Cet article présente l’histoire du Racing Club de Lens depuis sa création en 1906 jusqu'à aujourd'hui.

Des débuts au professionnalisme (1906-1934) Naissance du club

200px|right|thumb|Localisation de Lens.

Entre la fin du et le début du , le football commence à se développer en France. Dans le nord du pays, plusieurs clubs se sont formés (le Racing Club de Roubaix en 1895, l'US Tourcoing en 1898, l'Amiens ACLe club devient l'Amiens Sporting Club Football en 1961. et le Racing Club d'ArrasÀ la suite de sa fusion avec l'US Arras en 1997, le club prend le nom d'Arras Football Association. en 1901 ainsi que l'Olympique lillois en 1902).

Contrairement à une légende, l’histoire du club n'est pas intimement liée dès 1906 à celle de la Compagnie des mines de Lens et de la catastrophe de Courrières. Il s'agit à l'origine d'un club de commerçants et de petits notables, un temps proche de la municipalité socialiste, qui voient dans ce sport un moyen de distinction sociale, alors que les mineurs de l'époque pratiquent plutôt la gymnastique.

En , Carlos Douterlungne et Jules Joseph Van den Weghe décident de regrouper en association tous les jeunes pratiquant le football sur la place Verte (actuelle place de la République) de Lens. Douterlungne et Van den Weghe avaient créé le Club Cyclo-Pédestre Lensois trois années auparavant et vont y adjoindre une section pour le football. La création de cette nouvelle section amène à un changement de nom et donne donc naissance au Racing Club Lensois. Ce nom, à consonance anglo-saxonne, doit ses origines à l'influence sur le football de l'époque de la Grande-Bretagne, sa terre d'origine, mais aussi aux modèles qu'étaient le Racing club de France et le Racing Club de Roubaix Van den Weghe devient le président du club donc le siège social est situé dans le café du père de Carlos Douterlugne, Henri. L'association choisit comme couleurs le vert et le noir pour les maillots, le vert pour rappeler la place Verte et le noir pour le charbon des houillères. Le club dépose ses statuts à la sous-préfecture de Béthune à l'issue de l'assemblée générale qui a lieu le . Jules Joseph Van den Weghe cède alors son poste de président à Lotin pour ensuite redevenir président de 1908 à 1912.

Pour sa première « saison officielle », le RC Lens est engagé dans la . Entre 1907 et 1912, le club gagne en popularité, et les joueurs lensois sont forcés de quitter leur premier terrain de jeu, la place Verte, pour rejoindre la pâture Mercier, au niveau de la fosse 2. Commençant à faire parler de lui dans le département, le club attire l'attention de la Compagnie des mines de Lens qui devient le premier partenaire de l'équipe, en lui offrant le terrain de la gendarmerie situé rue de Béthune. Cinq années plus tard, le club lensois doit à nouveau changer de terrain et s’installe sur le parc de la Glissoire, entre Avion et Lens.

La Première Guerre mondiale Pendant la Première Guerre mondiale, la ville de Lens se situe en zone de combat et subit d'importants dommages. La ville est frappée par deux contributions de guerre d'un montant de et francs.

Le Racing Club de Lens disparaît durant ce conflit militaire. Cependant, sous l'impulsion du Comité de secours américain, par l'intermédiaire de son directeur Laroche, le club renaît de ses cendres. Le directeur négocie d'ailleurs avec un notaire lensois, nommé Léon Tacquet, pour utiliser un terrain lui appartenant: la pâture Tacquet. Ce terrain, à la suite de la guerre, est inutilisable car rempli de trous d'obus. Le directeur Laroche s'engage alors à prendre en charge la réfection et le nivellement de la patûre en échange de l'intégration du RC Lens dans l'Union sportive du foyer franco-américain et l'adoption de ses couleurs: le bleu ciel et le blanc.

