Joseph de Habsbourg-Lorraine, puis , né le à Vienne et mort le dans la même ville, est empereur du Saint-Empire romain germanique de 1765 à 1790.

Il était le fils aîné de François de Lorraine et de Marie-Thérèse d'AutricheJoseph, par la grace de Dieu, Empereur des Romains, toujours Auguste; Roi d'Allemagne, de Jerusalem, de Hongrie ... Par l'Empereur & Roi, étoit Signé, A. G. De Lederer . Il est élu empereur des Romains à la mort de son père en 1765 et devient corégent des possessions héréditaires des Habsbourg d'Autriche dont il hérite en 1780, à la mort de sa mère.

se montra un souverain moderne et réformiste. Mais ses réformes, trop rapides, n'ont été ni comprises ni acceptées par ses sujets. Il s'allia à la Prusse et à l'Empire russe pour le premier partage de la Pologne (1772) et faillit déclencher une guerre européenne en 1778 en voulant s'emparer de la Bavière. Il tenta d'influencer la politique étrangère de la France grâce à sa sœur Marie-Antoinette, épouse de . Il essaya également de démembrer l'Empire ottoman en s’alliant à l'Empire russe.

Son frère cadet, , lui succède à sa mort.

Biographie Éducation et caractère

Des seize enfants du couple impérial, il fut le plus difficile à élever.

Enfant très attendu, né après trois filles au commencement de la guerre de succession d'Autriche, sa naissance, victoire diplomatique sur les forces ennemies de la monarchie, fut accueillie avec des transports de joie par Marie-Thérèse et ses sujets. Mère de famille éplorée qui avait perdu deux de ses trois filles, souveraine sans réelle expérience, cernée par ses parents et ennemis qui ne songeaient qu'à la dépouiller de ses États et de ses dignités, devant faire face à la guerre sur plusieurs fronts avec une armée désorganisée et un trésor vide, la naissance d'un garçon était pour Marie-Thérèse une victoire diplomatique qui affermissait son trône. gauche|vignette|Joseph II enfant à 9 ans. Aussi Marie-Thérèse mit-elle d'énormes espoirs en son fils aîné. Cependant, le petit descendant de tant d'empereurs glorieux souffrit d'être le fils d'un grand-duc de Toscane, ci-devant duc de Lorraine et de Bar en exil, doté de peu de talents militaires et d'un naturel débonnaire. En effet, François-Étienne de Lorraine ne fut élu empereur qu'à l'automne 1745. Le petit garçon ne put s'empêcher de mépriser son père tandis qu'il aimait passionnément mais craignait sa mère. De même, au grand dam de l'impératrice, il finit par admirer le roi , prince présumé homosexuel, cynique et ennemi de sa Maison.

Un père jésuite lui enseigna la morale, le latin, les mathématiques et la stratégie militaire, tandis que le père Martini, son professeur de droit naturel, trouva en lui un étudiant intéressé par les idées nouvelles, les « droits d'homme » et le bien-être du peuple. Plus tard, il s'intéressera particulièrement aux idées des physiocrates. Les « Lumières », incarnées par Voltaire et son royal disciple, lui firent d'ailleurs une forte impression. Joseph regardait avec une impatience agacée mais aussi avec une certaine jalousie les victoires de et son habileté à gouverner. Il entrevoyait là le but qu'il devait atteindre. Mais l'empire cosmopolite catholique des Habsbourg-Lorraine, à l'équilibre fragile, exigeait beaucoup plus de nuances et de diplomatie que la Prusse paysanne, protestante et docile.

Le premier mariage vignette |gauche|Princesse Marie Isabelle de Parme (1758) par Jean-Marc Nattier.Vienne, Kunsthistorisches Museum. vignette|gauche|Ducat d'or à l'effigie de , 1787 : IOS. II D.G.R.I.S.A. (« Dei Gratia Romanorum Imperator Semper Augustus ») (trad. : « par la grâce de Dieu Empereur des Romains toujours auguste »). Pour consolider la nouvelle alliance avec la France signée en 1756, l'impératrice lui fit épouser en 1760 Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), petite-fille de , une jeune fille d'un esprit et d'une intelligence supérieurs, mais d'un tempérament mélancolique presque morbide.

