La variole aviaire est une infection virale qui semble toucher tous les oiseaux. Elle est causée par un groupe de virus de la famille des Poxviridae et du genre Avipoxvirus. Cette maladie est répandue dans le monde entier, mais plus fréquente dans les pays tropicaux. Elle présente deux formes différentes, dites « sèche » et « humide ».

Au début des années 2000, divers auteurs ont proposé d'utiliser ce virus comme vecteurs vaccinaux transgéniques (pour les humains, des animaux domestiques ou sauvages) non-aviensPastoret PP, Vanderplasschen A. Poxviruses as vaccine vectors ; Comp Immunol Microbiol Infect Dis. 2003 Oct; 26(5-6):343-55. , ce qui suscite une controverse en raison des risques de recombinaison virale en cas de co-infection (situation fréquente).

Le virus de la variole aviaire peut pénétrer les cellules de l'humain ou d'autres mammifères, mais il n'est pas réputé pouvoir y établir son cycle complet de reproduction.

Le virus Il existe dans le monde plusieurs espèces de virus connus pour être responsables de la variole aviaire. Les formes de la maladie qu'ils provoquent sont antigéniquement analogues:

Avipoxvirus serini (CNPV - Canarypox virus) Avipoxvirus columbae (PGPV - Pigeonpox virus) Avipoxvirus galli (FWPV - Fowlpox virus) Avipoxvirus meleagridis (TKPV - Turkeypox virus) Avipoxvirus falconis (FPV - Falconpox virus) Avipoxvirus fringillae (JNPV - Juncopox virus) Avipoxvirus acridotheridis (MYPV - Mynhapox virus) Avipoxvirus coturnicis (QUPV - Quailpox virus) Avipoxvirus passeri (SRPV - Sparrowpox virus) Avipoxvirus sturni (SLPV - Starlingpox virus) Avipoxvirus psittaci (PSPV - Psittacinepox virus)

L'une des caractéristiques de ces virus est d'être d'une taille inhabituellement grande et d'avoir un génome également plutôt de grande taille. Ils ont une forme de brique et mesurent environ 200 nanomètres, soit environ 3,3 fois plus grands qu'un virus moyen (de 60 nanomètres).

Une autre particularité est leur résistance à la déshydratation et à la chaleur (températures ambiantes tropicales). Les avipoxvirus peuvent ainsi rester actifs tout en étant dispersés sur les aérosols et particules de poussière. Ils infectent ensuite facilement les membranes et muqueuses des « voies sèches » des voies respiratoires supérieures.

Histoire Cette virose est connue des virologues depuis plusieurs décennies. Elle a longtemps été réputée plutôt bénigne, hormis dans les élevages.

La plupart des virus de ce groupe ne préoccupent les vétérinaires que pour les problèmes qu'ils peuvent poser aux élevages (Colombidés, Gallinacés dont dinde en particulier...) et les ornithologues que depuis les années 2000 où ils ont été classés comme forme émergenteLiterak, Ivan (2010) Avipoxvirus in great tits (Parus major). European Journal of Wildlife Research 56(4).

Cependant au début des années 1970, un variant du virus, causant des symptômes et une importance épidémiologique très inhabituels, a été repéré chez la Mésange charbonnière en Europe du Nord (Norvège en 1973).

