vignette|redresse=1.5|Affiche d'un mouvement pacifiste : les drapeaux israélien et palestinien et le mot « paix » écrit en arabe et en hébreu. De telles images sont diffusées par les partisans de la solution à deux États.
La solution à deux États est un projet de règlement du conflit israélo-palestinien proposant la création de deux États distincts dans la région géographique de Palestine, l'un palestinien et l'autre israélien. Elle s'oppose à la solution à un seul État, dit « État binational », dans lequel vivraient juifs et arabes.
Elle trouve son origine dans la résolution 181 des Nations unies adoptée le qui recommande un plan de partage de l'ancienne Palestine mandataire et de la création de deux États : l'État d'Israël (sur 56 % du territoire de la Palestine mandataire) et un État arabe (42 % du territoire), avec un statut spécial pour la ville de Jérusalem (2 % du territoire). Son rejet par la partie arabe, qui proposait un État binational, marque le début du conflit israélo-palestinien.
En 1974, la résolution 194 des Nations unies sur le appelle à , ainsi qu'une ... La dernière résolution, en , est adoptée par 165 voix contre 6 avec 6 abstentions., Israël et les États-Unis ayant voté contre.. Selon cette résolution, les frontières de l'État de Palestine seraient , comprenant donc la Cisjordanie, la bande de Gaza et Jérusalem-Est avec la vieille ville, principal point d'achoppement de cette solution. Durant le sommet arabe de Fès de 1982, le concept est adopté par des dirigeants palestiniensMark A. Tessler, A History of the Israeli-Palestinian conflict, 1994, p. 718. Cependant, le gouvernement israélien considère cette tentative des Palestiniens pour obtenir la reconnaissance de l'État de Palestine, unilatérale, comme incompatible avec un accord négocié à deux États.
La solution à deux États est régulièrement examinée par les principales parties au conflit dans le cadre du processus de paix israélo-palestinien, notamment lors de la conférence de Madrid (1991), des accords d'Oslo (1993), du Sommet de Camp David II (2000), du sommet de Taba (début 2001), de l'Initiative de paix arabe (2002), proposée au sommet de la Ligue arabe 2002, ou encore de la conférence d'Annapolis (2007).
Histoire de la solution à deux États La première proposition de création de deux États, juif et arabe, remonte à 1937, lors de la Commission Peel, en Palestine mandataireWalter Laqueur, Le sionisme, tome II, p. 748 et suivante, éd. Gallimard, Tel . Elle est rejetée par la communauté arabe de PalestineSwedenburg, Ted (1988), "The Role of the Palestinian Peasantry in the Great Revolt 1936–1939" in Islam, Politics, and Social Movements, edited by Edmund Burke III and Ira Lapidus, Berkeley: University of California Press, p. 189-194 et Marvin E. Gettleman, Stuart Schaar (2003), The Middle East and Islamic World Reader, Grove Press, , p. 177-181Pappé Ilan (2004), A History of Modern Palestine: One Land, Two Peoples, Cambridge University Press, , et acceptée par . En 1947, le plan de partage de la Palestine propose aussi une solution à deux États, avec Jérusalem sous contrôle international. La solution à deux États a été fondée par la Résolution 181 des Nations unies, adoptée par l'Assemblée générale de l'ONU le , 33 pays votant pour, 13 contre et 10 s'abstenant. Le plan de partition est , mais rejeté par les dirigeants arabes et palestiniens, qui souhaitaient un État unique regroupant Arabes et Juifs. La Guerre israélo-arabe de 1948-1949 met fin au mandat britannique, avec les accords d'armistice israélo-arabes de 1949. À l'issue de cette guerre a lieu l'exode (fuite ou expulsion) de 711 000 palestiniens, ce que les Palestiniens nomment Nakba.. Parallèlement, 700 000 juifs fuient les pays arabes.
