Le symbolisme des arbres concerne les arbres dans leur capacité à désigner, à signifier, voire à exercer une influence en tant que symbole. L'arbre en général est symbole (de l'homme, du cosmos, de la vie…), et chaque arbre en particulier est un symbole (le chêne symbolise la majesté, l'aulne, l'humilité).

Les textes des troubadours, des conteurs et des poètes de toutes les époques chantent l'arbre comme l'axe du monde, la flamme de vie, le pont du ciel, l'image de l'éternelle vigueur. De par sa verticalité, l'arbre est le lieu sacré où le ciel s'enracine à la terre. Ses racines fouillent les profondeurs cachées du sol dans lequel elles se développent, son tronc et ses branches maîtresses fendent l'espace aérien ; c'est dans les hauteurs que se balancent ses fines ramures et ses fleurs. L'arbre met en relation les trois niveaux du cosmos. L'arbre est le symbole par excellence de la vie en perpétuelle évolution. Le déroulement de son cycle annuel l'associe tout naturellement à la succession de la vie, de la mort et de la renaissance.

On rencontre des arbres sacrés, des rites et des symboles végétaux dans les traditions populaires du monde entier, dans les métaphysiques et les mystiques de tous les temps, des époques archaïques jusqu'à nos jours. Parfois, l'univers est représenté par un arbre géant ; dans d'autres traditions, l'humanité naît d'un arbre. L'arbre est toujours associé à ce qui est vivant et créateur.

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Distinctions Diverses classifications sont possibles, selon les critères choisis. D'après la valeur religieuse : arbres profanes, arbres sacrés (le chêne des druides, le pippal des bouddhistes…). Arbres réels, arbres imaginaires (l'Arbre de vie, le frêne Yggdrasil dans la mythologie scandinave…). Arbres bénéfiques, arbres maléfiques (dont l'arbre à poison). Arbres mâles (seulement des fleurs mâles : le diospyros mespiliformis), femelles (seulement des fleurs femelles), hermaphrodites (le hêtre, le chêne rouvre…). Arbre social, arbre solitaireC. F. Laudry, L'arbre, éd. André Eiselé, Lausanne, 1966, 64 p.. D'après l'usage : arbres ornementaux (le platane, le magnolia…), arbres fruitiers (le pommier, le cerisier…), arbres à bois (le sapin, le chêne…). Symbole, symbolique, symbolisme, symbologie. Symbolique et symbolisme sont liés. 1) "Le symbole est un signe concret évoquant par un rapport naturel quelque chose d'absent ou d'impossible à percevoir" (André Lalande, Vocabulaire technique et critique de la philosophie). 2) Le symbolisme des arbres concerne d'une part leur capacité à signifier, peut-être à agir, influencer, activer, d'autre part leur statut à être interprétées. 3) La symbolique des arbres concerne le système signifiant des arbres : d'une part, ils forment ensemble un système, un tout, un ensemble, un complexe, d'autre part, chacun entre dans un réseau (chacune appelle son opposé, son proche, etc.). 4) La symbologie est la théorie : histoire, usages, valeurs… Syntaxe, sémantique, pragmatique. L'approche sémiotique, depuis Charles W. MorrisCharles W. Morris, Foundations of the Theory of Signs, article dans l’International Encyclopedia of Unified Science, 1938. Tr. fr. partielle : "Fondements de la théorie des signes", Langages, vol. 35 (1974), , Paris, Larousse., examine trois points de vue, qui peuvent s'appliquer aux arbres : 1) la syntaxe (les rapports entre arbres), 2) la sémantique (le sens des arbres, ce qu'ils désignent indirectement, par analogie naturelle), 3) la pragmatique (l'utilisation symbolique des arbres dans une situation de communication).

Le système des arbres Une symbolique implique un système, c'est-à-dire une complexité variée (elle comporte plusieurs éléments), interactive (ses éléments agissent les uns sur les autres), organisée (elle obéit à un ordre, tel que succession, priorité), totale (quand on modifie un élément les autres sont modifiés) et finalisée (elle vise un but, en général la signification). Les arbres forment système, dans la nature comme dans l'imaginaire : la Bible associe l'arbre de la vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal (Genèse, II, 9). Certains arbres forment des biogroupes (par exemple : le hêtre, l'épicéa, le sapin, le douglas).

