Étienne Émile Gaboriau, né le à Saujon et mort le à Paris , est un journaliste et écrivain français.

Considéré comme le père du roman policier, il a été influencé par Edgar Allan Poe. Son personnage, l’inspecteur Lecoq, a influencé Conan Doyle pour la création de Sherlock Holmes.

Biographie Fils de Charles Gaboriau, receveur de l’Enregistrement et des Domaines, et de Stéphanie Magistel, Émile a connu une enfance marquée par les déménagements, au gré des mutations de son père. Après Saujon, il y a Saint-Pierre d'Oléron puis La Rochelle, Tarascon et Saumur. Peu intéressé par ses études ou éprouvant des difficultés, Gaboriau ne se présente pas au baccalauréat après avoir connu le collège de Tarascon puis le pensionnat du Petit Séminaire d'Aix-en-Provence et le collège de Saumur..

Au sortir du collège, son père le fait entrer comme élève dans une étude de notaire. Il se sent pris d’une telle aversion pour la carrière qui lui est imposée qu’il s’engage dans la cavalerie, en Afrique, en 1851, pour sept ans. Devenu maréchal des logis-chef, il résilie son contrat à la mort de sa mère, en 1853..

Il monte à Paris, avec l’idée depuis longtemps arrêtée de tenter la fortune des lettres, contre le gré de son père et brouillé avec toute sa famille. Pour vivre, il tient un emploi de commis chez un ami tenant un roulage, dans le quartier de la Porte-Saint-Martin, travail des plus modestes qui lui rapporte cent francs par mois. Exerçant à nouveau divers métiers, il est successivement secrétaire d'un chimiste anglais puis d'un magistrat, donne des cours de latin et reprend ses études de droit et de médecine.

Le soir, il fait des chansons et des devises pour les confiseurs. Pendant deux ans, il est le fournisseur attitré de la rue des Lombards, dont son patron camionnait les caisses. Un quatrain en l’honneur de Paul Féval, publié par ses soins dans un petit journal, le met en relation avec le célèbre romancier, dont il devient le secrétaire.. Servant à l’occasion de prête-plume à son employeurPaul Féval le fait également recevoir à la Société des gens de lettres, en 1866., Gaboriau apprend les règles de l’écriture romanesque et entre, grâce à lui, en relation avec diverses personnalités du monde des gens de lettres et de l’édition.

À partir de 1858, pour augmenter son petit revenu, il collabore à ses moments perdus au Tintamarre et à la Vérité, comme chroniqueur littéraire. Commerson l’ayant pris en amitié, ils écrivent ensemble une parodie du Faust de Gounod, intitulée le Faux Faust, créée au théâtre des Folies-Nouvelles, le , avec le mime Paul Legrand dans le rôle principal.. À l’époque de la guerre d’Italie, le libraire Victor Havard le retire de sa maison de commerce, pour l’attacher au Journal de la guerre qu’il vient de créer et qui s’est vendu pendant longtemps à un nombre considérable d’exemplaires.

Après la mort d'Havard, il fait son entrée en littérature en s'essayant au roman humoristique, avec Les Cotillons célèbres, grand ouvrage de compilation qui devait inaugurer la Bibliothèque de l’amour et de la galanterie, pour le compte de l’éditeur Julien Lemer, à laquelle ont collaboré Challamel, A. Lanneau-Rolland, et Paul Mahalin. Il publie ensuite Les Comédiennes adorées, puis il prend pour sujet la marquise de Brinvilliers comme sujet dans Les Amours d’une empoisonneuse, en 1861, et termine Les Petites ouvrières, l’ouvrage commencé par William A. Duckett et interrompu par la mort de ce dernier en 1863. vignette|redresse|Couverture illustrée par Gino Starace pour une réédition de L'Affaire Lerouge, Paris, Librairie Arthème Fayard, collection « Le Livre populaire », , septembre 1909. Paru plus tard, Le , issu de ses souvenirs de bivouac, pour lequel il a eu plusieurs collaborateurs, a obtenu un succès colossal durable, atteignant vingt-trois éditions en 1879. En revanche, Les Gens de bureau ont eu moins de vogue, quoique réédités en 1876. Son premier roman d’action, intitulé Les Mariages d’aventure, inaugure une nouvelle manière, encore éloignée de ce qu’il fera plus tard. C’est dans une série de contes fantastiques, dans le genre d’Edgar Allan Poe et de Charles Barbara, composée entretemps, que se trouve en germe le nouveau genre littéraire qu’il va créer, le roman judiciaire, qu’il développe ensuite d’après les conseils de Lemer et dont la publication en feuilleton obtient un grand succès.

