René Bousquet, né le à Montauban (Tarn-et-Garonne) et mort assassiné le à Paris, est un haut fonctionnaire français, collaborateur avec l'occupant nazi pendant la Seconde Guerre mondiale.

Du au , sous le sixième gouvernement de Pierre Laval, il est secrétaire général de la police, faisant fonction de directeur général de la Police nationale, structure créée le par une loi du régime de Vichy.

Antisémite convaincu, il applique la politique du régime. Il est l'organisateur principal de la rafle du Vélodrome d'Hiver des 16 et et de celles d' en zone sud. Il dirige également la police française aux côtés de l'occupant lors de la rafle de Marseille, en .

Au total, durant ses fonctions à ce poste, et parfois à son initiative, plus de sont arrêtés par ou avec le concours de la police française pour être remis aux autorités nazies qui en organisent la « déportation vers l'Est », expression allemande de l'époque désignant la déportation vers les centres d'extermination nazis, dont principalement Auschwitz. Vichy n'ignore pas la finalité réelle des déportations ; René Bousquet ne montre alors aucun intérêt pour le sort des juifs déportés. En tout partirent vers le camp d'extermination d'Auschwitz..

À la Libération, il parvient à passer à travers l'épuration, ayant opportunément donné des gages à la Résistance lorsqu'il était en fonction. Il peut dès lors faire, à partir des , une florissante carrière d'homme d'affaires et d'influence avant d'être rattrapé par son passé à la fin des . Une plainte est déposée contre lui pour crimes contre l'humanité mais, alors que l'instruction est en cours, il est abattu à la porte de son domicile par Christian Didier.

Biographie Début de carrière Fils d'un notaire radical-socialiste de Montauban, titulaire de deux DES de la faculté de droit de Toulouse, il prend ses premières fonctions comme chef de cabinet du préfet de Tarn-et-Garonne.. « René Bousquet doit à deux éléments sa carrière au sommet de l’État, puis après guerre dans la finance : sa témérité durant la plus importante inondation dans le pays () et les relations de son pèreMax Lagarrigue, « questions… La France durant l'Occupation », CNDP, 2007. ».

En , lors de terribles inondations qui ravagent le Sud-Ouest, il devient un héros national quand, avec un ami, Adolphe Poult (qui périt), il sauve de la noyade plusieurs dizaines de personnes. Le président Gaston Doumergue lui décerne alors le titre de chevalier de la Légion d'honneur (déchu par l'ordre de la Légion d'honneur après sa condamnation de 1949, puis rétabli en 1957 par le Conseil d'État) et la médaille d'or des belles actions.

Haut fonctionnaire parrainé par le sénateur radical-socialiste Maurice Sarraut, patron de presse (La Dépêche de Toulouse), et par son frère Albert Sarraut, député, président du Conseil et ministre sous la , il est détaché à la Présidence du Conseil afin de diriger le service technique chargé de la reconstruction des départements sinistrés du Midi.

En 1931, à , il est chef adjoint de cabinet de Pierre Cathala (radical indépendant), sous-secrétaire d’État à l'Intérieur dans le premier gouvernement Laval , dont il devient un très proche collaborateur et qu'il suit jusqu'à la fin. Cela marque le début de sa .

En 1933 il est sous-préfet, puis, en 1935, chef du cabinet du ministre de l'Agriculture. En 1936, Roger Salengro, ministre de l'Intérieur du Front populaire, lui confie la responsabilité du fichier central à la Sûreté nationale, parce qu'il est bien noté et en raison de ses opinions proches du radicalisme et grâce à sa réputation de républicain et d'opposant à la Cagoule.

Albert Sarraut, ministre de l'Intérieur, le nomme sous-préfet de Vitry-le-François, dans la Marne, en . En 1939, Bousquet devient secrétaire général de la préfecture de Châlons-sur-Marne. Lors de la débâcle, il reste à son poste puis, fin , les services préfectoraux se replient à Albi. Il est nommé préfet de la Marne, après l'armistice de , le .