Analogies et correspondances Voir : Analogies et correspondances. L'historien des religions Mircea Eliade explique que les cultes rendus aux arbres ne relèvent pas d'un sentiment panthéiste d'adoration à l'égard de la nature, mais d'un sentiment profond suscité par le symbolisme de l'arbre : l'arbre en tant que pont entre une réalité spirituelle invisible et une réalité concrète et sensible. L'arbre est un symbole parfait car il réunit tous les niveaux du réel. Il relie le ciel et la terre, la matière et l'esprit, l'inconscient et le conscient, le réel et le rêve. Il relie et harmonise les contraires. Il réalise une synthèse du monde par l'unité fondamentale de ses trois plans souterrain, terrestre et céleste. Tour à tour arbre de connaissance, arbre de vie, arbre familier et protecteur, il se régénère sans cesse. Bénéfique, il est source de fécondité physique, de protection psychologique, de connaissance intellectuelle et d'éveil spirituel.

Pour saisir le symbolisme d'un arbre, il est souvent pertinent de noter les correspondances établies.

Arbres et couleurs. On trouve des arbres à feuilles rouges (l'érable), à fleurs jaunes (le mimosa), à fruits bleus.

Arbres et dieux. Dans la Rome antique, le chêne était consacré à Jupiter, le tilleul à Vénus, le laurier à Apollon.

Arbres et figures géométriques. On connaît des arbres coniques, sphériques...

Arbres et nombres. La disposition des pousses sur les tiges obéit à la suite de Fibonacci. L'angle formé par deux pousses adjacentes, exprimé en fraction de la circonférence de la tige, est généralement une fraction de deux nombres de la suite de Fibonacci : 1/2 pour l'orme et le tilleul, 1/3 pour le hêtre et le noisetier, 2/5 pour le chêne et les arbres fruitiers, 3/8 pour le peuplier et les roses, 5/13 pour le saule et l'amandierFaits étranges et récits extraordinaires, Sélection du Reader's Digest, 1988, ..

Techniques de décodage Il y a deux degrés dans l'art de décoder (identifier et interpréter) les symboles, leur code : le déchiffrage et le décryptage. Quand on déchiffre, on connaît le code ; quand on décrypte : on ne le connaît pas.

Première technique : identifier les objets liés à tel arbre. Quels sont le ou les points communs ? Deuxième technique : examiner les rapports avec les autres arbres. À quel arbre tel autre arbre est-il opposé, auquel est-il accouplé, auquel est-il similaire ? Le chêne et le hêtre sont incompatibles. Troisième technique : quel effet produit psychologiquement et physiquement tel arbre ? Les feuilles du noyer coupent tellement la lumière qu'elles causent des refroidissements à qui se couche sous lui. Quatrième technique : que disent les traditions (proverbes, mythes, contes, etc.) et les idéologues (philosophes, théologiens, iconographes, etc.) ?

Quelques arbres On peut vouloir traduire, allégoriquement, un arbre sur le plan de la qualité, du sens : par exemple, chêne = majesté. Bien entendu, cet exercice est risqué, peut-être même sans signification, parce que les symboles ont plusieurs sens (parfois même contraires), parce que les symboles changent de sens selon les cultures, parce que le sens d'un symbole n'est jamais indépendant des symboles qui l'entourent (le chêne comme symbole change de sens selon qu'il est confronté au bouleau ou au hêtre).

