vignette|upright|Lecture à la lumière de la lampe à huile, Wu Changshuo, 1908 (musée d'Art national de Chine).
La littérature chinoise a une place à part dans l'histoire de l'humanité, étant donné le culte réservé à la chose écrite en Chine et le caractère unique des caractères chinois, qui tirent leur origine de rites divinatoires et se différencient radicalement des systèmes phonétiques utilisés dans la majorité des autres langues.
On peut donc considérer l'émergence de la littérature chinoise au moment où les idéogrammes chinois ont quitté leur vocation originelle pour se constituer en caractères utilisables indépendamment, sans doute 2000 ans Ces premiers écrits gardent toutefois une rigidité canonique ou une vocation philosophique qui pose parfois problème avec la notion occidentale de « littérature ».
Parmi l’étendue de la littérature chinoise, cinq romans-fleuves se distinguent particulièrement, connus comme les « Quatre livres extraordinaires », tant pour leur grandeur que leur influence : Au bord de l'eau (), Les Trois Royaumes (), La Pérégrination vers l'Ouest (), Jin Ping Mei (), et Le Rêve dans le pavillon rouge ().
Aperçu historique Premiers textes
Les premiers textes connus en Chine sont des inscriptions oraculaires. Il en existe environ cinquante mille, datant des , et contenant six mille signes dont un tiers ont été déchiffrés. Il s'agit d'archives sous forme d'inscriptions brèves (la plus longue fait une centaine de caractères) sur des omoplates de bovidés ou des écailles de tortues. Un signe figurant une liasse de lattes en bois ou en bambou atteste que le « livre » existait à une époque très reculée. À partir du apparaissent des inscriptions sur bronze, qui perdurent jusqu'au .
Littérature de l'Antiquité
vignette|alt=| de la rivière Xiang. Le Li sao illustré, édition de 1645, dessins de Xiao Yuncong (1596-1673), gravés par Tang Yongxian. Collections de la Bibliothèque du Congrès. En raison de la destruction des livres ordonnée par l'empereur Qin Shi Huang en 213 , tous les textes de l'Antiquité qui nous sont connus ont en fait été reconstitués par la suite sous la dynastie Han. Parmi eux sont considérés comme des œuvres littéraires deux recueils de poèmes, le Classique des vers et les Chants de Chu, certaines œuvres philosophiques dans lesquelles sont racontées des anecdotes, et certains livres d'histoire.
Le Classique des vers est un recueil de poèmes dont les textes datent du au On y trouve des chants religieux, des chants de cour ainsi que des chansons populaires. L'anthologie a été réalisée dans le royaume de Lu, bien que les poèmes proviennent aussi de nombreux autres royaumes, et a été par la suite attribuée à Confucius.
Le Commentaire de Zuo (Zuo Zhuan), attribué à Zuo Qiuming (fin du -début du ), avec sans doute des ajouts qui lui sont postérieurs, est un ouvrage historique se présentant comme un commentaire des Annales du royaume de Lu et couvrant les événements qui vont de 722 à 468 Le style de Zuo, ses descriptions des combats, les dialogues et discours prêtés aux personnages font de l'ouvrage un chef-d'œuvre littéraire.
Les Chants de Chu sont une anthologie composée sous les Han, mais la moitié de ces chants datent de l'époque du royaume de Chu. Certains, tels le Li sao ou les Neuf Chants, sont des poèmes de Qu Yuan (vers 340 - vers 280 ), le premier poète chinois dont on connaisse le nom et le premier à écrire de la poésie personnelle. Dans le même recueil, les Neuf Discussions du poète Song Yu () sont dans la continuité de la poésie de Qu'Yuan. Les Chants de Chu sont influencés par le chamanisme, religion caractéristique de royaume de Chu et qui faisait considérer ce dernier comme « barbare » aux yeux des autres royaumes.
