L’Algérie devient indépendante à l’issue d’une guerre de 8 ans contre l'occupation coloniale française, une présence qui dura 132 ans, et qui prit fin officiellement le . Le Front de libération nationale (FLN), quoique dominé militairement., sort vainqueur politique de la guerre., à la fois contre les partisans de l'Algérie française et contre ses rivaux, et parvient alors au pouvoir. Ayant un projet socialiste, et recevant de l'aide militaire de l'URSS, il gouverne le pays, en tant que parti unique, jusqu'en 1989. L'allusion à la révolution socialiste est néanmoins abandonnée en 1976, sous Houari Boumédiène, l'Algérie se rapprochant du mouvement des non-alignés. La démocratisation du régime dans les années 1980, sous Chadli Bendjedid et à la suite d'importants mouvements de protestation, s'achève brutalement avec le début de la guerre civile en 1991. L'Algérie traverse alors une « décennie noire », marquée par l'affrontement entre les militaires, qui continuent à détenir les rênes du pouvoir, et les divers groupes islamistes (AIS, GIA, GSPC, etc.). En 1999, l'élection d'Abdelaziz Bouteflika contribue à ramener l'ordre. Toutefois, celui-ci règne en autocrate sur l'Algérie, et doit, au terme de quatre mandats successifs, renoncer au pouvoir le . Son successeur sera, à la fin de l'année 2019, Abdelmadjid Tebboune.

L'Algérie après les accords d'Évian (1962-1965)

left|160px|thumb|Population en liesse commémorant en 2007 la proclamation officielle de l’indépendance (5 juillet 1962). thumb|300px|right|Carte d'Algérie.

Conformément aux accords d’Évian, l'indépendance est acquise sur le plan politique à travers le référendum d’autodétermination du , par lequel les Algériens se prononcent à 99,72% en faveur de l’indépendance de l’AlgérieRéférendum d'autodétermination en Algérie, Digithèque MJP, Université de Perpignan.. Les revendications nationales, sociales et culturelles donnent naissance à un slogan politique : Tahya el Djazaïr, « vive l'Algérie ». Les accords d'Évian prévoyaient toutefois le maintien de la présence française dans la base navale de Mers el-Kébir ainsi qu'à Reggane, centre du programme nucléaire militaire français au Sahara, où les premières bombes nucléaires françaises sont expérimentées entre 1960 et 1966.

Après l'indépendance, les chefs du FLN entrent en conflit. Ahmed Ben Bella et Houari Boumédiène, aidés par la Wilaya I (Aurès), la Wilaya II (Constantinois), la Wilaya V (Oranie), la Wilaya VI (Sud), font la guerre contre Mohamed Boudiaf et Krim Belkacem de la Wilaya (III) et (IV)Grandeur et décadence de l'État algérien. Par Ahmed Rouadjia. Publié par KARTHALA Éditions, 1994. . page 136. S'ensuit la crise de l'été 1962. Ahmed Ben Bella et Houari Boumédiène en sortent vainqueurs et prennent Alger le . C'est toutefois Ferhat Abbas qui préside l'Algérie du au .

Entre et , l'Algérie est au bord du chaos. Malgré la signature du Protocole judiciaire franco-algérien du 28 août 1962, le mauvais fonctionnement de la police et de la justice a des conséquences importantes sur la sécurité des habitantsLe regard d’une archiviste, elwatan.com, 22 mars 2016. La plus grande partie des Européens restant quitte le pays et des milliers de harkis sont assassinésJean-Jacques Jordi, « À propos des Harkis » in Sorties de guerre sous la direction de Jacques Frémeaux et Michèle Battesti, Cahier , 2005, .. « Le nouvel État algérien est dans l'incapacité de lever l'impôt »Anne Liskenne, L'Algérie indépendante, Armand Colin, 2015, p.55. Le déficit est de 200 milliards en décembre. Ben Bella est contraint de demander 40 milliards au gouvernement françaisLiskenne, ibid, p.55.

