Luník IX (phonétique slovaque : ) est l'un des quartiers autonomes de la ville de Košice en Slovaquie situé un peu à l'écart de sa banlieue ouest. Conçu dans les années 1970 comme expérience forcée d'intégration de populations roms vivant à proximité du centre-ville, ce quartier de grands ensembles composé de trois rues est habité par environ dans les années 1980 et plus de en 2012. Depuis la fin des années 1990, le quartier fait face à des difficultés sociales croissantes, avec un taux de chômage dépassant les 90 %. Du fait qu'il soit habité exclusivement par des populations roms très souvent en grande précarité, il est désormais considéré comme un ghetto ethnique, parmi les plus grands de Slovaquie et d'Europe centrale.

Toponymie

Le nom « Luník IX » fut officiellement attribué le . Il provient du programme spatial Luna de l'Union soviétique, qui envoya en direction de la Lune des sondes non habitées entre 1959 et 1976. Dans le but de loger les employés de la sidérurgie installés depuis 1964 à Košice - Šaca, il fut entrepris de construire une cité de Panelák, immeubles d'appartements construits en panneaux de béton préfabriqués, à l'ouest du centre-ville. Cette cité, la deuxième par sa taille en Slovaquie, fut nommée Nové Mesto ou Terasa et correspond à l'actuel quartier Západ, qui se compose de huit parties appelées « Luník » suivi d'un chiffre romain de I à VIII. Après la construction de ces ensembles, la ville entreprit d'en construire un neuvième sous le nom de « Luník IX », même si, géographiquement et juridiquement, cet ensemble n'est pas associé au quartier Západ. Il se situe un peu à l'écart des ensembles précédents, et constitue de par la loi 401/1990 Zb. du Conseil national de la République slovaque du un quartier autonome de la ville de Košice sous le nom de « Luník IX » .

Symboles

À l'instar des autres communes slovaques, les quartiers autonomes de Bratislava et Košice possèdent leur blason et leur drapeau. Les symboles actuels ont été inscrits au registre héraldique de la république slovaque le . Le blason reprend des symboles représentant la population roms du quartier, comme la roue également présente sur le drapeau rom.

Géographie

Localisation

alt=|vignette|Localisation de Luník IX sur une carte administrative de Košice. Le territoire de (), situé au sud-ouest de la ville, est composé d'une zone bâtie au nord, à la frontière avec Myslava, et de champs compris entre le boulevard de ceinture circulaire (), la route à 4 voies de circulation I/50 vers Rožňava (E58, E571) et la zone bâtie de Pereš. La partie du territoire de Myslava jouxtant Luník IX est boisée, et cache une partie de la décharge de déchets ménagers à moins de du bâtiment le plus proche. Le quartier ne possède que trois rues : Hrebendova, Krčméryho et Podjavorinskej, en forme de « 8 », accessibles uniquement depuis le boulevard de ceinture. Les noms des rues ont été données en l'honneur des écrivains slovaques Matej Hrebenda, Štefan Krčméry et Ľudmila Podjavorinská.

Quartiers limitrophes

Luník IX est limitrophe de 5 quartiers autonomes de la ville de Košice : Myslava (un ancien village intégré à la ville), Západ (Košice Ouest), Juh (Košice Sud), Barca (un ancien village intégré à la ville) et Pereš (un quartier résidentiel de maisons unifamiliales).

Oro-hydrographie

Le quartier est bâti sur le versant sud-ouest de la vallée du ruisseau Myslavský potok, qui coule sur le territoire concerné du nord-ouest vers le sud-est en longeant le boulevard de ceinture. Ce ruisseau est un affluent de la rivière Hornád, lui-même affluent de la Slaná qui se jette dans la Tisa, le plus important affluent de la rive gauche du Danube.

L'altitude du quartier est de et son point culminant, occupé par un château d'eau, est à .

Climat Le climat de Luník IX est de type continental tempéré, avec quatre saisons bien distinctes. Les températures moyennes varient de en janvier à en juillet avec une moyenne annuelle qui se situe entre 8,4 et . Le total annuel des précipitations est compris entre 600 et . Le nombre moyen d'heures d'ensoleillement est de heures par an et le taux moyen d'humidité de 76,1 %. Les extrêmes de température enregistrés à Košice sont, pour la température la plus élevée, de le , et pour la plus basse, de la nuit du au . Localement, la situation du quartier sur le versant sud de la vallée du Myslavský potok en contrebas d'une forêt peut avoir un effet négatif sur les températures et l'ensoleillement.

Histoire

Des premiers campements à la sédentarisation des Roms de Košice

thumb|Lieu-dit Tábor sur une carte de Košice de 1912 (toponymie hongroise).

Les Roms seraient apparus à Košice au tournant des , à l'époque des grandes vagues de migrations roms en Europe centrale. L'importance de cette migration peut être déduite de leur participation aux luttes entre des nobles locaux et les Habsbourg, à proximité du château de Veľká Ida en 1557. Une liste de contribuables de Košice de 1686 les mentionnent pour la première fois au lieu-dit Tábor (littéralement « campement » en slovaque et en hongrois), à l'extérieur des murs de la ville. Cette localité, au sud-ouest de la villeLocalisation du lieu-dit Tábor , est indiquée sur une carte de 1857 comme colonie permanente que les autorités s'efforceront de liquider pendant des années. À l'époque de la Première République tchécoslovaque, il ne fut plus possible d'élargir Tábor, ce qui entraîna un accroissement de la densité et une surpopulation.

