La civilisation islamique ou musulmane, est le résultat du brassage culturel engendré par la diffusion de l'islam dans certaines régions géographiques de l'Asie, de l'Afrique et de l'Europe. De ces multiples contacts émergeront pendant plusieurs siècles des productions artistiques et scientifiques qui tendront vers l'unité culturelle sans toutefois l'atteindre.
Cet article traite des aspects de ces civilisations à différentes périodes, indépendamment de la religion islamique.
Histoire Origines vignette|L'âge d'or de dar al-Islam est lié à son rayonnement culturel dans le domaine des sciences et techniques, ainsi qu'en médecine et en chirurgie à la suite des activités militaires.|220x220px
L'Islam naît dans le monde arabe aux environs de 622 au moment où Mahomet annonce avoir reçu ses révélations et les diffuse à son entourage, qui le considère alors comme un prophète
Expansion géographique
L'islam se diffuse en une centaine d'années dans une grande partie du bassin méditerranéen grâce aux conquêtes arabes. À la dynastie des Omeyyades (fin en 750), succède celle des Abbassides, qui transfère la capitale du califat de Damas à Bagdad. Progressivement, le monde musulman se morcelle en plusieurs entités politiques (califats, émirats, sultanats) souvent rivales, mais dont certains reconnaissaient encore l'autorité, souvent seulement nominale, du calife abbasside.
Les troupes participant à la conquête sont d'abord constituées d'un ensemble de tribus arabes dispersées à travers la péninsule Arabique. Toutefois, leur mode d'administration (par exemple : mesures restrictives prises à l’égard des dhimmis, réforme fiscale en faveur des mawâli) fera que nombreux seront les nouveaux convertis à cette religion. Les non-Arabes convertis, qualifiés de mawâli, devaient s'affilier à une tribu arabe par un lien de clientèle appelé al-walāʾ)Rochdy Alili, L'éclosion de l'Islam, Éd. Dervy, p. 150 .
Durant le califat d'Abu Bakr, le premier calife, l'Islam commence immédiatement ses conquêtes territoriales hors de la péninsule Arabique - après avoir assuré l'ordre et l'union des tribus (bataille d'Akraba) - par des razzias en Mésopotamie au cœur de l'Empire sassanide et en Syrie-Palestine (exception faite de Jérusalem et Césarée) alors sous autorité de Byzance, en 633 et 634. « Déjà à cette époque, les richesses affluent et un empire se dessine »L'éclosion de l'Islam, p. 126-128.
Umar (ou Omar) ibn al-Khattâb, Umar , qui lui succède, est resté, dans la tradition musulmane, un homme ardent, saint et sage qui s'entourera de généraux compétents. La tradition également en fera le premier à organiser une administration rudimentaire des contrées conquises et à prendre des mesures concernant la monnaie et les impôtsAlfred-Louis de Prémare, Les fondations de l'Islam, Éd. Seuil, 2002, p. 188-194 . Les musulmans qui le suivirent sont constitués de bédouins, de marchands, d'artisans, d'hommes d'affaires, de mystiques ou encore de guerriers.
En 635, la ville de Damas est prise et les Perses sont défaits près de l'Euphrate durant la bataille d'al-Qadisiyya. En 636, l'armée du grec Héraclius, composée d'Arméniens (qui se révolteront) et de tribus arabes (qui refuseront de combattre), est battue à Yarmouk le , assurant ainsi la prise définitive de Damas. En 637, les armées arabo-musulmanes sont en Mésopotamie et nomment cette contrée Irak. Ils prennent Ctésiphon (capitale de l'Empire sassanide) et en Syrie Baalbek, Homs et Hama. En 638, Jérusalem est priseIbid. "Les fondations de l'Islam" : chapitre 8, Jérusalem.
En 638, sur une décision du calife, Koufa (Irak) a été construite et devient la capitale de l'empire.
Continuant la vague de conquêtes, entre 639 et 642 le nord du Sinaï est pris également. Les plaines du Khouzistan (Iran actuel) sont annexées. C'est ensuite au tour de l'Égypte (Péluse, Bilbays, Héliopolis, Babylone d'Égypte, Alexandrie) ainsi que de Césarée en Palestine (sud de Haïfa, après sept mois de siège), le sud nubien et la Libye. En Irak, l'avancée des armées continue vers l'Arménie et le Caucase. Mossoul et la capitale de l'Arménie, Dvin, sont conquises en 642.
