Les wuxing () ou Cinq PhasesL'expression Cinq Phases est actuellement la plus employée dans la communauté des spécialistes, notamment par Anne Cheng, Bo Mou, Nigel Wiseman ou Paul Unschuld. On trouve aussi les traductions Cinq Éléments, - Agents, - Mouvements. — feu, eau, bois, métal et terre — constituent un concept important de la cosmologie chinoise traditionnelle.

Ces notions apparues à la période des Royaumes combattants (-), ont servi à construire un vaste système de classification et de correspondances qui, une fois unifié avec le système Yinyang et la notion de Qi, a eu un impact considérable sur toute l'histoire de la pensée chinoiseDeng Yu, Zhu Shuanli, Xu Peng et al 邓宇,朱栓立,徐彭,New Translator with Characteristic of Wu xing Yin Yang 五行阴阳的特征与新英译,Chinese Journal of Integrative Medicine 中国中西医结合杂志,2000, 20 (12).Deng Yu 邓宇等,TCM Fractal Sets 中医分形集,Journal of Mathematical Medicine <<数理医药学杂志>> ,1999,12(3),264-265.Deng Yu 邓宇,等; Fresh Translator of Zang Xiang Fractal five System 藏象分形五系统的新英译,Chinese Journal of Integrative Medicine 中国中西医结合杂志; 1999.Deng Yu 邓宇等,Nature with Math Physics Yin Yang 数理阴阳与实质, Journal of Mathematical Medicine 数理医药学杂志, 1999 年。.Deng Yu et al 邓宇等, 阴阳的科学本质及数理化建构,Chinese Journal of basic medicine in traditional chinese medicine <<中国中医基础医学杂志>> 1998,2:59-61..

Le terme xíng (行, marche), souvent traduit par « élément », évoque plutôt un mode d’action qu’une matière ; il est d’ailleurs remplacé par le terme dé (德, vertu ou effet) chez Zou Yan. Néanmoins dans le Zuo Zhuan, le terme cai (材, matériau) apparaît. Les éléments semblent donc pouvoir recevoir des interprétations différentes.

Les cinq éléments sont mentionnés dans la langue dans l'ordre:

Histoire Le Classique des documents (), daté aux environs de la fin du , donne la première mention développée des wuxing.

。« Les cinq agents sont : eau, feu, bois, métal, terre. Il est dans la nature de l'eau d'humidifier et de couler vers le bas; dans celle du feu de brûler et de s'élever dans les airs; dans celle du bois d'être courbé et redressé; dans celle du métal d'être ductile et d'accepter la forme qu'on lui donne; dans celle de la terre de se prêter à la culture et à la moisson. L'eau qui humidifie et coule vers le bas devient salée ; le feu qui brûle et s'élève devient amer ; le bois courbé et redressé, devient acide ; le métal qui change de forme dans sa ductilité, devient âcre ; la terre, en étant cultivée, prend une saveur douce » (chap. Hongfan, trad. Anne Cheng.)

Comme ce texte l'indique, les wuxing sont dans un premier temps conçus comme des substances naturelles dont on retient une propriété dynamique qui peut servir à catégoriser métaphoriquement les objets et les phénomènes du monde naturel. L'écoulement est dans la nature de l'eau. Le feu est lié au processus de combustion, le bois à celui de construction, le métal à la métallurgie, la terre à l'agriculture. La notion de wuxing a parfois été traduite par Cinq Éléments, à l'image des quatre éléments constitutifs de l'univers (feu, eau, terre, air) qu'Empédocle avait distingué au , dans la Grèce Antique. Elle est conçue en réalité en Chine comme cinq processus servant à catégoriser les procès naturels.. Le terme de qui est employé en chinois pour dénommer ces entités, signifie « marcher, aller, agir » et confirme donc leur nature dynamique.

La dernière phrase citée du Shujing associe les wuxing avec cinq goûts : l'eau avec le salé, le feu avec l'amer, le bois avec l'acide, le métal avec l'âcre et la terre avec le doux. On voit mal comment ces associations pourraient être motivées. Pour le professeur Chen Chengyi mais ajoute-il, . Sur ce modèle, une multitude de phénomènes sera organisée en classes de cinq entités, établissant des chaînes de correspondances entre le macrocosme et le microcosme, entre la nature et l'homme. Nous avons ici la racine de la vision holistique de la science chinoise.

