, connu auparavant sous le nom de Léopold Georges Chrétien Frédéric de Saxe-Cobourg-Saalfeld, né le à Cobourg (en Saxe-Cobourg-Saalfeld) et mort le au château de Laeken (en Belgique), est un prince allemand de la maison de Saxe-Cobourg et Gotha devenu le premier roi des Belges en 1831 et le fondateur de la dynastie régnant sur la Belgique. Il est également l'ancêtre du grand-duc de Luxembourg, du prétendant au trône d'Italie, ainsi que du prince Napoléon. Il règne sous le nom de Léopold, roi des Belges, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, duc en Saxe.

Né dans la maison ducale régnant sur le petit duché allemand de Saxe-Cobourg-Saalfeld, il est le troisième fils et le huitième des neuf enfants du duc souverain François de Saxe-Cobourg-Saalfeld et de sa seconde épouse la princesse Augusta Reuss d'Ebersdorf. Grâce au mariage de sa sœur avec le grand-duc Constantin de Russie, Léopold devient officier de l'armée impériale russe et combat après que les troupes françaises ont envahi le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld au cours des guerres napoléoniennes. À l'issue de la défaite de Napoléon, il s'installe au Royaume-Uni où il épouse la princesse Charlotte de Galles, l'enfant unique et l'héritière présomptive du prince-régent, devenant ainsi le potentiel futur prince consort de Grande-Bretagne. Cependant, Charlotte meurt en couches en 1817. Veuf à et sans réelle perspective d'avenir, Léopold reste en Angleterre où il conserve un statut important et lucratif.

Après la guerre d'indépendance grecque (1821-1829), Léopold se voit offrir le trône de Grèce qu'il refuse finalement, craignant que la situation ne soit trop instable. En revanche, lorsque le Congrès du nouveau royaume de Belgique le choisit en raison de ses relations diplomatiques avec les maisons royales d'Europe et l'élit en qualité de premier souverain belge, le , il accepte. Il prête le serment constitutionnel le , date qui devient celle de la fête nationale belge.

Son règne est marqué, au point de vue international, par les tentatives néerlandaises de récupérer la Belgique et par la volonté royale de sécuriser géographiquement le royaume situé entre de puissants voisins, tandis que, au point de vue national, ce sont les tensions politiques internes entre libéraux et catholiques qui donnent progressivement la tonalité du règne. Léopold, considéré comme libéral, prône la modernisation de l'économie, en jouant un rôle majeur d'encouragement à la création de la première ligne de chemin de fer belge et à l'industrialisation subséquente. Il parvient, dans le contexte d'une constitution qui les borne, à étendre les pouvoirs de la monarchie à leur acmé.

Devenu roi des Belges, son rôle ne se limite pas aux frontières du pays sur lequel il règne. Le roi établit sa famille dans diverses cours européennes : France, Autriche, Portugal et Royaume-Uni, la principale puissance de son temps où il exerce une réelle influence. En raison de son expérience et des conseils politiques et diplomatiques qu'il prodigue aux monarques et gouvernants, il est surnommé .

Il meurt à en 1865, laissant pour successeur son fils .

Biographie Enfance et jeunesse redresse|gauche|vignette|alt=Peinture à l'huile représentant le portrait de François de Saxe-Cobourg-Saalfeld| François de Saxe-Cobourg-Saalfeld. redresse|vignette|alt=Peinture à l'huile représentant le portrait d'Augusta Reuss d'Ebersdorf|Augusta Reuss d'Ebersdorf.

Huitième des neuf enfants du duc souverain François de Saxe-Cobourg-Saalfeld et de sa seconde épouse la princesse Augusta Reuss d'Ebersdorf (mariés à Ebersdorf le ), le futur roi des Belges naît au palais Ehrenbourg à Cobourg, dans le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld, le . Il est baptisé Léopold le lendemain de sa naissance, en l'honneur du nouvel empereur .

