Les éditions du Seuil sont une maison d'édition française créée en 1935 et appartenant au groupe Média participations depuis 2017.

Présentation Créée peu avant la Seconde Guerre mondiale par un groupe d'inspiration catholique réuni autour de l'abbé Plaquevent. Les éditions du Seuil sont fondées au début de l'année 1935 par Jeanne et Henri Sjöberg, sur une idée de l'abbé Jean Plaquevent. Jean Bardet et Paul Flamand en deviennent propriétaire en 1937., la maison d'édition va jouer un rôle majeur dans la production littéraire et intellectuelle en France à partir de l'après-guerre, sous la direction de Jean Bardet et Paul Flamand. Elle doit son nom à cet objectif : « Le seuil, c'est tout l'émoi du départ et de l'arrivée. C'est aussi le seuil tout neuf que nous refaisons à la porte de l'Église pour permettre à beaucoup d'entrer, dont le pied tâtonnait autour. » (lettre de l'abbé Plaquevent, du )Hervé Serry, Les Éditions du Seuil : 70 ans d'histoire, Seuil, 2007, ..

Le Seuil a particulièrement développé la publication de littérature internationale et d'essais en sciences humaines et sociales.

Parmi les succès éditoriaux on peut citer, entre autres, la série des Don Camillo, Le Guépard, et le Petit Livre rouge de Mao Zedong, dont les très grosses ventes ont permis de publier des titres à petits tirages, notamment en sciences humaines, avec la publication des œuvres de Jacques Lacan, Roland Barthes, Philippe Sollers (première période) ou plus tard Edgar Morin, Maurice Genevoix ou Pierre Bourdieu.

De même, le développement de relations de confiance avec les libraires lui permirent très tôt d'asseoir une activité de distribution importante, en assurant par exemple la diffusion des éditions Odile Jacob, éditions de Minuit, José Corti, Payot et Rivages, Les Empêcheurs de penser en rond, La Découverte.

En 1992 est créé Seuil jeunesse.

À partir de 2024, les éditions du Seuil prévoient également d'éditer des genres tels que la romance, la science-fiction ou les thrillers, abrités au sein d'un label dédié.

En 2026, les ouvrages collectifs du Seuil remportent le Trophée de la Création éditoriale.

Seuil jeunesse Les éditions du Seuil sont restées fidèles à leur toute première vocation de publication de littérature d'enfance et de jeunesse, et Seuil jeunesse est créé en 1992, avec Jacques Binsztok et Brigitte Morel comme responsables éditoriaux. Paraissent alors des ouvrages de Květa Pacovská ou de Thierry Dedieu.

En 2009, Françoise Mateu devient responsable éditoriale, puis en 2011, Le Seuil Jeunesse et La Martinière Jeunesse sont réunis dans un même pôle, sous la direction de Béatrice Decroix jusqu'en 2017, puis Séverin Cassan est responsable.

Parmi les auteurs publiés figurent Christophe Léon, Claire Mazard, Bertrand Solet, Jo Witek, Henning Mankell, Luc Blanvillain, Arthur Ténor, Mikaël Ollivier ou Ahmed Kalouaz.

Les éditions du Seuil jeunesse sont les premières, en 2005, à inclure dans les albums des films d'animation, réalisés par les artistes eux-mêmes (À Quai de Sara, Promenade d'un distrait de Beatrice Alemagna, sur un texte de Gianni Rodari).

Prix littéraires En nombre de prix littéraires, les éditions du Seuil se classent au troisième rang des maisons d'éditions françaises avec , derrière Gallimard et Grasset.. Cette suprématie a valu à ces maisons le sobriquet ironique de Galligrasseuil, initialement forgé par le journaliste québécois Louis-Bernard Robitaille, souvent repris depuis, en particulier par Le Canard enchaîné.

La première consécration du Seuil dans ces palmarès vient du prix Renaudot en 1947, mais c'est son premier prix Goncourt en 1959 pour Le Dernier des Justes, d’André Schwarz-Bart, qui assure au Seuil une immense notoriété. S’ensuivront , dont Renaudot, Médicis et prix Goncourt. En 1980, Le Seuil a obtenu quatre Prix (Medicis, Renaudot, Académie et France Inter), et trois en 2014 (Médicis, Goncourt et Décembre).

