Claude Rives, né le à Angers et mort le à Vendôme, est un photographe-reporter français spécialisé dans la prise de vue sous-marine. Considéré comme l'un des pionniers français de l'image sous-marine Patrick Mouton« Claude Rives, grand reporter et rien d'autre ! », Plongeur International décembre-janvier 2007, 92-96, il participe à des expéditions scientifiques se déroulant dans toutes les mers du globe.

Spécialiste des plongées extrêmes, certaines de ses enquêtes, basées sur des observations à long terme, le mènent à traiter des sujets aussi variés que la mort du corail, les catastrophes pétrolières, les épaves de la Seconde Guerre mondiale ou la gestion de la nature dans les Parcs nationaux.

Biographie

Jeunesse Né le à Angers., c’est dans les méandres de la Loire que tout jeune enfant, Claude Rives découvre l’élément aquatique lors de paisibles randonnées en canoë avec ses parents… L’enfant, puis l’adolescent, habite à Rennes, où il s’ennuie ferme, surtout au secondaire où sa vocation de brillant élève est très vite avortée. C’est qu’il a d’autres sujets de préoccupation en tête : la lecture (Albert Londres, Blaise Cendrars…) et les voyages. Une envie de plus en plus forte d’aller voir ailleurs, les paysages, les gens, les coutumes. À ces attentes, s’ajoute une passion qui jamais ne le quittera : la photographie. Et comme le parcours de Claude Rives s’annonce totalement hors norme, pourquoi ne pas préparer une carrière de photographe sous-marin en réalisant ses premiers clichés… en montagne?

Alors qu’il a à peine quinze ans, il participe à une expédition sur le Cervin, deuxième sommet d’Europe. Dans une poche de son parka, un appareil, avec lequel il impressionne quelques bobines. Et, surprise, Hachette décide d’utiliser plusieurs de ses photos pour illustrer un ouvrage sur Gaston Rébuffat. Ce sont ses toutes premières images publiées. En parallèle, Claude Rives s’initie à la plongée en piscine. Quelques plongées estivales de plus en Bretagne suffisent : c’est la révélation d’un monde qui, immédiatement le fascine par la richesse de sa faune et de sa flore.

Son approche naturaliste, deviendra le credo de toute sa carrière. S'ensuit un long séjour au Centre International de Plongée (CIP) des Glénan, alors tenu par Roger Weigele Cf. l'historique du CIP Glenan sur le site officiel, lui permet de faire ses premières photos sous-marines. Matériel utilisé: un Calypso-Phot et un flash à ampoules magnésiques Cf. Les ampoules magnésiques par Daniel Chailloux (1997). Mais invariablement, c’est le retour au lycée à Rennes où il tourne en rond. Plus que tout autre, le terme “reportage” exerce sur lui une fascination extraordinaire. Comme un mot-clé donnant accès au monde, un moyen de voyager, de découvrir les sites les plus divers et d’en ramener des documents témoins de la vision qu’il peut avoir des choses et des gens rencontrés. Il y a là une indiscutable démarche humaniste, qui, elle aussi, contribuera à faire de lui un photographe sous-marin pas tout à fait comme les autres.

Débuts thumb|left|Nikonos À Paris, première tentative professionnelle: il montre ses photos prises aux Glénan chez Larousse qui, aussitôt, en achète quelques-unes. Mais le jeune Claude Rives est alors appelé sous les drapeaux. On le retrouve plongeur de bord à Toulon, embarqué sur des escorteurs rapides. Sous sa couchette, son Calypso-Phot et une bouteille de plongée, plus un Rollei-marin, ce boîtier conçu par Ludwig Sillner lui ouvre la porte du format 6x6. Chaque escale, à Dakar, au Cap-Vert, est l’occasion de plonger, de jouer du déclencheur et de satisfaire ce qui est devenu chez lui une véritable boulimie de savoir et de découvertes. De retour à Toulon, en caserne, il remarque l’occupant d’une couchette voisine : un solide gaillard, plongeur lui aussi et passionné de photographie sous-marine à en juger par son matériel et sa dextérité de surdoué de la bricole. «Il fabriquait des caissons avec tout et rien. Les uns prenaient généreusement l’eau, les autres marchaient très bien.» Les présentations sont rapidement faites: Claude Rives, Yves Gladu. Entre eux deux, le courant passe aussitôt, sur fond de passion commune.

