Le dolmen de la pointe de la Torche, appelé aussi tumulus de Beg en Dorchenn, s'élève sur une éminence naturelle dominant la baie d'Audierne, sur la presqu'île dite pointe de la Torche (traduction impropre du breton Beg an Dorchenn), à Plomeur, commune du pays Bigouden, dans le Finistère, en Bretagne. Il comporte deux cairns superposés renfermant deux monuments mégalithiques : un dolmen à couloir et à chambre compartimentée daté du Néolithique moyen et une allée couverte, qui prolonge sur le versant oriental le couloir du dolmen, datée du Néolithique final. Des ossements trouvés dans le dolmen sont datés de 4500 à 4090 avant notre ère.

La presqu'île est classée monument historique depuis 1960, et fait partie d'un site naturel classé depuis 1989.

Site thumb|alt=vue d'ensemble du dolmen|left|upright=1|Vu du nord-est, le dolmen, émergeant du tumulus écrêté. En arrière-plan, l'anse de Pors Carn et les rochers de Saint-Guénolé.

Le site porte le nom breton de Beg an Dorchenn, qui signifie « pointe du coussinPierre-Roland Giot, La Bretagne des mégalithes, Ouest-France, 2007, 61.Émile Ernault, Gériardurig brezonek-gallek, Saint-Brieuc, Prud'homme, 1927, 630 et 631. ». Car, selon Jean-Marie Abgrall, le mot torchenn (« coussin ») . Les cartographes traduisent improprement en « pointe de la Torche », tandis que les archéologues gardent le nom breton et pour Pierre-Roland Giot en 1947, pour Catherine Dupont en 2010. . ..

Beg an Dorchenn, ou la pointe de la Torche, est une presqu'île séparant la baie d'Audierne (au nord), de l'anse de Pors Carn (au sud). D'environ de long et de large, la presqu'île s'élève en une butte de d'altitude sur laquelle repose le tumulus.

Le site est occupé dès le Mésolithique final, comme l'atteste la présence d'un amas coquillier daté de 5640 à 5550 avant notre ère. Le niveau de la mer étant alors plus bas, le promontoire offrait un point de vue de premier ordre sur la baie d'Audierne.

Le dolmen apparaît au Néolithique moyen, et l'allée couverte au Néolithique final. En 1919, Charles Bénard Le Pontois voit dans ce lieu un possible pour les constructeurs des nombreux monuments mégalithiques des environs : il observe par exemple que ou qui s'alignaient jadis sur quatre rangées à LestriguiouL. Flagelle décrit en 1877 L. Flagelle, Notes archéologiques sur le département du Finistère, Brest, 1877, 47. — Cinquante de ces menhirs ont été retrouvés par une association. Ils ont été alignés et relevés le long d'un chemin. Pierre-Jean Berrou, « Les menhirs de Lestriguiou », Cap Caval, , juillet 2011, 5, 6 et 10-12., à de là, se dirigeaient vers le sommet du tumulus.

Dommages causés, fouilles

Paul du Chatellier fouille le site vers 1881. Il signale que le tumulus est déjà fortement endommagé par la construction d'un poste d'observation de garde-côtes. Au sommet, ne sont plus couvertes que d'une table (dalle de couverture), et ont été violées. Du Chatellier ne semble pas avoir trouvé les chambres latérales du dolmenPaul du Chatellier, « Exploration des tumuli de Run Aour et de la Torche en Plomeur (Finistère) et du kjøkkenmødding de la Torche », Extrait des mémoires de la Société d'émulation des Côtes-du-Nord, Saint-Brieuc, 1881, 5..

Durant la Seconde Guerre mondiale, le site est endommagé par l'occupant allemand, qui y construit des casemates.

Pierre-Roland Giot mène des fouilles en 1946, et s'aperçoit qu'il est en présence, au sommet du tumulus, de deux monuments d'époques différentes : un dolmen à couloir et à chambres latérales, et une allée couverte. Il observe qu'il manque peu de dalles de support : il en reste 35 pour l'ensemble des deux monuments, dont trois affaissées.

