vignette|alt=Cormiers en agroforesterie intraparcellaire sur prairie, Marçon, Sarthe.|Cormiers sur prairies, Marçon, Sarthe. vignette|Vue schématique d'un aménagement agroforestier intraparcellaire sur coteau. vignette|Du sorgho pousse sous des Faidherbia albida et des borasses, près de Banfora au Burkina Faso. vignette|Graminées sous chênes. vignette|Graminées et herbacées sous oliviers séculaires. vignette|Semis de millet et agroforesterie intra-parcellaire Marçon, Sarthe.

L’agroforesterie est un mode d’exploitation des terres agricoles associant des arbres et des cultures ou de l'élevage afin d'obtenir des produits ou services utiles à l'être humainC. Dupraz et A. Capillon, L’agroforesterie : une voie de diversification écologique de l’agriculture européenne ?, Cahier d’étude DEMETER - Économie et Stratégies agricoles, Paris, 2005, 11 p. A.M. Gordon, S.M. Newman, Temperate Agroforestry Systems, CAB International, 1997, 269 p.. L'association (simultanée ou séquentielle) d'arbres et d'agriculture présente des avantages considérables, notamment dans le domaine de la protection des sols. Il permet des gains de productivité en biomasse/ha. Il est aussi un procédé de séquestration carbone, qui contrairement au boisement, ne soustrait pas la surface concernée à la production agricole. L'agroforesterie recouvre de nombreuses pratiques :

les haies, le bocage ; l'agroforesterie intraparcellaire : plantation en alignement dans les cultures annuelles et prairies. ; le pré-verger : association arbre fruitier/prairie à faible densité ; le parcours d’élevage boisé : système agro-sylvo-pastoral (en Espagne ou au Maghreb, la dehesa) ; les bosquets (espace boisé de moins de ) ; l'arbre champêtre isolé ; formations traditionnelles régionales : airial (Landes) clos-masure (Seine-Maritime).

Étymologie Le terme « agroforesterie » est la francisation d'un néologisme anglais, , apparu dans les . Il peut prêter à confusion, car l'agroforesterie moderne diffère fortement de la foresterie en ce que les arbres n'occupent généralement que moins de 20 à 30 % de la surface agricole utile. Les termes traditionnels en français sont complantage ou complantation, technique culturale traditionnelle. Néanmoins le terme tend à se généraliser, du fait de sa traduction aisée : Espagnol agroforesteria, Portugais agroflorestal.

Histoire vignette|Le bocage traditionnel (ici du Cotentin, en France, vers 1945) offrait un compromis intéressant entre protection et exploitation des sols et des écosystèmes. Souvent associé à la culture de fruitiers et à l'élevage laitier, il permettait des systèmes polyculture-élevages autonomes et résilients, fonctionnant en boucle fermée, c’est-à-dire sans intrants, et sans déchets.

Au début du , il y aurait dans le monde environ d'hectares de terres arables couvertes à plus de 50 % par des arbres, soit 3,3 % des surfaces agricoles utiles (SAU), et plus d’un milliard présenterait un couvert forestier supérieur à 10 % sur cinq milliards d'hectares de SAUsource: Centre mondial de l’agroforesterie, Nairobi, cité par la Lettre des agriculteurs de France ..

La pratique agroforestière semble exister dès la Préhistoire sous certaines formes. Elle est en tout état de cause attestée dès l’Antiquité. Ainsi, dans la Grèce antique, , et on utilisait souvent, dans l'antiquité grecque ou romaine, les arbres pour servir de support à la vigne (arbustra).

L'exploitation conjointe, sur une même parcelle, d'arbres et de cultures paraît importante également au Moyen Âge. Dans un ouvrageLe Tacuinum sanitatis, manuscrit conservé à la bibliothèque nationale d’Autriche (Codex vindobonensis series nova 2644). L’ensemble du manuscrit a été publié dans les années 1990 : Daniel Poirion, Claude Thomasset, L’Art de vivre au Moyen Âge, Éditions du félin, Paris, 1995 . de la fin du décrivant la vie quotidienne dans le nord de l’Italie, de très nombreuses illustrations attestent de pratiques agroforestières variées. Arbres et cultures y semblent inséparables : sur plus de cinquante planches agricoles, seules trois montrent des monocultures pures.