Résolution 242 de l'ONU et reconnaissance des droits des Palestiniens Après la guerre des Six-Jours, le Conseil de sécurité des Nations unies fait passer, à l'unanimité, la résolution 242 qui demande le retrait des territoires occupés d'Israël. En échange, la « clôture de toute revendication ou état de belligérance » et la « reconnaissance de la souveraineté, de l'intégrité territoriale et de l'indépendance politique de chaque État de la région » seraient appliquées. L'Organisation de Libération de la Palestine (OLP, fondée en 1964), critique cette résolution. D'après elle, c'est une réduction du conflit au problème des réfugiés. En , 56 États membres proposent que la « question de la Palestine » figure à l'ordre du jour de l'Assemblée générale. En , l'assemblée générale énonce les droits des Palestiniens, qui comportent « le droit à l'autodétermination sans interférence extérieure », « le droit à une indépendance et une souveraineté nationales », et « le droit de regagner leurs propriétés ». Depuis, ces droits sont affirmés chaque année.
Acceptation d'une solution à deux États par l'OLP Dans les années 1970, l'homme politique palestinien laisse entendre que l'OLP accepte la solution à deux ÉtatsAyoob, Mohammed; The Middle East in world politics, 1981, p. 90Ḥusayn Āghā, Shai Feldman, Aḥmad Khālidī, Zeev Schiff, Track-II diplomacy: lessons from the Middle East, 2003, p. 11 qui reçoit le soutien de l'Assemblée générale des Nations unies.. En , il est proposé au Conseil de sécurité de rétablir les frontières d'avant 1967. Les États-Unis y mettent leur véto : selon eux, la solution à deux États est pertinente mais doit être négociée par les partiesCattan, Henry, The Palestine question, 1988, p. 307.
Le , la Déclaration d'indépendance de la Palestine se réfère au plan de partage de la Palestine de 1947 et plus généralement aux « résolutions de l'ONU depuis 1947 ». Elle est interprétée comme une reconnaissance, indirecte, de l'État d'Israël et une acceptation de la solution à deux États. Le plan de partition est évoqué pour légitimer l'État palestinien. Ultérieurement, le soutien à Israël est clarifié.
Mahmoud Abbas réaffirme en 2025 la nécessité d'« un État palestinien démilitarisé aux côtés d’Israël. » Selon lui, « la déclaration d’un État palestinien n’est pas dirigée contre Israël, mais constitue une voie vers la paix et la sécurité pour les deux peuples. L’espoir commence aujourd’hui, et nous devons désormais veiller à poursuivre la mise en œuvre de la paix. Tout Israélien qui croit en la paix est notre frère. »
Point de vue israélien Le rejet du plan de partage de la Palestine des Nations unies de 1947 par les dirigeants arabes a toujours été perçu comme un refus profondément enraciné de reconnaître la légitimité d’un État juif sur quelque partie de la Palestine que ce soit. Pour les dirigeants juifs, toute proposition de solution à deux États représentait une tentative sérieuse de parvenir à une solution juste et équilibrée, qui réconciliait les revendications historiques des Juifs sur cette terre avec un désir pragmatique de coexistence. Ce plan qui prévoyait la création d’un État juif et d’un État arabe, a été accepté par les dirigeants juifs comme un compromis raisonnable pour l’établissement d’une patrie. En revanche, son rejet par les dirigeants arabes et palestiniens a renforcé, pour de nombreux Israéliens, la perception d’un refus de reconnaître les aspirations nationales juives, accentuant ainsi l’idée que l’autodétermination juive en Israël était menacée sur le plan existentiel.