Abbas est remplacé en 1963 par Ahmed Ben Bella, qui dirige le pays jusqu'en 1965 et instaure un pouvoir fort. Le gouvernement Ben Bella inclut Houari Boumédiène en tant que ministre de la Défense et vice-président du Conseil, poste qu'il partage avec Saïd Mohammedi (qui sera écarté plus tard par Boumédiène et rejoindra le FIS à la fin des années 1980), et Rabah Bitat (qui deviendra ministre d'État sous Boumédiène).

En , une loi nationalise les terres des colons, qui possédaient alors 27 % de la surface agricole utile (SAU) du pays (soit près de 3 millions d'hectares), tandis que les quelques milliers de grands propriétaires algériens (1,3 % de l’effectif des propriétaires) détenaient 23 % des terres Un historique de la situation foncière en Algérie, El Watan, 12 octobre 2004 . Néanmoins, la réforme agraire mise en place par Amar Ouzegane, « improvisée et désorganisée », déçoit par ses mauvais rendements et la casse importante de tracteurs qu'elle occasionne.

En , l'Algérie entre en guerre avec le Maroc : c'est la « guerre des sables », qui prend fin grâce à une médiation de l'Organisation de l'unité africaine. Le pouvoir réprime aussi la révolte des Kabyles, soutenue par le Front des forces socialistes de Hocine Ait Ahmed qui est condamné à mort l'année suivante, avant de réussir à s'évader en 1966, ce qui lui permet de partir en exil. L'ex-vice-président du GPRA, Mohamed Boudiaf, et opposant de Ben Bella, fonde le Parti de la révolution socialiste avant d'être arrêté en 1963, puis condamné à s'exiler l'année suivante.

De 1963 à 1966, la France fait quatre essais atmosphériques et treize essais nucléaire sous terre à Reggane liberté Algérie, A. Ouali, dans le Sahara algérien. Bien que les relations soient tendues avec la France, elles ne cessent jamais complètement, et l'immigration de travailleurs algériens en France continue. Paris assiste le Maroc dans la répression du Front Polisario, soutenu par Alger, et achète peu de pétrole à l'Algérie.

La militarisation du pouvoir issue de la guerre entraîne celle du pays. Les militaires, sans accaparer tous les pouvoirs, contrôleront le pays pendant plusieurs décennies à travers la sélection de ses dirigeants et se réserveront les décisions en matière de répartition des budgetsMohammed Harbi : « L’Histoire est instrumentalisée » en Algérie, jeuneafrique.com, 5 juillet 2012.

L'Algérie sous Boumédiène (1965-1978)

Houari Boumédiène prend le pouvoir à l'issue du putsch de 1965, qu'il présente officiellement comme un « correctif » décidé par le Conseil de la révolution algérienneVoir document La vie de Boumediene, réalisé par ENTV . Quelques rares étudiants procommunistes tentent, sans succès, de s'opposer au coup d'État Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, . Boumédiène règne en autocrate jusqu'en 1978, perpétuant le système du parti unique, mais dirigeant surtout grâce à l'armée.

Plusieurs opposants s'exilent alors : Bachir Boumaza, l'ex-vice-président du Conseil de Ben Bella, se réfugie en France en 1966, tandis que son homologue Saïd Mohammedi est placé sous résidence surveillée ; Hocine Aït Ahmed, chef du Front des forces socialistes, s'évade de la prison d'El-Harrach en 1966 et s'exile en Suisse, de même que son camarade Ali André Mécili, assassiné en France en 1987; l'ex-ministre des Affaires étrangères du GPRA, Krim Belkacem, est quant à lui assassiné à Francfort en 1970. Après son arrestation aux côtés de Mohammed Harbi, ex-conseiller de Ben Bella qui deviendra finalement professeur en France, Bachir Hadj Ali fonde le Parti de l'avant-garde socialiste (PAGS), qui succède au Parti communiste interdit sous Ben Bella, et qui sera dirigé par Sadek Hadjerès.