Les anecdotes, allégories ou devinettes que l'on trouve dans les œuvres des philosophes de la période des Royaumes combattants sont les témoignages de l'existence d'une importante littérature populaire, laquelle a aussi été réutilisée dans des œuvres très diverses, comme la Chronique du Fils du Ciel Mu, récit mythique des voyages du roi Mu, retrouvée en 279 de notre ère dans une tombe de la période des Royaumes combattants. Meng Zi (372-289) employait des anecdotes pour introduire ses idées, afin de ne par heurter ses interlocuteurs, les souverains de l'époque, et est le premier des philosophes écrivains. Ces anecdotes sont devenues par la suite un genre, certaines sont aussi à l'origine d'une sorte de proverbes (les chengyu). On trouve de telles anecdotes aussi chez Han Fei Zi, fondateur du légisme, dans les Annales des Printemps et des Automnes de Lü de Lü Buwei, ou encore dans des ouvrages historiques tel le Zhan Guo Ce. Au point de vue de la littérature, les œuvres des penseurs taoïstes ont une importance particulière. C'est notamment le cas du Zhuangzi de Zhuang Zhou (369-286 ), où imagination et humour donnent lieu à nombre de comparaisons et métaphores et paraboles. Considéré comme l'un des chefs-d'œuvre de la littérature chinoise, le Zhuangzi a une influence déterminante sur toute la pensée esthétique postérieure. Le Liezi, attribué à Lie Yukou, mais sans doute retravaillé sous les Han, lui est comparable. vignette|upright=6|centré|Odes mineures du Classique des vers. Peinture attribuée à Ma Hezhi (vers 1130-vers 1170), calligraphie attribuée à l'empereur Gaozong des Song. Rouleau de . Musée du Palais, Pékin.
Littérature sous les Han
La période Han (206 -220 ) est une époque majeure pour la prose chinoise, héritière des différents genres de la période des Royaumes combattants, avec des écrivains comme Jia Yi (201-168), Dong Zhongshu (175-105) ou Sima Qian (vers 135-vers 93). Ouvrage historique couvrant toute l'histoire antérieure de la Chine, les Mémoires historiques (Shiji) de Sima Qian, grâce au style de l'auteur, la place faite aux discours, aux anecdotes, se range tout autant au rang des grandes œuvres littéraires.
Le recueil des Chants de Chu est composé par Liu Xiang (77-6 ) puis Wang Yi au Il comprend pour moitié des poèmes de la période des Royaumes combattants et pour le reste des poèmes de l'époque Han écrits à leur imitation.
Les anecdotes contenus dans les ouvrages des philosophes ont donné au bibliothécaire Liu Xiang l'idée de composer un recueil, le Jardin d'anecdotes (Shuo Yuan), donnant ainsi naissance à un nouveau genre qui comprendra par la suite des recueils de pensées, des livres de notes et autres recueils divers.
Historiographie vignette|Tentative d'assassinat de Qin Shi Huang, le premier empereur de Chine (à gauche), par Jing Ke (à droite). Estampage d'une tombe de la dynastie Han. La biographie de Jing Ke figure parmi celles consacrées aux spadassins, dans la dernière partie des Mémoires historiques de Sima Qian. Poursuivant l'entreprise commencée par son père, (165-110 ), Sima Qian (env. 145-env. 85 ) écrit l'histoire de la totalité du monde connu depuis les origines jusqu'à son époque dans ses Mémoires historiques. L'ouvrage adopte un plan original : douze « annales fondamentales » (benji), qui traitent des souverains des dynasties successives ; dix « tableaux chronologiques » (biao) ; huit « traités » (shu) sur les rites, la musique, etc. ; une section de trente « maisons héréditaires » (shijia) sur les grandes familles féodales ; enfin soixante-dix « biographies » de personnages plus ou moins célèbres, certains étant regroupés par types, comme les assassins, les bouffons, les fonctionnaires cruels… On peut lire dans les Mémoires historiques une critique sourde contre la dynastie Han : Xiang Yu (232-202 ), qui s'était opposé au fondateur de la dynastie Han, a ainsi droit à un chapitre des « annales fondamentales ». Dans certaines biographies de la dernière partie de ses Mémoires historiques, Sima Qian se fait presque romancier. L'œuvre de Sima Qian a ensuite servi de modèle pour l'écriture, sous chaque dynastie, de l'histoire de la dynastie précédente : ce sont les Vingt-Quatre Histoires. Rédigées par des fonctionnaires, elles n'ont le plus souvent pas d'intérêt littéraire.
