thumb|, publié en 1925, condense les opinions d'Adolf Hitler. Les opinions politiques d'Adolf Hitler, dictateur de l'Allemagne nazie de 1933 à 1945, ont posé différentes difficultés aux historiens et biographes.
D'abord, Hitler adaptait ses écrits et discours aux besoins politiques et aux circonstances, bien que certains thèmes récurrents se dégagent, comme l'antisémitisme, l'anticommunisme, l'antislavisme, l'antiparlementarisme, le concept allemand de (l'« espace vital » ou biotope), la croyance en la supériorité d'une « race aryenne » et une forme extrême de nationalisme allemand héritée en partie du mouvement völkisch combinée au darwinisme social.
Hitler, qui place au cœur de sa vision du monde l'antisémitisme, dit lutter contre ce qu'il appelle le judéo-marxisme, et la finance juive internationale. Ainsi, et ce dès son premier écrit politique retrouvé, daté de 1919, le peuple juif, pensé comme un groupe racial homogène, est rendu coupable de tous les malheurs qui affligent la « race allemande ».
Cependant, les historiens ne sont pas réellement partagés sur les idées politiques d'Hitler en elles-mêmes, assez explicites dès le début des années 1920, mais plutôt sur les moments, rencontres et périodes qui ont été les temps de constitution desdites opinions.
On peut dès lors tenter de distinguer trois périodes pendant lesquelles les opinions politiques de Hitler ont plus ou moins pris forme : D'abord, ses années de jeunesse marquées par la pauvreté et l'oisiveté à Vienne et Munich avant la Première Guerre mondiale, durant lesquelles il consomme des brochures politiques nationalistes et des journaux conservateurs et antisémites. Hitler est ainsi au contact de la pensée de personnalités politiques diverses, comme l'Autrichien Georg Ritter von Schönerer, ou le maire de Vienne Karl Lueger, virulent antisémite. Ensuite, la période clé de 1919-1920, qui suit directement la défaite de l'Allemagne à la fin de la Première Guerre mondiale. Hitler prétend avoir développé son nationalisme exacerbé et aurait juré de « sauver » l'Allemagne de ses ennemis extérieurs et intérieurs, qu'il considérait comme des traîtres, au moment de la défaite. Cette fiction de la « révélation » est entretenue par Hitler dans Mein Kampf, mais les mois qui suivent la défaite montrent des errances politiques chez Hitler, élu par ses camarades de chambrée dans la Räterepublik socialiste, et ce sans grande conviction, selon l'historien Ian Kershaw. Pendant cette période de troubles, Hitler est dans une posture attentiste. Un moment central reste cependant la formation politique qu'il reçoit à l'été 1919 au sein de l'armée (Hitler n'a pas été démobilisé, ayant fait du zèle en dénonçant des soldats sensibles aux thèses communistes), dans laquelle il fait montre d'un nationalisme et d'un antisémitisme exacerbés, qui lui permettent d'être remarqué par Karl Mayr, un officier allemand. Ce dernier missionne Hitler de fonctions de renseignement au sein d'un groupuscule d'extrême droite antisémite issu du mouvement völkisch, structuré en parti politique, le DAP. Hitler intègre ce petit parti sur ordre de Mayr, et y reste. Enfin, les années 1920, qui marquent son ascension au sein du DAP, dont il prend le contrôle, le transformant en Parti nazi. Hitler gagne en popularité grâce à ses discours tenus dans les brasseries de Bavière, et devient progressivement un personnage incontournable de la scène ultra nationaliste bavaroise. Les opinions politiques d'Hitler s'incarnent ensuite particulièrement dans son pamphlet, , qu'il rédige après le putsch raté à Munich en 1923. Les grandes lignes de sa pensée politique détaillées ci-avant s'y retrouvent de manière obsessionnelle. Pendant cette période, Hitler est également influencé par le fascisme de Benito Mussolini, nommé président du Conseil du royaume d'Italie en après la « marche sur Rome ».