« Tya-Tya », comme la surnomma affectueusement Joseph, fit la conquête de son mari, de sa belle-famille et de toute la cour de Vienne. Elle donna rapidement une fille à , la petite Marie-Thérèse (1762-1770), qu'on surnommait Titi, mais mourut l'année suivante en mettant au monde une seconde fille, Marie-Christine, qui ne survécut pas. restait donc sans postérité masculine.

Le second mariage vignette|La seconde épouse de Joseph, Josépha de Bavière. Il en resta désespéré. Son devoir était d'assurer une postérité dynastique : il songea à la sœur de la défunte, Marie-Louise de Bourbon-Parme mais celle-ci était déjà promise au prince des Asturies. Joseph dut alors se remarier en 1765 à Josépha de Bavière (1739-1767), qu’il rendit malheureuse par son indifférence, allant jusqu'à faire séparer par un mur le balcon commun à leurs appartements et ne la visitant pas durant sa dernière maladie.

À la mort de celle-ci, Marie-Thérèse songea, toujours pour renforcer l'alliance française, à lui faire épouser la princesse Bathilde d'Orléans. Plus tard encore, il fut question d'une union entre l'empereur et la plus jeune sœur de ; mais ces deux projets firent long feu.

Sur le trône vignette|Portrait de l'empereur Joseph II par Joseph Hickel, XVIIIe siècle. En 1765, après la mort de son père, Joseph devient empereur du Saint-EmpireLe , des Lumières à la Sainte Alliance, Péronnet, Hachette supérieur, 1998, 154/368 et corégent des États de la maison d'Autriche avec sa mère. Mais, il n'est chargé que de la représentation et des affaires militaires et exclu de la politique étrangère et des décisions politiques internes de l'empire. Finalement, plein de rancœur contre la manière dont sa mère lui lie les mains, il décide de voyager en Italie, où ses sœurs Marie-Caroline et Marie-Amélie sont reine de Naples et duchesse de Parme, son frère Léopold, grand-duc de Toscane tandis que leur cadet Ferdinand a épousé l'héritière du duché de Modène et s'apprête à succéder à son beau-père comme gouverneur de Lombardie. Il voyage aussi en France, l'impératrice s'inquiétant de la stérilité du couple royal. Il parcourt les terres de la Couronne. Par deux fois, il rencontra et la tsarine en 1780. La même année, sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse, mourut. Il succède ainsi à sa mère en 1780 comme roi de Hongrie, titre qu'elle avait conservé.

Du au , il effectue un voyage dans les Pays-Bas autrichiensEugène Hubert : Voyage de l'Empereur dans les Pays-Bas - Liège 1899. Il sera de retour à Vienne avant l'arrivée du couple de nouveaux gouverneurs, Marie-Christine et Albert de Saxe-Teschen Lettres patentes du de l'empereur portant nomination de l'archiduchesse Marie-Christine et du duc Albert de Saxe-Teschen, son époux, comme lieutenants, gouverneurs et capitaines généraux des Pays-Bas, qui font leur Joyeuse entrée Lettres patentes du de l'empereur par lesquelles l'empereur donne plein pouvoir au duc Albert de Saxe-Teschen, pour, en son nom, prêter aux états des Pays-Bas et recevoir d'eux les serments accoutumés à Bruxelles le .

Austérité et réformes Baptisé par François Fejtö (1982) d'« empereur révolutionnaire », l'œuvre réformatrice de est énorme : il publia plus de et en Le des Lumières à la Sainte-Alliance, Péronnet, Hachette supérieur, 1998, 156/368. Elle touche tous les domaines. Sitôt maître absolu, il voulut imposer ses réformes en commençant par mettre fin à « cette république de femmes » qu'était la cour et il renvoya ses deux sœurs Marie-Anne et Marie-Élisabeth dans leurs couvents. D'abord religieuses, inspirées de l'Aufklärung, les réformes politiques consistaient à soumettre l'Église à l'État : réduction du nombre de séminaires, suppression de congrégations et d'ordres contemplatifs jugés inutiles, tolérance à l'égard des chrétiens non catholiques… Ces réformes inquiétèrent si fortement le Saint-Siège que le pape fit en personne le voyage depuis Rome pour inciter l'empereur à revenir sur ses intentions .

