La pile de Cinq-Mars est une tour pleine antique qui domine la vallée de la Loire sur le territoire de la commune de Cinq-Mars-la-Pile en Indre-et-Loire, à une vingtaine de kilomètres à l'ouest de Tours.
La tour, haute de près de et exceptionnellement bien conservée, se dresse au flanc d'un coteau le long duquel les preuves d'occupation humaine à l'époque antique sont nombreuses.
Ce très probable monument funéraire (mausolée ou cénotaphe) est à rapprocher du groupe hétérogène des édifices analogues rencontrés dans le Sud-Ouest de la France, notamment en Charente-Maritime et dans le Gers. Il en diffère toutefois par son architecture et son décor composé de douze panneaux décorés de motifs géométriques dont la signification est inconnue mais qui en font un monument unique en France. Son implantation, en dehors d'un enclos funéraire, semble également inhabituelle.
Ce monument est célèbre depuis longtemps : Rabelais y fait par exemple allusion dans Gargantua (chapitre XV dans l'édition princeps de 1534).. Depuis le , époque des premières études complètes et des premières fouilles organisées, de nombreuses théories, plus ou moins fantaisistes, ont été échafaudées pour expliquer son origine et sa fonction, certaines d'entre elles tentant même d'expliquer le nom de « Cinq-Mars » ; aucune n'est apparue pleinement convaincante. L'avancée majeure du début du pour la compréhension de ce monument est la découverte en 2005, dans son environnement immédiat, de structures (, bâtiment) et d'éléments de décor (statue) qui montrent que la pile n'est pas un édifice isolé ; il doit être considéré comme l'une des composantes d'un site plus vaste, qui pourrait être celui du tombeau ou du monument à la gloire d'un dignitaire turon ou romain pouvant s'enorgueillir de notables faits d'armes et construit dans la seconde moitié du ou au début du . La pile de Cinq-Mars, peut-être construite dans un second temps, serait alors un édifice destiné à signaler l'emplacement de ce mausolée ou de ce cénotaphe et à montrer encore plus explicitement la puissance et/ou la gloire de cette personne. La famille de ce dignitaire aurait pu habiter à proximité, dans un site encore à découvrir, peut-être sur le plateau au nord de la pile.
Le site a fait l'objet, en 2010, d'aménagements permettant un meilleur accueil et une meilleure information des visiteurs. Depuis 2014, les murs du sont en cours de restauration. Localisation et toponymie vignette|La Pile de Cinq-Mars. La commune de Cinq-Mars-la-Pile est située à en aval de Tours, le long de la Loire ; le centre-bourg se trouve sur la rive droite, au pied et au flanc du coteau.
La pile de Cinq-Mars, pour sa part, est située à à l'est du chef-lieu communal. Elle est établie au flanc du coteau, sur une petite terrasse artificiellement aplanie mesurant à l'altitude de alors que le plateau, à au nord de la pile, culmine à d'altitude ; la vallée à d'altitude se trouve, quant à elle, à seulement au sud de la pile. C'est à ce niveau, dans la vallée, que se trouve au la zone de confluence de la Loire et du Cher.
La pile de Cinq-Mars se trouvait en 1840, au moment de son classement comme monument historique, sur des terrains privés. Les démarches en cours dans les années qui suivirent ayant abouti, le monument et les parcelles cadastrales avoisinantes sont au la propriété du conseil départemental d'Indre-et-Loire..
Le toponyme de Cinq-Mars [la-Pile] est très probablement une évolution de Sanctus Medardus (saint Médard), lisible dans les textes entre les (Rabelais écrit dans le Gargantua : "sainct Mars auprés de Langés", édition de 1542). Les tentatives d'explication de ce toponyme par la présence de cinq piliers (cinq marques ou bornes) au sommet de la pile, ou par l'existence du tombeau de cinq guerriers (quinque martes) ou d'un personnage célèbre (Quintus Marcius) n'ont rien de convaincant., même si elles ne peuvent être définitivement écartées.
La pile au Architecture générale Structure et dimensions générales La pile, nom générique donné à des monuments antiques, supposés funéraires et en forme de tour pleine, est un édifice d'une hauteur de , soit cent pieds romains. Par son aspect, elle peut se rattacher aux autres piles connues en région Centre-Val de Loire, à Marcé-sur-Esves (Indre-et-Loire). et à Mazangé (Loir-et-Cher)., mais aussi en Charente-Maritime (tour de Pirelonge) et surtout près d'Auch où douze exemplaires en sont recensés et de Saint-Bertrand-de-Comminges où il existe au moins cinq, même si ce groupe semble assez disparate ; la pile de Cinq-Mars offre également quelques ressemblances avec des monuments funéraires de Germanie comme le mausolée d'Igel..
De ses fondations jusqu'à son couronnement, la pile est composée de cinq structures superposées.
Les fondations À l'aplomb de la pile, la terrasse en tuffeau du coteau a été aplanie, puis surcreusée. Une couche de fins graviers (maçonnerie en pierres sèches) a été disposée dans le fond de cette excavation pour parfaire le ragréage du sol et sur cette base est monté un massif de maçonnerie d'une hauteur de , composé d'un mélange de pierres calcaires et siliceuses liées au mortier rose de tuileau, qui compose le socle de la structure du monument...
