José Luis Gutiérrez Solana (Madrid, – ) est un peintre, graveur et écrivain expressionniste espagnol. Il est avec Ignacio Zuloaga le principal artiste du courant de l'« Espagne noire ».

Biographie Son père José Tereso Gutiérrez-Solana, né au Mexique mais originaire de Cantabrie, revient en Espagne enrichi grâce à l'industrie minière. Solana grandit à Madrid et étudie quatre ans à l'Académie royale des Beaux-Arts Saint-Ferdinand Notice de José Solana sur le Dictionnaire biographie de l'Académie royale d'histoire..

Il se rallie vers 1903 à la Génération de 98Notice de José Solana sur le Dictionnaire Larousse de la peinture., fréquentant Ramón María del Valle-Inclán et les peintres Darío de Regoyos et Ricardo Baroja à la tertulia du Nouveau Café de Levante. Miguel de UnamunoIl réalisera en 1935 un vigoureux portrait de l’intellectuel : notice sur le site de la Collection Santander. dira : « Je me suis arrêté devant des tableaux de Solana, je suis entré en eux, et me suis senti en eux, ressentant ma fraternité espagnole avec l'âme espagnole de Solana. De l'Espagne que lui et moi, et d'autres, nous sommes en train de renouveler »..

Entre 1908 et 1917, vivant de l'héritage paternel, il réside à Santander, tout en parcourant l'Espagne, en particulier la Castille rurale. Il enrichit ainsi sa vision de son pays, et la traduit de façon subjective et insolite dans une œuvre qui, après des années de rejet, obtient un premier succès en 1917 : une troisième médaille à l'Exposition nationale des beaux-arts.

Solana fréquente alors les membres de la Génération de 14. En 1920, il se représente dans un fameux tableau avec Ramón Gómez de la Serna et José Bergamín à la Tertulia du Café de Pombo Notice sur le site du Musée Reina Sofía., et dédie au premier son plus célèbre ouvrage littéraire : L'Espagne noire. Il devient bientôt également l'ami du critique d'art Eugenio d'Ors.

L'artiste obtient ses premières expositions individuelles, en 1921 à l'Athénée de Santander et en 1927 au Musée d'Art Moderne de Madrid, puis accède peu à peu à la renommée internationale : il est exposé en 1928 à la galerie Bernheim-Jeune de Paris (échec malgré la visite de Pablo Picasso), en 1930 et 1932 à la Biennale de Venise, également aux États-Unis. En 1933 à Oslo, à l'occasion de l'exposition d'une cinquantaine de ses tableaux, l'accueil est excellent et Pola Gauguin rapproche son esthétique et ses thématiques de celles d'Edvard Munch et James Ensor.

Lorsque éclate la Guerre d'Espagne, Solana se réfugie à Valence puis à Paris, où quinze de ses toiles sont accrochées dans le Pavillon espagnol lors de l'Exposition universelle de 1937, avec le Guernica de Pablo Picasso. D'Ors le convainc de rentrer en Espagne après la guerre, et le peintre passe ses dernières années entre SantanderIl restera toute sa vie profondément attaché à cette ville, et l'un de ses derniers tableaux en 1945 représente une Taverne à Santander ( notice sur le site de la Collection Santander). et Madrid, où il meurt le à la suite d'une attaque d'urémie.

Œuvre picturale José Solana est un créateur solitaire et original, mais héritier de la tradition espagnole, des visions hallucinées du Greco au romantisme cauchemardesque de Francisco de Goya et Eugenio Lucas Velázquez, en passant par le ténébrisme baroque de José de Ribera, Francisco de Zurbarán et Juan de Valdés Leal, sans oublier la sculpture castillane (Gaspar Becerra, Gregorio Fernández) qui avait impressionné le peintre à Valladolid.

Portant un regard mélancolique et pessimiste sur la réalité sociale nationale de son temps, il prolonge la démarche d'Ignacio Zuloaga et représente une Espagne figée dans le temps, vulgaire voire sordide : celle des bouchers de faubourgs (1919 Le chariot de viande Notice sur le site du Musée des Beaux-Arts de Bilbao., 1924 L'Abattoir Notice sur le site de la Collection Santander.), des réunions poussiéreuses (1924 Le Retour de l'Indiano Notice sur le site de la Collection Santander., 1926 La Visite de l'évêque Notice sur le site du Musée Reina Sofía.), des prostituées de province (1927 Danseuses Notice sur le site du Musée Carmen Thyssen de Malaga., 1934 Les Filles du faubourg Notice sur le site de la Collection Santander.). Ses personnages, la plupart misérables, sont dénués de séduction et semblent tristes, apathiques, comme absents : ils n'ont guère plus d'existence que les objets qui les entourentMême dans ses portraits individuels, Solana les nomme rarement : 1925 Le Vieil Armateur, 1927 Le Physicien, 1932 Le Capitaine de navire marchand, 1933 Le Bibliophile, 1937 La Coiffeuse (les cinq tableaux sont dans la Collection Santander)., quand ils ne sont pas de simples mannequins (1910 Les Vitrines Notice sur le site du Musée Reina Sofía.). Accentuant cette impression d'atmosphère éteinte et oppressante, le dessin de Solana, aux contours noirs marqués, a quelque chose de sévère et rustre ; sa touche est lourde et pâteuse, sa palette sombre et terreuse, sa lumière presque toujours artificielle.

