Le développement du christianisme à Taïwan est fortement lié à la colonisation de l'Extrême-Orient par l'Europe. Les expéditions militaires et commerciales venues des Provinces-Unies protestantes et d'Espagne catholique furent souvent accompagnées de missionnaires venus évangéliser les habitants de l'île.
Persécutés pendant les périodes d'isolationnisme ou de guerre, les chrétiens s'établirent cependant progressivement à Taïwan, représentant des congrégations non plus liées à l'Europe mais à l'Asie, notamment des églises originaires de Chine ou du Japon.
Période coloniale néerlandaise (1624 – 1661) Missions protestantes néerlandaises (1624 - 1652) La Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC) conclut un accord tacite avec les autorités Ming qui permit d'établir un poste de commerce où les marchands chinois pourraient venir librement. Les Néerlandais occupèrent l'île de Taïwan pendant environ trente-cinq ans (1626-1661) et donnèrent ainsi l'occasion à de nombreux évangélistes de venir y prêcher. Les habitants de l'île avaient eu peu de contact avec les grandes religions organisées Formosa under the Dutch (Formose sous les Néerlandais), Described From Contemporary Records, Edition. L'expansion musulmane n'était pas remontée aussi loin au nord, et les religions traditionnelles chinoises comme le confucianisme et le bouddhisme n'avaient pas eu non plus d'impact. Bien que l'île de Formose était connue, elle était toujours restée à l'extérieur des frontières traditionnelles de l'empire chinoisSous le règne des Néerlandais, le nombre de Chinois à Formose était estimé à environ. La plupart d'entre eux avait immigré avec la permission des Néerlandais en tant que cultivateurs de riz et de canne à sucre, marchands et laboureurs.. En 1624, les Néerlandais construisirent un fort et un comptoir du nom de Fort Zeelandia au sud-ouest de Formose.
L'année suivante, en 1625 les Espagnols venant des Philippines répondirent à cette implantation par la création d'un fort et d'un comptoir à Chilung. Là, ils agirent comme un contrepoids à la domination néerlandaise de Formose et du commerce de la région. Toutefois, cette petite enclave catholique espagnole dans le nord de l'île ne dura pas longtemps, n'ayant pas été en mesure de se développer suffisamment rapidement. Dès 1642 les Néerlandais chassèrent les Espagnols et concentrèrent leur implantation sur la côte ouest de l'île. Les protestants néerlandais furent les premiers à obtenir des conversions de la population chinoise en nombre importantDeux catéchistes laïcs ont été les premiers missionnaires envoyés à Formose, Michael Theodori en 1624 et Dirk Lauwrenzoon, mais ils ont laissé peu de traces. (référence Formosa under the Dutch).
Sur l'île, où la société locale était peu organisée Campbell, Formosa under the Dutch (Candidius) 1:15-16., les Néerlandais eurent un contrôle direct et immédiat. Le principal facteur de croissance de l'Église fut les missionnaires eux-mêmes qui, à Formose, étaient plus éloignés de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales située à Batavia, au centre de l'île, et de ce fait étaient moins intimidés par cette puissance commerciale et politique. Ils s'installèrent dans les villages de la côte intérieure à partir de Fort Zeelandia sur la côte sud-ouest de Formose. Ils découvrirent que les habitants de la campagne en dehors des villages suivaient la tradition des chasseurs de têtes. Les missionnaires établirent leur résidence dans les villages, dont la plupart étaient à un ou deux jours de voyage de Zeelandia. Là, conscients de l'importance de l'apprentissage de la langue maternelle, ils commencèrent à traduire les Évangiles. Cependant, seules les traductions de l'Évangile selon Matthieu et de l'Évangile selon Jean furent achevées Formosa under the Dutch (Candidius) 9-25.
