LArmée populaire de la République ( en espagnol, ou EPR) est le nom qui fut adopté pour désigner les forces terrestres de la Seconde République espagnole, après la réorganisation d'. Celle-ci avait été rendue nécessaire par la rébellion d'une grande partie de l'armée de la république et de ses cadres lors du coup d'État des 17 et , qui formaient le camp « nationaliste » ( en espagnol).

Les autorités de la république s'appuyèrent sur les cadres subsistants de l'ancienne armée, auxquels ils adjoignirent les hommes des milices apparues dans les premiers mois de la guerre d'Espagne (républicains espagnols).

Origines (juillet-septembre 1936)

Effondrement de l'armée et organisation des milices

Le coup d'État de désorganisa les structures de l'armée espagnole, qui se retrouva divisée entre les unités restées loyales au gouvernement républicain et celles qui se liguèrent aux militaires soulevés. L'échec partiel du soulèvement, qui ne réussit pas à s'emparer complètement du pouvoir, l'effondrement de l'autorité et l'échec des négociations entre les deux camps mena à la guerre ouverte. Le gouvernement, dirigé par José Giral s'efforça alors de recréer une armée de volontaires, en s'appuyant sur les unités loyales de l'armée, avec un commandement professionnel. Mais à cause de l'éclatement de ces troupes et de l'urgence de la situation, il dut également avoir recours à la formation de milices populaires armées par les syndicats et les partis.

Des milices populaires s'armèrent dès le , les syndicats ayant rapidement compris l'ampleur du soulèvement militaire. La CNT et la FAI formèrent ensemble les milices confédérales () ; l'UGT et le POUM organisèrent leurs propres milices. On comptait, aux premiers jours de la guerre, plus de dans toute l'Espagne : la moitié d'entre eux faisaient partie de la CNT-FAI, de l'UGT, du PCE, du POUM (présent principalement en Catalogne). À ces milices ouvrières se joignirent environ gardes d'assaut, quelques centaines de gardes civils, ainsi que plusieurs milliers de soldats et de l'armée.

Le ministère de la Guerre, dirigé par le général Castelló, forma l'Inspection générale des milices, chargée d'organiser, coordonner et ravitailler en matériel et en vivres les milices qui continuaient à se créer spontanément depuis le coup d'État. Cette tâche fut donnée au colonel d'artillerie Juan Hernández Saravia et une équipe d'officiers professionnels, tels que Luis Barceló Jover, Antonio Cordón García et José Martín-Blazquez. Lorsque le général Castelló fut renvoyé, c'est Hernández Saravia qui devint le nouveau ministre de la Guerre.

Échecs républicains

La situation devint particulièrement critique pour les partisans de la république lorsque, en , les nationalistes arrivèrent à faire traverser le détroit de Gibraltar à l'armée d'Afrique, avec le soutien aérien du Troisième Reich allemand et de l'Italie fasciste. Les forces de l'armée d'Afrique, composées de troupes régulières putschistes (les ) et de la légion espagnole, ne tardèrent pas à mettre en déroute les groupes de soldats, miliciens et paysans qu'elles affrontaient.

À la fin de la campagne d'Estrémadure, qui se solda par les défaites républicaines de Mérida et de Badajoz, les troupes fascistes se trouvèrent à la fin du mois d' aux portes de Madrid. Le gouvernement républicain fut sauvé par la résistance des troupes légales et par la décision de Francisco Franco de détourner ses troupes vers Tolède, afin de libérer les assiégés de l'Alcázar.

Création de l'armée populaire ()

Enjeux d'une armée populaire

Le gouvernement républicain se rendit cependant compte que le spectre d'une défaite militaire totale était proche, car ses forces étaient bien inférieures, sinon en nombre, du moins en efficacité, aux troupes nationalistes. Aussi fut formé un gouvernement d'unité regroupant toutes les forces démocratiques représentées aux Cortes et les organisations syndicales (CNT et UGT) : cette unité politique devait être à la base de la fondation de la nouvelle armée. Francisco Largo Caballero, nouveau président du Gouvernement se fixa comme objectif principal la défense de la république et la victoire sur les militaires rebelles, surnommant son cabinet le « gouvernement de la Victoire » ().