Du fait de son intérêt pour la littérature internationale, Le Seuil est en outre l'éditeur en France de plusieurs Prix Nobel de Littérature, qu'il a souvent contribué à faire découvrir : T. S. Eliot (1948), Alexandre Soljenitsyne (1970), Heinrich Böll (1972), Gabriel García Márquez (1982) José Saramago (1998), Günter Grass (1999), J.M. Coetzee (2003), Elfriede Jelinek (2004), Mo Yan (2012), Alice Munro (2013).

Historique vignette|Immeuble historique et son célèbre if, au , à Paris.

Débuts 1935-1945 La première ébauche de ce qui deviendra les éditions du Seuil a été lancée le , par le publicitaire Henri Sjöberg, à l'instigation de l'abbé Jean Plaquevent qui avait également fondé la « Société de Saint Louis », regroupant des jeunes gens catholiques. Ceux-ci, dont Paul Flamand et Jean Bardet, vinrent d'abord en soutien à Henri Sjöberg et son épouse. En 1937, sous l'arbitrage de Jean Plaquevent, Jean Bardet racheta la petite maison d'édition dont il devint le directeur commercial, associé à Paul Flamand le directeur littéraire, Henri Sjöberg restant lui-même conseiller techniqueDossier Jean Plaquevent. Archives de l'Église de France. Issy-les-Moulineaux..

Après avoir publié, avant guerre, des ouvrages destinés à l'édification de la jeunesse, la maison d'édition renaît à la Libération, d'abord en étroite relation avec la revue Esprit d'Emmanuel Mounier, puis prend son propre essor dans le contexte du renouvellement intellectuel de l'après-guerre, au cœur de Saint-Germain-des-Près.

Développement 1945-1979 Dès la fin des années 1940, Jean Bardet et Paul Flamand s'engagent pour le rapprochement avec la « nouvelle Allemagne » et la construction européenne. Le caractère innovant à cette époque de la publication d'une littérature allemande contribuera à élargir l'audience du Seuil. En 1972, Heinrich Böll recevra le premier prix Nobel couronnant un ouvrage publié au Seuil, suivi par Günter Grass en 1999.

L'engagement en faveur de la décolonisation devient crucial dès le début des années 1950, avec la publication d'auteurs d'Afrique du nord et subsaharienne, ou d'essais dénonçant la torture au cours d'affrontements alors contemporains (Seconde Guerre mondiale, guerres d'Indochine et d'Algérie). Le Seuil publiera à cette époque les écrits de Frantz Fanon et d'Edouard Glissant.

Dans les années 1960, l'éditeur va confirmer son ouverture vers les sciences humaines et sociales, la littérature internationale et d'avant-garde. Des innovations dans le mode de distribution et le public visé amèneront notamment à créer la collection de poche Points.

La tentative de développement d'une filiale audiovisuelle s'avérera cependant un échec..

Successeurs : 1979-2004 En 1979, Jean Bardet et Paul Flamand prennent leur retraite en même temps. Ils choisissent de confier la maison à leur directeur général, Michel Chodkiewicz, philosophe spécialiste de l'Islam, auquel il s'est converti. Les directeurs littéraires sont François Wahl pour la psychanalyse et les sciences, Jean-Marie Borzeix pour la littérature, Jean-Claude Guillebaud pour les essais.

À partir de 1989, la direction est assurée par Claude Cherki, qui, pendant ses quinze années à la tête des Éditions du Seuil s'applique à développer en particulier les secteurs « jeunesse », « poche » et « image ».

Rachat et direction (depuis 2004) Le , Claude Cherki organise le rachat des éditions du Seuil par La Martinière. Six mois plus tard, il démissionne en raison d'un conflit d'intérêts lié à cette opération. Il est remplacé par Pascal Flamand. (PDG) et Olivier Cohen, qui fonde la filiale L'Olivier. À la suite du rachat, la société de distribution Volumen est créée, mais des problèmes logistiques conduisent plusieurs éditeurs à quitter le groupe.

En , Laure Adler est nommée responsable du secteur littéraire du Seuil, tandis qu'Olivier Cohen reprend L'Olivier. La collection Points, filiale poche du Seuil, devient un éditeur indépendant. Le groupe continue sa politique de croissance et intègre notamment les éditions Danger Public et Petit à Petit. Des tensions apparaissent au sein de la maison, et en , l'éditeur Hervé Hamon quitte Le Seuil, exprimant son désaccord avec la direction de la maison.

