de Russie (Nikolaï Pavlovitch Romanov, en ), né le à Gatchina et mort le à Saint-Pétersbourg, fut empereur de Russie, roi de Pologne et grand-duc de Finlande du jusqu'à sa mort. Le règne du « plus logique des autocratesSchiemann, cité par Vladimir Riazanovski, Histoire de la Russie des origines à 1997, 352, Robert Laffont. » a été marqué par un extrême conservatisme, tant en politique intérieure qu'en politique extérieureWilliam C. Fuller, Jr., Strategy and Power in Russia 1600–1914 (1998) p. 243..
s'efforce pourtant de favoriser la croissance économique durant son règne, mais renforce simultanément l'appareil répressif, notamment lorsqu'il écrase violemment le soulèvement armé en Pologne (). Le déclin de l'Empire ottoman, qui attise les convoitises des puissances européennes, est à l'origine d'un conflit entre la Russie et ces dernières, Royaume-Uni en tête, et France qui revient sur le devant de la scène internationale : la guerre de Crimée.
Premières années Naissance et famille vignette|redresse|gauche|Portrait du jeune grand-duc Nicolas Pavlovitch (1808).
est le fils de l'empereur et de la princesse Sophie-Dorothée de Wurtemberg. Il a 18 ans de moins que son frère aîné , à qui il succède en 1825Cowles, Virginia. The Romanovs. Harper & Ross, 1971. p.164..
Mariage et descendance Il épouse en 1817 la princesse Charlotte de Prusse, fille du roi et de la princesse Louise de Mecklembourg-Strelitz, et sœur des futurs rois de Prusse et . Après son mariage, elle prend le nom d'Alexandra Feodorovna.
Le tsar Nicolas et la tsarine Alexandra ont dix enfants : Alexandre (1818 - assassiné en 1881), qui épouse en 1841 la princesse Marie de Hesse et du Rhin (1824-1880) puis morganatiquement en 1880 Ekaterina Mikhaïlovna Dolgoroukova (1847-1928), plus connue en français sous le nom de Catherine Dolgorouki ; Marie (1819-1876), qui épouse en 1839 le duc Maximilien de Leuchtenberg (1817-1852) puis en 1856 le comte Grégoire Stroganoff ; Fille mort-née le ; Olga (1822-1892), qui épouse en 1846 le roi ; Fille mort-née le ; Alexandra (1825-1844), qui épouse en 1844 le landgrave héritier Frédéric de Hesse-Cassel ; Élisabeth (1826-1829), morte jeune ; Constantin (1827-1892), qui épouse la princesse Alexandra de Saxe-Altenbourg (fondateur de la seconde branche) ; Nicolas (1831-1891), qui épouse la princesse Alexandra Petrovna d'Oldenbourg (fondateur de la troisième branche de la maison d'Oldenbourg-Russie) ; Michel (1832-1909), qui épouse en 1857 la princesse Cécile de Bade (fondateur de la quatrième branche).
Il a également une fille illégitime : Joséphine Koberwein (1825-1893), qui épouse le peintre Joseph Fricero.
Passion pour la peinture En 1820, il rend visite au peintre Friedrich dans son atelier à Dresde et lui achète quelques tableaux mélancoliques qui seront installés dans le « cottage » à l'anglaise dans le parc Alexandria de Peterhof. Ces toiles sont en harmonie avec la chapelle impériale de style néogothique construite en 1829..
Prince héritier de Russie La mort d' Selon l'ordre de succession, Constantin doit succéder à son frère ; en raison des affaires matrimoniales de son frère, envisage de l'écarter du trône de Russie, mais Constantin y renonce lui-même confiant à maintes reprises à Alexandre son refus d'accéder à la couronne de Russie.
Par un acte testamentaire, Alexandre désigne son jeune frère le grand-duc Nicolas Pavlovitch comme héritier présomptif de la couronne de Russie. Cependant, Nicolas, informé par sa mère de l'existence de cet acte le désignant comme héritier de la couronne de Russie, refuse d'abord : il considère Constantin, qui est son aîné, comme seul héritier légitime du trône. Apprenant la mort d'Alexandre (), Nicolas Pavlovitch continue d'ignorer les dispositions qui avaient été prises et prête serment au grand-duc Constantin Pavlovitch ().
