La bataille de Friedland () a vu l’armée française sous le commandement de s’imposer de manière décisive face à une armée russe dirigée par le comte Levin August von Bennigsen. Elle eut lieu sur le territoire de Friedland, appelée depuis 1945 Pravdinsk, exclave de Kaliningrad, à environ au sud-est de Königsberg (depuis 1945 Kaliningrad).

La bataille marqua la fin de la guerre de la Quatrième Coalition (1806-1807), au cours de laquelle les monarchies européennes se liguèrent contre la France napoléonienne. Après près de 23 heures de combats, l’armée française se rendit maîtresse du champ de bataille, abandonné par une armée russe se retirant dans le chaos le plus complet au-delà de la rivière Alle, où nombre de fuyards se noyèrent.

La conséquence directe de cette bataille fut la signature des traités de Tilsit, le , faisant des deux nations des alliés après deux ans de guerre. Deux jours plus tard, la France signa un traité de paix avec la Prusse. Il s'agissait pour la Russie d'une paix relativement clémente, en comparaison avec celle imposée à la Prusse, défaite à l'issue de la campagne de Prusse et de Pologne. En effet, tous les territoires à l'ouest de l'Elbe lui sont amputés afin de former le nouveau royaume de Westphalie dirigé par Jérôme, frère de l'Empereur, tandis que ses possessions gagnées lors des deuxième et troisième partages de la Pologne constituent le duché de Varsovie, associé à la Saxe alliée de Napoléon.

Plusieurs historiens considèrent la bataille de Friedland comme l'une des plus brillantes victoires de Napoléon, à l'image d'Austerlitz. En effet, il a rarement pu défaire une armée de façon aussi totale qu'à Friedland.. De plus, Friedland et Tilsit sont souvent considérés comme coïncidant avec l'apogée de l'Empire français. En effet, à l'automne 1807, Napoléon se lance dans l'invasion du Portugal, qui mènera l'Empire dans le « bourbier » espagnol.

Contexte

Deux années auparavant, la Troisième Coalition avait été dissoute après la bataille d'Austerlitz du . La Prusse prit alors les armes et se dressa devant Napoléon, dans le but de regagner sa place de puissance continentale.

La campagne de Prusse de 1806

Les Prussiens commencèrent à mobiliser leurs forces le , et envoyèrent un ultimatum à Napoléon le 26 : ils sommaient les Français de se retirer au-delà du Rhin avant le . Napoléon ignora l'ultimatum. Son plan était simple : il devait écraser l’orgueilleuse armée prussienne avant l'arrivée des renforts russes, la Russie n'ayant toujours pas fait la paix après Austerlitz.. marchèrent alors sur la Prusse le , déployés en bataillon-carré qui leur permettaient d'affronter toute menace sur leurs flancs ou arrières.. Le , Napoléon et le maréchal Davout écrasaient à l'issue de deux batailles distinctes, la bataille d'Iéna et la bataille d'Auerstaedt, les forces prussiennes. La campagne de Prusse s'achevait rapidement, par la prise de nombreuses villes et citadelles et la capitulation des unités prussiennes ayant pu s'échapper du désastre du : une force de a été dissoute, avec () et plus de pièces d'artillerie saisies. Quelques unités prussiennes parvinrent à se replier à Königsberg, sous le commandement du général Anton Wilhelm von L'Estocq, tandis que les Français s'emparent de Berlin et s'avancent vers les provinces orientales de la Prusse. La Russie devait à présent affronter à nouveau la France, au plus près de ses propres frontières.

La campagne d'hiver 1806-1807 en Pologne

L'arrivée des Français en Pologne suscita l'enthousiasme de la population locale, considérant Napoléon comme un libérateur.. L'armée russe commandée par Bennigsen abandonna Varsovie pour se replier sur la rive droite de la Vistule dans la crainte de voir les Français s'interposer entre lui et l'armée de Buxhoeveden qui était placée en relais vers le nord pour rester en contact avec l'armée prussienne de Lestocq située vers Königsberg. Le , le maréchal Murat entrait dans Varsovie. La bataille de Pułtusk eut lieu un mois plus tard, au cours de laquelle Bennigsen et ses durent subir l'assaut de avant de se replier, évitant toutefois l'encerclement prévu par Napoléon.