Les fouilles successives révèlent un mobilier dont l'essentiel est exposé non loin de là, au Musée de préhistoire finistérien de Pors Carn, en Penmarc'h. Des ossements ont été trouvés, ce qui est très rare en Bretagne du fait de l'acidité du sol : ils reposaient ici dans du sable calcaire.

Description du tumulus thumb|alt=On voit s'élever au nord un inselberg, auquel sont adossés le cairn inférieur et le cairn supérieur (qui contient le dolmen).|left|upright=1.4|Coupe nord-sud de l'éminence naturelle et du tumulus.

Le tumulus est édifié sur l'éminence naturelle de la presqu'île. Le monticule qu'il dessine devait avoir un diamètre d'environ , et la coupe nord-sud fait apparaître que ce monticule n'est pas tout entier de la main de l'homme : il est constitué de deux cairns superposés qui s'adossent au nord à une saillie du relief, un inselberg dômé. Au nord, la granulite de cette saillie naturelle affleure presque par endroits.

Résidu de l'amas coquillier

Sous le tumulus, le roc de l'éminence naturelle est recouvert d'une couche de quelques centimètres d'épaisseur (quelques décimètres, par endroits) de cendres sableuses noires. Comblant les creux, contribuant à aplanir une surface assez irrégulière, elle est le résidu de l'important amas coquillier laissé par les hommes du Mésolithique. Cet amas devait à l'origine recouvrir la majeure partie de la presqu'île.

Cairn inférieur thumb|alt=À l'est, le cairn inférieur descend presque trois fois plus loin que le cairn supérieur. Le dolmen est posé sur le sommet du cairn inférieur, l'allée couverte sur son versant oriental.|right|upright=1.4|Coupe ouest-est de l'éminence naturelle et du tumulus.

Le cairn inférieur est constitué d'une couche de blocs de pierre et de galets mêlés de sable rapporté. Il a une hauteur de 0,50 à 1 mètre. La coupe ouest-est fait apparaître qu'il descend le versant oriental assez loin vers le continent (presque trois fois plus loin que le cairn supérieur), recouvrant le principal amas coquillier. Le dolmen est posé au sommet de ce cairn inférieur, tandis que l'allée couverte est sur son versant oriental. Les deux monuments sont enfouis dans le cairn supérieur.

Cairn supérieur

Une deuxième couche des mêmes éléments constitue le cairn supérieur (). Il ne recouvre le cairn inférieur que dans sa partie la plus haute, c'est-à-dire sans descendre bien loin le versant oriental. Il a une hauteur de 1 à 1,50 mètre. La séparation entre les deux cairns est par endroits marquée d'un surcroît de sable. Plus haut que l'inselberg (dont il prolongeait l'arrondi nord-sud), le cairn supérieur coiffait jadis le dolmen. Selon Jean L'Helgouach, en effet, il est bien certain que tous les dolmens .

Dolmen thumb|alt=plan des dalles de support (les dalles de couverture n'y figurent pas). À gauche, en rose, le dolmen orienté à 81° ; à droite, en gris, l'allée couverte orientée à 102°|left|upright=1.4|Plan des deux monuments mégalithiques.

Le dolmen, du Néolithique moyen, a donc la particularité de ne pas reposer sur le sol rocheux, comme il est habituel, mais sur le cairn inférieur. Pierre-Roland Giot le qualifie de . En 1946, il le décrit comme un dolmen à couloir et à deux chambres latérales trapézoïdales, que sépare une chambre centrale. Long d'une dizaine de mètres, large d'environ cinq mètres, il est . Il est orienté à 81° environ. Les supports verticaux sont de grandes dalles de près de deux mètres de haut dont les sommets définissent un plan horizontal. Lors des fouilles de 1946, il reste , dont un affaissé ; une seule table est en place sur le dolmen (sur le couloir) ; et deux tables sont tombées dans la chambre sud.

Le couloir est court (environ trois mètres)Jean L'Helgouach distingue les couloirs courts (1,10 à 3 m), les couloirs de longueur moyenne (3 à 7 m) et les couloirs longs (7 à 13,80 m). ., et moins large que la chambre centrale. Ses deux premières dalles de support, celles qui font la jonction avec l'allée couverte, sont légèrement déviées vers le nord.

