vignette|Célébration de la Journée internationale des droits des femmes au Bangladesh, à l'initiative d'un syndicat de travailleuses (2005). vignette|Journée internationale des droits des femmes au Nicaragua (1988). vignette|Graffiti féministe anonyme « Démocratie dans le pays et à la maison » à Bucarest (2013).
Le féminisme est un ensemble de mouvements et d'idées politiques, sociales et culturelles. La définition globale de ce terme lui donne pour objectif de promouvoir l'égalité entre les femmes et les hommes en militant pour les droits des femmesfeminism, noun. In: Merriam-Webster’s Collegiate Dictionary., et ce, sur le principe fondamental que les hommes et les femmes sont égaux et doivent être considérés comme tels dans la société.
Le terme « féminisme » est utilisé en 1872 par Alexandre Dumas fils avec un sens péjoratif dans un pamphlet anti-féministe, notamment pour se moquer des hommes favorables à l'égalité des sexes. Il est par la suite employé et popularisé à partir de 1882 par Hubertine Auclert, militante féministe et suffragiste française, qui lui donne son sens actuel. Cependant, les idées de libération et d'émancipation des femmes prennent leurs racines dans le siècle des Lumières et se réclament de mouvements plus anciens ou de combats menés dans d'autres contextes historiques.
Le mouvement féministe a produit, selon les époques, différents courants de pensée avec des revendications principales spécifiques, parfois opposés, et les diverses idées listées ci-après qui émergent à travers le temps et l'espace peuvent susciter des oppositions et ne reflètent pas de consensus au sein même du ou des mouvements féministes. Par exemple, le féminisme essentialiste ou différentialiste a pu reprocher au féminisme constructiviste, universaliste ou antiessentialiste de ne pas défendre l'identité féminine, tandis qu'il lui a été reproché de corroborer les visions stéréotypées des sexes et de ne pas être un vrai féminisme. Ce clivage important s'imbrique avec d'autres, par exemple entre féminismes libéral, radical, socialiste, puis matérialiste, trans, queer, lesbien, antivalidiste... Il nuance l'idée selon laquelle les personnes féministes souhaitent l'égalité en droits de façon totale et sans équivoque, quelques-unes accordant une valeur polémique à l'importance des sexes et de leur différence biologique.
L’objectif principal de la première vague féministe qui débute au milieu du est que les hommes et les femmes deviennent égaux devant la loi.
La deuxième vague féministe, qui intervient à la fin des années 1960 avec la naissance du Mouvement de libération des femmes (MLF) et du Women's Lib, a ainsi élaboré plusieurs concepts qui entendent rendre compte de la spécificité du rapport de domination exercé par les hommes sur les femmes. C'est à cette période qu'est reformulé le concept de patriarcat, élaboré celui de sexisme et que l'accent est mis sur la sphère privée comme lieu privilégié de la domination masculine : « le privé est politique », « The Personal Is Political », in Notes from the Second Year: Women’s Liberation in 1970, repris par Kate Millett dans La Politique du mâle, 1970. Une formulation traduite littéralement de l'anglais, « le personnel est politique », ne souligne pas la division entre le privé et le public.. Les revendications touchant au contrôle de leur corps par les femmes (avortement, contraception) sont placées au premier plan, mais, plus largement, c'est à la construction de nouveaux rapports sociaux de sexe qu'appellent les féministes de cette deuxième vague. Dans cette perspective, la notion de « genre » entend « dénaturaliser » les rapports entre les sexes en mettant en exergue la hiérarchisation sociale.