Boumédiène démarre les « trois révolutions » : industrielle, agraire et culturelle et construit les bases d'une administration moderne et laïque et de l'État-nation algérien (il refuse ainsi un projet d'association avec la Mauritanie, proposé par les dirigeants de ce pays Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, ). Il continue le programme de nationalisations entamé sous Ben Bella (création de la Sonatrach en 1963), avec la nationalisation du secteur minier et bancaire (1966), celle du secteur de distribution des produits pétroliers (1967), et enfin le lancement du pré-plan triennal (1966 –1969) en vue de la mise en place des moyens matériels pour la réalisation des futurs plans (plan quadriennal de 1970-1973), et la nationalisation du secteur amont des hydrocarbures (1971). Une loi de réforme agraire est promulguée en 1971, Boumédiène tentant de briser le système féodal du khammessat, sorte de métayage particulièrement injuste Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, . Il affaiblit aussi le poids des notables locaux, les cheiks, et généralise le salariat et la protection des travailleurs .

Boumédiène bénéficie alors du soutien de la quasi-totalité de la population Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, sq.. Le taux de croissance est de 7,5 % en moyenne de 1967 à 1973 En prix constants. Cf. Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, , tandis que l'emploi est doublé dans la décennie 1965-1975 Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, . De nombreux projets industriels sont mis en route, aussi bien dans l'industrie lourde que dans l'industrie légère (textile, mécanique, agro-alimentaire, bois, etc.) Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, . Sur le plan social, l'éducation se généralise, des universités sont construites sur tout le territoire, l'usage de la langue arabe étant favorisé, tandis que la santé devient gratuite et accessible à tous et que l'État met en œuvre des programmes de redistribution des revenus . Il décentralise aussi l'administration, et instaure la , qui consiste en une participation des travailleurs à la marche de l'entreprise Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, . Le cinéma algérien n'est pas en reste, avec l'attribution de la Palme d'or, au festival de Cannes de 1975, aux Chronique des années de braise de Mohammed Lakhdar-Hamina, non plus que le théâtre (création de dizaines de troupes Cherif Ouazani, Que reste-t-il de Boumédiène ?, Jeune Afrique, 6 janvier 2009 , dont celle de Kateb Yacine ou de Hadj Smaine).

Partisan de l'égalité des femmes, il tente d'interdire la polygamie et encourage la scolarisation des filles ainsi que la mixité scolaire Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, .

L'un des piliers du régime, Ahmed Medeghri, Ministre de l'Intérieur, des collectivités territoriales et de la fonction publique (les services de sécurité dépendent d'un autre baron du régime, Kasdi Merbah, répondant directement devant Boumediene Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, ), est assassiné par le régime, marquant un tournant dans l'histoire algérienne . C'est par le canal du Ministère de l'Intérieur que transitaient différentes réformes importantes (décentralisation, réforme agraire, nouveaux villages « socialistes », modernisation des villes…). Un deuxième relais important de l'action de Boumédiène est la direction générale du Plan, devenue secrétariat d'État dans le troisième gouvernement de Boumédiène (1970-1977), et détenue par l'économiste Kémal Abdallah-Khodja . Le troisième relais de la modernisation est constitué par le Ministère de l'Industrie et de l'Énergie, dirigé par Bélaïd Abdeslam, et dont l'administration rassemble la plupart de l'élite moderniste nationale Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, . Abdeslam, dont l'action économique a pu être sévèrement critiquée Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996 , réussit souvent à éclipser la direction du Plan. C'est sous l'impulsion d'Abdeslam qu'un monopole d'État sur le commerce et la distribution est instauré, en 1972-1974, menant à la désorganisation de l'économie, à des pénuries chroniques sur certains produits, qui favorisent le système D, la spéculation commerciale et la corruption Hassan, Algérie. Histoire d'un naufrage, Seuil, 1996, .