Selon un inventaire effectué par la police en 1924, sur , seule une communauté rom de vivait à Košice, dont une partie relativement bien intégrée dans le centre-ville et une autre vivant à l'écart. Ces deux communautés ne se fréquentaient que très peu, la communauté la plus aisée estimant avoir un rang social à tenir. de l'époque déclaraient la profession de musicien, les autres étaient souvent petits artisans ou vendeurs. Les différences sociales étaient marquées dans la qualité des productions musicales, mais aussi dans l'éducation des enfants qui ne fréquentaient pas les mêmes écoles. Les plus aisés étaient étroitement liés aux événements sociaux et culturels de Košice, alors que les conditions de vie à Tábor se dégradaient, en particulier durant la crise des années 1930 où les Roms des campagnes émigrent vers la ville. Des estimations dans les années 1930 font état de à Košice.

Luník IX, un projet d'intégration forcée

À partir de 1954, le nomadisme fut déclaré illégal sur tout le territoire de la Tchécoslovaquie, ce qui força les populations encore nomades à se sédentariser, l'objectif du gouvernement de l'époque étant de faire de ces populations des ouvriers travaillant pour la construction de la société socialiste. Dans cet esprit d'intégration forcée, il fut décidé le de transférer une partie de la population de l'est de la Slovaquie vers la Bohême, où la proportion de Roms par rapport à la population totale était inférieure.

En 1969, la Commission gouvernementale de la République socialiste slovaque pour la question des habitants d'origine tsigane () fut créée sous la direction du ministère des Affaires sociales. En 1973, elle commença ses premiers travaux à Košice ; la ville fut choisie car le district de Košice-ville de l'époque était celui présentant la plus grande concentration de Roms de Tchécoslovaquie. L'idée était de créer une nouvelle cité près de Myslava qui serait occupée par de jeunes familles. Le projet d'immeubles d'appartements, pour un montant de 107 millions de couronnes tchécoslovaques, fut approuvé en 1974 par la ville.

Le quartier de Luník IX fut à l'origine prévu comme expérience d'intégration forcée des populations roms dit de type ABC. Il était en effet destiné à accueillir en particulier des militaires , des policiers et des Roms . La presse de l'époque parlait déjà de Quotidien Večer du 9 octobre 1974 cité par . Toutes les huttes et habitations insalubres de la ville, en commençant par le lieu-dit Tábor, devaient être remplacées par des appartements au confort standard de l'époque.

À partir de 1978, la cité vit arriver ses premiers habitants, et en 1981 les travaux furent terminés et les appartements occupés. Les habitants des composantes A et B du programme, les familles de militaires et de policiers, furent dès le début en nombre inférieur aux plans initiaux, les militaires refusant d'y emménager, et furent remplacés par des familles d'ouvriers qui n'avaient pas la possibilité de choisir la localisation de leur logement. En 1983, la population se répartissait entre 40 % de Roms et 60 % de non-Roms.

Accélération de la ghettoïsation thumb|Rue Hrebendová, avant la destruction des bâtiments Les et , la ville de Košice prit la décision de modifier sa politique d'attribution de logements. D'un côté, les locataires qui n'étaient pas en règle vis-à-vis de leurs paiements ou qui dégradaient leur logement, et les occupants illégaux d'appartements appartenant à la ville étaient transférés à Luník IX ; de l'autre, les familles non problématiques, si elles en faisaient la demande, se voyaient proposer un appartement dans un autre quartier. Les premières familles non-roms quittèrent le quartier pour Ťahanovce en 1996. Selon le quotidien Vychodoslovenske noviny, la dernière famille déménagea le . Depuis, le quartier est un ghetto habité exclusivement par des familles roms défavorisées et serait devenu la plus grande concentration de Roms en Europe centrale. En 1995, est construit un double immeuble appartement bas-standard d'une seule pièce. Ce sera le dernier bâtiment construit dans le quartier avant 2016.

Entre 2008 et 2020, 9 des 16 immeubles créés à l'origine ont été détruits. La diminution du nombre de logements a créé une immigration, en à Bruxelles, 70 % des 200 Roms en errance provenant de Slovaquie provenaient de la ville de Košice, une plus forte pression sur les logements existant et la création de campement illégaux dont celui de Mašličkovo dont la première mention date du printemps 2011.

Après des années de réduction du nombre de logements, deux projets de construction sont en cours en 2021. Un projet de 4 immeubles pour un total de 48 appartements sociaux et promu par le quartier autonome et financé en partie par des fonds européens et le second est un projet de construction de maison unifamiliale promu par l'ONG ETP Slovensko. Dans ce dernier, les habitants eux-mêmes construisent leur maison sous la supervision d'un professionnel. Les matériaux sont financés par un système de microcrédit.

Administration

Autonomie

Administrativement, le quartier fait partie du district de Košice II, lui-même rattaché à la région de Košice en Slovaquie, et n'est composé que d'un seul territoire cadastralLe territoire cadastral est la plus petite entité administrative de Slovaquie. qui porte le nom de « Luník ».

La loi 401/1990 Zb. du Conseil national de la République slovaque, datant du , sur la ville de Košice crée et définit les 22 quartiers autonomes (), dont Luník IX. Avant cette date, le quartier comme les autres quartiers était directement dirigé par la ville. L'autonomie de ces derniers a été élargie par la loi 222/2006 Zb. de 2006 . Le quartier, en tant que personne morale, a son propre budget. En 2010, celui-ci était de , dont , soit 88 %, étaient affectés au traitement du personnel, , soit 8 %, au remboursement des arriérés d'une facture d'eau datant des années 1990, et 4 % aux services à la population. En outre, le quartier est confronté à un manque récurrent de liquidités.

Politique

Le conseil du quartier autonome est composé de 11 membres élus pour 4 ans au suffrage proportionnel. À sa tête, le starosta est élu au suffrage universel direct en un tour. Il est l'organe exécutif et représentatif du quartier.