Nadir Sedrati, né le à Gavet, est un tueur en série et escroc multirécidiviste français, né de parents algériens. Il a été surnommé « le dépeceur du canal » car deux de ses victimes ont été retrouvées dépecées dans le Canal de la Marne au Rhin, près de Nancy"Sedrati le voleur de vies" Article du 2 septembre 1999 publié dans Le Nouvel Observateur numéro 1817..
Sedrati est mis en cause dans cinq disparitions, entre 1982 et 1999, mais condamné pour les assassinats de trois personnes.
Il est condamné, en , à la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté de 20 ans, pour les trois assassinats de 1999, mais verra sa période de sûreté alourdie à 22 ans, au terme de son procès en appel, en .
Biographie Jeunesse Nadir Sedrati naît le à Gavet. Il est d'origine algérienne. Il est le cadet d'une fratrie de deux enfants. Son frère aîné, Miloud Sedrati, est né le . L'enfance de Nadir Sedrati a lieu durant la Seconde Guerre mondiale. Son père meurt le , alors que Nadir n'a que 3 ans et que son frère n'a pas encore 6 ans.
En , Nadir, 7 ans, et Miloud, 10 ans, sont placés à l'orphelinat, en raison de l'incapacité rencontrée par leur mère, à la suite du décès de leur père. Peu de temps après, Milhoud est renvoyé pour violences. Nadir est lui un enfant sage et renfermé, cherchant à oublier une enfance marquée par la Guerre.
Le , âgé de 8 ans et demi, Nadir Sedrati est baptisé à l'Eglise de Douvaine. Il parvient, indirectement, à oublier son prénom (Nadir) et finit par se faire appeler Dominique Sedrati. Le jeune Nadir grandit alors en étant persuadé qu'il s'appelle Dominique. Nadir Sedrati est également surnommé "Bambino".
En 1952, à l'âge de 14 ans, Sedrati découvre, par des papiers d'identité, qu'il ne s'appelle pas Dominique, mais Nadir Sedrati. Il découvre également que son père est mort durant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'il n'avait que 3 ans au moment du drame. Cette découverte ne cessera jamais de le marquer.
Premiers forfaits et internements Durant son adolescence, dans les années 1950, Sedrati enchaîne les petits larcins, pour lesquels il n'est pas condamné.
En 1957, à l'âge de 19 ans, Sedrati s'engage dans l'armée. Effectuant son service militaire pendant la Guerre d'Algérie, il est rapidement ébranlé de se battre contre les combattants Algériens, qu'il décrit comme ses , et décide de monter une escroquerie. Sedrati finit par être démasqué puis est renvoyé de l'armée. Ses supérieurs le jugent alors . À la suite de cela, Sedrati est interné pour dépression nerveuse, à l'hôpital psychiatrique de Nice.
Rendu à la liberté, en 1958, Sedrati organise une fausse tombola, dédiée au contingent d'Algérie, en se faisant passer pour militaire. Il y encaisse les souscription à son nom. Après avoir été démasqué, Sedrati est interné à l'hôpital psychiatrique de Sarreguemines.
Libéré en 1959, Sedrati se marie une première fois, au début des années 1960, mais divorce rapidement.
Incarcérations pour escroqueries En 1962, à l'âge de 24 ans, Sedrati se voit retirer ses papiers sous le motif qu'il n'est pas de nationalité française. Il décide donc de voler l'identité de tierces personnes pour vivre et s'alimenter. Il est arrêté et placé en détention provisoire pour escroqueries et fait l'objet d'une expertise psychiatrique par Jacques Leyrie, qui le déclare responsable de ses actes.
Sedrati est condamné en 1963 par le Tribunal correctionnel pour escroqueries. Après sa libération de prison, Sedrati sera, par la suite, condamné une vingtaine de fois à de la prison ferme pour vols, usages de faux et escroqueries. Pour éviter diverses sanctions pénales, Sedrati est régulièrement interné en hôpital psychiatrique. L'une de ses « anomalies mentales » se résume comme étant, selon Sedrati : « une protection d'attaques extraterrestres, en s'aspergeant de miel ». Certains avis s'avèrent cependant mitigés vis-à-vis de sa responsabilité pénale, tandis que d'autres iront jusqu'à dire qu'il est irresponsable pénalement..
