Lexpédition britannique en Éthiopie est une expédition punitive menée par les forces armées de l'Empire britannique contre Téwodros II, souverain de l'Empire éthiopien, en 1868. Un corps expéditionnaire dirigé par Robert Napier est envoyé en Éthiopie, à travers un terrain montagneux dépourvu de routes, afin de libérer des missionnaires et des représentants du gouvernement britannique retenus prisonniers par le negusä nägäst. Soutenue par le gouverneur du Tigré Kassa Mercha, l'expédition est un succès pour les Britanniques et s'achève par le suicide de Téwodros II. L'historien Harold G. Marcus a décrit cet évènement comme .
Contexte En , l'empereur Téwodros est dans une position précaire : la majorité de l'Éthiopie est en révolte contre lui, à l'exception d'une petite région s'étendant du lac Tana jusqu'à l'est de sa forteresse à Magdala. Afin de réaffirmer sa légitimité, Téwodros demande de l'aide aux puissances européennes : la Russie, la Prusse, l'Autriche-Hongrie, la France et le Royaume-UniSven Rubenson, King of Kings: Tewodros of Ethiopia (Addis Ababa: Haile Selassie I University, 1966), . Le gouvernement français est le seul à lui répondre, mais ce n'est que pour lui transmettre les requêtes d'une mission lazariste établie dans l'Hamasien, aux confins du royaume de Téwodros. Peu après cet échec, l'empereur fait amener devant lui un missionnaire britannique, , qui a mentionné dans un livre ses origines modestes, alors que Téwodros est très attaché à faire reconnaître les origines de sa dynastie. Il manifeste sa colère en enchaînant le missionnaire, ainsi qu'en faisant battre à mort ses serviteursCrummey, Priests and Politicians, .
Le consul britannique , l'abouna Salama et un groupe de missionnaires basés à Gafat intercédent en faveur de la libération du prisonnier. Leurs efforts semblent sur le point d'aboutir, mais le , Cameron est à son tour capturé et enchaîné. Peu après, Téwodros ordonne que la plupart des Européens présents dans le camp royal soient eux aussi enchaînés, à l'exception d'un groupe d'artisans allemands qui restent en bons termes avec l'empereur et ne sont à aucun moment menacés d'emprisonnementCrummey, Priests and Politicians, ..
Le gouvernement britannique mandate Hormuzd Rassam pour négocier une issue à cette crise diplomatique, mais la sécurité dans le Tigré, l'indécision du roi, et les palinodies sur les instructions à donner à l'envoyé retardent l'arrivée de Rassam auprès du roi jusqu'en Crummey, Priests and Politicians, . Dans un premier temps, Rassam semble avoir réussi en recevant les faveurs de l'empereur qui lui permet de s'établir à Qorata, sur les rives méridionales du lac Tana, lui envoie des présents et libère Cameron, Stern et les autres otages dans le campement. Toutefois, pendant cette période, C.T. Beke arrive à Massawa et transmet au roi Téwodros des lettres de familles d'otages demandant leur libération. Cette demande sème la confusion dans l'esprit du roiAlan Moorehead, The Blue Nile, revised edition (New York: Harper and Row, 1972), pp. 232f et son attitude devint de plus en plus erratique, alternant entre gestes d'amitié et accusations paranoïaques voire violentes. Finalement, Rassam est lui aussi fait prisonnier et transféré avec les autres vers la forteresse de Magdala au mois de juin. Les négociations se poursuivent jusqu'à l'annonce de la reine Victoria de l'envoi d'une expédition militaire le .
La campagne militaire L'armée des Indes, sous le commandement du lieutenant-général Sir Robert Napier compose l'essentiel du corps expéditionnaire, doté de britanniques et indiens, de et de près de , incluant des éléphants. Les premiers ingénieurs débarquent à Zula au sud de Massawa, où ils commencent la construction d'un port pendant que des éclaireurs dirigés par Sir , se dirigent vers le lit asséché de la Kumayli River jusqu'à Senafe.
Merewether transmet alors deux lettres, la première demandant à l'empereur de libérer les otages est détruite avant sa réception, la seconde adressée au peuple éthiopien vise à préciser que l'expédition des Britanniques a pour but de libérer des otages. Napier arrive à Zula le , où il finalise sa stratégie avant d'arriver à Senafe.
Les forces britanniques mettent trois mois à atteindre la forteresse de l'empereur à Magdala. Arrivés à Antalo, Napier parlemente avec le Ras Cassa (le futur empereur Yohannes IV), et gagne son soutien précieux pour franchir les plateaux éthiopiens sans hostilité locale. Le , l'armée atteint le et doit désormais se contenter de rations allégées. Pendant ce temps, l'Empereur doit faire face à la défection de ses soldats et à l'hostilité des populations lorsqu'il décide d'aller à la rencontre des troupes britanniques.
Les troupes se rencontrent le , jour du Vendredi saint, en dehors de Magdala et les forces britanniques mettent en déroute les défenseurs éthiopiens. Au bout des deux jours qui suivent, les otages sont libérés et l'empereur préfère se suicider plutôt que d'avoir à se rendre. thumb|left|250px|Les troupes britanniques dans leur marche de retour vers Zula
Conséquences Les Britanniques rentrent dans la capitale et Sir Robert autorise ses troupes à piller Magdala, et aussi ses églises, comme mesure de représailles, avant de repartir d'Éthiopie « sans recevoir de marque de gratitude des populations locales »Moorehead, The Blue Nile, pp. 309f.
À Senafe, les Britanniques récompensent le Ras Cassa, notamment en armements, ce qui favorise son accession au pouvoir. Sir Robert Napier rentre en Angleterre par le canal de Suez, et est fait baron Napier de Magdala par la reine Victoria.
thumb|Un tabot, caché dans une riche custode, est porté en procession par un prêtre orthodoxe éthiopien lors de la célébration de l'épiphanie
Parmi le butin emporté par les Britanniques figurent de nombreux manuscrits, et des accessoires religieux spécifiques du rite orthodoxe éthiopien : les tabots, reproductions ornées des tables de la Loi, faites de pierre ou de bois d'acacia. L'apparition de ces objets de culte, profondément vénérés en Éthiopie, chez les antiquaires et dans les musées anglais suscite à l'époque un grand intérêt chez les historiens des religions - cependant que leur vol reste longtemps un sujet de rancœur dans la population éthiopienne. Certains tabots, ainsi que la couronne de Téwodros, ont été rendus ultérieurement à l'Éthiopie.
Notes et références
Documents historiques Antoine d'Abbadie d'Arrast, L'Abyssinie et le roi Théodore, Ch. Douniol, Paris, 1868 Henry Blanc, Ma captivité en Abyssinie : avec des détails sur l'empereur Théodore, traduit par Mw Arbousse-Bastide, Société des traités religieux, Paris, 1870 Henry Blanc, Les captifs de Théodoros, d'après la relation du Blanc, traduit et abrégé par Ferdinand de Lanoye, Hachette, Paris, 1869 Charles Bussidon, Abyssinie et Angleterre (Théodoros) : perfidies et intrigues anglaises dévoilées, souvenirs et preuves, A. Barbier, Paris, 1888
Liens externes : Association créée par l’historien Richard Pankhurst pour le retour des trésors pillés à Magdala en Éthiopie Description détaillée de la campagne en anglais. Campagne d'Abyssinie en anglais King's Own Royal Regiment
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