Les mêmes symptômes sont à nouveau signalés dans les années 2000 en Europe centrale, au Royaume-Uni (alors que des symptômes évidents de variole aviaire n'avaient antérieurement été observés dans ces régions que sur quelques espèces dont le Moineau domestique et le Pigeon ramier (Columba palumbus), depuis quelques années) puis en France : quatre mésanges victimes de ce virus ont d'abord été détectées en Autriche (publication 2007)Andrea Gruber, Elvira Grabensteiner, Jolanta Kolodziejek, Norbert Nowotny, and Gerhard Loupal (2007) Poxvirus Infection in a Great Tit (Parus major) ; Avian Diseases : June 2007, Vol. 51, No. 2, pp. 623-625 () ; 15 autres mésanges infectées sont détectées étudiées en Hongrie (publication 2008) (15 individus malades parmi 1819 mésanges charbonnières, capturées pour être baguées en 2007) dans les montagnes de PilisElena Alina Palade & al.; Poxvirus infection in Hungarian great tits (Parus major) : Case report ; Acta Veterinaria Hungarica Ed : Akadémiai Kiadó ; Vol. 56, n°4/décembre 2008, pp 539-546 ; DOI:10.1556/AVet.56.2008.4.11 ; (Print), 1588-2705 (Online) (Résumé) ; l'analyse génétique des isolats hongrois laisse penser qu'ils sont proches ou identiques à ceux isolés en Norvège en 1973 et en Autriche en 2007 ; d'autres cas sont ensuite identifiés en France autour de l'estuaire de la Gironde, puis en Sarthe et plus récemment en région parisienne ; en 2012, des chercheurs anglais et françaisCentre Vétérinaire de la Faune Sauvage et des Écosystèmes des Pays de la Loire ; Wildlife Veterinary and Ecosystems Center, en lien avec l’École nationale vétérinaire de Nantes cherchent à comprendre l'écoépidémiologie de cette nouvelle maladie, menaçante pour l'espèce, et qui peut être transmise à d'autres espèces via des lésions de type abrasion de la peauBTO ; birdguides, New strain of bird virus sweeps across Britain, avec illustrations ; Cf poxvirose émergente, chez la mésange charbonnière] ; 2012-11-22. Certains oiseaux guérissent, mais le taux de mortalité est important, et la survie des juvéniles fortement diminuée. Avec l'aide du public, les scientifiques de la RSPB et ZSL ont mis en évidence une rapide extension la maladie (en cinq ans) du sud-est du pays vers le centre et le Pays de Galles, avec un pic saisonnier annuel en début d'automne. L'étude génétique du virus 'anglais" laisse penser qu'il s'agit de la souche déjà observée en Scandinavie, et plus récemment en Europe centrale et peu probablement d'un virus apparu en Grande-Bretagne. Les données du BTO montrent cependant que les Mésanges charbonnières migrent rarement à l'extérieur du pays, le virus pourrait être propagé par un vecteur infecté (un moustique piqueur est soupçonné). Les publics anglais et français sont invités à signaler les signes de la maladie chez les oiseaux des jardins.

Hôtes cibles

Les virus de ce groupe semblent incapables d'effectuer un cycle complet de réplication chez des espèces qui ne sont pas des oiseaux.

Un grand nombre d'oiseaux sauvages peuvent être infectés par ces virusHilde Hansen, Malachy Ifeanyi Okeke, Oivind Nilssen, Terje Traavik, Recombinant viruses obtained from co-infection in vitro with a live vaccinia-vectored influenza vaccine and a naturally occurring cowpox virus display different plaque phenotypes and loss of the transgene ; Vaccine Dec 2004 (la Mésange charbonnière semblant particulièrement sensible a un variant récemment apparu), ainsi que la plupart des oiseaux domestiqués, notamment les poulets, les dindes, les cailles, les canaris, les pigeons, les autruches d'élevage (Struthio camelus)B Perelman, A Gur‐Lavie, Y Samberg (1988), Pox in ostriches ; Avian Pathology, Taylor & Francis (résumé en français, anglais et allemand) et de nombreuses autres espèces d'oiseaux (résumé)Vanderplasschen, A.; Pastoret, P.- P. (2003) The Uses of Poxviruses as Vectors. Current Gene Therapy, Volume 3, Number 6, December 2003, pp. 583-595(13) (résumé).

Prévalence Ces virus semblent plus fréquent en zone tropicale, mais reste présent dans les pays à climat tempéré.

La maladie apparait le plus en automne. Il semble qu'il y est une relation entre le cycle de reproduction des moustiques et la prévalence de la maladie.

Symptômes Pour la forme "humide" de la maladie : les symptômes peuvent en partie évoquer ceux d'une diphtérie qui évoluerait très lentement ; Les symptômes dipithériques sont l'apparition de membranes nécrotiques qui tapissent la bouche et des voies respiratoires supérieures. Pour la forme sèche de la maladie : le symptôme le plus visible est l'apparition de pustules (pleines de pus),excroissance ou nodule croissant sur la peau des oiseaux malades, et dans quelques cas récents de grosses tumeurs (rem : le phénomène des tumeurs chez les oiseaux est encore en partie mal comprisReavill DR, Tumors of pet birds ; Vet Clin North Am Exot Anim Pract. 2004 Sep; 7(3):537-60, v. (résumé)). Ces tumeurs sont surtout présentes sur la tête (autour des yeux et du bec notamment) ou sur les pattes ou en bout d'ailes les rendent aussi plus vulnérables à la prédation.

