Le Roi et l'Oiseau est un film d'animation français créé par Paul Grimault sur des textes de Jacques Prévert, d'après La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen. Il sort en 1980 mais sa préparation a commencé dès 1946.
Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, les ambitions sont grandes pour le studio d'animation Les Gémeaux : il se veut le premier du genre en Europe grâce au projet confié à Grimault qui doit aboutir au premier long métrage d'animation français. À la fin de la décennie, des désaccords financiers vont cependant mener l'équipe d'animation à sa perte : une partie est congédiée par les producteurs tandis que les membres restants se pressent d'achever ce qui est déjà accompli : Le Roi et l'Oiseau sort ainsi une première fois en mai 1953 dans une version intitulée La Bergère et le Ramoneur mais désavouée par Grimault et Prévert. Les de celle-ci sont néanmoins jugés impressionnants et le film remporte un prix au Festival de Venise ainsi que l'admiration de nombreux techniciens du monde de l'animation, dont les futurs fondateurs du Studio Ghibli.
Des années plus tard, les droits du producteur du film sont rachetés par Grimault, qui se remet au travail malgré la dissolution entre-temps de l'équipe originale et la mort en 1977 de Prévert survenue lors des derniers préparatifs pour la mise en chantier de la nouvelle version. Définitive et intitulée Le Roi et l'Oiseau, celle-ci sort finalement au cinéma en mars 1980 où elle reçoit un accueil critique très favorable et de nombreuses récompenses . Le film est également ressorti en version remasterisée en 2003.
Le Roi et l'Oiseau constitue un jalon dans l'histoire du dessin animé : premier long-métrage d'animation mis en chantier en France, il s'éloigne des canons du style de Walt Disney et veut proposer au-delà du public d'enfants et d'adolescents traditionnel des réflexions philosophiques grâce à une fable politique et sociale. Il est d'autre part une aventure humaine, le fruit de la collaboration étroite de très nombreux techniciens du monde de l'animation, formés en même temps que chaque version progresse. Le Roi et l'Oiseau est enfin le symbole d'une profonde complicité créative entre Grimault et Prévert, qui ne cesse qu'au décès du poète, alors que tous deux travaillent encore sur le film.
Synopsis vignette|redresse|droite|alt=Peinture ovale d'une jeune fille en robe parée de fleurs et portant une cruche à son coude.|La Cruche cassée peinte par Jean-Baptiste Greuze. Le portrait du roi va briser la cruche de ce tableau, placé au-dessus de la cheminée ; l'eau qui s'en écoule éteint le feu pour permettre aux héros de s'enfuir par le conduit ainsi dégagé. Le roi Charles-V-et-trois-font-huit-et-huit-font-seizeÉcrite dans le film sous la forme « Charles V + III = VIII + VIII = XVI ». règne en despote mégalomane sur le royaume de Takicardie. Toute la ville est remplie de sculptures à sa gloire, des formes canoniques où le visage anonyme est remplacé par celui du tyran dictatorial, et il élimine arbitrairement ceux qui le contrarient grâce à un système de trappes dissimulées dans le plancher du palais. Un peintre du roi l'apprend d'ailleurs à ses dépens lorsqu'il a l'audacieux professionnalisme de peindre le monarque tel qu'il est : avec son strabisme. Après avoir traité les affaires courantes, le roi se rend dans ses appartements secrets, dans la plus haute tourelle du palais, accessible uniquement par le biais d'un ascenseur privé. Là, il admire chaque soir un tableau représentant une belle bergère, et regarde avec mépris le petit ramoneur qui lui fait face.
