thumb|upright=1.3|Fidèles apportant des offrandes, sarcophage d'Aghia Triada, époque néopalatiale, musée archéologique d'Héraklion.

L'expression religion minoenne désigne les cultes pratiqués en Crète par la civilisation minoenne. Ces cultes sont tournés vers la nature, la végétation et leurs rythmes. Cela se remarque particulièrement au travers de dieux et de déesses qui meurent et renaissent chaque année, et par l'utilisation de symboles tels que le taureau (ou les cornes de taureau), le serpent, les colombes. Bien qu'elle disparaisse avec l'arrivée des Achéens puis des Doriens en Grèce puis en Crète, la religion minoenne a néanmoins laissé sa trace dans les mythes et le panthéon de la Grèce classique.

Sources

L'étude de la religion minoenne repose sur les objets découverts lors des fouilles des différents sites archéologiques de Crète. Ces découvertes offrent aux archéologues des matériels nombreux et variés, à travers les palais minoens, autels, sanctuaires, objets de culte, tombes, cryptes à piliers, cavernes, idoles votives, sceaux et fresques. Tous ces objets sont autant de pistes pour permettre leur interprétation par les chercheurs. En revanche, il n'existe pas de texte de l'époque minoenne pour vérifier et contrôler ces interprétations, Op. cit., p.115. Une approche aussi intéressante que provocatrice révèle que quelques représentations, surtout celles de certains célèbres anneaux en or, ne représenteraient pas des scènes religieuses mais des scènes de l'apiculture à l'époque minoenne.

Pour mieux comprendre les cultes minoens, des parallèles sont faits avec les civilisations environnantes de l'époque (Égypte, Proche-Orient), ou un peu plus tardives (Mycéniens). Parfois, les archéologues retrouvent dans certains rites chrétiens de la Crète contemporaine, des rituels qui s'apparenteraient à ceux des Minoens.

Une personnification de la nature

Le cycle de la végétation

thumb|« Anneau de Minos », probablement de Cnossos, époque néopalatiale tardive, musée archéologique d'Héraklion.

Les Minoens ont personnifié la végétation par un « enfant divin » ou un « jeune dieu » qui meurt et ressuscite tous les ans. De même, la puissance créatrice de la nature prend les traits de la « grande Mère », qui apparait comme une femme portant son enfant dans les bras et aussi comme l'épouse du « jeune dieu ». La hiérogamie (union de la déesse et du dieu qui meurt habituellement peu après son mariage) symbolise la fertilisation de la terre. Les scènes représentées sur le sarcophage d'Aghia Triada seraient une représentation symbolique de l'hiver qui finit et du printemps qui renaît : c'est la mort et la résurrection de la nature. Le « jeune dieu » n'est pas la seule divinité mortelle connue dans la religion préhellénique. Les Préhellènes croyaient, semble-t-il, à la mort et à la renaissance d'une « jeune déesse » de la végétation. Les déesses mère et fille d'Éleusis ont probablement des racines préhelléniques, ceci étant suggéré par la relation entre leur légende et la culture des céréales, introduite en Grèce longtemps avant l'arrivée des Grecs.

La religion préhellénique survécut à la « catastrophe minoenne », préservant les noms de quelques divinités préhelléniques mentionnés par les auteurs grecs et latins, ou trouvés dans des inscriptions grecques, comme Dictynna et Britomartis. La première doit être une déesse associée au mont Dicté, tandis que le nom de la seconde, qui signifie « Douce Vierge », est probablement un qualificatif de la jeune déesse. Velchanos et Hyakinthos sont des noms du dieu mortel tandis qu'Ariane, bien qu'on ait supposé que son nom était indo-européen, est une déesse de la végétation qui meurt tous les ans.

Le Panthéon minoen

Déesse mère

thumb|Sceau en onyx représentant la déesse sous sa forme Maitresse des Animaux, entouré de griffons. Cnossos, Période néopalatiale (-1450).