Après les guerres de 1948, 1967 et 1973, qui ont consolidé cette conviction, toute proposition israélienne d’échanger des terres contre la paix était considérée comme un sacrifice important pour un État stratégiquement vulnérable. Chaque refus a intensifié le scepticisme quant au fait que les dirigeants palestiniens privilégiaient l’opposition à la coexistence. En Israël, la reconnaissance de son droit à exister en tant qu’État juif était considérée comme la pierre angulaire de tout processus de paix. Le rejet répété de ce principe a suscité des doutes quant à la possibilité d’une véritable acceptation et d’une paix durable, même avec des compromis territoriaux. Cette crainte a alimenté la perception selon laquelle l’objectif ultime des dirigeants arabes pourrait être la dissolution définitive de l’État juif.
Un autre point critique le droit au retour des réfugiés palestiniens et leurs descendants, est considéré comme incompatible avec un État juif et menace l’équilibre démographique d’Israël. Ce droit au retour est perçu comme une atteinte existentielle à la souveraineté juive en Israël, alimentant ainsi de nouveaux doutes quant à l'engagement palestinien en faveur d’un Israël sûr et à majorité juive. Par conséquent le rejet en 1948 de deux États est interprété non seulement comme un revers diplomatiques, mais également comme une preuve d’une réticence fondamentale à reconnaître la légitimité d’Israël et sa volonté de paix. Cela alimente le scepticisme quant à la possibilité d’obtenir la paix par une reconnaissance authentique de l'existence sécurisée et indépendante d'Israël.
Les propositions successives en faveur d'une solution à deux États ont provoqué un débat considérable au sein d’Israël et, du point de vue israélien, ont entraîné des concessions douloureuses mais jugées nécessaires – telles que des propositions de division de Jérusalem ou de retrait de certains territoires – comportant toutes des risques importants dans la poursuite de la paix. Lorsque ces efforts ont été rejetés ou n’ont suscité aucune contre-offre, ils ont été interprétés comme la preuve d'une réticence des Palestiniens à s’engager dans de véritables négociations. De plus, les divisions internes palestiniennes, entre des groupes tels que le Fatah et le Hamas, ont posé d'importants obstacles à la paix ; chaque concession israélienne a été affaiblie par des groupes qui rejetaient fondamentalement le droit d'Israël à exister. Le rejet explicite d’Israël par le Hamas a accru les craintes qu’un accord de paix avec un groupe puisse être compromis par un autre. Pour de nombreux Israéliens, cela reflétait à la fois une opposition idéologique et une incapacité pratique à s’entendre sur les conditions d'une paix stable.
Après sa prise de pouvoir dans la bande de Gaza en 2007 le Hamas a cependant modéré sa position et cherché un compromis avec Israël. Il a indiqué à plusieurs reprises être prêt à assouplir son programme pour parvenir à un règlement négocié avec les Israéliens et leur a proposé une trêve durable à cet effet ; ses dirigeants ont reconnu implicitement l'existence d'Israël « en acceptant la solution à deux États », au moins temporairement, sur la base du retrait israélien dans les frontières du (à la veille de la guerre des six jours).
Efforts diplomatiques
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En 1975, l'Assemblée générale crée le Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien. En 1976, le Comité présente deux séries de recommandations, l'une concernant le droit des Palestiniens au retour dans leurs foyers et leurs propriétés, et l'autre leurs droits à l'autodétermination, à l'indépendance nationale et à la souveraineté. Le Conseil de sécurité a discuté des recommandations mais ne parvient à aucune décision en raison du vote négatif des États-Unis. Après le début de la Première Intifada (1987), un travail diplomatique est exercé pour tenter d'instaurer la solution à deux États : il commence avec la Conférence de Madrid de 1991. En 1993, les accords d'Oslo divisent officiellement la Palestine en trois territoires administratifs et encadrent légalement les frontières entre Israël et la Palestine. Le sommet de Camp David en 2000, et en , et les négociations à Taba en , ne débouchent sur aucune décision. Le déclenchement de la deuxième Intifada en 2000 montre la désillusion du public palestinien face aux accords d'Oslo et convainc de nombreux Israéliens que les négociations sont vaines. Loin d'aboutir à la paix, les accords d'Oslo ont renforcé la colonisation et l'occupation.