thumb|L'Hydropathe, du , avec Émile Goudeau, fondateur, caricaturé par Georges Lorin, dit Cabriol.
Les Hydropathes est un club littéraire parisien, fondé par le poète et romancier Émile Goudeau, et qui a existé entre 1878 et 1880 puis, de façon éphémère, en 1884.
Histoire du club Après la guerre de 1870, il se créa à Paris de nombreux clubs littéraires dont la longévité et l'importance furent extrêmement variées. Le club des Hydropathes fut l'un des plus importants tant par sa durée que par les artistes qui y participèrent.
Le club fut créé par Émile Goudeau, le . Il choisit le nom Hydropathes (étymologiquement : « ceux que l'eau rend malades »), peut-être à partir d'une valse intitulée Die Hydropathen, de Joseph Gungl, qu'il affectionnait ..
thumb|Caricature d'Achille Mélandri par Georges Lorin, dans le journal Les Hydropathes (25 juin 1879, ).
On peut également penser qu'il s'agit d'un jeu de mots sur le nom du fondateur : Goudeau, c'est-à-dire « goût d'eau », pour des gens qui n'aiment pas beaucoup l'eau… cela donne « hydropathes » : — Pourquoi votre société a-t-elle pris le nom d'Hydropathe ? demandait-on à l'un de nos confrères : — Parce qu'elle a Goudeau, et tient ses séances à l'hôtel Boileau« Blagues hydropathesques », in L'Hydropathe, , , ..
Il peut s'agir enfin d'un clin d'œil ironique à l'hydre, cet animal dont les têtes repoussent au fur et à mesure qu'on les coupe, qu'il s'agisse de « l'hydre de la Révolution », « l'hydre de l'Anarchie », ou encore, sur un mode plus sérieux, de « l'hydre des conventions bourgeoises ».
L'objectif premier du club était de célébrer la littérature et en particulier la poésie : les participants déclamaient leurs vers ou leur prose à haute voix devant l'assistance, lors des séances du vendredi soir. Mais les membres professaient également le rejet de l'eau comme boisson au bénéfice du vin. Charles Cros écrivit : Hydropathes, chantons en cœur La noble chanson des liqueurs.
Le club eut un succès important : dès de sa première séance, il réunit 75 personnes et il compta plus tard . Cette réussite était due en grande partie à son président et animateur, Émile Goudeau, mais aussi à une certaine bienveillance des autorités et à la facilité d'inscription : celui qui voulait s'inscrire était toutefois tenu de mentionner sur sa demande au président un talent quelconque dans la littérature, la poésie, la musique, la déclamation ou tout autre artCf. .. Dans les mois qui suivirent, de nombreux articles de journaux, en France et en Belgique, publièrent des comptes-rendus élogieux des séances du club des hydropathes, et la revue du même nom, fondée par Goudeau, parut à partir de . La fondation du club y était présentée ainsi :
La revue compta 32 numéros entre 1879 et . On y trouvait transcrites les interventions, poésies ou monologues, des membres du club et la présentation, à chacun de ses numéros, d'une personnalité proche du groupe (d'André Gill à Sarah Bernhardt et de Charles Cros à Alphonse Allais), qui apparaissait en caricature en couverture, exécutée le plus souvent par Cabriol, pseudonyme de Georges Lorin, et faisait l'objet d'un article élogieux en page 2. Elle fut ensuite remplacée par une autre revue, intitulée Tout-Paris, dont l'existence fut éphémère (5 numéros entre mai et cf. .).
Le club se réunit d'abord dans un café du Quartier Latin (le Café de la Rive gauche, à l'angle de la rue Cujas et du boulevard Saint-Michel), puis dans divers locaux du même quartier, dont le café de l'Avenir au 1 place St MichelParis des avant-gardes, RUSTENHOLZ Alain, Parigramme, 2004, , p.132, et la salle de l'[H]ermitage, située au 29, rue Jussieu, le voisinage étant indisposé par le bruitFrançoise Dubor et Henri Scepi, « Présentation de l'Hydropathe ».. C'est après une série de chahuts provoqués par le trio Jules Jouy, Sapeck et Alphonse Allais, qui lancèrent des pétards et des feux d'artifice, que le club disparut en 1880. Mais dès l'année suivante, la plupart des anciens membres du club des Hydropathes se retrouvèrent au Chat noir de Rodolphe Salis, ouvert en .
Plusieurs anciens Hydropathes rejoignirent, également en 1881, un autre groupe, les Hirsutes, dont le président, Maurice Petit, fut ensuite remplacé par Goudeau. Le groupe des Hirsutes se saborda en . Il renaquit alors sous le nom d'Hydropathes, mais cessa ses activités en juillet de la même année : les cafés de la Rive droite, Le Chat noir en tête, avaient remplacé ceux de la Rive gauche en tant que lieux de réunions privilégiés de la bohème estudiantine..