Solana a régulièrement représenté les processions (1920 Le Christ des DouleursCentre Pompidou, notice sur le site de la Réunion des musées nationaux., 1930 Procession de la Mort Notice sur le site du Musée Reina Sofía.) et exécutions catholiques (1931 Avant l'exécutionCentre Pompidou, notice sur le site de la Réunion des musées nationaux.), thématiques lugubres chères aux peintres de l'Espagne noireDarío de Regoyos 1904 Vendredi Saint en Castille (Musée des Beaux-Arts de Bilbao), Ignacio Zuloaga 1911 Le Christ de Sang (Musée Reina Sofía).. Il n'y exprime aucune émotion religieuse, mais en donne au contraire une vision négative, superstitieuse et morbide, parfois par le biais de la nature morte (1929 Le Miroir de la Mort Notice sur le site de la Collection Santander.). Son intérêt pour le macabre explose vers 1932 dans son grand Triomphe de la mort Notice sur le site de la Collection Santander., témoignage cruel d'un monde sans espérance qui reprend les squelettes et le titre du tableau de Brueghel, que Solana étudiant avait copié au Musée du Prado.

Les loisirs et fêtes populaires sont très présents dans son œuvre, mais l'impression est là aussi triste, inquiétante : 1906 Les « chulos » Notice sur le site de la Collection Santander., 1915 Nuit de Noël Notice sur le site du Musée des Beaux-Arts de Bilbao., 1918 L'Aveugle aux romances Notice sur le site du Musée Reina Sofía., 1919 Le Cirque Notice sur le site du Musée Reina Sofía., 1926 Les Boxeurs Notice sur le site de la Collection Santander.. Ses toreros sont plus statiques qu'héroïques : 1931 Les TorerasCentre Pompidou, notice sur le site de la Réunion des musées nationaux., 1932 El Lechuga et sa quadrille Notice sur le site de la Collection Santander., 1936 L'Arrastre Notice sur le site de la Collection Santander.. À partir des années 1930, il développe inlassablement le thème du carnaval et des masques, sa création prenant un tour ironique et grotesque qui le rapproche nettement de l'expressionnisme de James Ensor : 1932 Géants Notice sur le site de la Collection Santander., 1932 Masques Notice sur le site de la Collection Santander., 1935 Carnaval dans un village Notice sur le site du Musée Carmen Thyssen de Malaga., 1943 Têtes et masques Notice sur le site du Musée Reina Sofía., 1943 Atelier de masques Notice sur le site du Musée des Beaux-Arts de Bilbao..

Solana réalisa aussi des gravures à l'eau-forte qui à de rares exceptions près reprennent toutes fidèlement l'iconographie des tableaux.

C'est la Fondation Santander qui réunit la plus importante collection d'œuvres de l'artiste, exposée à Boadilla del Monte (Madrid) José Solana sur le site de la Collection Santander.. Le Musée Reina Sofía possède également une dizaine de tableaux, et a organisé en 2004 la dernière rétrospective d'envergure ; selon ses commissaires María José Salazar et Andrés Trapiello, l'œuvre de José Solana « est, au fond, une métaphore de l'impossible modernisation de l'Espagne » Présentation de l'exposition sur le site du Musée Reina Sofía..

Œuvre littéraire

Comme écrivain, il possède un style analogue qui associe de grandes qualités descriptives, de vigueur et d'énergie, au pittoresque et au folklorique. La majorité de ses livres sont des livres de voyage, comme Madrid: escenas y costumbres (1913 et 1918, 2 vols.), La España negra, 1920, Madrid callejero, 1923, Dos pueblos de Castilla, 1925 et Paris, 1938. Il a écrit aussi un roman Florencio Cornejo (1926). Ses œuvres complètes ont été édités par le prix Nobel de littérature Camilo José Cela en 1961.

Notes et références

Annexes Bibliographie Manuel Sánchez Camargo, Solana. Madrid, 1945. Manuel Sánchez Camargo, Solana. Vida y pintura. Madrid, 1962. Luis Alonso Fernández, "Solana. Estudio y catalogación de su obra". En: J. Solana. Madrid, Ayuntamiento, 1985. Weston Flint, Solana, escritor, Madrid, Revista de Occidente, 1967. Juan Antonio Gaya Nuño, José Gutiérrez-Solana, Ibérico Europa de Ediciones, Madrid, 1973. Ángel González García, José Gutiérrez Solana. Grabador y Litógrafo, Zaragoza, Maphe Vida, 1998. B. Madariaga de la Campa et Celia Valbuena de Madariaga, Cara y máscara de José Gutiérrez Solana, Santander, Diputación Provincial, 1976. Alfredo Velarde, José Gutiérrez Solana: pintor español, Madrid, Espasa-Calpe, 1936. Émile Verhaeren et Darío de Regoyos, España negra, Barcelona, Terra Incógnita, 1999. Leopoldo Rodríguez Alcalde, Los Genios de la Pintura Española, Tomo 9 Solana 96 pp. Ed. Sarpe. Madrid 1988. Articles connexes Expressionnisme

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