Le HMS Bellerophon est un navire de ligne de rang de construit pour la Royal Navy. Lancé en 1786, ce navire de est actif au cours des guerres de la Révolution française et des guerres napoléoniennes, la plupart du temps sur des missions de blocus maritime ou d'escorte de convoi. Connu des marins comme le Billy Ruffian, il participe à trois combats notables : la bataille du 13 prairial an II (combat de prairial), la bataille d'Aboukir et la bataille de Trafalgar. Il est le navire à bord duquel finit par se rendre, mettant ainsi fin à près de de guerre continue avec la France.
Construit à Frindsbury, le Bellerophon est initialement quillé pour la réserve de la Royal Navy. Brièvement armé pendant la crise de Nootka et la guerre russo-turque de 1787-1792, il entre en service avec la Channel Fleet (« flotte de la Manche ») au début des guerres de la Révolution française et prend part au combat de prairial en 1793. Le Bellerophon manque d'être capturé par les Français en 1795 sans l'audace du vice-amiral William Cornwallis peu avant la bataille de Groix. Il joue un rôle mineur dans l'interception d'une force d'invasion française à destination de l'Irlande en 1797, puis rejoint la Mediterranean Fleet (« flotte de la Méditerranée ») sous le commandement de John Jervis. Détaché pour renforcer la flotte du contre-amiral Horatio Nelson en 1798, il participe à la défaite d'une flotte française à la bataille d'Aboukir. Il est ensuite envoyé en Angleterre puis aux Antilles, où il passe la période de la paix d'Amiens en escortant des convois entre les Antilles et l'Amérique du Nord.
Le Bellerophon retourne dans les eaux européennes pour la reprise de la guerre avec la France, rejoignant une flotte sous le commandement du vice-amiral Cuthbert Collingwood qui fait le blocus de Cadix. La flotte britannique, alors commandée par Horatio Nelson, engage la flotte franco-espagnole quand elle sort du port. Lors de la bataille de Trafalgar qui en résulte le , le Bellerophon subit de lourdes pertes dont son capitaine John Cooke. Après des réparations, le Bellerophon réalise des blocus de flottes ennemies dans la Manche et la mer du Nord. Il entre en mer Baltique en 1809, pour des attaques sur des navires russes et en 1810 il est de retour au large des côtes françaises pour de nouveaux blocus portuaires. Il est utilisé comme navire d'escorte de convoi entre 1813 et 1814 en Amérique du Nord et en 1815 il participe à un blocus du port français de Rochefort. En , vaincu à Waterloo, ne peut s'échapper vers l'Amérique à cause du blocus du Bellerophon. Il se rend alors à bord du navire pour finalement se rendre aux Britanniques. C'est le dernier service en mer du Bellerophon qui est retiré du service et transformé en ponton d'emprisonnement en 1815, puis rebaptisé HMS Captivity en 1824 afin de libérer le nom pour un autre navire. Déplacé à Plymouth en 1826, il est en service jusqu'en 1834, lorsque les derniers détenus le quittent. L'Amirauté le vend en 1836 et il est démoli.
Construction et mise en service Le HMS« HMS » est un préfixe de navire utilisé dans la , et correspond à l'abréviation de ou selon que le monarque anglais est de sexe féminin ou masculin. Bellerophon est commandé le au chantier naval Edward Greaves and Company de Frindsbury dans le Kent, à partir de plans développés par le Surveyor of the Navy Thomas Slade... Il est considéré comme le huitième navire sur douze de la . Cette classe de navire a été développée par Slade en 1758 sur la base de la . Pour autant, comme il s'agit d'une évolution légère de la classe Arrogant par rapport deux aux premiers navires, le et le , il peut aussi être considéré comme appartenant à une sous-classe, la classe Edgar, nommée d'après le troisième navire, le . L'évolution date de 1774 et elle est approuvée par l'Amirauté le ..
thumb|left|alt=Dessin en noir et blanc du navire lors de sa construction.|Dessin anonyme du Bellerophon à Frindsbury avant son lancement (vers 1786).