Le soir de l'acquisition de son nouveau portrait, le Roi en corrige lui-même le regard pour effacer la convergence des yeux, puis, faute de supporter de se voir tel qu'il est dans un miroir, brise celui-ci à coups de chandelier. La nuit venue, les personnages des tableaux et les sculptures dans les appartements prennent vie, comme à leur habitude. La Bergère et le Ramoneur, voisins depuis bien longtemps et liés par un amour qui ne fait que fortifier leurs velléités de rébellion, projettent de s'enfuir pour échapper à cette prison dorée et découvrir le monde. Mais la statue d'un cavalier antique leur oppose qu'ils ne sont pas faits l'un pour l'autre ; le nouveau portrait du Roi, celui-là même qui fut corrigé de son strabisme, s'anime alors à son tour et offre d'épouser la Bergère, approuvé en cela par le cavalier, qui rappelle que les bergères, dans les contes, épousent les rois ; il décide également que le mariage se fera le soir-même. La jeune fille entreprend alors avec le Ramoneur de s'enfuir des appartements par le conduit de la cheminée, tous deux quittant le cadre de leurs tableaux. Le trouble qui s'ensuit réveille le Roi qui dormait là ; le tyran se retrouve alors face à son double peint, sorti à son tour du cadre, et une lutte s'engage entre les deux représentants du pouvoir. Le double finit par se débarrasser de son modèle dans une trappe, puis lance sa police secrète à la poursuite des deux amoureux afin de capturer le « petit ramoneur de rien du tout » et épouser la belle bergère.
vignette|gauche|alt=Dessin d'un jeune ramoneur revêtu d'une combinaison réconfortant une bergère vêtue d'une robe élégante sur le rebord d'un conduit de cheminée.|Les deux héros du conte, tels qu'illustrés par Vilhelm Pedersen. De leur côté, les deux jeunes gens découvrent le monde, en l'occurrence les toits du gigantesque palais de Takicardie. Dans leur promenade émerveillée, ils vont apercevoir un oisillon en difficulté, pris au piège dans une cage au bord du vide ; l'agilité du Ramoneur lui permet de sauver le petit, qui s'avère être le rejeton le plus turbulent du non moins turbulent Oiseau. Celui-ci, dont l'épouse a été tuée dans un « accident de chasse » à attribuer au Roi, a l'habitude de narguer son ennemi depuis les cieux. Avec son aide, les deux amants parviennent à fuir la police, mais leur entreprise est mise à mal par les multiples pièges des agents du Roi. Séparés de l'Oiseau, la Bergère et le Ramoneur se perdent dans la ville basse, où ils suscitent la pitié et l'admiration des pauvres qui n'ont jamais vu la lumière du jour et ignorent à quoi ressemble un oiseau.
Le Roi finit cependant par capturer la Bergère et prépare leur mariage public, qui sera célébré en grande pompe. Le Ramoneur et l'Oiseau, capturés par la police, sont envoyés à l'usine qui fabrique tous les objets destinés à la propagande royale pour travailler sur la chaîne de montage des effigies du Roi. Le Ramoneur reporte sa colère sur les représentations royales, qu'il barbouille ; las de ce travail aliénant, l'Oiseau s'amuse avec son jeune compagnon à maculer les statues d'une peinture insolente et de quelques plumes colorées. Pour ce crime de lèse-majesté, ils sont alors jetés à la fosse aux lions, qu'ils parviennent à transformer en alliés grâce à l'aide d'un joueur d'orgue de barbarie aveugle, qui charme les fauves puis va les aider à s'échapper ; la population de la ville basse sort de l'ombre, attirée par cet étrange et joyeux cortège mené par l'Oiseau et le Ramoneur, et tous arrivent jusqu'au palais où ils empêchent le mariage.
Le Roi s'enfuit néanmoins avec la Bergère sur son automate géant, qui devait servir à l'animation de la cérémonie, mais l'Oiseau parvient à en prendre le contrôle après avoir assommé le machiniste. Il démolit alors le palais avec le robot, d'abord maladroitement puis de plus en plus méthodiquement. Pendant ce temps, le Ramoneur affronte le Roi au sommet de l'Automate. Acculé, le Roi tente de poignarder le Ramoneur dans le dos, mais l'Oiseau l'en empêche en le saisissant avec la main de la machine puis active une soufflerie qui propulse le Roi loin dans les airs.
Tous les habitants ont fui la ville, qui n'est plus qu'un monceau de gravats. Seul reste l'Automate abandonné, assis dans une posture pensive. Au petit jour, l'un des oisillons de l'Oiseau s'est encore fait piéger dans une cage, mais personne n'est plus là pour le libérer. L'Automate s'anime alors, sans machiniste, et, de sa propre volonté, libère l'oisillon, puis écrase la cage d'un coup de poing.