En 1969, Sedrati noue une relation avec une femme d'origine algérienne. Souhaitant épouser sa compagne, il décide de l'accompagner en Algérie afin de rencontrer ses beaux-parents. La future belle-famille de Sedrati refuse cependant ce . Sedrati ne supporte pas les préjugés de sa future belle-famille, dont les membres prétendent qu'il n’est pas du pays, et décide de mettre un terme à sa relation.
Au début des années 1970, Sedrati est expulsé du territoire français et contraint à vivre en Algérie. Il parvient toutefois à revenir en France, où il sera naturalisé français en 1981.
En 1982, après un nouvel internement psychiatrique, Sedrati fait la connaissance d'André Gachy, un enseignant retraité de 43 ans victime de dépression nerveuse. À la suite de sa libération, Sedrati demande à Gachy s'il peut s'installer chez lui pour éviter de rester seul. Gachy accepte la compagnie de Sedrati et l'invite à son domicile de La Verrière.
Disparition d'André Gachy Le , Sedrati et Gachy séjournent à Thonon-les-Bains afin de prendre des vacances. Ils s'arrêtent à la station-service de cette même ville, pour y prendre de l'essence, puis la quittent une fois le réservoir plein. Après que les deux hommes aient quitté la station, Gachy disparaît mystérieusement, sans que personne retrouve la trace de son passage. Sedrati ne signale pas la disparition de Gachy et retourne dans les diverses résidences du disparu, situées à La Verrière et à Saintes, dans lesquelles il utilise ses papiers d'identité et son chéquier. Aucune alerte n'est donnée dans l'immédiat, Gachy étant une personne isolée et sans fréquentations hormis quelques visites de Sedrati.
À l'été 1982, une employée de la préfecture de La Rochelle s'étonne de voir le montant des sommes dépensées au nom d'André Gachy et décide de signaler ces faits à la gendarmerie, notamment parce qu'elle n'a pas revu Gachy depuis plusieurs semaines. Les gendarmes vérifient le relevé des sommes dépensées au nom de Gachy et questionnent les proches du retraité, qui expliquent ne plus l'avoir revu depuis deux à trois mois. Une enquête est alors ouverte pour et escroquerie.
En , les enquêteurs se rendent au domicile de Gachy, afin de vérifier sa présence mais tombent sur Sedrati, qui occupe la résidence du disparu. Sedrati est placé en garde à vue et reconnaît usurper l'identité de Gachy. Il nie toutefois catégoriquement l'avoir tué ou fait disparaître et affirme que le retraité est parti de son plein gré. Sedrati est inculpé pour et escroquerie, puis placé en détention provisoire. À la suite de l'arrestation de Sedrati, des recherches sont effectuées afin de retrouver le corps de Gachy, mais ces dernières n'aboutissent pas.
En , Sedrati est examiné par l'expert psychiatre Jacques Leyrie, qui évalue pour la troisième fois sa responsabilité pénale. L'expert Leyrie le juge responsable de ses actes, en le disant et .
L'instruction ne permet pas de déterminer où se trouve le corps de Gachy, mais acquiert la conviction que ce dernier est mort, du fait qu'aucune dépense n'ait été faite depuis que Sedrati est en prison. Le juge d'instruction le renvoie devant la Cour d'assises de Charente-Maritime pour escroquerie et meurtre.
Jugement et acquittement dans l'affaire Gachy Sedrati comparaît d'abord, en , devant le tribunal correctionnel de La Rochelle, pour l'escroquerie d'André Gachy. La défense soulève que Sedrati n'a jamais réussi à obtenir des papiers d'identités français. Le tribunal lui accorde des circonstances atténuantes et le condamne à trois ans et demi de prison.
Le , le procès de Sedrati débute devant la Cour d'assises de Charente-Maritime, pour le meurtre présumé de Gachy.