Le premier prêtre ordonné qui visita l'île Formosa under the Dutch (Candidius), cité à partir de la page 104., Georgius Candidius, arriva à Taiwan en 1627. Candidius acquit l'intime conviction que les missionnaires devaient s'engager à rester au moins dix ans sur l'île afin d'apprendre la langue locale, sans quoi ils ne pourraient être efficaces que de manière superficielle. Il demanda que les missionnaires, lui compris, qui venaient célibataires, épousent des femmes indigènes afin de les sensibiliser aux coutumes et aux besoins de ceux qu'ils espéraient convertirCandidius lui-même se proposa pour épouser une femme de Formose si on le lui permettait, mais le gouvernement de la Compagnie le persuada de ne pas « trop se précipiter ». Il écrivit plus tard, probablement en 1628 Formosa under the Dutch, Memorandum from Reverend G. Candidius : Je crois avec confiance que sur cette île de Formose, il peut s'établir ce qui deviendra (...) la première communauté chrétienne de toutes les Indes [les Indes néerlandaises orientales] (...) il n'existe pas dans toutes les Indes une nation plus coopérative et plus désireuse d'accepter l'Évangile.
Dans un grand village où Candidius prêcha, les villageois ne crurent d'abord pas que le christianisme était plus puissant que leurs anciennes religions. Ils lui proposèrent d'accepter une compétition entre leurs religions, en rendant une de leurs maisons chrétienne pour voir si, avec le temps, elle prospérerait plus que les autres. Très frustré, Candidius se demanda s'il ne valait pas mieux demander au gouvernement de la Compagnie des Indes d'ordonner à toutes les femmes et tous les enfants de suivre ses cours de catéchisme. Le gouvernement refusa, cependant, et quatre ans plus tard, sans compétition ni ordre du gouvernement, Candidius rapporta avec joie que tous les habitants du village An Account of Missionary Success in the Island of Formosa, 1:32-33. .
Candidius fut bientôt rejoint par un autre missionnaire venu de Rotterdam, Robert Junius An Account of Missionary Success in the Island of Formosa, 2 volumes, né d'un père néerlandais et d'une mère écossaise, qui pendant les quatorze années qui suivirent (1629-1643), prêcha le christianisme à Formose. Un rapport d'un entretien avec Junius raconte l'expansion du christianisme sur les plaines de la côte est, dans sept villages au nord de Fort Zeelandia et environ vingt-trois au sud. L'œuvre était intitulée De la conversion de cinq mille neuf cents Indiens sur l'île de Formose près de la Chine Campbell, An Account of Missionary Success in the Island of Formosa, 1:94-101. . À son arrivée sur l'île, comme la plupart des premiers missionnaires de la Compagnie des Indes orientales, il prêchait d'abord en néerlandais ce qui déconcertait les indigènes, mais après deux ans sans résultats, il Les dialectes de l'île n'étaient pas mutuellement compréhensibles, bien qu'ils proviennent tous probablement d'une même racine malaise-polynésienne, non chinoise. Les missionnaires avaient adapté ces langues à une forme écrite en alphabet latin.. Quand Junius quitta Formose en 1643, il y avait plus de chrétiens à Formose, parmi lesquels il avait baptisé plus de adultes dans trente-neuf villages Formosa under the Dutch (Junius), . . Un presbytère fut fondé, et dans six villages au nord de Fort Zeelandia, des écoles étaient en place, avec près de six cents élèves recevant l'enseignement de huit professeurs néerlandais et cinquante-quatre chrétiens indigènes. L'instruction se faisait en sinkan, un des cinq dialectes principaux de l'île Formosa under the Dutch 159-179..