La naissance du roman judiciaire ne doit rien au hasard. Un soir d’aout 1857, Gaboriau, qui habitait une mansarde à l’hôtel du Pont-Saint-Michel, a annoncé à ses trois colocataires, Grandguillot, depuis rédacteur en chef du Constitutionnel, Paul Mahalin et Mathieu de Monter, que Madame Bovary, qui venait d’obtenir un grand succès, ne s’adressait qu’à une certaine classe de la société, et que le temps viendrait bientôt où les journaux se débitant à un sou, il se formerait une nouvelle couche de lecteurs, pour lesquels il faudrait écrire des romans spéciaux, dans le genre d’Alexandre Dumas et de Frédéric Soulié en rapetissé.

En novembre 1862, Paul Féval ayant créé son journal hebdomadaire le Jean-Diable., il l'appelle près de lui comme secrétaire de la rédaction. Gaboriau complète le journal par des articles de genre et va à Poissy corriger les épreuves et surveiller le tirage.. Le Jean-Diable ayant cessé son existence en aout 1863, Gaboriau passe au Pays, où il rédige, tantôt sous son nom, tantôt sous celui d’Auguste Voiseux, des chroniques quotidiennes pleines d’humour, de verve et d’esprit. En 1865, il fait accepter à ce journal L'Affaire Lerouge., un roman-feuilleton, qui marque la naissance du roman judiciaire.. Malgré son autorité politique, le Pays, qui servait de journal officieux au régime bonapartiste sous le Second Empire, plus occupé de polémique que de romans, n’a jamais eu un très grand nombre de lecteurs. Publié en feuilleton dans le Pays en 1865, L’Affaire Lerouge est passé inaperçu. Cependant, il y avait à la tête de la rédaction du journal Le Soleil, alors annexe du Petit Journal, Eugène Chavette, lui-même romancier. Pressentant, à la lecture L'Affaire Lerouge, l’avènement d’un nouveau genre littéraire, il entre en contact avec Gaboriau et acquiert le droit de reproduction de son œuvre. Repris en 1866 dans le Soleil, L'Affaire Lerouge remporte un immense succès..

Avec L'Affaire Lerouge, Gaboriau fait émerger d’un nouveau public.. La fondation du quotidien à un sou, et avec lui d’un nouveau public populaire, qu’il prédisait en 1857, s’est accomplie, avec Le Petit Journal. Ses débuts n’échappent pas à son directeur, Moïse Polydore Millaud, qui retient l'exclusivité des romans de Gaboriau pour dix-huit mille francs par an.. Cette coopération permet à Gaboriau de bénéficier des rouages de la réclame pour accéder à la notoriété. Ses feuilletons seront, par la suite, publiés en volumes chez Édouard Dentu. redresse|vignette|Couverture illustrée par Gino Starace pour une réédition du roman Le Crime d’Orcival, Paris, Librairie Arthème Fayard, collection « Le Livre populaire », , 1913. Après le très grand succès de L'Affaire Lerouge, qui atteindra sa dès 1870, Gaboriau écrit un autre roman pour le Soleil : Le Crime d'Orcival et devient le feuilletoniste en titre du Petit Journal. Après le Pays, il entre ensuite à La Situation, dirigée par l'un de ses amis Antoine Grenier.. Sa réputation, ainsi que sa fortune, étaient faites. Ces deux romans et les suivants, Le Dossier nº 113, Monsieur Lecoq, Les Esclaves de Paris, La Vie infernale, La Corde au cou pivotent tous autour d'un juge d'instruction et d’un agent de la police de sûreté. Dès son premier roman judiciaire, Gaboriau met en scène le Père Tabaret, dit Tirauclair, un ancien employé du Mont-de-Piété faisant de la police pour son plaisir. Il introduit l'agent de la sécurité Monsieur Lecoq, qui deviendra un commissaire célèbre et le personnage principal des romans suivants. Ce dernier s’inspire des Mémoires de l’ancien chef de la sûreté, François Vidocq, qui ont influencé nombre d’histoires policières, mais également de ceux de ses successeurs, comme Louis Canler..

