Le siège de Metz en 1444 oppose le duc de Bar et de Lorraine René d’Anjou, et son allié le roi de France Charles VII, aux « citains » de la République messine. La guerre de 1444-1445 est sans doute la plus dévastatrice des guerres médiévales qu'ait eues à subir la cité messineAlain Girardot : La république messine, in : François-Yves Le Moigne, Histoire de Metz. Privat, 1986 ().

Contexte historique Malgré la signature régulière de « communes trêves », ou Landfrieden, entre les seigneurs de la région, la guerre est un mal chronique en Lorraine aux . La région devient le théâtre régulier d’affrontements entre différents seigneurs du Saint-Empire romain germanique. Les ducs de Lorraine, de Bar, de Luxembourg, les comtes de Deux-Ponts, de Vaudémont, l’archevêque de Trèves, les évêques de Metz, Toul et Verdun, s’allient ou s’opposent au gré des circonstances, dans un monde fortement marqué par la féodalitéMichel Parisse: (dir) : Encyclopédie illustrée de la Lorraine, Histoire de la Lorraine, Époque médiévale, Éd. Serpenoise, Presses universitaires de Nancy, 1990 (pp 116-233).. Prenant prétexte de la saisie des bagages d'Isabelle de Lorraine par les Messins, près de Pont-à-Mousson, René d'Anjou décide d’assiéger la cité messineHenry Klipffel: Metz, cité épiscopale et impériale (Xe au XVIe siècle). Un épisode de l’histoire du régime municipal dans les villes romanes de l’empire germanique, Mémoires de l'Académie royale de Belgique, Année 1867, 19 (pp. 353-357).. Afin de châtier les Messins, le duc de Lorraine demande de l'aide au roi de France Charles VII, son beau-frère. Souhaitant d'une part, contrer l'expansionnisme du duc de bourgogne Philippe le Bon aux marges du Saint-Empire, et d'autre part, se débarrasser des troupes d'Écorcheurs, désœuvrées après la signature d'une trêve avec les Anglais, le roi de France saisit cette occasionPierre Marot : L'expédition de Charles VII à Metz (1444-1445), Bibliothèque de l'école des chartes, Année 1941, Volume 102, Numéro 1 ()..

Pillage du Pays messin Le , les troupes royales mettent le siège devant Épinal, qui appartenait à l'évêque de Metz. La ville s'étant rendue le , le roi soumet Toul et Verdun, avant de . Le , le connétable Artus de Richemont quitte Mars-la-Tour pour s'avancer sur Metz. Le , les Écorcheurs arrivent dans le Val de Metz. Les 15 et , le sénéchal Pierre de Brézé, le maréchal André de Laval, le comte Charles IV du Maine et le duc René d'Anjou menacent d'assiéger la ville de Metz, si elle ne se soumet pas. À partir du , les maisons fortes et les églises fortifiées du Pays messin sont prises d’assaut, les unes après les autres. Ainsi, Ars, Ancy, Chamenat, Espilly, Raucourt, Goin, Bouxière, Corny, Châtel-Saint-Blaise, Mardigny, Sommy, Grosyeulx, Olry, Prayel, la Grange-aux-Ormes, la Grange-le-mercier, la Horgne, Braidy, Saint-Ladre et Saint-Privat sont ravagés ou incendiés. Face aux « Écorcheurs » à la solde du roi de France, et à leurs abominations, les paysans du "Pays messins" se réfugient en nombre dans la ville, qui devient vite surpeuplée.

Siège de Metz thumb|left|100px|Tour-bretèche des Chandeliers, aujourd'hui arrasée et remblayée. Le conseil des « Sept de la Guerre », dirigé par Jean de Vy, connu aussi sous le nom de « Jean Vitton », est chargé de la direction des opérations. Avec l'aide des mercenaires étrangers et des « soldoyeurs » de la cité messine, Vitton organise tant bien que mal la défense de la ville.

Chaque corporation — il y en a plus de cinquante au à MetzRené Bour, Histoire de Metz, Metz, 1950. — est chargée de la défense d’une tour des remparts de Metz, lesquels sont renforcés où il le faut, notamment près de la porte Serpenoise et du pont des Morts, par des boulevards de terre, mais aussi équipés de bombardes. Outre des boulets pour l'artillerie, on prévoit de charger des blocs de pierre sur les remparts, destinés à servir de projectiles au niveau des assommoirs et des mâchicoulis.