La rapide croissance du nombre de chrétiens dans les villages conduisit à la formation d'une nouvelle église en divisant la première existante en deux : l'église de Zeelandia et celle de Soulang. Alors qu'il était encore à Formose, Robert Junius avait rassemblé soixante-dix jeunes garçons, âgés de dix à treize ans, dans une école où ils recevaient un enseignement de la religion chrétienne en sinkan, écrivant la langue en alphabet latin. Soixante filles environ suivaient un enseignement analogue dans une autre classe. En 1636, Junius demanda la permission d'envoyer cinq ou six de ses élèves les plus prometteurs aux Provinces-Unies pour devenir prêtres. Il écrivit au gouverneur de Fort Zeelandia : Campbell, An Account of Missionary Success in the Island of Formosa, 1:94-101
Missions catholiques espagnoles En mai 1626, Bartolomé Martinez et cinq frères dominicains furent les premiers Espagnols à venir à Formose, accompagnant une force expéditionnaire espagnole. Ils construisirent une maison sur l'île de Siaryo, près de l'actuel Keelung. Les indigènes s'enfuirent vers les collines en entendant le bruit des canons espagnols. Parmi eux, un Chinois marié à une femme de Formose apprit que certains des intrus étaient des religieux, et descendit des collines pour rencontrer le père Martinez. Les indigènes crurent les prêches de Martinez et suivirent les messes catholiques. Une église fut construite à Keelung pour la communauté chinoise qui y vivait.
Vers 1629, un fort fut construit par les Espagnols près de l'actuel Danshui. Quand ils entendirent parler de l'invasion espagnole, les Néerlandais attaquèrent le fort mais furent repoussés. Cependant, Martinez perdit la vie lors du voyage de retour à Siaryo. Une autre église fut construite à Taparri (près de l'actuel Keelung) par le père Jacinto Esquivel, et deux villages furent convertis aux catholicisme en deux ans. Mais la tâche des missionnaires ne fut pas toujours facile. Dans un village nommé Pantaos, le père Vaez de Santo Domingo fut criblé de flèches, puis décapité, par des membres de la tribu Senaar, dont certains étaient hostiles à la venue des intrus.
Malgré le danger constant, les frères dominicains étaient toujours déterminés à se rendre dans les zones montagneuses pour prêcher la « bonne parole » aux indigènes. Ils établirent des villes comme San Lorenzo, Santa Catalina et Santiago.
En mars 1636, le gouverneur de Keelung envoya des gens à Paktau pour acheter du riz aux indigènes. Mais le père Luis Muro devait être accompagné de troupes car Paktau était l'endroit où les assassins du père Vaez de Santo Domingo avaient trouvé refuge, Bien qu'il ait eu l'intention de dire aux assassins qu'il leur pardonnait, un malentendu causa le meurtre du père Muro et de vingt-cinq autres personnes. Le gouverneur de Keelung, enragé, prit des mesures radicales pour rétablir la paix dans le nord de Formose, si bien que les Dominicains purent se déplacer sans craindre les attaques.
Cependant, vers 1635, le nouveau gouverneur des Philippines espagnoles, Don Sebastián Hurtado de Corcuera, considérait que la présence des troupes et des missionnaires espagnols à Formose n'était pas nécessaire, et abandonna donc progressivement l'île aux Néerlandais. En 1638, il ordonna la destruction et l'abandon du fort espagnol à Danshui. L'année suivante, trois des quatre compagnies espagnoles reçurent l'ordre de rentrer à Manille, ce qui rendait Keelung vulnérable aux attaques néerlandaises. catholiques vivaient sur l'île en 1639.
Une force de reconnaissance de espagnols arriva en 1641 et le fort fut brièvement soumis à la canonnade. En 1642, les Néerlandais revinrent à Keelung avec une plus grande armée, et les trente Espagnols encore en garnison offrirent peu de résistance avant de se rendre.
Parmi les prisonniers se trouvaient les frères Basilio del Rosario et Pedro Ruiz, les prêtres Juan de Los Angeles et Teodoro Quiros. Ils furent amenés à Fort Zeelandia, et envoyés à Djakarta où ils furent bien accueillis par un général néerlandais, qui leur permit finalement d'être rapatriés à Manille. Mais les catholiques furent interdits de séjour à Formose pendant les vingt années qui suivirent.
Fin des missions néerlandaises (1653 - 1661)