Revenu à la vie civile, Claude Rives se précipite à Paris où un télégramme l’attend. Les éditions Larousse lui proposent de réaliser plusieurs reportages pour illustrer une série de fascicules formant une encyclopédie. Le travail comporte une part non négligeable de photos extérieures, ce dont il s’acquitte avec plaisir, révélant par là une facette de sa personnalité: le regard universel qu’il porte sur le monde à travers ses objectifs. Car pour lui, une photo extérieure, voire aérienne, est tout aussi intéressante à réaliser qu’une image sous la mer. «Je trouve dommage ce côté limitatif que l’on rencontre chez certains photographes sous-marins convaincus que l’univers digne d’intérêt ne commence que sous la surface. Or, celle-ci, loin d’être une coupure entre deux mondes, constitue une passerelle pour un nombre incalculable d’écosystèmes qui se prolongent sur et sous l’eau. Exemple : les zones de marées, ou celles battues par les vagues, où il est possible de trouver de magnifiques sujets à fixer sur la pellicule. » Dans le cadre de ces fascicules, Claude Rives satisfait une attente déjà longue: les voyages. Commence alors une série de longs séjours en Polynésie, la plupart du temps en accompagnant des missions scientifiques. Un contexte qu'il affectionne tout particulièrement.

C'est dans une passe des Tuamotu qu’il réalise alors le tout premier de ces clichés qui jalonnent le parcours d’un homme d’images. Il a l’occasion de photographier, avec le mythique “Quinze millimètres” Nikonos, une grande raie manta près de laquelle évolue en apnée le champion de chasse sous-marine tahitien Jean Tapu. Au moment où, avec ses quatre mètres d’envergure, la raie se cabre en un mouvement tout fait d’élégance, avant de venir l’effleurer en douceur, presque comme une caresse, il appuie sur le déclencheur : la photo fera le tour du monde. Désormais professionnel indépendant, à vingt-trois ans, Claude Rives ne va plus s’arrêter de promener ses palmes sous toutes les mers. Avec le professeur Bernard Salvat, du Muséum national d'histoire naturelle, il effectue un long séjour en Polynésie pour réaliser un gros ouvrage sur les coquillages du Pacifique Cf. . « À l’époque, je trouvais dommage que les seules photos de ce genre ne montrent que des coquilles vides. Aussi ai-je eu à cœur de photographier les coquillages vivants, dans leur contexte et, bien sûr, de nuit, quand ils se mettent en activité. Ça tombait bien : j’adore la plongée de nuit et les rencontres, grandes et petites, qu’on peut y faire.»

Les grands reportages thumb|Claude Rives adopté par une sterne durant un reportage dans le golfe Persique. Au début des années 1980, commence la période des grands reportages. Avec, notamment, l’arrivée d’un gros bras de la presse magazine: le très allemand magazine Géo, dont la version française rencontre un succès immédiat, notamment avec la publication de grands reportages de vingt pages ou plus, et permettant à leurs auteurs de disposer de solides moyens financiers et techniques. Pour Claude Rives une telle opportunité ne se rate pas. D’emblée, il se voit confier, en collaboration avec Christian Pétron, alors lui aussi en pleine ascension, un gros sujet sur le Parc national de Port-Cros et dont la parution sera un succès.

