thumb|Claude Monet, Impression, soleil levant, 1872, Paris, musée Marmottan Monet.|alt=Peinture marine représentant des embarcations sur l'eau avec un soleil levant sur l'horizon.
L'impressionnisme est un mouvement pictural apparu en France dans les années 1860 en opposition à l'art académique et visant à représenter le caractère éphémère de la lumière et ses effets sur les couleurs et les formes. Le groupe des impressionnistes se forme autour d'Édouard Manet, chef de file de l'avant-garde artistique dans les années 1860, qui ne participe cependant à aucune exposition impressionniste. Après plusieurs scandales et refus au Salon, la grande exposition annuelle d'artistes agréés par l'Académie des beaux-arts, de jeunes artistes décident de s'associer pour organiser des expositions indépendantes. Cette idée se concrétise en 1874, dans une exposition qui réunit trente artistes dont Paul Cézanne, Edgar Degas, Claude Monet, Berthe Morisot, Camille Pissarro, Auguste Renoir et Alfred Sisley. Le journaliste satirique Louis Leroy invente alors le terme « impressionnisme » à partir du tableau Impression, soleil levant de Monet, devenu depuis le nom du mouvement. Les artistes subissent d'abord des critiques violentes de la part de la presse et du public, mais ils sont soutenus par des collectionneurs qui permettent la tenue de leurs premières expositions, notamment Gustave Caillebotte.
L'impressionnisme commence à être accepté en 1880, grâce au soutien du nouveau gouvernement de Léon Gambetta et de critiques comme Émile Zola. Les œuvres font petit à petit leur entrée dans les musées, au Salon des artistes français, qui succède au Salon de l'Académie des beaux-arts, et sur le marché de l'art. Le marchand Paul Durand-Ruel joue un rôle crucial dans le soutien et la diffusion de l'impressionnisme, qui s'exporte aux États-Unis à partir de 1886, grâce à la peintre Mary Cassatt. Le mouvement y obtient un grand succès, qui participe à la consécration de Monet et au développement d'écoles impressionnistes hors de France au cours des années 1890. Cette décennie voit la mort de Morisot, Caillebotte et Sisley et la dispersion du groupe, tandis que se développent de nouvelles avant-gardes auxquelles adhèrent certains impressionnistes, comme Cézanne et Pissarro.
Les artistes impressionnistes créent une nouvelle esthétique opposée à l'art académique. Leur style apparaît pour la première fois dans les toiles peintes par Monet et Renoir à l'île de la Grenouillère, en 1869. Ils font primer la couleur sur le dessin, utilisent des compositions inhabituelles et une touche rapide, et composent généralement en plein air sur le motif. Tournés vers des sujets modernes, ils représentent principalement des paysages, des scènes de la vie intime et les loisirs de leur époque.
Historique
Contexte L'École des Beaux-Arts de Paris s'emploie à perpétuer les principes esthétiques en vigueur, basés sur la peinture classique avec des sujets religieux, mythologiques ou historiques où la maîtrise du dessin prime. Les représentations de la vie quotidienne, le portrait, le paysage et la nature morte sont considérées comme mineures. La couleur est moins importante que le trait. L'apprentissage s'effectue en atelier en copiant les maîtres anciens.
À partir de 1863, de petits ateliers où on enseigne la peinture permettent d'échapper au carcan de l'enseignement académique. Le Salon des refusés de la même année cristallise la rupture avec le passé et reflète l'augmentation du nombre d'artistes et la diversité des styles. La table est mise pour moderniser la peinture.
1859-1874 : prémices Pré-impressionnisme vignette|William Turner, L'Incendie du Parlement, 1835, Cleveland, Museum of Art.|alt=Peinture montrant un grand panache de feu et de fumée s'élevant sur un décor urbain au bord d'un fleuve. Pour l'historienne de l'art Sophie Monneret, le terme pré-impressionnisme .. Une première rupture significative dans la peinture de paysage remonte à John Constable et William Turner, qui renoncent aux paysages romantiques et adoptent la simplicité pour Constable et l'instantanéité pour Turner., auxquelles se rattachent les impressionnistes. La disparition du dessin au profit de la couleur qui caractérise certaines toiles de Turner se retrouve notamment chez Monet. Dans la seconde moitié du , les artistes modernes européens recherchent généralement à représenter la lumière et à composer en plein air., comme le montre le groupe italien des Macchiaioli, contemporains des impressionnistes avec lesquels ils sont parfois en contact via Degas..
En France, les paysages de Camille Corot rompent eux aussi avec la tradition, et il est refusé au Salon de 1843.. Il est directement lié aux impressionnistes, donnant des leçons aux sœurs Berthe et Edma Morisot et à Pissarro dans les années 1860., et son influence se fait sentir sur tout le groupe.. Le style novateur de Delacroix peut être rattaché au pré-impressionnisme, dans sa manière de créer les atmosphères de ses tableaux et dans sa touche divisée. Les impressionnistes se référent aussi à un certain nombre de paysagistes de la génération précédente, parmi lesquels Théodore Rousseau et Jean-François Millet, peintres de l'École de Barbizon aux couleurs vives et à la touche rapide., dont l'influence est visible dans les premières toiles que les futurs impressionnistes exposent au Salon.