Transmission à l'Homme La transmission de virus à l'homme est possible par des contacts étroits avec des oiseaux infectés ou à la suite de la consommation de liquides ou de solides qui ont été en contact très étroit avec un oiseau infecté.

Comme d'autres virus aviaires, il peut être mécaniquement transmis par des vecteurs biologiques tels que des moustiques piqueurs. Même si les oiseaux (migrateurs notamment) sont supposés jouer un rôle dans la circulation (l'oiseau est vecteur) ou dans l'évolution de virus (l'oiseau est l'un des nombreux organismes où des recombinaisons virales rendant un virus mutant plus pathogène peuvent se faire) Bengis RG, Leighton FA, Fischer JR, Artois M, Mörner T, Tate CM (2004), The role of wildlife in emerging and re-emerging zoonoses. Rev Sci Tech. 2004 Aug; 23(2):497-511. , et même si un certain nombre de maladies (grippes dites aviaires) peuvent passer de l'oiseau à l'HommeTsiodras S, Kelesidis T, Kelesidis I, Bauchinger U, Falagas ME (2008), Human infections associated with wild birds ; J Infect. 2008 Feb; 56(2):83-98. Epub 2007 Dec 21 ([résumé]), ce virus n'est pas supposé être dangereux pour les humains.

Morbidité, pouvoir pathogène Ces caractéristiques semble beaucoup varier selon les souches.

Comme son homologue humain chez l'Homme, ce virus cause un taux de mortalité élevé chez les oiseaux infectés. Les effets de l'infection pourraient significativement augmenter la difficulté de respirer, de manger, de boire des oiseaux infectés.

Les lésions extérieures sont souvent limitées aux parties du corps non recouvertes de plumes, et plutôt sur la tête et les pattes ;

Elles prennent la forme d'une dermatite proliférative et nécrosanteJohn R. Fischer, ; Ed : by C.L. Davis, DVM Foundation, 1999-03-22, consulté 2007-07-10 ;

On observe aussi des sortes de sacs de sang, ou des cloques emplies d'un fluide sanglant qui se vident si on les pique avec une aiguilleHarold Michener, and Josephine R. Michener, Division of Zoology, University of California, Davis, California, January 23, 1936. Accessed July 10, 2007.

Ce virus a le taux de mortalité parmi les plus élevés connus chez des espèces d'oiseaux chassés comme le faisan, la caille et la Perdrix choukar, ainsi que chez de nombreux oiseaux chanteurs, des oiseaux marins (tels que les mouettes) les perroquets, ou encore chez certains rapaces tels que le faucon pèlerin.

Des co-infections sont possibles, par exemple observées chez le poulet ou la dinde avec des staphylocoques LA Devriese, E Uyttebroek, P Dom, P De Herdt, R. Ducatelle & F. Haesebrouck (1992), Staphylococcus hyicus associated with pox in chickens and in turkeys- Avian …, 1992 - Taylor & Francis ; Volume 21, Issue 3, DOI:10.1080/03079459208418873, (Résumé) . Elles peuvent compliquer le diagnostic (symptomatologie plus complexe et aggraver la pathogénicité du virus) ; En Norvège, une souche trouvée chez le Pigeon ramier (Columba palumbus),s'est avérée beaucoup plus pathogène pour le poulet que celles trouvées chez les oiseaux sauvagesSimon Chioma Weli, Malachy Ifeanyi Okeke, Morten Tryland, Oivind Nilssen, Terje Traavik (2004), Characterization of avipoxviruses from wild birds in Norway ; Can. J. Vet. Res. Apr 2004..

Génétique

Symptômes Il existe deux grandes formes, très différentes, de la maladie :

Forme cutanée ou sèche Cette forme semble propagée le plus souvent par des insectes piqueurs (moustiques surtout).

Elle se traduit par des lésions vésiculeuses puis nodulaires sur les parties déplumées : la crête, les barbillons, la base du bec, le tour des yeux et les pattes.

Les oiseaux touchés par cette forme guérissent habituellement en quelques semaines, mais les nodules périoculaires peuvent rendre l'animal aveugle, l'empêcher de se nourrir et en faire une proie facile pour les prédateurs.. Cette forme survient plutôt en été.

Forme diphtérique ou humide