Dans les environs de Genève au , les types de cultures ou d'occupation des sols inscrits dans le cadastre comprennent les hutins, terme local qui désigne les vignes hautes grimpant sur des arbres vivants (fruitiers ou ormes) :

On parle parfois d'agroforêts pour désigner les milieux où des populations indigènes vivent d'un mélange d'agriculture, de jardinage et de cueillette dans les forêts, pratiqués sous la canopée ou, plus souvent, dans de petites clairières, sur brûlis, avec des pratiques qui ménagent une partie de la biodiversité et lui permettent de se reconstituer rapidement. Ces agroforêts couvraient au début du environ d’hectares rien qu'en Indonésie. Dans le monde, de personnes, autochtones, vivent encore en forêt, presque exclusivement en zone tropicaleRapport d'étape du Sénat français : La Biodiversité, l'autre choc , OPECST, 33 p..

L'agrosylviculture existe aussi en zones tempérée et froide. De tous temps, les animaux domestiques semblent avoir pâturé en forêt, où l'on pratiquait aussi la cueillette et le taillis. Jusqu’à la fin des , des buissons fruitiers, des arbres épars, fruitiers ou destinés à produire du bois d’œuvre ou de feu étaient encore omniprésents dans les paysages ruraux de presque toute l’Europe tempérée, en Asie, comme dans toute l’Afrique et dans de nombreuses cultures traditionnelles des pays du Sud. On les trouvait au bord des champs, dans les cultures et des pâturages, dans les zones humides pâturées, dans les fortifications, voire en forêt même.

Dans l'hémisphère nord, cerisiers, pommiers, poiriers, pruniers, noisetiers, châtaigniers, noyers ont ainsi longtemps côtoyé les animaux en pâture et les agriculteurs.

Dans les pays industrialisés, l'agroforesterie a massivement régressé au , en lien avec le développement d'une agriculture mécanisée. Le phénomène s'est amplifié dans la seconde moitié du : on estime qu'il y avait d'arbres dans les parcelles agricoles françaises dans les années 1940-1950. Il n'en restait que dans les années 2000Christian Dupraz interviewé par Ruth Stégassi dans l'émission Terre à terre, de France-culture ( : 2008/08/30)..

Ce phénomène a encore été accentué en Europe avec la mise en place de la politique agricole commune (PAC), car les règlements européens, pour des raisons de facilité d'administration (non-cumul des subventions), excluaient (jusqu'en 2006) qu'une parcelle consacrée à deux productions puisse percevoir des subventions pour ces deux productions. De ce fait, la surface correspondant aux arbres présents dans les parcelles était systématiquement déduite de la surface subventionnée pour la culture présente au pied de l'arbre, ce qui a encouragé les agriculteurs à pratiquer des arrachages massifs.

Depuis 2006, la réglementation européenne a intégré les atouts de l'agroforesterie et ne pénalise plus cette pratique dans la limite de cinquante arbres à l'hectare.

Avantages vignette|« Néobocage » protégeant des champs contre l'érosion et du vent dans le Dakota du Nord (photo de 1997). Pauvre en biodiversité parce que presque mono-spécifique et d'une même classe d'âge, cette haie sera néanmoins une source importante de bois, et éventuellement de bois raméal fragmenté. vignette|Agrosylviculture (ou sylvopastoralisme), avec pacage de mérinos sous des pins (Pinus radiata) plantés vers 1970. Une idée testée par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) était de voir si, en imitant la nature, en mélangeant des arbres et des plantes herbacées, on ne pouvait pas augmenter les rendements.