Le contrat est signé entre l'Amirauté et Edward Greaves le . après que l'Amirauté eu reçu l'assurance qu'Edward Greaves ne débauchera pas de travailleurs du propre chantier naval de l'amirauté à Chatham et dont la proximité soulève des inquiétudes sur ce sujet.Les chantiers navals privés offrent des salaires plus élevés que les chantiers de la Royal Navy.. La quille est ainsi posée à Frindsbury en . Le navire mesure au pont-batterie et à la quille pour une largeur de , soit un tonnage de 1,612 bm. Ce trois-mâts carré est prévu pour un armement de : de à la batterie, de à la seconde et de (en deux groupes) sur les gaillards.
Le navire est nommé Bellerophon d'après le guerrier et héros de la mythologie grecque Bellérophon qui montait le cheval ailé Pégase et tua le monstre Chimère.. Cette décision est prise avant par le Premier Lord de l'Amirauté (First Lord of the Admiralty) John Montagu, comte de Sandwich, s'inspirant, semble-t-il, du Bibliotheca Classica de John Lemprière qu'il garde sur son bureau. La prononciation s'avère cependant difficile pour les marins ordinaires de cette période, et il est largement connu par des variantes dont la plus notable est Billy Ruffian ou Billy Ruffn, bien que Belly Ruff One apparaît dans un écrit de Thomas Rowlandson datant de 1810 et Bellyruffron dans le roman Poor Jack (1840) de Frederick Marryat... Le navire est décoré d'une figure de proue de Bellérophon.
Au moment où le Bellerophon est lancé, il n'y a pas de besoin pressant pour de nouveaux navires de guerre. La signature du traité de Paris de 1783 ayant mis fin à la guerre d'indépendance des États-Unis alors que le Bellerophon est encore en construction. Bien que le contrat avec Greaves stipule que le navire doit être prêt pour un lancement en , le Bellerophon passe deux années en cale de construction, probablement pour permettre à son bois d'être séché, ce qui est un « luxe » désormais possible grâce à l'absence de besoins militaires pressants.. Lorsque le lancement vient, il est retardé à plusieurs reprises pour avoir finalement lieu en . Il est lancé avec peu de cérémoniel le par le commissaire Charles Proby du chantier naval de Chatham... Il est ensuite remorqué sur la rivière Medway et ancré au large du chantier naval de Chatham. Il est mis en cale sèche le où sa coque est équipé d'un doublage en cuivre, puis il est équipé pour la réserve de la Royal Navy. La somme finale versée à Greaves pour la construction du navire est de , et autres sont dépensés pour sa mise en service (équipement). La construction et la mise en service du Bellerophon aura nécessité , de boulons de fer, de boulons de cuivre, , de cuivre, de goudron, d'huile de lin, de peinture, de toiles, de boulets, de poudre à canon, de provisions et d'eau..
thumb|upright|alt=Portrait de Thomas Pasley, le premier commandant du navire.|Thomas Pasley, ici en contre-amiral dans un portrait de 1795 par Lemuel Francis Abbott. Premier commandant du Bellerophon, la Naval Gold Medal qu'il a gagnée à son bord est visible.
En cale sèche à Chatham pendant les années de paix, le Bellerophon est mis en service en lorsque la crise de Nootka éclate. Alors qu'une guerre avec l'Espagne est à craindre, les navires de guerre se trouvant dans la réserve de la Royal Navy commencent à être remis en service et équipé pour la mer. Le capitaine Thomas Pasley, devient le premier commandant du Bellerophon le et il commence le processus de sa préparation pour le service actif.. Après un mois passé à équiper le navire avec des canons, des mâts, des magasins et un gréement, ainsi qu'à recruter un équipage, Pasley ordonne la mise à l'eau le et le Bellerophon descend la Medway pour s'ancrer avec d'autres navires dans la zone du Nore..
