vignette|Les premières grandes pollutions semblent avoir été induites par la révolution industrielle, permise par les machines à vapeur et le charbon. Cheminées industrielles, par Eugen Bracht (1842–1921), tableau daté de 1905. vignette|Fumées industrielles généralement chargées de résidus de combustion. vignette|Centrale à charbon en Australie. La combustion du charbon produit du dioxyde de carbone, ainsi que des quantités variables de dioxyde de soufre.

La pollution est la destruction ou dégradation d'un écosystème ou de la biosphère par l'introduction, généralement humaine, d'entités (physiques, chimiques ou biologiques), ou de radiations altérant le fonctionnement de cet écosystèmeAdapté de la définition de l'OCDE, 1974, la pollution détruit les forêts et de la définition AFNOR (Dictionnaire du vocabulaire normalisé de l’environnement). La pollution a des effets importants sur la santé et la biosphère, comme en témoigne l'exposition aux polluants et le réchauffement climatique qui transforme le climat de la Terre et son écosystème, en entraînant l'apparition de maladies inconnues jusqu'alors dans certaines zones géographiques, des migrations de certaines espèces, voire leur extinction si elles ne peuvent s'adapter à leur nouvel environnement biophysique.

La Seconde Guerre mondiale est suivie d'une prise de conscience des répercussions des activités humaines sur l'environnement et la santé, parallèlement à l'approfondissement de l'écologisme et de l'écologie théorisée dès 1886 par Ernst HaeckelHistory of Ecological Sciences, Part 47: Ernst Haeckel’s Ecology, esapubs.org, consulté le 6 mai 2018. Les préoccupations de santé-environnementale conduisent les gouvernements à prendre des mesures pour limiter l'empreinte écologique des populations humaines et pour contrer des activités humaines contaminantes.

En 2012 selon l'OMS, plus de de personnes sont mortes prématurément à cause de la pollution de l'air (extérieur et domestique) ; l'Asie et le Pacifique étant les régions les plus touchées.

En 2017, la revue The Lancet a estimé qu'au moins de personnes sont prématurément mortes en 2015 à cause de la pollution (soit une mort « prématurée », c'est-à-dire avant , sur six)La pollution, responsable de 9 millions de morts dans le monde par an, Le Monde, 2023/10/11

Notion de pollution vignette|Signalisation de produit polluant (selon le système général harmonisé de classification et d'étiquetage des produits chimiques).

Pollution vient du latin polluere (luo, « baigner », avec le préfixe por-) qui signifie « souiller en mouillant », « salir » et surtout « profaner ».

Avant de signifier une atteinte aux écosystèmes, le terme de pollution désignait dans le christianisme la profanation d'un objet ou d'une demeure sacréeDictionnaire de l'Académie française, neuvième édition. Selon les universitaires François Jarrige et Thomas Le Roux, c'est en Grande-Bretagne que .

C'est à l’époque de l’industrialisation massive du continent européen que le concept moderne du déchet en tant que surplus indésirable destiné à être absorbé par une nature-dépotoire est apparu. Cette apparition du concept de déchet est liée à la compréhension moderne de la pollution en tant que profanation de la Création, puis de la nature dans une vision sécularisée, par la production, vue comme à la fois excessive et indispensable, de matière qualifiée de déchet.

La pollution est d'origine humaine (on parlera de pollution anthropique) ou non-humaine (ex. rejet de méthane des ruminants). Par extension, le mot englobe parfois les conséquences de phénomènes géologiques comme une éruption volcaniqueEncyclopédie Larousse de 2009, la formation de substrats inhabituellement acides, radioactifs ou chargés en métaux toxiques.

Le Dictionnaire de l'environnement. Les termes normalisés. Lexique français-anglais, anglais-français. Paris La Défense, AFNOR, 1994 de l'AFNOR définit le polluant comme un agent altéragène biologique, physique ou chimique, qui au-delà d'un certain seuil, et parfois dans certaines conditions (potentialisation), développe des effets négatifs sur tout ou partie d'un écosystème ou de l'environnement en général.

Il est question de « pollution diffuse » lorsque les sources polluantes sont multiples (pots d'échappement, épandage de pesticides…), et de « pollution chronique » lors d'émissions répétées ou constantes de polluant, et parfois lorsqu'un polluant est très rémanent.

La notion de pollution appelle donc celle de d'un ou plusieurs composants des écosystèmes (air, eau, sol), d'un organisme (qui peut être l'être humain) ou d'un groupe d'organismes, ou ayant une incidence sur l'écosystème, au-delà d'un seuil ou norme. La contamination peut notamment s'étendre ou se modifier via le réseau trophique (chaîne alimentaire) (bioconcentration, bioturbation).

La pollution est maintenant considérée par l'ONU comme la neuvième limite planétaire, . D'abord définie en 2009 comme « pollution chimique » (Rockström et al. ), induite par les éléments radioactifs, les métaux lourds et de nombreux composés organiques d’origine humaine présents dans l’environnement.

Ce modèle conceptuel a été renommé : , et redéfini en 2015Steffen W., Richardson K. Rockström J. Cornell S.E., Fetzer I., Bennett E.M., Biggs R. Carpenter S.R. de Vries W., de Wit C.A., Folke C., Gerten D., Heinke J., Mace G.M., Persson L.M., Ramanathan V., Reyers B., and Sörlin S. (2015) « Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet » . Sciencexpress, 15 janvier 2015, 10 p. Steffen et al. (2015) Supplementary material for « Planetary boundaries: Guiding human development on a changing planet ». Science Express, January 2015, 41 p., couvrant toutes les nouvelles substances et formes de substances nouvelles ou existantes ainsi que les formes de vie modifiées susceptibles d'avoir des effets indésirables sur les écosystèmes, les organismes vivants et la santé. Selon le CGDD (2019) . Les nanomatériaux et divers polymères posent des questions encore sans réponses en matière de santé environnementale. Certaines émissions d'origine anthropiques (chlorofluorocarbures, CO2) bien que faiblement présents dans l'air ont des effets majeurs sur la couche d'ozone stratosphérique et le climat.