À bien des égards, Hitler est essentiel à l'attrait politique du nazisme et à sa concrétisation en Allemagne. Ses opinions étaient importantes et se répercutaient avec plus ou moins d'efficacité sur les politiques de l'Allemagne nazie. Dès le début des années 1920, Hitler affirme le (le principe du chef, de guide), qui prône l'obéissance absolue de tous les subordonnés à leurs supérieurs. En conséquence, Hitler, le Führer, se considère comme le sommet de la hiérarchie du parti, et plus tard, du gouvernement. Hitler croit fermement que la force de la « volonté » est déterminante pour fixer la trajectoire politique d'une nation et justifie toutes ses décisions par ce principe. Étant donné qu'Hitler était nommé chef du Reich allemand à vie, il « incarnait le pouvoir suprême de l'État et, en tant que délégué du peuple allemand », il lui revenait de déterminer la « forme extérieure et la structure du Reich ».
Ainsi, l'action politique de Hitler repose sur une idéologie dont le socle mêle le nationalisme allemand, les doctrines issues du mouvement völkisch, l'antisémitisme européen traditionnel, à une doctrine raciale intellectualisée, elle-même constituée d'un amalgame de théories pseudoscientifiques issues du darwinisme social, et d'idées — souvent acquises de seconde main et parfois partiellement comprises — de Friedrich Nietzsche, Arthur Schopenhauer, Richard Wagner, Houston Stewart Chamberlain, Arthur de Gobineau et Alfred Rosenberg, ainsi que de Paul de Lagarde, Alfred Ploetz et d'autres intellectuels.
Chronologie du développement idéologique d'Adolf Hitler
Avant la Première Guerre mondiale vignette|Georg Ritter von Schönerer (1842-1921), nationaliste pangermaniste antisémite et anti-catholique, a une grande influence sur la constitution de l'idéologie d'Adolf Hitler. Pendant la période qu'il passe à Vienne, entre 1907 et 1913, Hitler est au contact d'une rhétorique raciste. Des populistes, comme le maire de la ville, Karl Lueger, exploitent le sentiment antisémite répandu dans la ville, accusant les Juifs de tout et n'importe quoi, selon Peter Longerich. Lueger défend également des idées nationalistes allemandes. Les sentiments nationalistes allemands sont alors répandus dans le quartier de Mariahilf, où Hitler réside. Hitler lisait des journaux locaux conservateurs, ainsi que des brochures liées à des philosophes et théoriciens tels que Houston Stewart Chamberlain, Charles Darwin, Friedrich Nietzsche, Gustave Le Bon et Arthur Schopenhauer.
Hitler développe un fort antislavisme ciblant particulièrement les Tchèques durant sa vie à Vienne. Il est influencé par les idées des philosophes nordicistes comme Jörg Lanz von Liebenfels et Houston Stewart Chamberlain, qui défendent la théorie pseudo-scientifique de la supériorité d'une race aryenne, et sont partisans, plus largement, de l'idée d'une supériorité raciale des peuples nordiques. Ces penseurs du racisme affirment que le peuple aryen est menacé par ceux qu'ils considéraient comme inférieurs, en premier lieu desquels les Juifs et les Slaves. Ils préconisent en outre la mise en œuvre d'une société fondée sur le concept de « pureté raciale », qu'ils jugent essentielle à la survie des peuples nordiques dans le monde moderne. Ils sont également anticommunistes.
Hitler est également influencé par l'influent homme politique autrichien Georg Ritter von Schönerer, un nationaliste pangermaniste anti-catholique et antisémite qui milite alors pour l'incorporation de l'Autriche dans l'Empire allemand, et dénonce avec véhémence les minorités juives et slaves vivant dans l'Empire austro-hongrois.