Depuis le Nore, le Bellerophon met le cap sur Les Downs et rejoint la flotte qui y est stationnée. Le navire passe trois semaines dans la rade, son équipage s'entraînant aux canons, avant de rejoindre Spithead.. La crise diplomatique avec l'Espagne diminue largement en et le Bellerophon est envoyé à Sheerness à la fin novembre.. Il reste en service, encore sous le commandement de Pasley, au cours de la guerre russo-turque de 1787-1792. Mais cette période de tension n'éclatant pas non plus en guerre ouverte, le Bellerophon est renvoyé à Chatham qu'il atteint le .
Guerres de la Révolution française Avec le déclenchement des guerres de la Révolution française, le Bellerophon est mis en service en avec comme commandant son ancien capitaine Thomas Pasley. Ce dernier équipe le navire pour la mer et rejoint la Channel Fleet (« flotte de la Manche ») de l'amiral Richard Howe.. La Channel Fleet prend le large le avec l'ordre de patrouiller au large de Brest dans l'espoir d'intercepter et de détruire la flotte française basée là. Le , alors qu'il navigue au sud-ouest des Sorlingues, le Bellerophon entre en collision avec le à cause de coups de vent. Le Bellerophon perd son beaupré, son mât de misaine et son grand mât, tandis que sa figure de proue et son bec avant sont endommagés, nécessitant de rebrousser chemin vers Plymouth pour des réparations.
Après avoir été réparé, le Bellerophon rejoint la Channel Fleet qui patrouille désormais dans les atterrages occidentaux. Il acquiert une réputation de navire rapide et reçoit le surnom de The Flying Bellerophon (« Le Bellerophon volant »).. En , Howe l'affecte à un escadron composé des navires de lignes les plus rapides et il confie le commandement de l'escadron à Pasley avec le grade temporaire de commodore. Comme Pasley est responsable d'un escadron, le capitaine William Johnstone Hope reçoit le commandement du Bellerophon en , tandis que le pavillon de Pasley est arboré par le navire sur lequel il est à bord pour signaler la présence du commodore. Pendant les cinq mois suivants, la Channel Fleet patrouille au large d'Ouessant et de la côte bretonne..
Bataille du 13 prairial an II
thumb|left|alt=Tableau montrant deux navires échangeant des bordées dans la fumée des canons.|Lord Howe lors de la bataille du 13 prairial an II (1795) de Philippe-Jacques de Loutherbourg. Le combat le Montagne.
La Channel Fleet joue un rôle important dans les phases finales de la campagne atlantique de mai 1794, où Howe patrouille dans l'océan Atlantique dans l'espoir d'intercepter un convoi français commandé par l'amiral Pierre Jean Van Stabel. La principale flotte française commandée par l'amiral Louis Thomas Villaret de Joyeuse est également en mer. Howe envoie Pasley, récemment promu rear admiral, en éclaireur avec son escadron rapide constitué du Bellerophon et, notamment, des vaisseaux de lignes de , et .. Le à , la frégate Le HMS Phaeton sera en 1808 à l'origine d'un incident dans la baie de Nagasaki au Japon. signale au Bellerophon avoir observé une flotte. Pasley mène l'escadron enquêter et il arrive en vue d'une grande flotte à . Il dénombre trente-trois navires, dont au moins vingt-trois semblent être des vaisseaux de ligne.. Pasley parvient à confirmer que ces navires sont français à midi, puis remonte l'information à Howe.. Ce dernier ordonne une poursuite et le soir les grands navires britanniques, avec l'escadron volant de Pasley, entrent en contact avec l'arrière-garde française. Le Bellerophon est le premier navire à entrer en action lorsque le Révolutionnaire de vient à bloquer son approche. Pasley effectue un virement de bord pour approcher le navire français et commence à échanger des bordées avec celui-ci.. Le feu nourri du Révolutionnaire cause d'importants dommages au Bellerophon, en particulier sur son grand mât. Le Bellerophon combat seul jusqu'à ce que le reste de l'escadron rapide et deux navires de la flotte principale, le et le , arrivent pour lui prêter main-forte... Le Bellerophon endommagé dérive ensuite du centre de l'action et, à la nuit tombante, Howe signale à sa flotte de reformer une ligne de bataille et d'attendre le lendemain matin pour reprendre le combat.