Après l'inhumation du tsar, le a lieu une réunion du Conseil d'Empire, dont les membres prennent connaissance des dernières volontés du défunt empereur. Ils se rendent auprès du grand-duc Nicolas Pavlovitch et le supplient d'accepter la couronne de Russie. Mais il reste inébranlable dans sa décision. Le même jour, il écrit une lettre à Constantin (qui se trouve à Varsovie) en s'adressant « à l'empereur » et en le suppliant de ne pas abandonner la Russie.
Refus de Constantin de régner Le grand-duc Constantin Pavlovitch répond en refusant catégoriquement la couronne. Il écrit : « Je vous annonce que d'ordre de feu notre maître, j'ai envoyé à ma mère une lettre qui contient mes volontés irrévocables et qui d'avance ont été sanctionnées tant par feu l'empereur que par ma mère. Ne doutant pas que vous, qui étiez si attaché de cœur et d'âme à feu l'empereur, ne remplissiez ponctuellement ses volontés et ce qui a été fait de son consentement, je vous invite, cher frère, à vous y conformer scrupuleusement et ne doute pas que vous ne le fassiez et que vous n'honoriez la mémoire d'un frère qui vous chérissait et auquel notre pays doit la gloire et le degré d'élévation auquel il est monté ». Il refuse cependant de venir à Saint-Pétersbourg proclamer publiquement sa renonciation à la couronne ou de rédiger un acte officiel d'abdication.
Des évènements graves dans l'armée du sud de la Russie et à Saint-Pétersbourg (mouvement des Décembristes) poussent le grand-duc Nicolas à prendre une décision : « Je serai empereur ou mort. Je me sacrifie pour mon frère, heureux d'accomplir sa volonté en qualité de sujet ». Le , il lit devant les membres du Conseil d'Empire sa déclaration d'accession à la couronne de Russie et il est sacré le ( du calendrier grégorien) sous le nom de .
Empereur de Russie Accession au trône Le , il lit devant les membres du Conseil d'Empire sa déclaration d'accession à la couronne de Russie et il est sacré le ( du calendrier grégorien) sous le nom de .
Immobilisme et retour à la réaction vignette|Rouble à l'effigie de (1836) avec plusieurs autres membres de sa famille au verso dont : son épouse Alexandra Feodorovna et ses enfants : le futur , Maria, Olga, Nicolas, Michel, Constantin et Alexandra.
est né en 1796 et a été élevé durant la période des guerres révolutionnaires et napoléoniennes, au moment des coalitions contre la France libérale. Il en a gardé une haine farouche pour le libéralisme. En 1833, le ministre de l'Éducation Sergueï Ouvarov précise ce programme autoritaire : « autocratie, orthodoxie et génie national » sont les principes guidant le régime. Les gens doivent montrer leur loyauté à l'autorité illimitée du tsar, aux traditions de l'Église orthodoxe russe et, d'une manière vague, à la nation russe.
L'insurrection décabriste () provoqua un durcissement de la politique du Tsar. À la suite de cette crise, le nouvel empereur installe un régime particulièrement répressif fondé sur l'ordre et la discipline militaire. Pour diriger l'Empire, il choisit de s'appuyer non pas sur les institutions existantes que sont le Conseil des ministres ou le Conseil d'État comme l'a fait , mais sur des comités spéciaux consultatifs et sur sa chancellerie privée.
Les comités spéciaux s'en remet pour gouverner à des comités qui ne font pas partie de l'appareil normal de l'État. Il choisit leurs membres parmi ses plus proches collaborateurs qu'il charge d'enquêter sur des questions particulières ou de proposer des décisions : le comité chargé de l'instruction du procès des décembristes, le comité préparatoire à l'abolition du servage et le comité chargé de la réforme municipale. Les travaux sont menés dans le plus grand secret.