Les trois étages d'élévation Dans l'élévation de la pile, exception faite de son couronnement, deux types de matériaux sont mis en œuvre. Le parement est composé de briques rectangulaires mesurant en moyenne pour une épaisseur de .. Ces briques sont placées à plat sur une profondeur de cinq rangs, alternativement en boutisse sur leur largeur et en panneresse sur leur longueur pour éviter l'alignement vertical des joints. Le nombre total de briques utilisées est estimé à sur de la base au sommet de la pile. Les briques ont pu être fabriquées localement, ce qui pourrait être attesté par la survivance de cette industrie à Cinq-Mars-la-Pile jusque dans les années 1930. Ce parement, dont la face interne est lisse et construite avec autant de soin que sa face externe., enserre un noyau en blocage de moellons liés au mortier large d'environ .. Dans ce noyau, les pierres les plus grosses se trouvent au centre et leur dimension diminue au contact du parement.. Les pierres calcaires qui composent ce noyau, liées au mortier, semblent provenir d'extractions locales, voire du coteau lui-même..
Aucun trou de boulin n'est décelable sur les parois de la pile, ce qui laisse supposer que les échafaudages nécessaires à sa construction ont simplement été plaqués contre l'édifice. Au-dessus des fondations, trois sous-ensembles composent l'élévation de la pile.
La base de la pile mesure de côté soit romains au niveau du sol, sur une hauteur de . Par retraits successifs, sa largeur se réduit à un peu plus de à son sommet ; elle affecte ainsi la forme d'une pyramide tronquée. Cette disposition, qui intègre également des rangs de briques en légère saillie, cherche à reproduire corniches et moulures de l'architecture romaine. Ceci démontre une recherche esthétique affirmée..
Au-dessus, le premier étage du corps de la pile proprement dit, haut de , ne mesure plus que de côté soit romains ; un cordon en saille de deux rangs de brique le ceinture à sa partie supérieure. Cette partie de la pile est d'une construction remarquablement homogène, même si, par endroits, une couleur différente du mortier semble signaler une ou des campagnes de restauration..
Le troisième élément constitutif de l'élévation de la pile (second étage), haut de , présente un léger retrait par rapport au précédent (base carrée de de côté), mais ce retrait n'est pas égal sur les quatre faces de la pile ; il est plus faible au nord et nul à l'est, et cette partie de la pile semble donc « posée » sur la précédente, mais désaxée vers le nord-est.. Ce décalage peut être dû à une erreur de construction, comme il peut être volontaire pour rééquilibrer l'ouvrage ; rien ne permet de trancher en faveur de l'une ou l'autre hypothèse..
Le couronnement vignette|gauche|alt=Vue du sommet d'un édifice en briques, couronné à chacun de ses angles d'une colonne de section carrée en briques.|Couronnement de la pile, face nord. Le couronnement contemporain de la pile est constitué d'une rangée de corbeaux (huit par face) alternant avec des briques en retrait. Ces corbeaux supportent une pyramide rhomboïdale fortement aplatie pourvue, à chacun de ses angles, d'une pilette en briques de section carrée ( de côté sur de haut). Chacune de ces pilettes, reposant sur les corbeaux d'angle de la base du couronnement, encastrée dans un angle de la pyramide rhomboïdale, est elle-même couverte par une petite pyramide, aux arêtes elles aussi cassées..
L'architecture de ce couronnement, tel qu'il se présente au , n'est certainement pas celle observée par le passé. Les chantiers successifs de réfection et de restaurations ont fortement modifié son aspect et il n'est plus possible de déterminer sa configuration initiale. Plusieurs questions demeurent, concernant les sculptures présentes sur les modillons (leur état de dégradation au , avant restauration et remplacement par des corbeaux, n'a pas permis d'en savoir davantage), la forme de la grande pyramide sommitale (elle a pu être une pyramide à faces lisses) et le nombre des pilettes. L'hypothèse d'une cinquième pilette au sommet de la grande pyramide fait toujours débat. qui, selon une tradition locale, aurait été renversée en 1751 après un ouragan.. Si cette cinquième pilette a bien existé, elle aurait pu porter à son sommet une urne funéraire.. Un dispositif comparable existe à Pompéi, où le monument à se compose d'une urne funéraire au sommet d'une colonne..
Décor vignette|alt=Dessin représentant des figurations possibles du décor d'un monument.|Dessin reconstitué du décor de la pile (Anonyme, 1903). La face sud de la pile, la plus visible, porte dans sa partie supérieure douze panneaux où alternent des briques rouges et des pierres de calcaire blanc liées par du mortier. Ce mortier, parfois fortement teinté en rouge par une importante proportion de brique pilée, participe même sur certains panneaux à la constitution du décor. Les panneaux, encastrés dans le parement de la pile sur une profondeur de , c'est-à-dire la plus grande dimension d'une brique, mesurent environ un mètre de côté pour les neuf plus grands et sont disposés en six rangées comportant, respectivement du haut vers le bas trois, deux, deux, un, deux puis deux panneaux. Quatre lits de briques séparent chacune des rangées de panneaux décoratifs.. Aucune moulure ne vient encadrer la partie du parement dans laquelle sont encastrés les panneaux.. Sur d'autres piles funéraires retrouvées en Aquitaine, la face la plus visible du monument, au lieu d'être plaquée de panneaux décoratifs, est creusée d'une niche ayant accueilli une statue.. vignette|alt=Pile de Cinq-Mars. Décor de briques, face sud|Pile de Cinq-Mars. Décor de briques, face sud. vignette|gauche|upright|alt=Repères numérotés sur les panneaux décorés d'un monument.|Détail du décor de la face sud. Les panneaux sont numérotés de gauche à droite et de haut en bas.