Sous le nom de troisième vague féministe, l'on désigne, à partir des années 1990, un large ensemble de revendications exprimées par des personnalités féministes issues de groupes minoritaires, dans le sillage du Black feminism. Cette troisième vague, née aux États-Unis, se démarque des deux autres vagues précédentes en se voulant moins blanche, moins bourgeoise, moins occidentale et plus inclusive dans la poursuite de la défense des droits des femmes. Cette vague du féminisme, dite intersectionnelle, n'est pas représentative de tous les féminismes contemporains. Les discriminations ajoutées au sexisme dans le cas des femmes marginalisées pour d'autres raisons, y compris dans le féminisme classique, sont considérées par le féminisme intersectionnel comme imbriquées avec celui-ci et constituant des situations particulières de domination dont il est indispensable de tenir compte.
Par suite, l'intersectionnalité fait se recouper le féminisme de façon plus forte qu'auparavant avec des luttes pour les droits des personnes qui appartiennent aux minorités, telles des personnes LGBT+ qui ne sont pas forcément des femmes, ou encore les personnes racisées, pauvres, exerçant le travail du sexe, au foyer, ou en situation de handicap, ainsi qu'avec des causes différentes telles que l'environnementalisme.
Histoire
Le terme « féminisme » a longtemps été attribué à tort à Charles Fourier. Il est d’abord utilisé dans les années 1870 par le corps médical pour qualifier une affection touchant les hommes au corps peu viril, féminiséChristine Fauré, « La naissance d'un anachronisme : "le féminisme pendant la Révolution française" », Annales historiques de la Révolution française, 2006, 344, 193. En 1872 Alexandre Dumas fils, l'utilise de manière ironique pour qualifier les partisans du droit des femmes en écrivant dans L'Homme-femme : . Le terme est repris en 1882 et popularisé par la militante féministe Hubertine Auclert, première « féministe » auto-proclamée, qui lui donne son sens moderne de lutte en faveur des droits des femmes. Il se diffuse en Europe dans la dernière décennie du .
C'est au cours de la Révolution française, avec l’affirmation des droits naturels, que naît le mouvement de revendication sociale et politique qu'il désigne. Dans la première moitié du , le mouvement féministe apparaît en pointillé, sans parvenir à fédérer d’organisations durables. Il épouse les grandes secousses politiques du siècle, à l’occasion desquelles resurgissent ses revendications. L’objectif large de cette « première vague du féminisme » est de réformer les institutions, de sorte que les hommes et les femmes deviennent égaux devant la loi : droit à l'éducation, droit au travail, droit à la maîtrise de leurs biens et droit de vote des femmes constituent les revendications principales de cette période.
Avec l’émergence des démocraties occidentales, le mouvement féministe s’incarne progressivement dans des groupes organisés, sans jamais présenter un visage monolithique, au point que les études contemporaines mettent l’accent sur la diversité des féminismesVoir par exemple sur ce point, Eliane Gubin, Catherine Jacques, Florence Rocherfort, Brigitte Studer, Françoise Thébaud, Michelle Zancarini-Fournel (dir.), Le Siècle des féminismes, Éditions de l’Atelier, 2004..
vignette|Collage féministe à Périgueux, France (2022).
Les configurations nationales imposent souvent leurs cadres et leurs calendriers ; les objectifs et les méthodes varient selon les groupes constitués et les débats sont constants pour définir les orientations stratégiques et les étapes intermédiaires à atteindre en priorité. Les féministes se trouvent en particulier confrontés à un dilemme : doivent-elles pour mener leur combat mettre en avant les qualités spécifiques qui sont attribuées aux femmes (voir Féminité) ou au contraire affirmer l’universalité des propriétés humaines (voir Être humain) ? La première position au risque de figer la nature des femmes ; la seconde au risque de choquer l’évidence de la différence des sexes sur laquelle s’appuient les représentations et la structure sociale.