Les milices avaient été organisées, jusque-là, sur la volonté des syndicats et des partis politiques, principalement ceux qui composaient le Front populaire, mais il n'y avait pas encore de coordination efficace entre elles. Un des premiers gestes fut le versement d'un salaire de dix pesetas par mois à tous les miliciens, mais le gouvernement n'en a pas gagné plus d'autorité sur eux.

Le président du Conseil, Largo Caballero, fut des premiers à comprendre qu'il était important pour gagner la guerre d'organiser une armée disciplinée et de soumettre les milices à une véritable discipline militaire. La formation de l'Armée populaire régulière ( ou EPR) fut donc l'une des premières tâches du nouveau gouvernement de la Victoire, mais ce ne fut pas sans peine. L'armée était considérée comme responsable du déclenchement du soulèvement ; de plus, l'un des thèmes favoris des insurgés était justement le retour de l'Espagne à un ordre militaire. Aussi une grande partie de la population espagnole et des miliciens restait méfiante vis-à-vis des militaires, même restés fidèles à la république.

Premières réformes ()

La restructuration commença par le ministère de la Guerre lui-même, qui disparut au profit d'un nouveau ministère de la Défense nationale. La charge du ministère en fut assumée par le président du Gouvernement lui-même. Le , le gouvernement décida par décret de permettre aux officiers des milices d'accéder aux cadres du commandement de l'armée. Caballero entendait briser ainsi les réticences des chefs des milices à la militarisation. L'un de ses objectifs était également de garantir une continuité dans les promotions et l'équivalence entre les différentes unités combattant pour la république.

Par les décrets du et du , le gouvernement ordonna la mobilisation de toutes les classes de 1932 à 1935. Les nouvelles recrues furent alors affectées exclusivement à grossir les rangs de l'armée, et non pas des milices. Cela devait permettre à l'armée de reprendre du poids face aux milices. De plus, elle n'était plus composée uniquement de volontaires, mais également d'appelés.

Le fut créé le commissariat à la Guerre. Les commissaires politiques avaient comme mission de soutenir le moral des troupes, mais aussi d'assurer la coopération entre les officiers de l'armée et les miliciens, qui avaient une grande méfiance les uns pour les autres. Mais la création de ces commissaires politiques supposait également la subordination du militaire au politique, ce qui par la suite ne manqua pas de créer des conflits dans le commandement.

La discipline militaire fut peu à peu réintroduite, par diverses mesures : le fut rendu obligatoire le salut militaire, pour les militaires comme pour les miliciens ; l'Inspection des milices fut ensuite subordonnée au commandement des Opérations du Centre de l'Espagne ; les milices furent chapeautées par des Commandements des milices () et une Junte des milices (). Le furent finalement supprimés les Commandements des milices et tous les régiments affiliés à des partis — dans les faits, on se contenta d'en limiter les effectifs.

Création des brigades mixtes et internationales ()

C'est le que fut publié dans la , organe des publications officielles de la république, l'ordre de création de la nouvelle Armée populaire régulière et la décision de militarisation des milices existantes.

Le furent créées les six premières brigades mixtes, qui devaient se substituer progressivement aux colonnes et aux milices autonomes. La première fut dirigée par le colonel communiste Enrique Líster, la seconde par Jesús Martínez de Aragón, la troisième par José María Galán, la quatrième par Eutiquiano Arellano, la cinquième par et la sixième par .

Les brigades internationales commencèrent également à être organisées à cette date, avec les combattants volontaires du monde entier. Ils étaient entraînés et avaient leur quartier général à Albacete. À la fin du mois du mois de , ce furent qui y étaient agrégés.

