La pituite (du latin pituita), aussi appelée phlegme ou flegme, est un terme médical ancien, qui n'est plus guère utilisé depuis le milieu du , et qui pourrait se rapprocher des mucosités ou mucus produit par des muqueuses.
Époque contemporaine
À l'époque contemporaine (début , fin ), il désigne un liquide aqueux, d'aspect glaireux, composé de salive et de mucosités œsophagiennes, et qui s'accumule la nuit dans l'estomac. Cette pituite est recrachée le matin à jeun, par expectoration ou par régurgitation (spasme du cardia). Elle se voit le plus souvent chez des sujets alcooliques, elle peut être symptomatique d'une maladie de l'estomac, en particulier la gastrite alcoolique.
Médecine antique et médiévale
D'après la théorie des humeurs, la pituite (du latin , elle est appelée aussi phlegme, d'après le grec ancien , et plus tardivement lymphe, à partir de la fin du , alors que le système lymphatique vient d'être découvert) est rattachée au cerveau (humidité du cerveau). Le cerveau rendait les mêmes services que certaines glandes, délivrant le corps d'un excès d'humidité, accumulant l'eau comme une éponge, puis la relâchant sous forme de catarrhes. Le cerveau apparaissait froid à Aristote, à l'opposé du cœur qui était chaud. La glande pituitaire, ancienne dénomination de l'hypophyse, était considérée comme le filtre de cette humidité qui, croyait on, pouvait s'écouler par le nez par d'hypothétiques petits canaux au travers de l'os sphénoïde lors d'un rhume , populairement appelé « rhume de cerveau ». On concevait donc que le nez était l'émonctoire du cerveau. La pituite était froide, contrairement aux autres humeurs, et augmentait en quantité en hiver, la saison la plus en adéquation avec sa nature froide, c'est d'ailleurs à cette période que l'on crachait et que l'on mouchait le plus de pituite. Cette pituite pouvait s'assécher et se déposer en formant des croûtes sur le bord des muqueuses. Cette théorie apparait dans un traité du médecin grec, Claude Galien ( Lib.9 Cap.3). Galien concevait la pituite comme la partie excrémentielles des esprits animaux dans le système ventriculaire. Galien également amené à se prononcer sur l'olfaction ( Lib.8 Cap.7) envisage aussi la lame criblée de l'ethmoïde comme lieu de passage de la pituite (dont la muqueuse est toujours appelée muqueuse pituitaire) .
De nombreuses maladies chroniques s'expliquaient comme des dépôts de pituite (la matière catarrhale) en différents endroits du corps, en particulier les articulations, d'où le terme de rhumatismes, de rhume de hanche, de goutte (dépôt en goutte à goutte). Ces dépôts expliquaient aussi certaines tuméfactions et des abcès froids, comme ceux de la tuberculose (écrouelles). Les troubles d'écoulements de pituite pouvaient expliquer des maladies comme la migraine, l'épilepsie, la sciatique, les hémorroïdes, etc. Cette théorie dite « catarrhale » expliquait également l'épilepsie par une trop grande quantité d'humeur dans le cerveau qui ne pouvait s'évacuer chez les personnes flegmatiques: de flegmatique la personne devenait épileptique. La plupart des maladies du cerveau naissaient de la dyscrasie des humeurs, bien que l'on ait reconnu qu'un choc à la tête ait pu entamer les facultés du cerveau de mouvement, de pensée et de sensibilité.
Encore au , pour Costanzo Varolio, le cerveau, , regorgeait d'humidité, c'est-à-dire de phlegme ou de pituite; . vignette|Théodore de Bry (1528-1598). Livre III du de Gaspard Bauhin (1605). Galien ( Lib.9 Cap.3) et les savants jusqu'à la Renaissance ont cru que la pituite qui sortait des ventricules du cerveau passait par l', soit la tige pituitaire jusqu'à l'hypophyse et de là vers la gorge. L', en latin un entonnoir est représenté ici avec le chiasma optique. (fig. XII) Accompagnant la théorie des humeurs, une recherche intensive a suivi, initiée par Galien pour trouver les canaux qui permettent de drainer la pituite des ventricules du cerveau vers la glande pituitaire, et de celle-ci, à travers la selle turcique, dans les fosses nasales et le pharynx, ce qui finalement mènera à la découverte du canal crâniopharyngien et la tige pituitaire. Vésale très critique par rapport à Galien, sans pour autant remettre en question la théorie catarrhale, niera l'existence de ce passage par la selle turcique, mais on accueillera favorablement l'idée d'un passage par la lame criblée de l'ethmoïde. Lentement la théorie catarrhale a été réfutée, par Van Helmont, puis véritablement par Conrad Victor Schneider dans son de 1660-64 ; le mot « pituite » à la suite de Schneider a eu tendance à disparaître, du moins selon sa signification antique. Comme le dit Jean Royer de Prade en 1667, pour une thématique qui lui tient à cœur, la prise de tabac en sternutatoire, pratique censée purger le cerveau de sa pituite :
Cette pratique de la prise du tabac par l'aristocratie, véritable toxicomanie, prenait généralement prétexte de sa justification médicale (une purge du cerveau, particulièrement en cas de rhume), et trouvera de nouvelles justifications médicales lorsque la théorie catarrhale sera infirmée (le Discours du tabac de Royer de Prade en témoigne). Certaines comédies du milieu du se sont faites l'écho de l'ancienne affirmation anatomique tombée en disgrâce (et de l'ancienne pratique tabagique)L'anatomiste français, Georges Cuvier (1769-1832), habitué des pièces de théâtre qui se jouent dans le cercle de la famille d'Héricy et de la petite société de Valmont en Normandie affirme laconiquement :on pense ici à L'Éloge du tabac prononcé par Sganarelle dans le Dom Juan de Molière en 1665., si ce n'est de la véritable révolution épistémologique qui se profile au milieu du , dont la révocation de la théorie catarrhale n'est qu'un signe avant-coureur, dans ce qu'on appelle aujourd'hui, les neurosciencesOn cite généralement Johann Jakob Wepfer (1620-1695), Thomas Willis (1621-1675) et Nicolas Sténon (1638-1686) . Dans la foulée de Schneider, Sténon, étonne Paris en 1665 par son Discours sur l'anatomie du cerveau qui va orienter la recherche neuroscientifique pour les années qui suivent. .
On appelait tempérament pituiteux, lymphatique ou flegmatique, le tempérament des personnes froides et tranquilles qui dominent leurs émotions. C'est un apport de Galien, car Hippocrate ne décrit pas les pituiteux.
La théorie galénique était au début du largement réfutée.
L'expression rhume du cerveau est toujours utilisée de nos jours ; la croyance en une communication entre le crâne et les fosses nasales est demeurée longtemps vivace dans la population.
Le liquide observé par les anatomistes dans les ventricules du cerveau a été par la suite reconnu comme le liquide céphalo-rachidien.
Notes
Références
Bibliographie ; voir aussi ;
Voir aussi Liens internes Théorie des humeurs ; Catarrhe ; Tige pituitaire ; Glande pituitaire ; Flegmatique.
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