Un jour de prises de vues, il remarque un bateau rapide type “cigarette”, manœuvré par un athlète dont la carte de visite pourrait être ainsi rédigée: «Daniel Grimaldi, corailleur professionnel, spécialiste des plongées très profondes, au-delà de . » Le contact est vite pris et Claude lui propose de réaliser pour Géo (magazine) un grand reportage sur le corail rouge et son activité. Avec un bon rire, Daniel Grimaldi leur répond : «Si vous voulez mourir, pas de problème!» La boutade est anodine. Pourtant, elle se charge de signification quand on sait que, quelques années plus tard, Daniel Grimaldi succombera à un accident de plongée dans les Bouches de Bonifacio… Pendant une saison entière, Claude Rives va le suivre entre Marseille et Nice. Pour cela, il s’est attaché les compétences d’un ami, Pascal Rinaudo, dont il dit aujourd’hui : « C’est certainement le meilleur plongeur que j’ai jamais vu en action, tant au plan technique que de la fiabilité et de la sécurité »

Au début, les deux hommes rejoignent Grimaldi à une cinquantaine de mètres, là où le corailleur entame ses paliers. Puis, ils descendent au fur et à mesure : 70, 80 et . Claude Rives travaille avec un Nikonos III équipé du “Quinze”. Deux flashes, un gros, type Mark 150 de Subsea Product, et un plus petit, asservi, que manie Pascal Rinaudo. Ce sont enfin les plongées au-delà des . Un jour, Claude Rives a la surprise de voir l’aiguille du profondimètre à hélium de Pascal marquer ! Une photo témoin, la confirmation sur le sondeur-enregistreur de Daniel Grimaldi à bord du bateau : un exploit vient d’être réalisé dans le domaine du reportage sous-marin.

Autre grand reportage, pour Paris Match cette fois-ci : la couverture de la pollution aux hydrocarbures dans les eaux du Koweït, pendant la première guerre du Golfe. À cette occasion les troupes irakiennes en fuite avaient fait exploser toutes les têtes des puits pétroliers, provoquant la dispersion d’une immense nappe d’hydrocarbures, augmentée du contenu des soutes de dizaines de tankers coulés par les canons et les missiles de Saddam Hussein. « Le pétrole avait envahi les moindres recoins de la côte, les plus petites échancrures, avec des nappes étalées en grandes galettes compactes de plus d’un mètre d’épaisseur. Nous avons plongé sous ces nappes, pour voir l’impact provoqué sur le fond. Très vite, nous avons constaté que le pétrole en s’alourdissant avec l’eau de mer, tombait jusqu’à tout recouvrir, sable et coraux. Aucun organisme benthique, animal ou végétal, n’échappait à l’étouffement. »

D’une année sur l’autre, les reportages s’enchaînent. Puis c’est au tour du très respectable National Geographic de s’attacher le savoir-faire de Claude Rives. Avec des sujets “presse”, puis dans le cadre de la réalisation d’un ouvrage “La France Marine”, suivi par la publication d’un deuxième tome consacré aux eaux françaises d’outre-mer.

Les épaves En 2006, il revient d’une longue mission au Vanuatu: l'Expédition Santo 2006 Plus d'infos à propos de Santo 2006 sur le mini-site de l'Institut National pour la Recherche Pédagogique : http://acces.inrp.fr/santo. 160 chercheurs de plusieurs nationalités. Une expédition de grande envergure, au cours de laquelle il devait s’attacher aux thèmes de la biodiversité marine, des grottes, mais aussi de l’épave du SS President Coolidge, coulé dans ces eaux lors du second conflit mondial.

Les épaves, précisément. Elles aussi le fascinent, pour leur histoire propre, certes, mais aussi pour la vie qui habille leurs surfaces lentement absorbées par le temps. À seize ans, il photographie aux Glénan son premier bateau sous la mer, un classique en Bretagne: le Pietro Orseolo, un cargo long de et coulé par la RAF en Description de l'épave sur scubadata.com. Puis il enchaînera bon nombre de reportages sur des navires engloutis. La série qu’il réalise, dans des conditions souvent difficiles sur les épaves du Débarquement de Normandie se traduit par un témoignage probablement unique sur un aspect de l’opération Overlord. Surgissent là, par la magie d’un grand-angle et d’une lumière d’appoint magistralement utilisés, les silhouettes et les détails de chars, de péniches de débarquement, de navires éventrés par les mines : autant d’images poignantes d’un drame silencieux et encore trop ignoré. Autant de sites habités par des nuées de bars énormes, de morues et de homards de plusieurs kilos.