Les faubourgs de Saint-Martin, de Saint-Arnoul, de Saint-Clément, de Saint-Symphorien de Saint-Thiébaut sont en partie rasés, afin de faciliter la défense de la ville. Les faubourgs de Mazelle, Vallière, la Horgne-au-sablon et la Grange-aux-ormes sont aussi préventivement détruits, .

À partir du mois d'octobre, les troupes messines, renforcées de villageois du Pays messin, marquent des points, reprenant Ennery, Neufchâtel et la maison forte de Crepy, . Plusieurs villageois du Pays messin se distinguent au cours de ces escarmouches. Un certain Collignon Cowin notamment, qui s'était déjà illustré en défendant l'église d'Ars-sur-Moselle, est tué par une couleuvrine, lors de l'attaque de Châtel-Saint-Blaise, alors tenu par les Ecorcheurs.

Le , les écorcheurs abandonnent Woippy. Jean Vitton passe pour être aussi cruel pour ses adversaires, qu’il noie sans vergogne, que pour les Messins, qu’il empêche de sortir, sous peine de mort. Le sort des prisonniers n’est pas plus enviable, comme en témoigne une complainte d’un prisonnier lorrainExtrait de La Complainte d’ung jonne compaignons detenus prisonnier, de Lhoraine vers les bains de Plumière, ou vers Lucey en Borgoigne, ou Espinal ou il y a bains chault (cité par Saulcy et Huguenin en 1835). :

Cette version des faits, à charge pour Jean Vitton et le conseil des « Sept de la Guerre », doit cependant être nuancée. Les comptes du barbier-chirurgien de la cité messine indiquent, en effet, des sommes reçus pour les soins qu'il avait apportés aux prisonniers, pendant la guerre.

Issue du conflit thumb|left|100px|Metz, ville d'Empire, figure sur le Quaternionenadler du Saint-Empire romain germanique. Dès le début des hostilités, des pourparlers sont organisés. Le roi de France invite les représentants de la cité messine à Nancy, le . Thiébaut Louve, Nicolas Louve"Louve" ou "Lowe" selon les retranscriptions., Poncignon Baudoche et Geoffroy Desch, représentant les « Sept de la Guerre », ainsi que Jean de Luxembourg, sont envoyés pour représenter la cité. Agissant au nom du roi de France, Jean Raboteau, président du parlement, leur déclare qu'ils devaient se soumettre à l'autorité du roi de France. Nicolas Louve lui répond, au nom des Sept, que Metz était et avait toujours été une cité franche du Saint-Empire, et qu'elle affronterait tout, plutôt que de renoncer à sa fidélité envers ce dernier. Les négociations sont alors suspendues et le siège se poursuit.

Après six mois de siège, de saccages et de pillages dans le Pays messin, les Messins se résignent à négocier. Une seconde conférence a lieu le . Tout en s'opposant encore aux propositions du roi de France, en déclarant , les paraiges trouvent cette fois un arrangement financier avec les troupes françaises. Lors de la troisième entrevue à Pont-à-Mousson, le , les Messins achètent le départ des troupes ennemies en payant au roi Charles VII et en annulant les importantes dettes du duc de Lorraine, estimées à . Un traité de paix est signé en . L'échange de prisonniers peut alors commencer. Metz en avait peu à rendre, car les exécutions avaient souvent été immédiates.

La cité messine sortira financièrement affaiblie de ce nouveau conflit. Mais c’était là le prix à payer, pour rester une ville libre au sein du Saint-Empire romain germanique.

Notes et références

Annexes Articles connexes Siège de Jean et Baudouin de Luxembourg, Édouard de Bar et Ferry de Lorraine en 1324. Siège de Jean de Lorraine en 1371. Siège de Charles II de Lorraine en 1428. Siège de Nicolas de Lorraine en 1473 Siège de René II de Lorraine en 1489. Siège de Franz von Sickingen en 1518. Metz au Moyen Âge. Compagnies de mercenaires en Lorraine (XIVe siècle).

Bibliographie François-Yves Le Moigne, Histoire de Metz. Privat, 1986. René Bour, Histoire de Metz, Metz, 1950 Saulcy et Huguenin, Relation du siège de Metz en 1444 par Charles VII et René d’Anjou, Metz, 1835. Pierre Marot : L'expédition de Charles VII à Metz (1444-1445), Bibliothèque de l'école des chartes, Année 1941, Volume 102, Numéro 1 () (en ligne).

1444 Catégorie:Bataille de Lorraine Catégorie:Bataille de 1444 Catégorie:Bataille impliquant le Saint-Empire romain germanique Metz Catégorie:René d'Anjou Catégorie:Conflit ayant impliqué des mercenaires