Il finit de démanteler l'arsenal juridique dédié à la magie noire et la sorcellerie en 1787, achevant l'œuvre entamée par sa mère Marie-Thérèse dès 1740 avec le décret spécifiant que toutes les affaires de sorcellerie relèvent uniquement de la juridiction impériale. En 1766, ce décret avait été renforcé par une Ordonnance générale sur l'attitude à adopter.

Parmi les autres réformes entreprises par ce roi inspiré par l'esprit des Lumières, il faut citer sa réforme territoriale de l'administration, la création d'un statut de la fonction publique réservée aux titulaires de titres universitaires et non plus à la noblesse du royaume, une réforme totale de l'enseignement imitée de , l'instauration d'un mariage civil, la suppression des jurandes, l'abolition du servage et des monopoles de vente seigneuriaux, la possibilité du rachat des corvées, l'accession à la propriété des paysans en tenure.

La réforme la plus audacieuse pour l'époque fut l'institution d'un impôt de quotité (par tête) payable par tous les propriétaires, sans exception, et basé sur un cadastre général. entreprend par là de supprimer les privilèges de la noblesse et du clergé. Cette réforme passe généralement comme inspirée par les idées fiscales de la physiocratie et Joseph est parfois même qualifié par les historiens d'empereur « physiocrate ». En réalité, il mène des réformes principalement mercantilistes et connaît assez mal les théories des physiocrates.

Par ses réformes, il sème le trouble dans la monarchie habsbourgeoise. Ses successeurs reviendront sur la plupart d'entre elles, profitant de son décès le , d'autant que la Révolution française inquiète de plus en plus l'élite autrichienne et que s'amorce une réaction contre les événements parisiens.

La politique impériale vignette|gauche|redresse|Statue de à Uničov en République tchèque. Joseph s'appliqua à réformer la jurisprudence impériale. Mais les difficultés à l'intérieur et à l'extérieur refroidirent son enthousiasme. Il se voulait libéral, mais se montrait autoritaire si les intérêts des Habsbourg étaient en jeu ; il laissa le pouvoir impérial tomber au niveau des luttes d'intérêt entre princes germaniques.

La politique ecclésiastique joua dans l'empire un rôle considérable. Joseph essaya de garantir la fidélité du clergé allemand aux princes. Il ressuscita des privilèges impériaux obsolètes, comme les Panisbriefe, pour s'assurer le soutien de ses partisans laïcs grâce à des rentes versées par les monastères impériaux. En détachant de grands évêchés comme Salzbourg et Passau la partie autrichienne de leurs territoires, il détacha plus encore les possessions autrichiennes des destinées de l'empire. Le vieux roi de Prusse , toujours soucieux de rabaisser la dynastie impériale à son profit, ne manqua pas de dénoncer l'arbitraire de cette décision, qui préparait selon lui la voie à la tyrannie.

Alors que la branche dynastique régnant sur le duché de Bavière voisin allait s'éteindre, Joseph eut le projet de l'échanger contre les Pays-Bas autrichiens, et recueillit l'accord de l'héritier des Wittelsbach. Un tel échange ne devait pas être en soi contraire aux intérêts allemands, mais il provoqua, par les manipulations de , la guerre de Succession de Bavière. L'Autriche n'obtint que le district de l'Inn avec la petite ville de Braunau sur Inn (où naîtra un siècle plus tard Adolf Hitler, pour cette raison autrichien et non allemand).

fit tout son possible pour développer ses possessions au nord et à l'est, et faire ainsi de la maison d'Autriche la puissance dominante d'Europe centrale. Il obtint un accroissement considérable de son territoire par le premier partage de la Pologne (1772) et conclut avec la Russie une alliance défensive, dont il espérait de larges gains de territoires à l'est. Cependant, au cours de la guerre austro-russe contre les Turcs (1788), et bien que l'armée de Joseph eût pris Belgrade, ce fut qui recueillit les fruits de la campagne.

Il détenait personnellement un douzième de la Société charbonnière de la Barrette, dans le Borinage.

Les États des Habsbourg