Avec cette bataille commence également la série de mensonges de Bennigsen au Tsar. En effet, ce qui n'opposa que deux avant-gardes devint sous la plume de Bennigsen une bataille épique où il défit . Pour cet habile camouflage, il reçut du Tsar le commandement général des armées russes en Pologne, et l'ordre d'en finir au plus vite avec l'armée française de Napoléon. Les renforts russes, avec Buxhovden et de la Garde impériale russe, étant arrivés, Bennigsen dispose alors de en Pologne.

Après une série de manœuvres des corps d'armées français qui les ont peu à peu séparés, Bennigsen prend l'offensive, en plein hiver, le . La bataille d'Eylau, le , marque la rencontre de l'ensemble des forces, rameutées de tous les côtés, et constitue une terrible hécatombe, coûtant à chaque belligérant sans apporter aucun avantage stratégique.. Bennigsen, qui se retire en bon ordre du champ de bataille, alla prétendre qu'il venait d'écraser une force française commandée par Napoléon lui-même, allégeant la Grande Armée de . Napoléon reste sur la région d'Eylau durant une semaine avant de se retirer pour placer ses troupes dans des quartiers d'hiver nécessaires pour la perspective d'une campagne de printemps. Bennigsen réoccupe alors cette région, accréditant son succès aux yeux du Tsar : il conserve le commandement des troupes russes.

Bataille de Heilsberg

L'armée russe de Bennigsen occupait des positions défensives fortes à Heilsberg, sur la rivière Alle. Les corps d'armée des maréchaux Murat et Soult attaquèrent seuls le .. Bennigsen repoussa plusieurs attaques, notamment une charge de cavalerie de Murat. Les pertes sont lourdes des deux côtés, mais Napoléon arrive avec des renforts pour limiter les dégâts côté français. y laissèrent la vie, et Bennigsen se replia sur Friedland, afin de pouvoir repasser la rivière Alle et se rapprocher de Königsberg.

L'armée française, sous les ordres de Napoléon, poursuit deux buts : à Murat, Davout et Soult, la conquête de Königsberg, pour mettre à bas le royaume de Prusse ; à Victor, Ney, Mortier et Lannes, la poursuite des Russes. Napoléon souhaite livrer une bataille décisive contre les Russes, et vise le pont de Friedland, qui selon lui permettrait à Benningsen de repasser sur la rive gauche de l'Alle, afin de devancer l'armée française sur la route de Königsberg..

La bataille

Préparatifs

L'armée française, le corps de Lannes à l'avant-garde, part d'Eylau le . Elle doit partir sur Domnau, Lannes devant porter ses troupes sur Friedland même. Rencontrant dans la nuit les Russes à mi-chemin entre Domnau et Friedland, Lannes réunit les troupes arrivées (Oudinot, Grouchy et la cavalerie saxonne), et se porte au contact de l'armée russe, à , afin de l'empêcher de se déployer avant l'arrivée du reste de l'armée. Il dispose son artillerie sur le plateau dominant Posthenen, une partie des voltigeurs au centre de la plaine, dans un bois entre l'Alle à droite et Posthenen à gauche, demande à Grouchy de garder la droite du bois, le reste de la troupe (grenadiers et voltigeurs) gardant la plaine entre le bois et Posthenen. Nansouty arrive un peu plus tard avec ses carabiniers et ses cuirassiers, et occupe sur ordre de Lannes l'espace proche de la route entre Friedland et Königsberg, à gauche de Posthenen..

Champ de bataille

La description d'Adolphe Thiers dépeint le lieu où va se dérouler l'affrontement :

Forces en présence

Les états de la situation sont basés sur les rapports respectifs des deux commandants le .