Féminisme dans l'Antiquité Certains auteurs. affirment que le féminisme existe depuis tout tempsVoir sur persee.fr, . : ils parlent de protoféminisme, même si d'autres pensent qu'il s'agit bien d'un même féminisme qui apparaît puis disparaît de manière cycliqueOtto Weininger, Sexe et caractère (titre original : Geschlecht und Charakter: eine prinzipielle Untersuchung), pages 104 et 105, édition KontreKulture.. On trouve chez Robert Flacelière l'idée que dans la Grèce antique, certains Athéniens contestaient l'enfermement des Athéniennes au foyer, situation courante de cette époque considérée comme injuste, et s'appropriaient ainsi la revendication d'une idéologie féministe. De même, l'égalité foncière entre les deux sexes fut retenue et développée par Antisthène, fondateur de l'école cynique, et par Eschine de Sphettos, deux disciples de Socrate. Antisthène disait que . Plus tard, le cynique Cratès de Thèbes épousa la sœur du philosophe Métroclès, de la même école que lui : la riche et noble Hipparchie. Elle se fit pauvre et devint philosophe comme son époux, tous deux allant mendier leurs repas de maison en maison. Ce modèle des ménages de philosophes fit passer dans la réalité le principe théorique de l'égalité des sexes, posé par Socrate et admis par Antisthène dans sa philosophie.
Féminisme dans le christianisme Lors du quatrième concile du Latran organisé en 1215 à l'initiative du pape , le mariage est déclaré comme étant l'objet de deux volontés plutôt que de deux corps, ce qui a notamment pour objectif d'empêcher les mariages clandestins et de s'assurer que le mariage est consenti par les deux mariés..
Lors de la révolution anglaise de 1688-1689, les femmes de l’Église anglicane proclamèrent que si Dieu aime les femmes en tant que telles, le Parlement devait agir de même..
En 1906, le pape déclare à Camille Theimer : Max Rivière, « Le Pape et le féminisme. Camille Theimer interviewe le pape sur les grandes questions du féminisme et le rôle des femmes dans la vie publique. » [Max Rivière y rend compte d'une interview de Camille Theimer par Berthe Delaunay], Femina, juin 1906, .« Le a reçu de Rome le compte-rendu d'une audience privée que le pape a accordée à une des notabilités du mouvement féministe autrichien C. Thiemer » dans : « Une interview du pape Pie X », Le Temps, mai 1906, .Camilla Theimer, Antisemitismus u. Nationaljudentum, Wien, 1907, ..
Féminisme au Moyen Âge vignette|Christine de Pizan présente son livre à Marguerite de Bourgogne, illustration de 1475.
L'écrivaine Christine de Pizan est la première personne en France à pouvoir vivre de ce métier.. Son œuvre, notamment la Cité des Dames, est écrite pour mettre en avant la grandeur et la valeur des femmes et de leur matrimoine (Christine de Pizan emploie le mot dans son livre..) à travers la description de femmes notoires considérées comme des modèles de courage et de vertu. Christine de Pizan a sévèrement critiqué l'ouvrage de Jean de Meung faisant suite au Roman de la Rose, pour la virulence des propos qu'il y tient contre les femmes. et lui répond avec un livre L’Épître au Dieu Amour (1399), puis elle approfondit sa réponse avec la Cité des Dames.
« Si la coustume estoit de mettre les petites filles a l'escole, et que communément on les fist apprendre les sciences comme on fait aux filz, qu'elles apprendroient aussi parfaitement et entenderoient les subtilités de toutes les arz et sciences comme ils font », Christine de Pizan dans La Cité des dames..
La thèse du féminisme avant la lettre de Christine de Pizan est soutenue par les médiévistes Thérèse Moreau et Régine Pernoud, qui voit en elle une féministe, pour sa thèse de l'égalité intellectuelle des hommes et des femmes, qui dénonce la naturalisation de l'inégalité et se fonde sur la valeur de l'éducation. Éliane Viennot souligne le rôle important de Christine de Pizan dans la défense des droits des femmes à son époque..
vignette|De l’égalité des deux sexes, François Poullain de La Barre, 1679.
Féminisme dans la Renaissance et le
Révolution française et droit des femmes
gauche|vignette|220px|Olympe de Gouges, féministe du .