Les anciens Hydropathes se retrouvèrent en 1928 à l'appel de Jules Lévy, autrefois fondateur des Arts incohérents, pour célébrer le cinquantenaire du groupe à la Sorbonne, cérémonie qui réunit 54 anciens membres et fit l'objet d'un article à la une du FigaroJacques Patin, « Le cinquantenaire des Hydropathes. Un manquant », Le Figaro, mercredi 17 octobre 1928 (exemplaire numérisé sur le site Gallica)..
Dans son Journal au , Paul Léautaud décrit cette réunion, d'une plume bien reconnaissable : « Aucun intérêt. Toutes ces drôleries ont extraordinairement vieilli. Un beau poème de Goudeau : La Revanche des bêtes, dit par Silvain, un peu mélodramatique. Pour commencer, un discours de Jules Lévy, passant en revue les Hydropathes, les morts, et les rares qui survivent. Tailhade était assise deux rangs de fauteuils devant moi. Lévy prononce le nom de Tailhade. Aussitôt, elle prend son face-à-main, pour suivre… Mais le face-à-main à peine levé, c’était fini. Lévy s’était borné au nom. Le face-à-main est retombé. »
Personnalités hydropathes
Autres associations Plusieurs associations officielles (loi de 1901) rendent hommages aux Hydropathes de par leur nomle Journal Officiel des Associations..
Depuis 2010, un collectif d'artistes originaires de Montmartre ou de ses alentours reprend la tradition hydropathesque d'amour du vin et des lettres autour des créations musicale, cinématographique, photographique, du design, et de l'organisation de soirées. Autodéfini comme un , c'est en se réunissant régulièrement place Émile-Goudeau qu'ils firent la connaissance de leurs défunts prédécesseurs et décidèrent de porter à leur tour ce flambeau tristement éteint depuis le Le site des Hydropathes..
À Périgueux, une association de poésie revendiquant une filiation avec les idées d’Émile Goudeau, originaire de Périgueux, est créée en 2001 : Les Hydropathes de PérigueuxSite officiel. Les Hydropathes de Périgueux sont présidés par le poète Maurice Melliet, graphiste de profession, et publient chaque mois le Journal Hydropathes illustré qui recueille depuis le n°1 paru le les meilleurs poèmes récités lors des réunions mensuelles des auteurs de la région. En 2025 plus de 5000 poèmes avaient été publiés. Les collaborateurs incluent notamment Thierry Bacofin, Nathalie Hardouin, Frank Trémoulinas, Jean-Pierre Doche, Jean-Claude Lemoine, l'illustrateur et écrivain José Correa, Pierre Mullon, Zoubir Sayad, Jean-François Monteil, Jean-Claude Lemoine, Jean-Claude Allard, Roland Debord, Daniel Malbranque, Patricia Foube et le musicien, dessinateur et écrivain Bruno Blum. Le club des Hydropathes de Périgueux a obtenu de la ville qu'une place Émile-Goudeau soit inaugurée rue Saint-Front à Périgueux.
Bibliographie L'Hydropathe, numéros 1-37, Slatkine reprints, Genève, 1971Contient les 32 numéros de L'Hydropathe, suivis des 5 numéros de Tout-Paris. Maurice Donnay, Autour du Chat noir, Grasset, Paris, 1926 (réédition Grasset, 2017). Émile Goudeau, Dix ans de bohème (1888), une édition critique due à Michel Golfier et Jean-Didier Wagneur avec la collaboration de Patrick Ramseyer, a publié outre le texte de Goudeau les préoriginales inconnues à ce jour et un grand nombre de documents relatifs au club et à ses publications, ainsi qu'au club des Hirsutes et aux sociabilités Lutéciennes, Champ Vallon, , 2000 . Daniel Grojnowski, Aux commencements du rire moderne. L'esprit fumiste, José Corti, Paris, 1997, . Raymond de Casteras, Avant le Chat Noir. Les Hydropathes, 1878-1880, Paris, Albert Messein, 1945. Denis Saint-Amand, « Rire de groupe et petite presse : L'Hydropathe », sur Médias 19, 2017.
Notes et références
Liens externes
les 32 numéros de L'Hydropathe 1879-1880 numérisé sur le site Gallica.fr. Françoise Dubor et Henri Scepi, « Présentation de l'Hydropathe », sur le site Hypogée de l'université de Poitiers. Jean Rameau et les Hydropathes. Les Hydropathes aujourd'hui - Collectif artistique et festif.
* Catégorie:Presse à périodicité particulière disparue en France Catégorie:Titre de presse créé en 1878