Arthur John Evans estima qu'il n'était pas possible de dissocier les figurines féminines néolithiques de celles retrouvées aux époques suivantes dans les sanctuaires et autels et représentant ce qu'il considérait être la « Grande déesse minoenneR.F. Willets, Op. cit., 120. ». Cette déesse-mère serait la plus ancienne conception de la divinité. La divinité féminine préhellénique prend des formes variées et nombreuses, et on ne sait pas avec exactitude si ces formes correspondent à des déesses différentes ou à des aspects divers d'une seule déesse. Parfois elle est représentée au sommet d'une montagne parmi les lions lorsqu'elle symbolise la mère de la montagne ou la Maîtresse des animaux, d'autres fois elle apparaît comme une déesse à l'arbre, une déesse aux serpents, aux colombes ou aux pavots. Elle peut prendre une forme guerrière en portant épée et bouclier, elle peut être aussi déesse de la mer en voyageant sur un navire. Il existe des interprétations de ces images : on considère les serpents comme un symbole de l'aspect souterrain, ou comme la déesse elle-même sous sa forme animale ; les colombes seraient les emblèmes d'une déesse céleste, et les pavots les attributs d'une déesse mère qui endort les enfants.

Un monothéisme dualiste ?

Pendant longtemps on a considéré qu'il n'y avait pas de dieu mâle dans la religion crétoise. Cependant, l'hypothèse de l'existence d'une divinité mâle n'est plus à écarter, et on admet désormais que les Minoens ont conçu de bonne heure l'idée d'associer à la Déesse-mère, l'amant ou le filsExpression de Glotz (dual monotheism) reprise par de nombreux chercheurs par la suite : Nilsson, Courtès entre autres., voire consécutivement ou simultanément. Mais pour de nombreux chercheurs, il serait cependant l'ancêtre du Zeus de la Grèce classique. Et l'ensemble des récits affectés à l'enfance de Zeus en Crète serait révélateur de croyances et de pratiques fort anciennes établissant que les Minoens auraient été attachés au culte d'un Dieu viril infiniment plus vieux que le Zeus hésiodique.

Le Jeune Dieu apparait sous les traits d'un dompteur de bêtes sauvages ou armé d'un arc avec un lion à ses côtés. Il est parfois accompagné d'un chevreuil ailé et d'un démon porteur d'un vase à libations, ou d'un griffon. On ne connait pas son nom minoen, et il est difficile de le rattacher à un dieu grec.

thumb|center|Représentation d'une « conversation sacrée » entre un dieu et une déesse.

Démons et autres créatures

Dans les scènes rituelles, on voit apparaitre aux côtés des divinités, diverses créatures qui représentent peut-être les esprits de la végétation. Pour Alexiou, l'origine de ces personnages remonte peut-être aux rites magiques auxquels participaient des hommes porteurs de masques d'animaux. On voit ces créatures servir le Jeune dieu, assister au culte et transporter des vases avec lesquels elles versent des libations devant des branches sacrées ou devant une déesse assise sur un trône.

Symboles sacrés

Cornes

thumb|Réplique de cornes sacrées par Evans à Knossos.

La manifestation symbolique des divinités à travers des objets associés à leur culte, est plus importante pour les Minoens que sa représentation directe. Un des symboles les plus sacrés, en tous cas le plus fréquent, était la paire de cornes sacrées. Des cornes étaient installées sur les banquettes et les autels. Parfois, les cornes sont associées à des double-haches, des branches et des vases à libations. Ces cornes pouvaient être de toutes tailles : il existe des modèles réduits en terre cuite, en plâtre ou en pierre. De toute évidence, ces cornes sont une représentation sommaire de la tête du taureau.