Outre ses qualités paysagères, qui ne doivent pas être négligées ne serait-ce que dans une perspective touristique, l'agroforesterie permet d'augmenter la productivité globale des terres. En effet, les arbres plantés dans une parcelle, en sollicitant une surface négligeable au sol, constituent un investissement qui permet une capitalisation. Une récolte de bois sera possible à terme. Du fait de l'association arbre/culture, la croissance de ces derniers est plus rapide qu'en forêt, mais avec une architecture très différente : on parle de port champêtre. On arrive à des rotations courtes. Exemple : douze ans en peuplier, trente ans en noyer hybride, quarante ans en érable plane ou merisier, cinquante ans en noyer commun ou cormier.

Loin d'opposer forêt et agriculture, l'agroforesterie instaure une logique de co-bénéfice. Avec seulement 10 % de surface arborée dans une parcelle agricole on peut considérer celle-ci comme répondant aux critères de l'agroforesterie sans oublier la valeur additionnelle du carbone qu'elle intègre.… Lorsqu'un arbre a atteint l'âge adulte, son apport en matière organique (matière carbonée) est 50 % supérieur à une parcelle témoin, le taux de mycorhize est bien plus important au niveau de la culture intercalaire, fournit une meilleure résistance aux aléas climatiques.

Des associations judicieuses (ex : cinquante noyers par hectare dans le blé) permettaient d'augmenter la productivité et l'effet « puits de carbone » : si, au lieu de partager une parcelle en deux parties, l'une plantée de cinquante noyers, l'autre de blé d'hiver, on pratique une association des deux espèces sur la même parcelleLa proportion étant de cinquante noyers sur un hectare de plantation de blé., la productivité de la parcelle, en biomasse, augmente de 20 à 40 %. En effet, l'énergie du soleil qui n'est plus utilisée par le blé une fois la moisson opérée au début de l'été sera rentabilisée par l'agriculteur dans la mesure où elle permettra le développement du noyer Mary F., Dupraz C., Delannoy E., Liagre F. (1999). Incorporating agroforestry practices in the management of walnut plantations in Dauphine, France: An analysis of farmers' motivations. Agroforestry Systems 43:243-256. ; inversement, lorsqu'en hiver et au début du printemps, le noyer ne dispose pas encore de feuilles, l'énergie lumineuse, qui serait perdue si les noyers étaient plantés seuls sur la parcelle, est utilisée par le blé au moment de sa croissance. Les arbres agroforestiers constituent un stock non négligeable de carbone, à la fois dans leur bois, mais aussi dans le sol qui est enrichi en profondeur en matière organique par la décomposition continuelle de leurs racines fines, année après année.

Les « agroforestiers » peuvent créer des associations de plantes complémentaires, mieux en mesure de se protéger les unes les autres contre leurs parasites et de favoriser mutuellement leur développement. Le besoin d'engrais et surtout de pesticides est alors moindre qu'en agriculture intensive classique. Cependant, l'agroforesterie n'a pas nécessairement vocation à se placer dans une perspective d'agriculture biologique : elle autorise également des pratiques agricoles dites « conventionnelles ».

L'arbre a un effet protecteur des cultures (brise-vent, moindres impacts des pluies violentes, grêles et insolations excessives…). L'arbre enfonce naturellement ses racines plus profondément. Ce faisant, il augmente la profondeur exploitable du sol et favorise la remontée capillaire de l'eau profonde, tout en permettant aux pluies de mieux s’infiltrer pour recharger la nappe. Les arbres résistent ainsi mieux aux sécheresses et à la chaleur. Cet enracinement profond permet aussi de récupérer les nitrates en profondeur et donc de limiter la pollution des eaux. De plus, les arbres poussent plus vite car ils bénéficient à la fois d'engrais, d'irrigation et d'un éclairage optimal facilitant la photosynthèse.

Du point de vue agronomique, les arbres et leurs racines et les champignons associés permettent de lutter contre l’érosion et recharger le sol en matière organique.