Dans le Guoyu, les wuxing sont mentionnés comme les constituants dont l’union forme les dix-mille choses et êtres de la création. Dans le Zuo Zhuan, ce sont les cinq activités. Le Xunzi en fait les cinq principes du confucéen. Dans les Annales de Lü, les Cinq phases servent déjà de catégories générales.

Le Guanzi, un ouvrage de l'Académie Jixia (), propose de nouvelles séries d'associations par groupe de cinq. La section 41, intitulée , indique. : Dans les temps anciens, Huangdi l'Empereur Jaune, afin d'accorder les cinq cloches, établit les cinq notes de musique en soufflant fort ou doucement. Il nomma ainsi les cinq cloches : la première fut appelée 'cloche verte' au 'grand son', la seconde 'cloche rouge' au 'son solennel', la troisième 'cloche jaune', 'dispersant la lumière', la quatrième 'cloche blanche' 'aveuglante dans sa brillance', la cinquième 'cloche noire' 'rassurante dans sa constance'. Les cinq notes étant accordées, il établit ensuite les cinq phases () afin de réguler les saisons du ciel et les cinq bureaux afin de réguler les positions de l'homme. L’homme et le ciel étant en harmonie () le meilleur du ciel et de la terre fut produit.

Dans le chaos de la multiplicité des choses, la construction de classes permet de mettre un peu d'ordre. Avoir toujours cinq classes permet de fonder de grandes lignes de correspondances entre les phénomènes naturels et humains. C'est ainsi que dans son désir d'harmoniser les activités agricoles et les saisons, le Guanzi se voit obligé de créer une cinquième saison au milieu de l'été associée à la terre.

Alors que les notions dynamiques occupent une place de premier plan chez les penseurs chinois (mouvements du couple Yin-Yang, principe efficient du Qi animant toute chose, mutation, génération et étiolement), le système de classification et de correspondance des wuxing dans ses premières versions, ne donnait qu'une vision purement statique et figée du monde. Le mérite principal dont est crédité Zou Yan (-305~-240) une figure éminente de l'Académie Jixia, est d'avoir dynamisé le système en introduisant la notion de conquête () d'une phase sur l'autre permet la transformation des phases entre ellesCette notion est déjà mentionnée dans le Zuozhuan, le Mozi et le Sunzi..

Le système des correspondances établit les corrélations qui lient l'ordre cosmique des choses et l'ordre social des hommes. La fonction souveraine peut ainsi s'identifier au principe même de l'univers. L'immense grille d'interconnexions entre les êtres et les choses n'est pas le fait d'une libre volonté divine mais fonctionne comme un mécanisme naturel. Toutefois, ces liaisons ne sont pas de nature causale mais obéissent à des règles de similaritéDans la Grèce Antique, les astrologues et les herboristes qui pratiquaient la botanique magique défendaient l'idée d'une interdépendance forte des éléments du cosmos. Ducourthial, dans Flore magique et astrologique de l'antiquité (Belin, 2003) utilise les lois de la magie dégagée par l'anthropologue Marcel Mauss (loi de contiguïté, de similarité et de contrariété) pour expliquer les pratiques magiques. Pour M. Mauss, la loi de similarité repose sur le concept de sympathie mimétique "le semblable évoque le semblable...; le semblable agit sur le semblable".. « Les espèces identiques s'attirent, les Souffles identiques se combinent, les sons comparables se répondent...si on met le feu à des fagots bien alignés, le feu prendra là où le bois est le plus sec. En montagne, les nuages ressemblent à des plantes et des arbustes; près de l'eau, ils ressemblent à des écailles de poissons » (Lüshi Chunqiu, 呂氏春秋,trad. Marc Kalinowski)

