thumb|Timbres postaux français.Le timbre postal ou timbre-poste est une fine pièce généralement de papier, le plus souvent de petite dimension, fréquemment porteuse d'un graphisme, destinée à être collée sur un envoi postal comme preuve du paiement dudit envoi.
La collection et l'étude des timbres postaux et fiscaux sont appelées la philatélie. Les timbres sont un marché très précieux et populaire pour des collectionneurs.
Histoire
Système postal avant l'invention du timbre postal Avant 1840, c'est habituellement le destinataire qui paye le coût de transport par les postes du pli qui lui est adressé, et à un prix très élevé. De ce fait, beaucoup de destinataires refusent les lettres trop coûteuses, tandis que des transporteurs privés à meilleur marché concurrencent indûment la poste.
La petite histoire veut que Rowland Hill prit conscience des effets pervers de ce système pour les revenus des postes lorsqu'un jour, dans une auberge, il remarqua la serveuse recevant d'un facteur un pli de son fiancé. La jeune femme ne pouvant, semble-t-il, se permettre la dépense, Hill se proposa de la régler. Elle lui avoua que pour correspondre gratuitement, son fiancé et elle dessinaient de petits symboles sur l'enveloppe pour communiquer.thumb|upright|Colombe de Bâle, 1845. L'histoire a été précédée et inspirée par le timbre fiscal (papier timbré et timbre fiscal mobile). Bien qu'étant, à l'origine, une idée de la toute jeune Belgique née en 1830 (en réalité, ce concept émerge dans l'entreprise postale des Turn und Taxis implantée à Bruxelles), le timbre-poste est une invention des Britanniques, Rowland Hill et James Chalmers dans le cadre d'une importante réforme postale.
Le timbre comme outil de propagande Steven M. Gelber (1992) montre que l'apparition conjointe du capitalisme industriel, du capitalisme d'État et de la philatélie au siècle a fait du timbre-poste, conçu comme preuve de prépaiement et rapidement adopté par les grandes nations et peu à peu par le monde entier, un symbole des transformations économiques de l'époque, dont la collection philatélique constitua une mise en scène miniature en rejouant, pour les collectionneurs, les rôles, logiques et tensions du marché capitaliste. naissant, y compris pour les enfants collectionneurs. L'analyse ethnologique des pratiques de collection de timbres depuis le siècle montre comment ces modes de collecte reflètent, au fil du temps, les normes sociales de genre, les paradigmes scientifiques dominants et les idéologies de l’ordre, du savoir et de la matérialité..
À la différence de la carte postale, Le timbre, un peu comme le billet de banque, est en effet un média qui véhicule des images et des messages gouvernementaux, et notamment à certaines époques et sous certains gouvernements, il a été un important support de propagande politique et idéologique Dobson H (2002) Japanese Postage Stamps: Propaganda and Decision Making. Japan Forum, 14(1), .. D. Altman en 1991 le qualifie d'ambassadeur de papier Altman D (1991) Paper Ambassadors: The Politics of Stamps. North Ryde: Angus and Robertson. qui visait le grand public, et les philatélistes. Le message miniaturisé Child J (2008) Miniature Messages: The Semiotics and Poli tics of Latin American Postage Stamps. Durham, NC: Duke University Press. du timbre, et la symbolique véhiculés par l'illustration qu'il porte peuvent être annonciateur d'une transition politique, éventuellement imposée aux habitants d'un pays Brunn S.D (2011) Stamps as Messengers of Political Transition. The Geographical Review, 101(1), .. Ce fut le cas dans les contextes coloniaux Cusack I (2005) Tiny Transmitters of Nationalist and Colonial Ideology: The Postage Stamps of Portugal and its Empire. Nations and Nationalism, 11(4), .. Jonathan Grant rappelle ainsi que dans l’URSS des années 1921‑1939, le régime a redéfini et strictement encadré la pratique pourtant anodine de la philatélie, révélant une volonté de contrôle total de la société qui s’exerçait jusque dans les loisirs, et il montre que ce totalitarisme philatélique provenait surtout de responsables intermédiaires plutôt que du sommet de l’appareil d’État..
Concernant la période post-coloniale, Dawson et Cooper (2026) notent que certains pays africains publient des timbres, dont certains représentent des artistes européens, a priori selon eux, pour attirer les collectionneurs étrangers, une pratique qui reflète et renforce une hiérarchie mondiale où les intérêts du « Nord » priment sur ceux du « Sud »..
Lebed et Morgulev (2024) montre que durant tout le siècle, les régimes autoritaires ont utilisé les timbres sportifs, militaires et identitaires et la symbolique de ce qu'ils représentaient comme outils de propagande, et qu’en comparant l’URSS et la Russie post‑soviétique avec l’Allemagne nazie et l’Italie mussolinienne d’avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, on observe des tendances similaires : les émissions de timbres se font plus nombreuses et plus militarisées dans les périodes de rhétorique agressive, un phénomène que l’analyse socio‑sémiotique permet de mettre en perspective avec la politique contemporaine de la Russie de Vladimir Poutine..
Invention du timbre Le premier timbre mobile et adhésif fut émis par les postes royales britanniques en 1840 sous la forme d'un portrait de la reine Victoria. De couleur noire et valant un penny il est appelé le « Penny Black ». Le premier timbre imprimé en plusieurs couleur, la Colombe de Bâle, fut créé en Suisse en 1845 par le canton de Bâle.
La réforme postale britannique thumb|upright|Le 1 penny noir, dit « Penny Black », 1840 En Grande-Bretagne, Rowland Hill publie en 1837, un rapport intitulé « Post Office reform, Its importance and practibility ». Il démontré de manière concluante que les frais de transport étaient un facteur insignifiant dans le coût total du traitement d’une lettre.