Pour construire le personnage de Lecoq, Gaboriau s’est éloigné des conventions. Lecoq a reçu une bonne et solide éducation, il a fait son droit, avant d’entrer dans la police par nécessité financière. Il aurait pu être malhonnête, car l’astronome chez lequel il était employé lui a dit : Lecoq n’a pas non plus l’air d’un policier et, comme Vidocq, il n'hésite pas à se travestir pour ne pas se faire repérer. Doté des capacités déductives hors normes du Chevalier Dupin d'Edgar Allan Poe., il ne compte ni sur son flair ni sur son instinct pour résoudre les énigmes. À la différence de ce dernier, il n'est pas non plus un pur logicien.. Il possède également du bon sens, qui le rapproche de son lecteur. Là où Dupin raisonnait en mathématicien, Gaboriau anime et individualise ses personnages, les fait dialoguer, accumulant les incidents, créant une action intéressante et insufflant la vie.. Edgar Poe est le créateur scientifique du genre policier, Gaboriau y a ajouté l’élément littéraire.

Les romans policiers de Gaboriau font pénétrer l'intrigue dans les milieux sociaux qu'ils décrivent d'une manière presque « naturaliste ». En cela, l'influence de Gaboriau sur le roman policier français reste très importante. Ses fines analyses psychologiques (Le Crime d'Orcival) ont inspiré jusqu'à Georges Simenon. Tout en reconnaissant à Gaboriau le don d'intéresser et d'émouvoir, Pierre Larousse lui reproche de presque toujours dénouer d'une manière assez faible les fils qu'il avait si bien enchevêtrés. Un suicide, une mort subite, une disparition mystérieuse mettent trop souvent fin dans ses romans à une situation inextricable et montrent l'impuissance de l'auteur à satisfaire complètement la curiosité qu'il a éveillée. redresse|vignette|Couverture illustrée par Gino Starace pour une réédition du roman Le Dossier nº 113, Paris, Librairie Arthème Fayard, collection « Le Livre populaire », , juillet 1906. Gaboriau avait dit vrai : le journal à un sou devait un jour lui rapporter trente mille francs par an. La production policière de Gaboriau tient tout entière en quelques années, entre 1866 et 1869. Les ouvrages publiés dans la suite La Vie infernale (1870) La Clique dorée (1871), L’Argent des autres, La Dégringolade (1874) n’ont guère de policier que le décor et les personnages. La Corde au cou (1873) est en principe un roman policier, où la détection tient peu de place.

Il méditait un changement de paradigme dans son écriture romanesque. Dans ses derniers temps, excessivement préoccupé des cadres nouveaux à aménager au roman-feuilleton, il trouvait que le genre policier, qui lui avait valu ses plus grands succès, était fini. Il voulait rompre avec l'improvisation du feuilleton quotidien et publier une œuvre véritablement littéraire au style très soigné, où il ne se serait pas astreint à la division par chapitres d'égale longueur, comme dans ses romans publiés en feuilleton. Il voulait appliquer aux sentiments intimes le système d'investigation qui avait fait son succès dans la peinture des situations dramatiques. Le carnet dans lequel il notait toutes ses pensées portait le plan très complet d’une étude à laquelle il avait donné le titre de Ninette Suzor, une actrice parisienne égarée au milieu de la société provinciale, qui aime et qui souffre. Il caressait cette idée fixe depuis ses premiers succès. Il avait même lu le plan de Ninette Suzor à quelques amis et notamment à l’éditeur Dentu, qui lui avait prédit toute la réussite qu’il pouvait en espérer.