La succession des dynasties répond à la succession des Cinq Phases similaires, partageant la même vertu, la même activité, la même couleur, etc. Chaque fois qu'un empereur ou un roi est sur le point d'accéder au trône, le Ciel ne manque jamais de faire apparaître d'abord un signe de bon augure au peuple ici-bas. Lors de l'accession de l'Empereur Jaune, le Ciel fit apparaître des fourmis et vers de terre géants. L'Empereur Jaune dit : (). En conséquence, il privilégia la couleur jaune et concentra ses activités sur la terre. (Lüshi chunqiu, Printemps et Automne de sieur Lü, trad. Anne Cheng) Le texteLe Lüshi chunqiu, « Printemps et Automne du sieur Lü »,est une compilation rédigée dans l'entourage du fondateur de la dynastie des Qin 秦 (-220, -207) se poursuit sur le même modèle, en énumérant les dynasties successives ; dynastie Xia associée au bois, dynastie Shang associée au métal et dynastie Zhou associée au feu. Finalement ne reste plus que l'eau qui sera forcément associée à la future dynastie.

+ Correspondance entre l'ordre de conquête des vertus (flèches blanches) et de succession des dynasties suivant le Lü shi chunqiu Élément Dynastie 土 Terre 黄帝 Huangdi 木 Bois 夏 Xia 金 Métal 商 Shang 火 Feu 周 Zhou 水 Eau 秦 Qin

Lorsque la vertu d'une dynastie s'épuise, elle est supplantée par une autre, tout comme (A. Cheng). L'ordre de succession temporelle permet de définir un ordre de conquête inverse des Phases (相剋, xiangkè): bois → terre → eau → feu → métal.

Un siècle plus tard, le mécanisme de conquête des wuxing va permettre à Sima Qian, l'historien du "d'expliquer" et donc de justifier le mode de gouvernement dictatorial et répressif de Qin (qui a succédé aux Zhou). Le Premier Empereur avança la théorie du cycle des Cinq Puissances (), selon laquelle Zhou avait détenu la puissance du feu (). Du fait que Qin avait supplanté Zhou et que chaque puissance succède à celle qu'elle peut conquérir, voici que commençait à prendre effet la puissance de l'Eau. Il changea le calendrier..., choisit le noir comme couleur des vêtements, bannières et drapeaux, et désigna le six comme chiffre de base : Les sceaux et les bonnets officiels mesuraient tous six pouces...Avec force, dureté et extrême sévérité, toute chose était tranchée par les lois. C'est par le châtiment et la répression, par le refus de toute humanité et bienveillance, de tout esprit de conciliation et de justice, que devait être atteint la conformité avec la position numérique assignée dans la succession des Cinq Puissances. La conséquence en fut une application des lois stricte et sans rémission. Shiji, Mémoires Historiques, 6)

L'inhumanité foncière du premier empereur Qin tient donc seulement à « la conformité avec la position numérique assignée dans la succession des Cinq Puissances ». Il tire son inhumanité de sa vertu (), pourrait-on dire !

Les Han occidentaux qui vinrent après lui possédaient la vertu de la terre, tout comme autrefois la dynastie de l’empereur Shun, qui fut remplacée par les Xia (bois), suivis eux-mêmes des Shang (métal) puis les Zhou (feu). Après les Han occidentaux (terre) vint la dynastie Xin de l’usurpateur Wang Mang qui possédait la vertu du bois. À sa chute eut lieu une lutte de succession : Guangwu, premier empereur des Han orientaux, fut désigné par une inscription prophétique rouge, comme il se doit pour un souverain de feu dominant le bois.

Sous les Han, le système achève de se former. La notion de l’engendrement mutuel (), déjà évoquée dans le Guanzi, est systématisée à la fin du par Liu Xiang et Long Yin Les Cinq Phases se combinent avec le Yin et le Yang. Dans ce cycle d'engendrement (), chaque phase entretient un rapport privilégiée avec sa "mère" qui l'engendre. Le cycle est le suivant : bois → feu → terre → métal → eau

Un système d'interprétation systématique expliquant universellement tous les phénomènes apparait dans différents textes comme le commentaire Dazhuan du Shangshu, le Huangdi Neijing ou le Baihutong.

Une représentation du fonctionnement de l'univers accordant moins de place aux cinq phases et donnant un rôle privilégié à un Ciel doué d'intentions et de sens moral est proposée par des confucéens comme Dong Zhongshu.

Cycles thumb|200px|Représentation des cinq phases et de leurs relations.