Durant son séjour à Vienne, Hitler développe également une aversion profonde pour les idées de la social-démocratie. Auparavant, il avait une opinion favorable du parti social-démocrate autrichien, qu'il voyait de manière pragmatique comme une faction politique susceptible de faciliter l'effondrement du gouvernement Habsbourg, qu'il assimilait à un régime pro-slave et anti-germanique. Hitler considère les Slaves comme un peuple inférieur, incapable d'organiser une structure politique et les perçoit comme la plus grande menace au mouvement pangermanique. Il finit par se détourner des sociaux-démocrates, en raison de leur politique d'acceptation de membres slaves dans leurs rangs. Décrivant son expérience avec les sociaux-démocrates qu'il rencontra à Vienne, Hitler écrit dans Mein Kampf :
Première Guerre mondiale et défaite alt=B&W newspapers|vignette|300x300px|Couverture médiatique des troubles de février 1919 en Allemagne, rapportée par plusieurs journaux aux États-Unis. Pendant la Première Guerre mondiale, Hitler est affecté à la transmission des informations sur la ligne de front, un poste à risque où nombreux sont les soldats à mourir. Cependant, du fait du mépris éprouvé par les Allemands qui avaient combattu dans les tranchées pour ce type de soldats, considérés comme privilégiés (car ayant quelques avantages lors de leurs repos), Hitler n'évoque pas son réel poste dans Mein Kampf. Il ne semble pas s'exprimer beaucoup politiquement, et n'est pas particulièrement apprécié par ses camarades. Hitler perd la vue lors d'une attaque au gaz moutarde le , ce qui conduit à son hospitalisation à Pasewalk. C'est là qu'il apprend la défaite de l'Allemagne, l'Armistice devant entrer en vigueur le . Selon le propre récit qu'il construit a posteriori, il aurait subi une seconde crise de cécité en apprenant la nouvelle. Hitler lie cet évènement à son parcours : « ... mon propre destin m'est apparu. Je décidais d'entrer en politique ».
Le , Hitler sort de l’hôpital de Pasewalk et retourne à Munich, qui était alors en pleine agitation socialiste. Arrivant le , il est affecté à la 7e compagnie du 1er bataillon de réserve du 2e régiment d'infanterie. Comme de nombreux soldats, il n'a pas d'autre perspective professionnelle et personnelle que celle offerte par l'armée, qui lui donne la garantie d'une solde. En décembre, il est réaffecté à un camp de prisonniers de guerre à Traunstein en tant que garde. Il y reste jusqu'à la dissolution du camp en .
De retour à Munich, Hitler passe quelques mois en caserne en attendant une nouvelle affectation. À cette époque, Munich est le cœur de fortes agitations politiques. Un gouvernement insurrectionnel, celui de la République des conseils de Bavière, est établi entre début avril et début . Le climat est particulièrement tendu dans cette période d'effondrement de l'Empire allemand. De nombreux assassinats politiques ont lieu, dont celui de la figure socialiste Kurt Eisner qui est abattu à Munich par un nationaliste allemand le . D'autres personnalités politiques allemandes sont tuées, comme Paul Ritter von Jahreiß, un officier allemand, et le député conservateur .
Dans ce climat politique agité, Berlin décide d'envoyer l'armée, que les communistes surnomment à l'époque les « Gardes blancs du capitalisme ». Le , Hitler est élu représentant de son bataillon militaire, et à nouveau le . Durant cette période, il exhorte son unité à ne pas prendre part aux combats et à ne rejoindre aucun camp, dans une position attentiste. La République des conseils de Bavière est officiellement écrasée le , lorsque le lieutenant-général Ernst von Oven et ses forces militaires déclarent la ville sécurisée, après une répression très violente. Dans la vague d'arrestations et d'exécutions qui suit, Hitler dénonce un autre agent de liaison, Georg Dufter, comme un « agitateur radical soviétique ». Les témoignages qu'il fournit à la commission d'enquête militaire permettent d'identifier d'autres membres de l'armée « contaminés par la ferveur révolutionnaire ». Grâce à ses opinions et actions anticommunistes, il n'est pas démobilisé lorsque son unité est dissoute en .
En , il est affecté au bureau de démobilisation du 2e régiment d'infanterie. Le commandement militaire allemand publie un décret indiquant que la priorité principale de l'armée est de « mener, en collaboration avec la police, une surveillance plus stricte de la population [...] afin que toute nouvelle agitation puisse être détectée et éteinte ».