Jusqu'au , il ne fut pas décidé de mobiliser dans l'armée la population masculine âgée de .

Engagements (1936-1939)

thumb|200px|Drapeau de l'Armée populaire utilisé durant la bataille de l'Èbre.

L'efficacité des brigades mixtes ne fut que progressive. L'arrivée des chars et des avions soviétiques permit d'équiper en armement récent les forces croissantes de la république. Cependant, lors des combats de la Sierra de Madrid, ce sont les milices encore existantes qui arrêtèrent les troupes nationalistes, tandis que les unités des brigades mixtes n'offraient qu'une faible résistance. La première et la troisième brigades mixtes entrèrent au combat précipitamment lors de la bataille de Madrid, dans laquelle les partis et les syndicats mobilisèrent tous les hommes disponibles, afin de soutenir l'armée. On y vit ainsi des bataillons formés intégralement de coiffeurs ou de cheminots qui n'avaient encore jamais tenu un fusil.

À ce moment, l'armée républicaine, quoiqu'ayant un commandement apparemment unifié, n'était qu'un assemblage hétéroclite de brigades mixtes et de bataillons de combattants souvent sans expérience, mais aussi de miliciens luttant depuis les premiers jours de la guerre.

Organisation

Brigades mixtes thumb|200px|Reproduction du drapeau de la de l'Armée Populaire, conservé au musée de la Guerre civile de Tabar (Navarre) Photographie sur le site pueblos-espana.org.. Cette unité, créée en mai 1937, combattit sur les fronts de Belchite, d'Aragon, de l'Èbre et de Catalogne.

L'organisation de l'armée reposait principalement sur les brigades mixtes, composées de quatre bataillons organisés, dans un premier temps, selon des affinités syndicales ou politiques. Au cours de la guerre, les brigades mixtes furent intégrées en régiments, divisions, corps d'armée et armées.

Selon l'organisation d', chaque brigade mixte comptait environ (150 officiers et de troupe et sous-officiers). Ils étaient répartis comme suit : quatre bataillons d'infanterie, composés chacun de quatre compagnies de fusiliers, une de mitrailleuses et un peloton de mortiers ; un escadron motorisé ; quatre batteries d'artillerie légère () et une batterie d'artillerie lourde () ; une compagnie de sapeurs ; une colonne de munitions ; des unités de transmission, d'intendance et de santé.

À partir de la fin du mois de , l'organisation des brigades mixtes fut modifiée, chaque brigade étant composée de 134 officiers, 32 commissaires politiques et et hommes de troupe : quatre bataillons d'infanterie, composés chacun de quatre compagnies de fusiliers, une de mitrailleuses et un peloton de mortiers ; un peloton motorisé ; une batterie d'artillerie légère () ; une compagnie de sapeurs ; une colonne de munitions ; des unités de transmission, d'intendance et de santé.

La dernière réorganisation met en lumière les défauts dont souffrit durant toute la guerre l'armée républicaine : un manque d'unités motorisées et une faible artillerie. Cela nuit souvent à l'efficacité de l'armée, qui manqua souvent de rapidité de réaction.

Le furent créés les trois premières divisions et les deux premiers corps d'armée (il y en eut jusqu'à 77 et 24 respectivement, mais certains de ces regroupements furent assez éphémères).

Grandes unités de l'Armée populaire

brigade mixte : formée début 1937 bataille de la Jarama ; formation anarchiste dite des « Amis de Durruti » ; également appelée « Colonne Durruti ». ; regroupe les brigades mixtes du POUM. corps d'Armée Colonel Jurado, Bataille de Guadalajara division (Major Lister) formée des brigade internationale, Brigade mobile de choc (future brigade mixte) commandant Valentin Gonzalez dit « El Campesino », Brigade basque et brigade « Bis » mixte (future brigade mixte)