Il propose de faire payer l'expéditeur, mais au prix très réduit de (« Penny postage »). Cet expéditeur prouverait qu'il s'était bien acquitté de l'affranchissement en utilisant une enveloppe officielle à 1d, ou (suivant une proposition ultérieure de Chalmers) en collant un timbre postal sur l'enveloppe, que l'administration des postes annulerait avec un cachet encré pour éviter toute réutilisation.
La réforme postale demandée par Hill mis trois ans à aboutir en raison de l'opposition de l'administration postale qui ne prenait en considération que le manque à gagner initial pour la poste, sans tenir compte des effets stimulants de la réforme postale sur le développement du commerce et le développement de l'instruction.
Cette réforme entra enfin en vigueur le , six jours après la mise à la disposition du public, dès le , du premier timbre, le à l'effigie de Victoria, le « Penny black » dessiné par Henry Corbould, ainsi que de la première enveloppe de port payé dessinée par Mulready.
Cette substitution du « port payé » au « port dû », avec un abaissement considérable du prix perçu pour le transport, entraîna un accroissement immédiat, et chaque année de plus en plus important, du volume des correspondances.
Ce succès, immédiat au Royaume-Uni, fut imité dans le reste du monde. Les premiers pays à avoir réformé leur système postal et émis des timbres postaux ont été : 1843 : les cantons suisses de Zurich et de Genève, le Brésil ; 1845 : le canton suisse de Bâle ; 1847 : les États-Unis, Maurice ; thumb|upright|Le 20 c. français noir de 1849 1849 : la France, la Belgique, la Bavière ; 1850 : l'Espagne ; 1851 : le Canada ; 1853 : Le Cap, le Chili, le Portugal.
L'extension de la réforme postale à la France
Dès 1837, l'adoption d'une réforme analogue au système britannique avait été proposée en France. Mais il faudra onze ans pour que la résistance de l'administration des postes soit surmontée par Étienne Arago, à la suite de la révolution de 1848, et que le port-payé à bon marché soit institué par un vote de l'Assemblée nationale, le . Ce port-payé fut fixé à . C'est en application de cette réforme que fut émis, le , le premier timbre-poste français, le , au type Cérès de Barre..
À l’origine, les timbres étaient vendus exclusivement dans les bureaux de poste ou par leurs facteurs pendant la tournée.
Catégories de timbres postaux Poste courante (éventuellement surtaxés au bénéfice d'actions diverses). Poste aérienne. Timbres-taxe (quand l'affranchissement par l'expéditeur est insuffisant). À ne pas confondre avec les timbres surtaxés. Timbres pour journaux et imprimés. Timbres des chemins de fer. Timbres pour lettres express. Timbres de service, timbres de franchise militaire. Timbres préoblitérés (pour les courriers ne devant pas passer par les machines à trier et affranchir). Timbres de grève postal (non émis par l'entité habituelle de transport du courrier). Entiers postaux (le timbre est imprimé sur la carte ou l'enveloppe). Timbres des cours d'instruction (timbres fictifs servant à la formation du personnel postal). (timbres fictifs servant aux essais de machines postales = presses d'impression, distributeurs automatiques).
Éléments graphiques Un timbre porte un certain nombre d'informations nécessaires à son utilisation postale. Une illustration décorative peut figurer, elle permet soit l'identification du pays émetteur (cas des allégories et des portraits royaux), soit de plaire à l'expéditeur, au destinataire ou au collectionneur (voir timbre commémoratif par exemple).
Les mentions nécessaires sont : le nom du pays émetteur. L'Union postale universelle impose qu'il soit écrit en alphabet latin pour que le pli puisse être acheminé à l'étranger. Seul le Royaume-Uni, en tant que premier pays émetteur de timbre-poste, affiche seulement l'effigie de son souverain. la valeur faciale pour savoir si l'affranchissement suffit à l'expédition du pli.
Des mentions peuvent apparaître sur les timbres de certains pays : une mention de type « Postes » rappelant l'usage postal pour distinguer des timbres fiscaux. Cette mention peut être le nom de l'entreprise postale (en France, « La Poste »). les noms des créateurs du timbre sous l'illustration : le dessinateur à gauche, le graveur à droite. le nom de l'imprimerie, parfois inscrit au bas du timbre, au milieu sous l'illustration.
Matières La quasi-totalité des timbres sont imprimés sur du papier, même si certaines administrations postales ont pu user, par souci de promotion parfois, d'autres matériaux. Quelques pays d'Afrique et du golfe Persique ont émis des timbres sur feuilles d'or. Le Bhoutan a émis des timbres en plastique (et en relief), en vinyle, en carton, en papier parfumé, en carton avec effet trois dimensions, en soie véritable et même en feuilles de métal. Des métaux précieux peuvent aussi être utilisés ponctuellement. En 2000, la poste française a émis un timbre en l'honneur de la métallurgie représentant une tour Eiffel en argent (couche déposée à chaud de ) et la fusée Ariane. Certaines administrations postales rivalisent d'originalité dans l'émission de timbres créés dans des matières spéciales : timbres en acier (Bhoutan), timbres en bois (Djibouti, Gabon, Suisse), timbre en soie, (Bhoutan), timbres en aluminium (Tonga), timbres en dentelle (Italie), en peluche (Sierra Leone), en broderie (Suisse, Autriche).
Les gommes adhésives à l'arrière des timbres peuvent être assez variées. En France, on peut signaler une variété de gomme tropicale qui a parfois été utilisée.