Le gouverneur arabe d'Égypte, Amr ibn al-As, organise des cantonnements pour chaque contingent de tribu. Des mosquées et des résidences sont construites. Autour des établissements militaires, la population, marchands et artisans se rassemblent et découvrent la langue et la religion des conquérants. Ce gouverneur se tourne maintenant vers le Maghreb et, en 643, prend le port de Tripoli, à de sa résidence. Cette avancée est arrêtée provisoirement, car le calife Umar est assassiné le par un serviteur non-musulman, à l'instigation des Perses semble-t-ilIbid. L'éclosion de l'Islam, p. 130-140.
Le nouveau calife, et commandeur des croyants, Uthman ibn Affan règne de 644 à 656 (il est assassiné à Médine dans sa maison par des notables musulmans insurgés). Ce fut un grand conquérant. Durant son califat de , la marine musulmane se crée dans des chantiers de construction navale à Alexandrie. Pendant quatre ans, les expéditions vont s'aventurer en Afghanistan et au Pakistan de nos jours, après avoir traversé le golfe Persique. En 647, l'Asie Mineure est parcourue tandis qu'à l'autre bout de l'empire, les Arabes parviennent jusqu'en Tunisie. En 648, les flottes arabes sont prêtes et se lancent à la conquête de Chypre et de Rhodes, puis aborderont les côtes de la Sicile. Les conquêtes commencées sous le califat précédent en Orient sont étendues, renforcées et stabilisées. En Méditerranée, les îles grecques sont razziées, pillées et/ou prises (la bataille des Mâts est la première victoire navale des Arabes). « L'Occident lointain entre dans l'horizon des Arabes »Ibid. L'éclosion de l'Islam, p. 147-148.
Le califat (656-661) du successeur d'Uthman est troublé et contesté au sein de la Oumma. Ali ibn Abi Talib (Ali), gendre (époux de Fatima) et cousin du prophète, est plus un mystique qu'un politique. Il passe cinq ans dans la cité-cantonnement de Koufa. La première fitna (discorde), les revendications et ambitions de la veuve du prophète, Aïcha et ses alliés, les mécontentements des religieux et des garnisons d'Uthman divisent profondément la civilisation en devenir, pour toujours, en différents courants : sunnites, kharijites et chiites (ou alides), c'est le début du schisme de l’Islam. Certaines villes et contrées conquises se détachent de l'empire qui se divise en trois. À la fin de son règne, Ali utilisant le pouvoir de souverain tente sans succès d'imposer une nouvelle monnaie, un dirham d'argent de type sassanide avec des inscriptions en caractères arabes appelé kufique. Le , Ali est blessé par un kharijite et meurt trois jours plus tardIbid. pages 176 à 182.
Le califat de Muawiya , de 661 à 680, (Muawiya ibn Abu Sufyan, du clan des Banu Umayya) marque l'avènement de la dynastie omeyyade. Damas devient la capitale de l'empire. Le nouveau calife (gouverneur de Syrie de 640 à 661) est un homme politique et sera le créateur véritable d'un empire arabe conquérant bien que soumis à des luttes incessantes de pouvoir et de division. Le calife nomme des gouverneurs compétents et forts dans les grandes provinces (Irak, Iran, Égypte), qui sont capables de stabiliser ces contrées et d'en faire des bases pour de nouvelles avancées vers l'est et l'ouest. Il reprend les conquêtes et ses armées gagnent le Khorassan, l'Indus, l'Asie centrale affaiblissant la suzeraineté chinoise. Pour la première fois, les Arabes rencontrent les peuples turcs. Les oasis du Sud libyen sont conquises. Kairouan est fondée en 670. En 668, Constant II, empereur byzantin, est assassiné en Sicile. À l'automne, les armées musulmanes profitent de la situation pour attaquer Chalcédoine sur la rive asiatique de Constantinople. Elles continuent le blocus de la capitale byzantine jusqu'au printemps suivant, mais ne peuvent conquérir la ville et doivent abandonner. Malgré les efforts déployés pour se rendre maîtres de Constantinople et faire le siège de la ville à partir de 674, les armées sont repoussées et décimées en 678 par les Byzantins qui utilisent le feu grégeois.
