d'une vie de chasse et de cueillette nomade à une vie plus sédentarisée et agricole. Elle correspond en effet aux débuts de la domestication de diverses espèces végétales et animales dans un but de production de ressources.
Néanmoins, la transition vers une économie de productions n'est pas universelle puisque le voisinage de peuples chasseurs-cueilleurs et d'agriculteurs a été la règle dans de nombreuses régions en certains points du globe, jusqu'au . Les travaux des ethnologues tels que Marshall Sahlins ont montré que le passage à l'agriculture impliquait un surcroît de travail par rapport à une subsistance basée sur la chasse et la cueilletteM. Sahlins, 1972, Âge de pierre, âge d'abondance. Économie des sociétés primitives (1976 pour la traduction française), .
Une hypothétique utilisation très ancienne de céréales puis les premières tentatives
Des indices d'utilisation de céréales dateraient d'environ , en Afrique : il s'agit de traces de sorgho sauvage trouvées sur des grattoirs de pierre datant du Paléolithique (-) mis au jour dans une grotte du Niassa, au nord-ouest du Mozambique. Cette farine ou les grains écrasés étaient peut-être consommés avec des fruits ou des tubercules, voire déjà en bouillie fermentée. Des chercheurs interrogés par les revues Nature ou Science se montrent encore sceptiques, car avant cela, les traces archéologiques les plus anciennes (blé et orge) dataient de seulement et avaient été découvertes sur l'actuel territoire d'IsraëlJ. Mercader « Mozambican Grass Seed Consumption During the Middle Stone Age » (J. Mercader est archéologue à l'Université de Calgary, à Calgary, AB, Canada).
Plus tardivement, les sites natoufiens livrent de nombreuses faucilles ayant servi à moissonner herbes et céréales sauvages. Mais un tournant (maximum puis déclin relatif de la sédentarisation) dans cette société entre et avant le présent ont conduit à la formulation d'hypothèses. Reste l'établissement avéré d'une protoagriculture céréalière (avant la domestication) vers par les Natoufiens. La question de l'intérêt de la culture pour la fabrication du pain (R. Braidwood) ou de la bière (J. Sauer) en premier avait été posée. Le pain posait des problèmes : rendement faible en nourriture au regard des efforts et de l'énergie demandée (travaux de plantation, d’irrigation, peu de grains par épis, de taille faible, peu d'épis, moisson ingrate, chute des graines au vent) alors que la bière était utilisée lors de cérémonies, ou lors de festins, pour l'alcool qu'elle contient (voir ci dessous « théorie du festin »), mais aussi simplement comme boisson nourrissante et enivrante. Andrew Curry a démontré la réalité de la fabrication du pain au NatoufienAndrew Curry, « », Pour la Science, novembre 2021, .
D'autres hypothèses ont aussi été formulées pour évoquer des départs ratés de la culture des céréales vers avant le présent et son abandon. Les civilisations en question auraient vu moins d'avantage à la culture qu'à la cueillette : plus de travail, moins bonne santé. En effet, outre les maladies apparaissant avec le voisinage des animaux, l'appauvrissement en vitamines et éléments minéraux auraient pu conduire à une sensibilité accrue aux maladies, voire une diminution de la tailleJared Diamond, "The Worst Mistake In The History Of The Human Race", Discover-May 1987, .
La transition en Europe vignette|Extension maximale des calottes glaciaires du Nord de l'Europe. Le recul des glaciers fait remonter progressivement vers les régions boréales le gros gibier et les grands troupeaux adaptés au froid .
Cette transition en Europe est liée à la fin de la dernière période glaciaire marquée par le reflux des glaciers, des températures plus élevées, des périodes d'humidité et un changement du milieu naturel qui favorisent le développement, sauf dans les régions méditerranéennes, de forêts très denses. Le gros gibier (mammouths, rhinocéros laineux, ours...) et les grands troupeaux (bisons, bœufs musqués, chevaux, rennes, et par moments antilopes saïga) adaptés au froid et qui vivaient en prairie, remontent progressivement vers les régions boréales. Ce gibier qui fournissait une nourriture facile et abondante cède la place aux forêts et à un gibier plus petit constitué que de quelques espèces forestières restées endémiques, vivant, . La révolution néolithique en Europe permet de surmonter cette crise avec la diffusion rapide des nouveaux modes techniques et économiques..
Les causes de la révolution néolithique Il y a plusieurs théories en concurrence (mais qui ne s'excluent pas mutuellement) quant aux facteurs qui poussèrent les populations à passer à l'agriculture. Les plus importantes sont : La théorie de l'oasis, proposée à l'origine par (1837-1923) en 1908, vulgarisée par Vere Gordon Childe en 1928 et résumée en son ouvrage Man Makes Himself, qui soutient que tandis que le climat se faisait plus sec, les communautés se regroupaient vers les oasis où elles étaient forcées de cohabiter avec les animaux, lesquels furent alors domestiqués en même temps qu'était adopté l'usage de graines et des semis. Ce modèle environnemental n'est guère soutenu aujourd'hui parce que les données sur le climat de l'époque ne la confirment pas.. L'hypothèse des flancs vallonnés, proposée par Robert John Braidwood (1907-2003) en 1948, suggère que l'agriculture débuta sur les flancs vallonnés des monts Taurus et Zagros, où le climat n'était pas aussi sec que Childe le croyait, mais où les terres fertiles favorisaient une grande variété de plantes et d'animaux domesticables. Ce modèle est aussi abandonné pour les mêmes raisons climatiques. La théorie du festin de (1946-) suggère que l'agriculture était motivée par l'exhibition ostentatoire du pouvoir, comme de donner des festins, en vue de dominer. Cela nécessitait de regrouper de grandes quantités de nourriture, ce qui mena à l'adoption des techniques agricoles. La théorie démographique proposée par Carl Sauer (1889-1975), adaptée ensuite par Sally Binford, Lewis Binford et Kent Flannery postule une population de plus en plus sédentaire qui augmenta jusqu'à dépasser les capacités de l'environnement local et qui nécessitait plus de nourriture qu'elle ne pouvait en recueillir. Plusieurs facteurs socio-économiques favorisèrent ce besoin en nourriture. L'anthropologue pense qu'après les extinctions massives de gros mammifères du Paléolithique supérieur, la population humaine s'était développée jusqu'aux limites des territoires disponibles et qu'une explosion démographique provoqua une crise alimentaire. L'agriculture fut le seul moyen de soutenir cette croissance démographique sur les territoires disponibles. Cette idée a subi de nombreuses critiques en raison du problème évident de pouvoir déterminer comment une explosion démographique pouvait se produire sans qu'il eût déjà un surplus de nourriture. La théorie de l'évolution et de l'intentionnalité, développée par (1947-1996) avec d'autres, voit l'agriculture comme une adaptation évolutive des plantes et des hommes. Commençant avec la domestication par la protection des plantes sauvages, elle conduisit à la spécialisation de l'habitat et par la suite une domestication pleinement développée.