Lors des quatre journées de procès, Sedrati affirme toujours avoir usurpé l'identité de Gachy mais nie encore avoir tué le retraité, affirmant qu'il n'est qu'un . De fait, l'accusation contre Sedrati bute sur notamment l'absence du corps du disparu. Les arguments de Sedrati jouent en sa faveur, du fait de ses antécédents d'escroquerie.
Au terme du procès, le , l'avocat général requiert une peine de réclusion criminelle à perpétuité, à l'encontre de Sedrati, convaincu que Gachy a été assassiné avant d'être dépouillé de ses économies. À l'issue des délibérés, Sedrati est acquitté du meurtre de Gachy et libéré le soir même.
Années postérieures à l'acquittement À la suite de sa libération, Sedrati quitte la région pour s'installer à Nancy.
En 1986 et 1987, Sedrati tente d'usurper l'identité d'un riche héritier de brasseurs lorrains. Les gendarmes nancéens enquêtent sur le compte de Sedrati et découvrent que des retraits ont été effectués en Haute-Savoie. Il est arrêté, en 1987, et placé en détention provisoire pour tentative d'escroquerie. Sedrati est libéré, le , à l'issue d'une condamnation à dix-huit mois de prison par le tribunal correctionnel de Nancy. Il fait un bref séjour en psychiatrie, à l'automne 1988, avant d'être relâché.
En 1993, Sedrati usurpe l'identité d'un certain Joël Royer, sans que ce dernier ne s'en aperçoive sur le moment. Au bout de quelques semaines, Royer découvre que des montants lui ont été prélevés et décide de déposer plainte à la gendarmerie. L'enquête ne donne rien et est rapidement classée. Sedrati dérobe, par la suite, une autre carte d'identité, au nom de Philippe Grossiord, sans que celui-ci ne s'en aperçoive.
En 1994, Sedrati fait la connaissance de Léon Krauss, un retraité de 62 ans, demeurant au Bois-Matar, mais passant la majorité de son temps dans une maison de repos de l'Est de la France, où les deux hommes se rencontrent.
Disparition de Léon Krauss En , Léon Krauss disparaît de son appartement, à Villeneuve-Saint-Georges. Sa disparition passe, dans un premier temps, inaperçue car Krauss est un homme isolé. Sedrati s'installe dans le logement du retraité et se met à utiliser ses papiers et comptes bancaires. La gardienne de l'immeuble de Krauss reçoit une lettre, signée au nom du retraité, expliquant qu'il loue son appartement à Sedrati. Une autre lettre est envoyée à l'un des cousins de Krauss, lui disant qu'il a quitté la région afin de refaire sa vie avec une dénommée Colette.
Sedrati se rend, le , au commissariat de Strasbourg, sous l'identité de Léon Krauss, en affirmant être importuné par les signalements répétés de sa . Il déclare, en effet, avoir pris ses distances après avoir refait sa vie avec une femme prénommée Colette. À la suite de ses déclarations, Sedrati quitte le commissariat de Strasbourg et retourne chez Krauss, en continuant d'usurper son identité et d'utiliser ses revenus bancaires.
En , alors que Krauss n'a plus donné signe de vie depuis quatre mois, l'attitude de Sedrati commence à alerter la famille du disparu. Selon l'entourage de Krauss, les lettres destinées aux proches ne sont d'aucune crédibilité, l'écriture ne correspondant pas à celle du retraité. Ayant eu une déposition au nom de Léon Krauss, la Police Judiciaire de Strasbourg remarque que la description faite par les proches du retraité ne correspond pas avec celle de l'homme venu deux mois plus tôt. Une enquête pour est alors ouverte.
La Police Judiciaire de Strasbourg décide d'informer le commissariat de Villeneuve-Saint-Georges, qui déclare que de nombreuses dépenses continuent d'être effectuées au nom de Krauss. Le voisinage du retraité déclare cependant ne plus l'avoir revu depuis plusieurs mois, mais ajoutent que son appartement est habité par un certain Philippe Grossiord depuis cette même période. On retrouve Grossiord, mais les enquêteurs se rendent compte que ce dernier est totalement étranger à ces faits. Grossiord affirme, par ailleurs, que des montants inexpliqués lui sont débités, depuis 1993, par un inconnu.
Mise en cause dans l'affaire Krauss et non-lieu