Seconde Guerre mondiale et régime de Vichy Préfet en zone occupée Âgé de , Bousquet est ensuite préfet régional, grade créé par le régime de Vichy ; il est alors le plus jeune de France en . Dans la Marne, il se distingue en maintenant en fonction les élus radicaux et francs-maçons (on pense qu'il a très probablement été initiéGhislaine Ottenheimer, Renaud Lecadre, Les Frères invisibles, Albin Michel, 2001, ; Max Lagarrigue, « 99 questions… La France durant l'Occupation », CNDP, 2007 : qui sur ce sujet explique « Ce haut fonctionnaire applique méthodiquement la politique vichyste, à quelques exceptions près toutefois. En effet, Bousquet laisse en place élus radicaux et surtout francs-maçons dont les maires de Vitry et de Reims. Ce dernier, Paul Marchandeau, n’est autre que l’auteur du décret-loi d’, interdisant les propos antisémites — attitude qui laisse à penser que Bousquet a été initié à la franc-maçonnerie lorsqu’il exerçait à la préfecture de Montauban. »), ce qui lui vaut d'être la cible des quolibets de Je suis partout. Il favorise également l'évasion de certains prisonniers de guerre et parvient à épargner à son département de la Marne la colonisation économique par l'Allemagne nazie« Dans ces deux postes (préfet puis préfet régional) Bousquet se révéla un excellent administrateur habile et ferme qui négocia avec l’occupant au mieux des intérêts français. Fidèle à ses opinions républicaines, il maintint ou fit rétablir dans leurs fonctions les assemblées et les élus du département. Il intervint en faveur des israélites, des francs-maçons, des syndicalistes et des communistes, évita des sanctions à la population et parvint par de fausses statistiques à limiter les impositions de l’occupant. Il favorisa les évasions des prisonniers du camp de Châlons. Enfin il créa toute une organisation agricole qui permit de faire échec à l’arbitraire des occupants et aux tentatives d’exploitation collective des fermes par les Allemands. Il apparait donc que pendant toute cette période de sa vie administrative rien ne puisse être reproché à Bousquet. » Source : Archives nationales, 334 AP 47 et A.N 3W 88 et 89 Acte d’accusation devant la Haute Cour.. Bien qu'il ne fasse pas montre . Des militants communistes sont arrêtés par la police de Reims en , après dénonciation (pour distribution d'un tract appelant à l'union contre ) et livrés aux Allemands ; la plupart seront fusillés.

En 1942 l'amiral François Darlan lui propose les ministères du Ravitaillement et de l'Agriculture qu'il refuse par deux fois, préférant rester dans la Marne pour y continuer son « œuvre ».

Secrétaire général de la police de Vichy

Participation à la déportation des juifs vignette|gauche|Prestation de serment du préfet René Bousquet devant le maréchal Pétain et l'amiral Darlan (Vichy, ). vignette|Carl Oberg (à droite à l'arrière-plan, derrière de profil), son aide de camp Herbert Hagen (à droite, de profil) et Helmut Knochen (de face, à gauche) photographiés avec René Bousquet (de profil, à gauche) en 1942. Le 18 , au moment précis où les SS prennent, en zone occupée, la responsabilité du maintien de l'ordre que détenait précédemment la Wehrmacht, Pierre Laval le nomme secrétaire général à la Police, faisant fonction de directeur général de la Police nationale avec, dans la limite de ses attributions, Archives nationales, dossier René Bousquet, Haute Cour, arrêté du signé par Pierre Laval (document reproduit en de l'ouvrage René Bousquet cet inconnu)..