Lens devient Sang et Or En 1922, Lens reprend la compétition, sous l'impulsion de son nouveau président, Marcel Pierron. Celui-ci négocie avec la Ligue du Nord pour que le Racing Club de Lens réintègre le championnat d'Artois malgré son appartenance Union sportive du foyer franco-américain. L'équipe est alors composée en grande majorité d'étrangers, venus travailler dans les mines du Nord et du Pas-de-Calais, et originaires en grande partie de plusieurs provinces prussiennes, en particulier la Posnanie et de Silésie.

Le , Lens dispute son premier match sur le terrain dit de "la Glissoire" face à Calais, rencontre comptant pour la Coupe de France. Outre la victoire, les dirigeants sont ravis de la recette qui est exceptionnelle:

Le club va connaître un changement de président en 1923 avec la nomination de Réné Moglia. C'est lui qui va choisir d'utiliser les couleurs sang et or. Il choisit ces couleurs en référence au drapeau espagnol, en passant devant les ruines de l'église de la ville, dernier vestige de l'occupation espagnole de 1648. Ce même président négocie, contre une redevance de 20 % des recettes, avec la municipalité l'utilisation par son club du stade Raoul-BriquetCe stade existe encore actuellement sous le nom de Léo-Lagrange. nouvellement aménagé. Pour son ouverture, les Lensois arborent leur nouvelle tunique : short noir, maillot rayé jaune et rouge. Une légende court encore que le rouge de ses couleurs évoque la souffrance des ouvriers (symbolisée par le sang) et le jaune celui de l’or des patrons, cette légende étant la même reconstruction postérieure qui veut lier le club au milieu minier.

En 1926, le RC Lens connaît quelques bouleversements. Le Supporters Club lensois (de nos jours rebaptisé 12 lensois), premier club de supporters du club, naît. D'ailleurs, le , 1000 supporters font le déplacement pour la rencontre face à Billy-Montigny, match comptant pour la montée en promotion d'honneur; il est gagné par Lens et permet au club de remporter un premier titre avec l'Anglais Kid Fenton: la Ligue d'Artois. Avec ce résultat, la ville de Lens et son maire, Émile Basly, s’intéressent de plus en plus à son club de football et lui offrent sa première subvention de francs le ainsi que la mise à disposition gratuite du stade Raoul-Briquet.

Deux ans plus tard, Lens finit sur la deuxième marche du classement, et remporte pour la deuxième fois le championnat la saison suivante. Grâce à ce titre, le RC Lens accède pour la première fois à la division d'honneur de la Ligue du Nord-Pas-de-Calais-Picardie. Afin de bien se comporter face à l'Olympique lillois, le Racing Club de Roubaix, l'Excelsior Athlétic Club de Roubaix ou encore l'Amiens Athlétic Club, Lens fait venir de nouveaux joueurs au club.

Apogée du renouveau et des nouvelles ambitions du RC Lens, la Compagnie des mines de Lens, plus puissante de France à l'époque, décide le d'acheter une parcelle de terrain afin d'y construire un nouveau stade. Pour sa première saison en division d'honneur, Lens termine à la .

Premiers faits d'armes L'année suivante, Lens monte en puissance, montée qui se poursuit en 1932 et en 1933. En effet, les Sang et Or accèdent lors de la saison 1932-1933 au podium de la division.

Pendant ce temps, la construction du stade continue. Cette réalisation est confiée à plusieurs centaines de mineurs, qui s'activent durant plusieurs années sur un terrain longeant la ligne ferroviaire Arras-Dunkerque. Le , et sous l'initiative de Félix Bollaert (le président du conseil d'administration des mines), le nouveau stade est inauguré devant quelques milliers de personnes, venues se presser pour un tel évènement. À la mort de celui-ci, en 1936, son nom est donné fort logiquement à l'enceinte.

Jusque-là resté un club amateur, à la suite des réticences du président de l'époque Jules Antoine Van den Weghe, le RC Lens passe professionnel avec Louis Brossard, qui lui succède en 1934. Fort des nouvelles installations et de ce nouveau statut, les dirigeants lensois continuent leur marche en avant.