La Chancellerie privée L'empereur se reposait aussi sur la chancellerie privée de Sa Majesté, relais de son pouvoir personnel. Le secrétariat de Sa Majesté était divisé en six sections. La deuxième section est chargée de la codification des lois. Elle commence par publier en effectuant un très gros travail législatif sous la direction de Mikhaïl Mikhaïlovitch Speranski ; La troisième section, créée en 1826, est chargée de la gestion du corps des gendarmes. Elle est la police politique chargée de la surveillance des Russes, dans tous les aspects de leur vie. Elle reçoit une quadruple mission : pourchasser les idées révolutionnaires en surveillant les milieux militaires et la société cultivée où l'insurrection décembriste a pris naissance ; surveiller l'administration, y compris la justice, pour en extirper les abus et en améliorer le fonctionnement ; protéger toutes les victimes d'injustices et assurer la propagande impériale en défendant la conception gouvernementale de Nicolas et en contrôlant la presse par la censure. Elle est dirigée par le général Benkendorff ; La quatrième section est chargée de gérer les institutions charitables et les établissements d'enseignement placés sous le patronage de l'impératrice ; La cinquième section dirigée par le général Paul Kisselev doit réformer le statut des paysans d'État. Elle échoue, et son travail fut confié en 1837 au ministère des Domaines d'État.
Tentatives de réformes La codification des lois et la standardisation souhaite clarifier et ordonner les lois russes. La Russie dépend encore du recueil de lois du tsar Alexis, l'Oulojénie, datant de 1649, comprenant un millier d'articles mêlant oukazes et ordonnances des boyards.
La deuxième section dirigée par Speranski commence par publier un recueil complet des lois en 1830 puis élabore un code civil suivi d'un code pénal publié en 1835.
Cette même année (soit peu de temps après le Weights and Measures Act de 1824 et le retour de la France au système métrique), le Tsar décide de relancer la standardisation des unités de mesure. La Commission des Étalons des Poids et Mesures, formée en 1827, est remplacée en 1832-1833 par une « Commission pour l'Unification des Poids et Mesures en Russie ». Le , un décret annexe à la loi de 1835 impose le dépôt de copies des étalons dans toutes les grandes villes de l'empire : à cette fin, crée à Saint-Pétersbourg le Conservatoire des Étalons des Poids et Mesures et le place sous le contrôle d'un physicien : Adolph Kupfer. Le Conservatoire occupe alors les locaux de la forteresse Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg... Cette standardisation, contemporaine de la construction de la première ligne de chemin de fer russe, annonce le programme impérial de modernisation du pays.
La lancinante question du servage est un adversaire du servage tant par principe que pour débarrasser l'économie de ce qui apparaît comme un frein. Il se refuse à en décréter l'abolition brutale afin de ne pas mécontenter la noblesse et de ne pas trop déstabiliser les campagnes. Les réformes élaborées par la cinquième section présidée par le prince Kisselev se révèlent minimes. Les mesures prises en faveur des serfs de la couronne visent à les protéger de certaines formes extrêmes d'abus. D'autres mesures sont prises en faveur des serfs seigneuriaux, qui peuvent acquérir leur liberté à condition de s'entendre avec le propriétaire et d'acquitter une redevance ou si le domaine est vendu pour dettes.
Après 1848, les réformes les plus mesurées sont jugées impensables, se considérant de plus en plus comme le gendarme de l'Europe.
Une politique étrangère belliqueuse Le gendarme de l'Europe En politique étrangère Nicolas agit comme protecteur des forces en place opposées aux révolutions. Il est au début de son règne particulièrement influencé par l'ambassadeur autrichien Charles-Louis de Ficquelmont, conservateur avéré proche de Metternich et n'ayant de cesse de combattre les idées révolutionnaires qu'il a subies étant jeune noble lorrain dans la tourmente qui suivit 1789. Sur ses conseils, Nicolas sert la politique du chancelier autrichien. En 1830, il tarde à reconnaître le régime de Louis-Philippe en France et refuse de reconnaître l'indépendance de la Belgique qu'il considère comme une violation des clauses territoriales du congrès de Vienne.