Selon Pierre-Émile Rocray Voici quelques arbres symboliques, d'après Pierre-Émile Rocray, « ingénieur forestier et responsable de la Maison de l'arbre du Jardin botanique de Montréal ». thumb|La colombe tenant une branche d'olivier est un symbole de paix largement utilisé. L'Acacia. On dit que l'arche d'alliance était en bois d'Acacia plaqué d'or, et que la couronne d'épines du Christ provenait de ce même arbre. Dans la pensée judéo-chrétienne, cet arbuste au bois dur et presque imputrescible, aux épines redoutables et aux fleurs arborant les couleurs du lait et du sang, est un symbole de renaissance et d'immortalité. L'Amandier. Signe de la renaissance de la nature, cet arbre à la feuillaison printanière est aussi un symbole de fragilité car ses fleurs, ouvertes dès l'arrivée du printemps, sont sensibles au gel tardif. Chez les Grecs, l'amande pressée était comparée à la semence de Zeus, en tant que puissance créatrice. On affirme même que l'Amandier remonte directement à ce Dieu et que son fruit peut féconder une vierge indépendamment de l'union sexuelle. Selon une croyance qui tient encore en Europe, la jeune fille qui s'endort sous un Amandier en rêvant à son fiancé, peut soudainement se réveiller enceinte. L'Aubépine. On accordait à cet arbre des pouvoirs permettant de détourner la foudre, de conserver la viande, d'empêcher de faire tourner le lait et d'éloigner les serpents ; d'où des plantations fréquentes d'Aubépines à proximité des granges et des étables. Le Bouleau. Les chamans de la Sibérie vantaient les vertus thérapeutiques de cet arbre des régions froides et tempérées. Ils n'hésitaient pas à monter dans ses branches pour mieux entrer en contact avec les Dieux de l'autre monde. On peut également s'interroger sur les raisons inconscientes qui font autant apprécier le Bouleau comme arbre d'ornement, une essence qui, pourtant, ne possède pas une grande espérance de vie et qui, mis à part sa beauté esthétique, offre plus d'inconvénients que d'avantages en ornementation. S'agit-il de sa blancheur, un symbole de pureté, ou de l'extrême finesse de sa ramure qui rend cet arbre si attirant ? Le Chêne. Arbre sacré dans de nombreuses traditions, le Chêne est investi de privilèges accordés à la divinité suprême parce qu'il attire la foudre et symbolise la majesté. En tout temps et en tout lieu, le Chêne est synonyme de force et de solidité. C'est du moins l'impression qu'il laisse quand il atteint sa maturité. Notons que le bois du chêne a la propriété d'être incorruptible, alors ne soyons donc pas étonnés d'apprendre que les termes "chêne" et "force" se traduisent en latin par le même mot : robur, symbolisant autant la force morale que physique. Il est le symbole de l'arbre de vie, le salut ainsi que les figures allégoriques de la Force et de la Prospérité. Le chêne est aussi l'arbre consacré à Jupiter dans la mythologie classique où de grands chênes croissent dans la forêt de Dodone, en Épire, qui est consacré à l'oracle de ce dieu, et est l'un des plus anciens sanctuaires grecs. Le Cyprès. Cet arbre sacré chez de nombreux peuples, grâce à sa longévité et à sa verdure persistante, est également nommé "Arbre de vie", à l'instar du Thuya. Chez les Grecs et les Romains, le Cyprès est en rapport avec les divinités de l'enfer. Il est l'arbre des régions souterraines, d'où sa présence remarquée dans plusieurs cimetières du bassin de la Méditerranée. Le cyprès est l'un des attributs de la figure allégorique du DésespoirCesare Ripa, Iconologie, "Désespoir". : elle en tient une branche dans la main droite car, de même que le cyprès ne repousse pas s'il est coupé, l'homme en proie au désespoir finit par annihiler en lui toute possibilité de cultiver le courage et la Vertu. Le Frêne. À l'instar du Chêne, le Frêne est un symbole de solidité puissante. On en faisait des hampes de lances. Dans les traditions scandinaves, cet arbre symbolise l'immortalité et sert de lien entre les trois niveaux du cosmos. Dans les anciens pays baltes, l'homme étourdi et un peu niais est qualifié de frêne car il est considéré comme aveugle. En effet, ne sachant pas quand vient le printemps, il reste longtemps dénudé. Tandis qu'à l'automne, craignant de paraître ridicule à nouveau, il est le premier à se dépouiller rapidement de toutes ses feuilles.