Des premiers titres au retour amateur (1934-1969) La première professionnalisation Le club, après avoir déposé trop tardivement sa candidature à la professionnalisation en , rejoint le championnat de France de deuxième division pour la saison 1934-1935. Lens réussit sa première saison professionnelle, terminant à la . L'année suivante, et avec des joueurs tels que le Hongrois Siklo ou l’Autrichien Anton Marek, le RC Lens élève son niveau, et croit même un instant à l'ascension. Mais Rouen et Roubaix, plus expérimentés à ce niveau, terminent la saison aux deux premières places. Lens est lui . Après cette honorable saison, l'effectif lensois sous retrouve sous les feux de la rampe. Novicki et François, moteurs du jeu nordiste, sont appelés à défendre les couleurs du pays face à la Belgique, le , et deviennent les premiers internationaux français du club.

En 1937, Lens connait au terme de la saison ses premiers faits d'armes majeurs. En 32 journées, le Racing Club de Lens totalise 50 points, soit cinq de plus que son voisin valenciennois, et donc accède pour la première fois de son histoire au sommet du football français. En Coupe de France, le club réussit à atteindre les huitièmes de finale, étant battu par le grand Red Star, spécialiste de la compétition, sur le score de 3 buts à 2. Cette même année, Viktor Spechtl se place sur le devant de la scène.

Pour sa première saison dans l'élite, les lensois évitent de peu la relégation. Face aux plus grands clubs français (Olympique de Marseille, FC Sochaux), Lens s'en sort grâce à sa défense, meilleure que celles de ses concurrents au maintien. En 1939, Lens s'attend à revivre une saison difficile. Cependant, le groupe emmené par le duo Stanis - Spechtl réalise l'exploit de s'accrocher au groupe de tête, n'échouant qu'à sept points du podium et finissant à la .

À l'été 1939, Lens est à un point culminant de sa fabuleuse progression, et peut se permettre de viser encore plus haut. Mais quelques mois plus tard, avec la naissance de la Seconde Guerre mondiale, la montée en puissance du club lensois est stoppée net. La fuite de nombreux joueurs lensois répondant à l’ordre de mobilisation générale n’empêche pas le club de poursuivre la compétition, mais en 1940, la ville de Lens est placée en zone interdite.

Seconde Guerre mondiale Avec la guerre, la France est découpée en trois zones : la zone nord, la zone sud et la zone interdite. Lens est donc déversé dans cette dernière avec Arras, Fives, Roubaix et Valenciennes, après une année passée dans la zone nord. Devant une concurrence amoindrie, les lensois remportent les éditions 1941, 1942 et 1943. Lors de la saison 1941-1942, le trio Marek - Stanis - Dugauguez permet au club d'avoir un goal-average élevé avec 75 buts inscrits pour seulement 18 encaissés. Durant la saison 1942-1943, Stanis fait à nouveau parler de lui, inscrivant le total de 43 buts en 30 journées. Étant dépossédé de son statut professionnel, Lens doit donc entrer dans l'équipe fédérale régionale de Lens-Artois pour la saison 1943-1944. Pour la quatrième fois d'affilée, les Nordistes remportent la compétition, comprenant cette fois-ci les meilleures équipes françaises, et malgré un match non joué face à Toulouse-Pyrénées. Encore une fois, Stanis explose les compteurs, avec 41 réalisations à son actif. Reprenant son schéma antérieur pour la saison 1944-1945, le championnat voit les Sang et Or finir deuxièmes du groupe nord, derrière le FC Rouen, et après une magnifique fin de saison.

Durant cette période, Stanis pulvérise le record de France du nombre de buts marqués dans un seul match, le sur le terrain d'Auby Asturies en Coupe de France. Lens remporte le match 32 à 0, et Stanis est l'auteur de la moitié des buts.

Déceptions d'après-guerre