Les parents de Léopold forment un couple très uni. Léopold a cinq sœurs aînées : Sophie (1778 – 1835), Antoinette (1779 – 1824), Julienne (1781 – 1860), Victoire (1786 – 1861) et Marianne (1788 – 1794) ; deux frères aînés : Ernest (1784 – 1844) et Ferdinand (1785 – 1851) ; ainsi qu'un frère cadet : Maximilien (1792 – 1793).

En 1826, la Saxe-Cobourg acquiert la ville de Gotha du duché voisin de Saxe-Gotha-Altenbourg en échange de Saalfeld (légué au duché de Saxe-Meiningen), devenant ainsi le duché de Saxe-Cobourg et Gotha. Léopold porte dès lors le titre de prince de Saxe-Cobourg et Gotha.

En plus de ses parents, un personnage central marque son enfance : sa grand-mère paternelle, Sophie-Antoinette de Brunswick-Wolfenbüttel, cousine utérine de l'impératrice Marie-Thérèse, femme impérieuse et prodigue envers les siens qui veille de près sur son petit-fils, pour lequel elle a une préférence marquée. Elle meurt à Cobourg le .

Dès 1797., Léopold est placé sous la direction du pasteur de la cour, Charles-Théodore Hoflender, diplômé de l'université d'Iéna avant d'être nommé premier professeur au Collegium Casimirianum de Cobourg. Hoflender enseigne au prince les mathématiques, le grec, le latin et quelques rudiments de russe, sans oublier l'histoire biblique, la morale et la doctrine chrétienne . En 1799, Jean-Philippe Hohnbaum entre à la cour ducale comme secrétaire du prince héritier François et précepteur de Léopold et de ses frères avec le titre de conseiller. Très tôt, il s'aperçoit des capacités et des qualités de son élève, auquel il enseigne l'histoire de la Saxe, de la Grande-Bretagne et du Saint-Empire ; l'enfant s'intéresse tout particulièrement à la guerre de Trente Ans, dont les portraits d'esprits nobles et chevaleresques le fascinent. Le même Hohnbaum lui donne des cours de maintien et d'exercices physiques afin de renforcer sa constitution et le préparer aux dangers de la guerre. Durant son enfance, ses frères ayant six et cinq ans de plus que lui, il doit accepter leur supériorité physique. Un autre religieux, Gottlieb Scheler, pasteur à Cobourg, enseigne à Léopold le catéchisme. Ce ministre du culte prône une forme particulière du luthéranisme : le piétisme qui influence durablement la mentalité et la sensibilité du prince. Dès 1804, alors qu'il n'a que treize ans, Léopold fait montre d'un esprit organisé et économe : il tient régulièrement un livre de comptes. Le prince s'efforce aussi d'apprendre le français, l'anglais et l'italien, ainsi que l'histoire et le droit public et aime dessiner d'après nature.

Pour ce qui regarde les arts militaires, Léopold bénéficie de l'enseignement de son grand-oncle le prince Frédéric Josias de Saxe-Cobourg-Saalfeld, qui peut se targuer d'une longue et glorieuse carrière militaire. Il écoute les récits de ce feld-maréchal du Saint-Empire, qui a combattu depuis la guerre de Sept Ans jusqu'à Fleurus. Quant à son père, le duc François, homme d'études passionné de botanique, de zoologie et d'astronomie, il transmet volontiers au jeune Léopold ses connaissances scientifiques, inspirant à l'enfant une prédilection pour les longues marches dans les campagnes et ses goûts pour la colombophilie, la floriculture et la conception de parcs et de jardins..

Carrière militaire

Entrevue d'Erfurt

vignette|alt=Peinture à l'huile représentant Alexandre Ier de Russie en grand uniforme d'apparat tenant son bicorne à la main|redresse|Le tsar par George Dawe (1817).

Julienne de Saxe-Cobourg-Saalfeld, sa sœur aînée, ayant épousé en 1796 le grand-duc Constantin de Russie, successeur potentiel de son frère le tsar , Léopold est considéré comme un proche parent de la maison Romanov. C'est la raison pour laquelle l'enfant reçoit, dès ses six ans, un grade militaire russe et apprend les rudiments de la langue russe. Il est ainsi nommé capitaine, le , puis colonel du régiment Izmaïlovski de la garde impériale, le . Il est transféré le au régiment de cavalerie de la garde impériale où, à , le , il devient général-major.