Le fu Favorisé par l'intense vie intellectuelle des cours princières, le genre le plus prisé durant la période Han est le fu, sorte de poème en prose (bien qu'il ne soit pas considéré comme de la poésie en Chine). Les fu décrivent les parcs, les chasses ou les palais des différentes cours, et se caractérisent par leur composition en phrases parallèles dans une langue précieuse et savante. Le genre est dans un premier temps inspiré des Chants de Chu, auxquels il reprend les descriptions de paysages ou la richesse du vocabulaire, à l'exemple du fu À la mémoire de Qu Yuan de Jia Yi. Le grand représentant du genre est Sima Xiangru (179-117), mais presque tous les écrivains s'y sont essayés : Yang Xiong (53 -18 ), l'historien Ban Gu (32-92), le savant Zhang Heng (78-139) sont les plus connus. Les fu d'amour, de Song Yu () ou de Cao Zhi (192-232) par exemple, relatant la rencontre entre une déesse et un mortel, s'inspirent eux aussi des poèmes chamanistiques des Chants de Chu, dans lesquels la divinité est invitée à prendre possession du chamane.
Le yuefu Un « bureau de la Musique » (Yuefu) est créé sous les Han en 177, avec pour fonction de composer des hymnes pour les sacrifices, de la musique de cour, mais aussi de recueillir des chansons populaires, afin de prendre la mesure de l'opinion. Les poèmes issus de ce Bureau appartiennent à un genre portant le même nom, le yuefu. La simplicité du langage caractérise ces ballades populaires qui ont pour sujet la vie des humbles, et dont les deux plus connues sont Les Mûriers sur les diguettes et Le paon vole vers le sud-est. Les Dix-neuf poèmes anciens, recueil anonyme datant de cette période, présentent des similitudes avec les yuefu. Les yuefu, qui ont introduit les vers de cinq et sept caractères, ont été imités par les lettrés, qui ont écrit des poèmes sur les mélodies populaires.
La poésie de l'ère Jian'an La fin des Han, durant l'ère Jian'an (196-220), voit apparaître une poésie plus personnelle, marquée par les événements tragiques du temps. Cette tendance est à l'œuvre chez les Cao, Cao Cao (155-220) et ses deux fils Cao Pi (187-225) et Cao Zhi (199-232), ainsi que les Sept Lettrés de Jian'an, certains des plus fameux poètes de la période. Le poème de Kong Rong (153-208) sur la mort de son fils ou la Ballade du soldat qui conduit son cheval à l'abreuvoir sous la Grande Muraille de Chen Lin (mort en 217) sont représentatifs de cette poésie. Le plus connu de ces Sept Lettrés est Wang Can (177-217), lequel évoque lui aussi les misères de son temps dans sa série intitulée Les Sept tristesses. La poétesse Cai Yan de son côté relate son exil chez les Xiongnu dans ses Dix-huit stances pour chalumeau barbare (Hujia shiba pai) et son Poème tragique (Beifen shi).
vignette|upright=6|centré|alt=Le Fu du parc Shanglin. Peinture attribuée à Qiu Ying (), sur un rouleau de soie de plus de onze mètres de long.|Le Fu du parc Shanglin de Sima Xiangru. Peinture attribuée à Qiu Ying (), sur un rouleau de soie de (musée national du palais à Taïwan).
La littérature des Six Dynasties
vignette|redresse|L'une des Illustrations dans l'esprit des poèmes de Tao Yuanming, de Shitao (1642-vers 1707). Musée du palais, Pékin.