En , Denis Jeambar, journaliste et écrivain, est nommé directeur général du Seuil. Il a été ancien directeur adjoint de la rédaction du magazine Le Point, ancien président du groupe L'Express-L'Expansion et directeur de la rédaction de L'Express. Fin 2006, Laure Adler quitte la maison. Au printemps 2010, Le Seuil déménage de ses locaux historiques du 27, rue Jacob, dans le quartier Saint-Germain-des-Prés, pour s'installer à la porte d'Orléans, à Montrouge, tout en conservant son siège dans le 14e arrondissement de ParisPas de quartier pour les éditeurs dans Libération du 2 novembre 2009. Olivier Bétourné devient PDG, puis est remplacé par Hugues Jallon en ..

Le groupe Média-Participations rachète La Martinière, incluant les éditions du Seuil, en 2017. En , Coralie Piton prend la présidence du Seuil.

Collections Littérature « Écrivains de toujours » fut imaginée en 1949 par Jean Bardet et Paul Flamand. Albert Béguin aurait dû en être le directeur, mais c'est Francis Jeanson qui en prit alors la direction. Les premières maquettes sont confiées à Chris Marker. « Cadre Rouge », collection littéraire dont le graphisme est confié à Pierre Faucheux en 1958. Cette collection participera à l'image de marque de la maison. Sa direction en a été assurée par René de Ceccaty à partir de 1997. « Écrire » lancée en 1956 par Jean Cayrol « Cadre Vert », consacrée aux traductions, sera l'un des éléments du succès de la maison. « L'Intégrale », dirigée par Luc Estang, dans laquelle sont publiées, de 1962 à 1994, les œuvres complètes de grands auteurs classiques. « Fiction & Cie » est créée par Denis Roche en 1974. Bernard Comment lui succède à l'automne 2004. La collection a notamment accueilli des œuvres de Julien Péluchon, Jacques Henric, Natacha Michel, Jean-Marie Gleize, Catherine Millet, Antoine Volodine, Olivier Rolin. « Les Contemporains » est créée par Denis Roche. La collection comporte des monographies consacrées à : Antonin Artaud, par Camille Dumoulié ; Louis-René des Forêts, par Jean Roudaut ; Witold Gombrowicz, par Jean-Pierre Salgas ; Pierre Klossowski, par Alain Arnaud ; Georges Perec, par Claude Burgelin ; Robert Pinget, par Pierre Taminiaux ; Alain Robbe-Grillet, par Roger-Michel Allemand ; Salman Rushdie, par Marc Porée et Alexis Massery ; Nathalie Sarraute, par Arnaud Rykner ; Claude Simon, par Lucien Dällenbach ; Philippe Sollers, par Philippe Forrest. La Librairie du est créée par Maurice Olender en 1989 qu'il a dirigée jusqu'à son décès en . Après avoir créé sa collection « Textes du » chez Hachette en 1985 (dix- neuf titres), il crée la collection La Librairie du , qui devient ensuite La Librairie du . En 2019, celle-ci comptait et dans une quarantaine de langues. Les auteurs publiés d'abord chez Hachette l'ont suivi au Seuil. Voici comment Le magazine Page des libraires présente cette collection et son directeur : « Olender : être contemporain de son présent », entretien de Maurice Olender avec Olivier Renault, Page des libraires, mars 2009.. En , la direction de la collection est confiée à Christine Marcandier, universitaire et critique littéraire. « Poétique » est fondée en 1970 par Gérard Genette et Tzvetan Todorov.

Sciences humaines et sociales « L'Histoire Immédiate », fondée par Jean Lacouture en 1961, accueille notamment les œuvres de Germaine Tillion, René Dumont, Edgar Morin et Emmanuel Todd. Elle est aujourd'hui dirigée par Jean-Claude Guillebaud. « Tel Quel » (1963-1982), dirigée par Philippe Sollers, publiait principalement des collaborateurs de la revue du même nom (Barthes, Derrida, Genette, Kristeva). « Champ freudien », collection de psychanalyse fondée par Jacques Lacan en 1964. Elle est depuis dirigée par Jacques-Alain Miller et Judith Miller.