On trouve tout d'abord des paires de cornes réelles. L'un des spécimens les plus notables est la paire de cornes de l'autel aux double-haches, à Knossos, où deux paires, faites de stuc ont été découvertes in situ avec des idoles. Entre les cornes, chaque paire présente une fente, comme si quelque chose pouvait y être inséré, peut-être une double-hache. D'ailleurs une hache en stéatite a été retrouvée à proximité immédiate d'une de ces cornes, mais trop petite pour que ce soit celle prévue à cet effet. Cette découverte majeure a permis de se rendre compte de l'utilisation et l'emplacement de ce symbole dans le culte minoen. Toujours à Knossos, une paire de plus de de haut fut retrouvée près de l'entrée sudPrès de 2,20m de haut selon Nilsson. Une grande paire en plâtre fut découverte dans le petit palais datant du Minoen récent de Niroú Kháni, près de quelques marches qui forment comme une estrade sur laquelle les cornes auraient été posées. Des cornes ont même été retrouvées ailleurs que près d'autels, comme à Palékastro, où une paire a été découverte dans un magasin.

Un type particulier de cornes a été découvert, entre autres, dans la grotte de Patsos. En argile, la paire de cornes est décorée de lignes sur l'extérieur : une bande dessine les contours de l'objet, et des lignes parallèles ornent la partie ainsi délimitée. Cette paire a la particularité de posséder une troisième corne en son milieu, restée sans décoration. De petites perforations ont été faites dans l'objet, sans doute pour empêcher l'éclatement de l'argile lorsqu'elle était au feu. Deux autres spécimens similaires ont été découverts, un à Patso, le second à Aghia Triada.

On trouve des informations sur les cornes sacrés sur des bijoux gravés, des vases et des murs peints. Une pyxide en stéatite provenant de Knossos montre une paire de cornes posée sur un autel en pierre de taille. Très souvent, on trouve un objet entre les cornes. Une seule fois, sur un pithos de la Grotte de Psychró, cet objet est une offrande sacrificielle, bien qu'aucune explication n'a pu être fournie avec certitude sur ce cas. Dans tous les autres cas, les objets présents entre les cornes sont soit des double-haches, des vases à libations, comme sur des pierres de Vaphio ou des branches. Les exemples représentant des branches entre les cornes sont souvent les plus parlants, car nombre d'entre eux dépeignent en même temps un acte religieux. Une pierre gravée de la grotte de l'Ida montre une femme soufflant dans un coquillage et se tenant devant une paire de cornes avec des branches. La pierre de Vaphio dépeint des génies déversant l'eau de vases à libations sur les branches placées entre des cornes. Dans les deux cas, les cornes sont placées sur un autel aux bords incurvés. Cette connexion entre les cornes et les branches sacrées pourrait expliquer pourquoi les cornes sont transformées en motifs végétaux sur deux pierres gravées exposées au British Museum.

thumb|Exemples de déesses aux bras levés dont la position aurait été inspirée par la forme des cornes sacrées.

Les cornes sacrées pourraient trouver leurs origines en Égypte, où, même s'il existe des différences dans les détails, on note également de nombreux points communs dont une tendance à considérer les objets comme symboles d'une divinité. Des similitudes entre la forme des bras de certaines idoles et la forme des cornes sacrées ont amené à faire une comparaison avec des figurines égyptiennes prédynastiques dont les bras levés ressemblent étonnamment aux cornes minoennes, ce qui laisse imaginer qu'en Égypte comme en Crète existait un culte de la déesse-mère prenant la forme d'une vache, et qu'une réminiscence d'un tel culte existait au travers de cette attitudeÀ l'inverse, les cornes sont parfois considérées comme un symbole représentant les bras levés de la Déesse.

Il n'existe pas de type unique de cornes sacrées et celles-ci peuvent prendre différentes formes. Certains spécimens sont épais et massifs, les projections en forme de cornes peuvent être plus ou moins éloignées. Ces différences de formes ne correspondent pas à une différence d'époques, puisque plusieurs types apparaissent en des mêmes lieux à des époques similaires. Si des cornes semblent dater de toutes les époques minoennesLe plus vieux exemplaire retrouvé date du Minoen ancien et provient de Mochlos, la plus grande partie d'entre elles datent du Minoen récent II et III.

Double hache