La science qui étudie les pollutions est la molysmologie.

La pollution, en tant que pratique sociale régulée et tolérée par les industries et les administrations, est liée au colonialisme en ce qu’elle constitue une dépossession des habitants d’un pays, par laquelle en dessous d’un certain seuil, dont la fixation revient à une classe de savants, la nature se voit assignée un rôle d’absorption des déchets.

Histoire de la pollution thumb|upright|Pollution aérienne aux États-Unis, 1973 thumb|upright|Smog à New York.

La qualité de l’air intérieur a été dégradée dès la préhistoire, avec la maîtrise du feu : .

La métallurgie de l'âge du bronze, puis de l'âge du fer, a marqué un tournant dans le rejet anthropique de matières dans l'environnement extérieur. Les carottages des glaciers du Groenland ont révélé un accroissement des rejets de matière associé à la métallurgie des Grecs, des Romains et des Chinois. Mais à cette époque, les quantités émises se jouaient sur une échelle différente de l’époque industrielle, et n'avaient pas de conséquences environnementales significatives.

En Angleterre, Édouard édicta en 1272 une proclamation interdisant l'usage de la houille bitumineuse à Londres, alors d'usage très courant, après que la fumée que produisait son usage massif soit devenu insupportable.

Le développement des métropoles européennes aggrava les problèmes de gestion des excréments humains et équins. Londres connut ainsi un cas de contamination de l'eau avec la Grande Puanteur de 1858, qui entraîna la construction d'égouts à grande échelle et une nouvelle politique appelée « révolution sanitaire », et le mouvement hygiénisteLee Jackson, Dirty Old London: The Victorian Fight Against Filth (2014). Berlin était dans une situation similaire en 1870, comme en témoigne August Bebel : « Les eaux usées sortent des maisons pour couler dans les caniveaux, dégageant une puanteur épouvantable. Il n'y a pas de toilettes publiques dans les rues ; les gens de passages, et particulièrement les femmes, sont souvent sans ressource quand la nature rappelle ses exigences. Dans les bâtiments publics, les installations sanitaires étaient incroyablement primitives. En tant que métropole, ce n'est qu'après 1870 que Berlin est passée de la barbarie à la civilisation »Cité par David Clay Large, Berlin (2000) .

C'est la révolution industrielle qui a initié la pollution à l’échelle à laquelle elle est pratiquée aujourd’hui. La combustion massive de charbon amena la pollution de l'air à des niveaux sans précédent, les industries déchargèrent leurs effluents chimiques et leurs déchets sans traitements particuliers, polluant les cours d'eau, les nappes phréatiques et les sources d'eau potable.

En Amérique, Chicago et Cincinnati furent les deux premières villes à passer des réglementations pour lutter contre la pollution de l'air. Vers le milieu du , le smog provoqué par les échappements automobiles était devenu un problème majeur dans des villes comme Los Angeles., ou Donora. Londres connut son pire épisode de pollution atmosphérique avec le Grand Smog de 1952, dont on estime qu'il a pu faire .

D'autres catastrophes environnementales dues à de la pollution chimique massive conduisirent à une sensibilisation croissante de l'opinion : scandale de Love Canal, intoxications massives au mercure de Minamata au Japon

C'est à la suite de tels événements que la préoccupation environnementaliste se développa, et que des lois et conventions internationales furent développées pour lutter contre la pollution.

Origines des pollutions

thumb|upright|Plage polluée de bouteilles en plastique sur les rives de la Mer Rouge en Égypte.

Les pollutions d'origine humaine, dites aussi anthropiques, ont de nombreuses formes en pouvant être locales, culturelles, ponctuelles, accidentelles, diffuses, chroniques, génétiques, volontaires, involontaires

Cette pollution est une diffusion directe ou indirecte dans l'environnement de polluants. Ce sont souvent des sous-produits involontaires d'une activité humaine, comme les émissions des pots d'échappement ou des installations de combustion. Les déchets de produits de consommation courante (emballages, batteries usagées) jetés sans précautions dans l'environnement biophysique et dans l'environnement humain, constituent également une source de pollution très fréquente. Il peut aussi s'agir de phénomènes physiques (comme la chaleur, la lumière, la radioactivité, l'électromagnétisme, etc.).

Le caractère impur ou malsain est généralement relatif car dépendant de la dose, de la durée d'exposition, d'éventuelles synergies, etc. Il est relatif : soit à leur nature de « poison » pour l'Homme ou l'environnement (exemple : mercure de la baie de Minamata ; smog londonien généré par la combinaison d'un phénomène climatique naturel et d'émissions causées par le chauffage urbain) ; par extension, le simple caractère désagréable, même sans danger, peut suffire à invoquer le qualificatif de pollution là où le mot « nuisance » est souvent préféré, soit à leur nature tératogène (provoquant des malformations chez les nouveau-nés), même non associée à un caractère toxique, soit à leur nature de perturbateur endocrinien, soit, en dépit de leur caractère non directement toxique pour l'homme et les êtres vivants, à leur capacité éventuelle à changer ou perturber le fonctionnement d'un écosystème ou de la biosphère, soit en détruisant la vie (exemple : insecticides) ou ses conditions (exemple : chlorofluorocarbures détruisant la couche d'ozone),