Fiches techniques La Bergère et le Ramoneur (1953) vignette|redresse|alt=Portrait en plongée de trois quarts d'une femme aux traits fins, l'élégante coiffure protégée par un foulard.|Anouk Aimée, l'interprète originale de la Bergère. Titre : La Bergère et le Ramoneur Réalisation : Paul Grimault Scénario : Jacques Prévert et Paul Grimault, d'après La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen Dialogues : Jacques Prévert Découpage technique : Pierre Prévert et Paul Grimault Animation : Henri Lacam, Léon Dupont, Gabriel Allignet, Georges Juillet, Alberto Ruiz, Pierre Watrin, Jacques Leroux, Roland Genestre, Jacques Vausseur ; et P. Granger, G. Dubrisay, J. Mutschler, P. Landrot, P. Ovtcharoff, J. Rannaud, R. Rosé, R. Segui Son : Antoine Archimbault Montage : Gilbert Natot Musique : Joseph Kosma Chansons : Jacques Prévert et Joseph Kosma, interprétées par J. Jansen, F. Loris, E. Amado et Pierre Brasseur (la berceuse) Enregistrement et choix des voix : Pierre Prévert Production : André Sarrut Sociétés de production : Les Gémeaux, Clarges Films Société de distribution : Alliance Générale de Distribution Cinématographique (AGDC) Budget : au moins (au moment de la rupture) Pays de production : Langue originale : français Format : Technicolor AGDC – 35mm – 1,37:1 – Son mono Durée : Date de sortie : aux cinémas parisiens Normandie et Rex.
Le Roi et l'Oiseau (1980)
Titre : Le Roi et l'Oiseau Réalisation : Paul Grimault Scénario : Jacques Prévert et Paul Grimault, d'après La Bergère et le Ramoneur de Hans Christian Andersen Dialogues : Jacques Prévert Décors : Paul Grimault, avec la collaboration artistique de Lionel Charpy et Roger Duclent ; pour les extraits de La Bergère et le ramoneur : Louis Danet, Roger Duclent, Bernard Fiévé, Michel Saufnai, E. Zilahy pour les décors et Geneviève Helbig pour le traçage et le gouachage Animation : Gabriel Allignet (engrenages, démolitions, eau, feu, etc.), Alain Costa (le petit clown, l'oisillon), Guy Faisien (les fauves), Philippe Landrot (le Roi), Philippe Leclerc (le Robot et, avec Émile Bourget, le feu d'artifice), Franco Milia (l'Oiseau du prologue), Alberto Ruiz (la Bergère, le Ramoneur, le Maire) ; et Henri Lacam, Marcel Colbrant, Jean Vimenet, Bernard Roso, Pierre Watrin, Coraline Yordamlis. ; et pour les extraits de La Bergère et le ramoneur : Henri Lacam, G. Allignet, J. Aurance, Gilbert Dubrisay, Roger Dumotier-Cazes, L. Dupont, R. Genestre, P. Granger, G. Juillet, P. Landrot, J. Leroux, L. Logé, Robert Moreau, J. Mutschler, P. Ovtcharoff, J. Rannaud, R. Richez, R. Rosé, A. Ruiz, R. Ségui, J. Vausseur, P. Watrin Traçage : Gigi Bonnin, Simone Bruyères, Lidia Cardet, Françoise Gillot, Colette Jacquemot, Charlotte Roger Gouachage : Madeleine Camolli-Beauchesne, Frédérique Doyère et Pierre Grimault Image : Gérard Soiran Son : Henri Gruel, René Hanotel Montage : Paul Grimault (image), Aline Asséo et René Chaussy (son) Musique : Wojciech Kilar Chansons extraites de La Bergère et le Ramoneur : Jacques Prévert (paroles), Joseph Kosma (musique), Jacques Jansen, Eric Amado et Jean Martin (chant) Choix des voix et collaboration artistique : Pierre Prévert Sociétés de production : Les Films Paul Grimault, Les Films Gibé, Antenne 2 Sociétés de distribution : Gebeka Films (reprise de 2003), Sophie Dulac Distribution (version restaurée de 2013) Pays de production : Langue originale : français Format : Eastmancolor – 35mm – 1,37:1 – Son mono Durée : Dates de sortie : , à Paris, dans la salle du Studio 28, rue Montmartre
(première version restaurée) ; (seconde version restaurée)
Distribution vignette|redresse|alt=Dessin sur fond noir des silhouettes d'un homme brandissant balai et échelle sur le rebord d'un conduit de cheminée.|Silhouette du Ramoneur esquissée par Hans Christian Andersen.