Il occupe, à ce titre, un rôle principal dans la collaboration policière de Vichy avec l'occupant allemand, qui découle des termes de l'armistice de . Après une rencontre avec Reinhard Heydrich le ., il engage à partir de une négociation sur les questions de collaboration de la police française avec le général () Carl Oberg, nommé dans l'intervalle (chef supérieur de la SS et de la Police) en zone occupée. Selon le principe de la « liberté prussienne » appliqué à la police collaboratrice, René Bousquet pouvait disposer d'une large autonomie à condition qu'il promît de combattre les ennemis du Reich (juifs, communistes, socialistes et résistants de tous partis ou croyances)Édouard Husson, Heydrich et la solution finale, Perrin, 2012, .. Conformément aux instructions signées Hitler du , le général SS Oberg était en droit de

En Bousquet demande à Reinhard Heydrich, organisateur de la Shoah venu lui annoncer la déportation des juifs apatrides de la zone occupée, si les juifs apatrides internés en zone libre depuis un an et demi peuvent être déportés en même temps que ceux internés à Drancy. Bousquet évalue à le nombre d'internés susceptibles d'être l'objet de cette mesure. Pour lui, l'essentiel lors de cette rencontre est de préserver la souveraineté de la France, avec comme premier résultat que tous les services de police, dont ceux de la zone occupée, soient remis sous la dépendance du Gouvernement français, l'offre faite au sujet des juifs étant une preuve de . Cette initiative de collaboration surprend les Allemands eux-mêmes, qui en profitent, dès le , pour déporter de la zone libre, par trois convois successifs.

Robert Paxton, dans son ouvrage La France de Vichy – 1940-1944 (paru en France en 1973, réédité en 1997) écrit : . En note, il indique que, selon Serge Klarsfeld, la décision serait à attribuer à René Bousquet, alors que Michael Marrus et lui pensent qu'elle est de Laval.

Au début du mois de le SS-Hauptsturmführer Theodor Dannecker, son adjoint Ernst Heinrichsohn et le Français Schweblin (chef de la Police aux questions juives), sur l'autorisation forcée de René Bousquet, font une tournée d'inspection des camps d'internement de la zone libre. Dannecker est déçu du peu de juifs « déportables » qu'il trouve au camp de Gurs ( au lieu des qu'il pensait pouvoir déporter), mais il se montre satisfait du , par exemple ceux de Nice, où l'intendant de police voudrait être débarrassé des de sa région, à Grenoble, où le commissaire de police principal regrette que l'internement des juifs ne soit pas généralisé (au lieu d'enquêter au cas par cas en fonction des délits) et à Périgueux, où un policier est partisan d'une à l'exception de .

Rafle du Vélodrome d'Hiver Convoqué par Carl Oberg le , il s'engage, contre la promesse de diriger une police nationale unifiée, et après consultation de Laval, à mettre les policiers français au service de l'occupant pour arrêter les juifs étrangers dans les deux zones. Pendant ses négociations avec les Allemands, Bousquet transmet à Laval leurs exigences et leurs intentions, sur la base de quoi se fondent les discussions et décisions du gouvernement ; Laval note : .

Devant les Allemands, il tient un autre langage : Face aux protestations américaines, il rétorque que les juifs sont trop nombreux en France.

gauche|vignette|Plaque commémorative de la rafle des 16 et , apposée au du boulevard de Grenelle dans le jardin du souvenir, à l’ancien emplacement du vélodrome. vignette|Helmut Knochen en 1942, en uniforme de Standartenführer. Puis Bousquet organise, à la suite d'une réunion du avec Helmut Knochen et Theodor Dannecker, la rafle des juifs étrangers et apatrides des et à Paris, la rafle du Vélodrome d'Hiver, où sont arrêtés : , et .. Leur destination finale qui, depuis la conférence de Wannsee, en , se trouve être les camps d'extermination nazis, en particulier Auschwitz, où ils seront pratiquement tous éliminés, est soigneusement dissimulée par les Allemands à leurs interlocuteurs français.

Les Allemands utilisent des expressions comme , , , .