En 1805, alors qu'il est âgé de quatorze ans, Léopold fait ses véritables débuts dans l'armée russe. Il accompagne son frère aîné le duc-héritier Ernest en Moravie au quartier général de l'empereur de Russie, mais les deux princes ne participent à aucun combat. À la suite de la bataille d'Austerlitz, il rentre à Cobourg, qui est occupée par les Français. Le duc François, mourant, s'enferme dans la citadelle de Saalfeld avec Léopold, tandis que ses deux autres fils Ernest et Ferdinand sont dans les rangs des coalisés. Le duc François meurt le , six jours avant la signature des traités de Poznań qui rattachent le duché de Saxe-Cobourg à la confédération du Rhin. Ernest, l'héritier du duché, âgé de , est alité par le typhus au quartier général prussien. Lorsque Napoléon apprend qu'il a combattu contre les Français, il met le duché sous séquestre et confisque les biens de la famille régnante. Léopold et sa mère, confinés dans une partie du château, survivent grâce aux secours de leurs anciens domestiques. À sa sœur Sophie, Léopold écrit : . Léopold peut enfin se rendre au chevet de son frère Ernest, tandis que leur mère s'efforce en vain de fléchir le général Clarke, gouverneur de Berlin, pour recouvrer la possession du duché. Après l'intervention du tsar, Napoléon autorise d'inclure le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld dans le traité de Tilsit et de le compter à nouveau parmi les membres de la confédération du Rhin. Le nouveau duc régnant Ernest peut rentrer officiellement dans sa capitale en .

vignette|alt=Peinture à l'huile représentant la rencontre entre Napoléon et l'ambassadeur d'Autriche en |Entrevue d'Erfurt par Nicolas Gosse. En , Léopold et Ernest séjournent brièvement à Paris afin de gagner les faveurs de , sans toutefois rencontrer l'empereur alors en séjour à Fontainebleau avant de regagner l'Italie. Les Tuileries sont envahies par une foule de princes allemands, italiens, espagnols et portugais en quête d'une faveur de l'empereur. L'impératrice Joséphine adopte une attitude protectrice pour le jeune Léopold, lui procurant des plantes de son herbier et lui faisant ouvrir la loge impériale dans les théâtres.. Léopold et son frère deviennent également des habitués du salon de la reine Hortense qui organise dans son hôtel des soirées musicales réservées à des privilégiés, dont Léopold. L'empereur, que les princes rencontrent enfin en , est lui-même frappé par la prestance du jeune Léopold : , au point qu'il songe à en faire son aide de camp.

Au printemps 1808, Léopold est atteint par une fièvre typhoïde, dont il se remet lentement, puis il administre le duché de Saxe-Cobourg-Saalfeld alors que son frère Ernest se rend en Russie. Léopold en profite pour entreprendre d'ambitieuses réformes financières et administratives, ainsi que des travaux publics. Il accompagne ensuite , lors de sa rencontre avec Napoléon à Erfurt en . Cette entrevue d'Erfurt constitue un échec pour Napoléon, lequel souhaitait renforcer l'alliance franco-russe, car le tsar ne cède rien aux exigences de Napoléon et ne semble pas déterminé à aider ses petits alliés, dont les Cobourg. De retour à Cobourg, Léopold est bien décidé à surmonter l'échec de la rencontre d'Erfurt et à défendre les intérêts du duché de Cobourg, lequel n'a pas obtenu, comme prévu, le détachement en sa faveur de quelques bailliages des régions de Bamberg et de Bayreuth. Léopold écrit donc au tsar afin qu'il intervienne auprès de Napoléon. Le tsar accepte de jouer les intermédiaires. Cependant, Napoléon est courroucé contre les Cobourg qui figurent trop souvent dans les rangs de ses ennemis. Napoléon refuse donc de céder quoi que ce soit. En outre, Napoléon exige le départ de Léopold de l'armée russe. À contre-cœur, Léopold doit obéir et donner sa démission en .

Bataille de Kulm