Armée russe

Bennigsen dispose en Pologne de . Le corps du comte Kamenski détaché par Bennigsen pour renforcer L'Estocq près de Königsberg est exclu. Sont également exclues les pertes subies à Heilsberg. Ainsi, en ôtant les pertes russes et les séparés de l'armée de Bennigsen à l'issue de détachements divers, Bennigsen dispose de prêts à combattre à Friedland, et répartis comme suit. : avant-garde, commandée par le prince Bagration : , , 200 artilleurs et 24 canons ; soutien de l'avant-garde du général Markov : dont les grenadiers de Moscou ; Garde impériale russe, organisée en deux divisions ( et ) sous le commandement direct de Bennigsen : (dont le régiment de la garde Semionovsky), (dont les chevaliers-gardes), 300 artilleurs servant 36 canons ; première ligne de bataille commandée par le général-lieutenant prince Gortchakov : , , 900 artilleurs servant 108 bouches à feu ; seconde ligne de bataille, commandée par le général-lieutenant Dokhtourov : , , 400 artilleurs servant 48 bouches à feu ; corps de harcèlement du général-lieutenant Platov : (17 régiments de cavalerie cosaque), 900 fantassins ( de chasseurs, de milice), 100 artilleurs servant 12 bouches à feu (artillerie légère).

Armée française

300px|thumb|« Vive l'Empereur! » par Édouard Detaille, 1891. Le de hussards français à la bataille de Friedland. La concernant les effectifs français s'accordent à évaluer leur nombre à qui, progressivement, s'engagèrent dans la bataille. Ils sont sous le commandement suprême de Napoléon à partir de midi, le maréchal Lannes ayant commandé depuis le petit matin par l'engagement initial de son corps d'armée. Ces effectifs se répartissent ainsi : Corps d'armée de la Réserve commandé par le maréchal Lannes : , , 500 artilleurs servant 18 canons ; corps du maréchal Mortier : , (dont les dragons du général Grouchy), servant 42 pièces ; Garde impériale, aux ordres du maréchal Bessières : , , 900 artilleurs servant 36 pièces d'artillerie ; corps du général de division Victor, remplaçant le maréchal Bernadotte, blessé à Spanden : , , servant 36 pièces ; corps du maréchal Ney : , , servant 22 pièces.

Début des combats 300px|thumb|Charge des cuirassiers français à Friedland le 14 juin 1807 par Ernest Meissonnier. 270px|thumb|left|Manœuvres française et russe du au . La cavalerie du général Galitzine repoussa avec succès les avant-postes français de Friedland le , et le gros de l'armée russe commença à occuper la ville dans la nuit. L'armée française marchait sur Friedland, mais demeurait dispersée, et ce, en partie à cause de la multitude de routes et de l'étroitesse de ces dernières (de longues colonnes étant des cibles de choix pour la cavalerie de harcèlement cosaque). Sachant que Napoléon était à proximité et avec au moins trois corps (en fait quatre : ceux de Ney, de Victor, de Mortier et la Garde), Lannes dépêcha des messagers afin de demander à l'Empereur de se hâter. Avec au mieux , Lannes obligea Bennigsen à envoyer de plus en plus de troupes à travers l'Alle pour le défaire, usant ainsi ses hommes. En étirant au maximum ses lignes pour les faire paraitre plus grandes, il expose tout son front à la fragilité caractéristique de la stratégie de la ligne mince (mise en œuvre par Villars à Malplaquet notamment). Il engage dans un premier temps les tirailleurs russes dans le bois de Sortlack avec ses propres troupes légères, qui se feront relever par les grenadiers d'Oudinot, puis sur le front de Posthenen. Il est 3 heures du matin en ce .

Les Russes ne pouvant prendre pied sur la rive défendue par Grouchy regroupent leurs efforts sur la route de Friedland ; Lannes demande alors à Grouchy de soutenir Nansouty, qui s'est replié devant l'attaque. Grouchy s'empare alors du village d', sur cette route, en ralliant Nansouty ; Lannes lui envoie la brigade de grenadiers Albert de la division Verdier, qui vient de rejoindre son corps. Grouchy est repoussé par la cavalerie russe, puis elle-même est mise en déroute par Nansouty, qui repousse les Russes jusqu'à Friedland. Les grenadiers d'Albert prennent position sur Heinrichsdorf, et la division Dupas du corps de Mortier entre en ligne entre Heinrichsdorf et Posthenen.