En 1965, Jean L'Helgouach estime que cet édifice constitue des dolmens . Plutôt que de parler d'une chambre centrale flanquée de deux chambres latérales, L'Helgouach voit donc ici une seule chambre, de forme , composée de deux trapézoïdales que sépare un prolongement du couloir.

Allée couverte thumb|alt=intérieur de l'allée couverte, en pente, vue depuis son entrée. La plupart des dalles de couvertures manquent. En arrière-plan, au sommet de l'éminence, on aperçoit le dolmen.|right|upright=1|L'allée couverte. En arrière-plan, on aperçoit le dolmen, dont l'axe fait un angle de 21° avec celui de l'allée couverte.

Les dolmens du et les objets qu'ils recèlent sont des signes de richesse et de prestige qui témoignent de fortes inégalités socialesJean-Paul Demoule, « L'émergence de sociétés complexes », Archéologia, , janvier 2020, 43.. Les différences sont moins marquées à la fin du et au début du av. J.-C., où les allées couvertes par exemple, , contiennent .

Au Néolithique final, le couloir du dolmen de Beg an Dorchenn est prolongé d'un nouveau monument, « une sorte de couloir-allée couverteJean L'Helgouac'h, in . ». C'est une allée droite, . Ce deuxième monument a une longueur d'environ huit mètres. Il n'est pas dans le même axe que le premier : il est orienté non plus à 81, mais à 102°. Et les dalles de support reposent, étagées, sur le versant oriental du cairn inférieur : leurs sommets ne définissent pas un plan horizontal, mais incliné. Lors des fouilles de 1946, il reste , dont deux affaissés ; une seule table est en place sur l'allée couverte.

Pour Jean L'Helgouach, bâti sur une pente est de savoir s'il y a eu, au moment de sa construction, une dégradation du cairn primaire sur lequel il repose.

Garniture

Les deux monuments mégalithiques sont garnis de façons très différentes. Le dolmen est rempli de sable terreux et de blocs de pierre. En dessous, il est garni principalement de gravillon, intercalé de masses d'argile crue noire et d'amas de cendres. Tout en dessous, mais seulement dans le couloir et la chambre centrale, un dallage incomplet de petites pierres plates repose sur le cairn inférieur. L'allée couverte est entièrement garnie de sable et de blocs de pierre.

Mobilier Le cairn inférieur contient de nombreux éclats de silex, quelques percuteurs bipolaires, quelques rares tessons de poterie grossière. Le cairn supérieur contient des éclats de silex, de nombreux tessons de poterie variée. Dans le couloir et la chambre centrale du dolmen, on trouve de nombreux éclats de silex, du fil d'or et des poteries. Dans la chambre nord, on ne trouve pas de poteries, mais de très nombreux éclats de silex, un beau couteau, un frontal. L'allée couverte ne contient pas de mobilier véritable, seulement quelques débris de .

Ossements, datations thumb|alt=vue d'ensemble du dolmen|right|upright=1|Le dolmen, vu du nord-est.

Lorsqu'il mène ses fouilles en 1946, Pierre-Roland Giot est loin de soupçonner l'antiquité du dolmen. Les archéologues d'alors imaginent bien plus récentes les constructions mégalithiques. En 1959, ils sont stupéfaits de découvrir la datation (environ 4200 avant notre ère) du dolmen central du cairn de l'île Carn, fouillé par Giot, et premier dolmen à couloir d'Europe daté par le Pierre-Roland Giot, Barnenez, Carn, Guennoc, Université de Rennes I, 1987, I, 5, 111, 112 et 179.. D'autres monuments vont se révéler plus anciens encore, et notamment le dolmen de Beg an Dorchenn, grâce aux ossements trouvés à l'intérieur… À l'écart du tumulus proprement dit, dans la partie orientale du cairn inférieur, sont inhumés deux squelettes, . Dans le dolmen, sont dispersés, mélangés, de nombreux fragments d'ossements humains appartenant à divers individus, des adultes en général. Certains sont datés de 4500 à 4090 avant notre èreGIF A 92372. Jean L'Helgouac'h, in .. Dans l'allée couverte, les ossements ne sont pas dissociés, et les individus (adultes et masculins) sont à peu près complets. Certains ossements sont datés entre 2884 et 2500 avant notre èrePierre-Roland Giot, in ..