En Asie Mineure également, les armées arabes subissent des déboires et doivent se replier.
Muawiya renonce à la lutte et signe une paix de trente ans avec Constantin IV, Empereur romain (byzantin). À sa mort en 680, son fils Yazid lui succéderaIbid. chapitre "Le califat de Muawiya" pages 187 et suivantes.
Yazid Ier est confronté à une deuxième fitna, des révoltes et des désordres dès le début de son règne. Il s'ensuivra une fracture définitive entre le sunnisme et le chiisme. Malgré cela, en 683, l'un de ses chefs militaires, Oqba Ibn Nafi al-Fihri, conquiert le Maghreb. Une armée syrienne attaque les révoltés de Médine et de la Mecque. Cette année-là, Yazid meurt et est remplacé par son jeune fils Muawiya II qui décèdera d'une épidémie en 684.
La suite de l'expansion arabe vignette|Un juif et un musulman jouant aux échecs en Andalousie du . L'expansion continue sous la dynastie des Omeyyades : L'occupation définitive de ce que l'on appela plus tard le Maghreb (le Couchant, l'Occident) fut terminée en 708, (prise de Carthage (695, puis 698), défaite des troupes berbères (702) et implantation au Maroc de 705 à 708). En , le général berbère Ṭāriq ibn Ziyād arrivait en Espagne. Cinq ans plus tard, la quasi-totalité de l'Espagne était occupée et les Arabes se dirigeaient jusqu'en Septimanie. En Espagne et dans les contrées les plus éloignées, les arabes étaient propriétaires des terres.
En Inde, ils prennent le contrôle des oasis d'Asie centrale.
Les premiers coups d'arrêt de ces conquêtes arrivent dès le , considéré"Après la mort de Muḥammad, il [l'empire] fut gouverné par les quatre premiers califes, que la tradition appelle « les bien dirigés ». Dans la mémoire musulmane – en islam sunnite du moins – cet État de Médine est l'âge d'or de la communauté." Louis GARDET, Olivier ROY, « ISLAM (La civilisation islamique) - Islam et politique », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2013. comme apogée de l'empire arabo-musulman : batailles de Constantinople (718), de Poitiers (732) et de Talas (751). L'unité de ce vaste ensemble territorial se disloque également avec les querelles dynastiques, politiquesremplacement des Omeyyades par les Abbassides en 750. et religieuses (661 : naissance du chiisme).
Ensuite, la domination arabe disparaît petit à petit, sauf en Égypte (excepté l'époque des Mamelouks). Et la reconquête du monde chrétien se met en route (718 en Espagne, début de la Reconquista)Christophe Picard et Michel Zimmermann, Le Moyen Âge, , éd. Bréal, Paris, 1994, p. 135.
L'Islam se propage dans un contexte d'affaiblissement des empires environnants tels que l'Empire byzantin ou l'Empire perse, épuisés par la guerre perso-byzantine de 602 à 628. L'islam se répand en Afrique du Nord (peuplée de longue date par les Berbères et influencée par les Byzantins), puis dans la péninsule Ibérique dirigée alors par des peuples germaniques (Wisigoths entre autres). L'avancée musulmane parvient aussi en Asie occidentale : elle conquiert la Perse (sassanide) et finit par provoquer la chute de l'Empire byzantin, après des siècles de conquêtes, jusqu'en 1453 sous les murs de Constantinople. Certaines de ces régions, diverses par leur peuplement, pratiquent l’esclavage et la traite des esclaves depuis l'Antiquité et conserveront ces traditions. vignette|220x220px|L'Horloge d'Al-Jazari. La culture arabo-musulmane, fondements religieux et urbainsCette sédentarisation sera vivement critiquée par l'historien Ibn Khaldoun dans ses Muqqadima ; l'usage de l’arabe et du dinar-orRobert Mantran, « ISLAM (Histoire) - De Mahomet à la fin de l'Empire ottoman », Encyclopædia Universalis [en ligne], consulté le 12 août 2013. dans les transactions commerciales, ainsi que la référence à un code de valeurs communes, facilitent les échanges, comme le font les pèlerinages à La Mecque.