Trois peintres, par leurs liens directs avec ces jeunes artistes, mènent le pré-impressionnisme au terme de son évolution : Eugène Boudin, Johan Jongkind et François Daubigny.. Les deux premiers ont notamment enseigné à Monet, le dernier en est un ami proche et un futur défenseur de l'impressionnisme.
Futurs impressionnistes et le Salon vignette|Édouard Manet, Le Déjeuner sur l'herbe, 1863, Paris, musée d'Orsay.|alt=Peinture montrant une scène champêtre avec deux hommes et deux femmes installés sur l'herbe dans un sous-bois. vignette| Gustave Courbet, La Mer près de Trouville, 1865, Cologne, musée Wallraf Richartz. Dans la décennie 1860-1870, les différents artistes qui composeront le groupe impressionniste souhaitent avant tout exposer au Salon, exposition annuelle des peintres agréés par l'Académie des beaux-arts, la plus grosse manifestation artistique de l'époque et le seul moyen de se faire connaître. L'année 1859 peut être retenue comme une date clé, avec l'arrivée à Paris de Monet et le retour de Degas., les premiers envois au Salon de Pissarro, qui y est accepté, et de Manet, Fantin-Latour et Whistler, refusés... Courbet, l'influent maître des réalistes et amateur de plein air, n'y expose pas. Il est pourtant abondamment cité par la critique qui voit en lui ou bien le responsable de la médiocrité contemporaine, ou bien un artiste novateur, notamment sous la plume des critiques qui soutiendront plus tard les impressionnistes, comme Émile Zola et Zacharie Astruc.. D'une manière générale, la critique considère que le Salon de 1859 acte le déclin de la peinture d'histoire, remplacée par le paysage et la scène de genre ; et si le savoir-faire des peintres est reconnu, ils manquent de l'ambition nécessaire à l'apparition d'un style nouveau..
Pour le critique Jules-Antoine Castagnary, futur défenseur des impressionnistes, c'est du côté du paysage qu'il faut voir les signes d'une « révolution nouvelle » qui succédera au romantisme.. Camille Corot, François Daubigny et Théodore Rousseau sont parmi les paysagistes à succès. Degas et Monet, qui visitent tous deux le Salon de 1859, font part de leurs impressions à leurs mentors .. Degas fait part de son admiration nouvelle pour Delacroix., qui n'est pas partagée par Monet, plus intéressé par Constant Troyon et surtout Daubigny..
En 1859, ceux qui deviendront les impressionnistes ne se connaissent pas, excepté Fantin-Latour et Whistler. Le groupe se forme à partir de 1860 : Degas, Manet, Fantin-Latour et les sœurs Morisot se rencontrent au Louvre. ; Pissarro, Guillaumin et Cézanne font connaissance à l'académie Suisse en 1861. ; à partir de 1862, Monet, Bazille, Renoir et Sisley étudient ensemble dans l'atelier de Gleyre., ancien maître de Whistler..
En 1863, année de la mort de Delacroix, Manet fait sa première exposition personnelle à la galerie Martinet à Paris, tandis que son Bain (intitulé Le Déjeuner sur l'herbe depuis 1867) fait scandale au Salon des refusés. : référence implicite à la prostitution, nu réaliste en opposition aux nus mythologiques, peinture considérée comme par les critiques et le public.. Au cours des années 1860, ses scandales répétés au Salon font de lui le chef de file du modernisme., et il s'impose dans ce rôle au sein du groupe des Batignolles.
Groupe des Batignolles vignette|Henri Fantin-Latour, L'Atelier des Batignolles, 1870, Paris, musée d'Orsay. Manet, peignant au centre, est entouré entre autres de Bazille, Renoir et Monet..|alt=Peinture montrant un groupe d'hommes dans un studio de peinture, devant un chevalet où peint l'un d'eux.
À partir de 1866, plusieurs artistes et personnalités liées au monde de l'art se retrouvent régulièrement au café Guerbois, Grande-Rue-des-Batignolles dans le quartier des Batignolles.. Le café est proche de l'atelier de Manet, et il est la personnalité la plus forte de ces réunions., où échangent les futurs impressionnistes, des critiques et des écrivains (Zola, Zacharie Astruc, Louis Edmond Duranty, Armand Silvestre), des peintres (Constantin Guys, Adolphe Monticelli, Alfred Stevens, Carolus-Duran), et d'autres personnalités (notamment Nadar, chez qui aura lieu la première exposition impressionniste, ou le collectionneur Ernest Hoschedé). Les jeunes artistes s'enrichissent mutuellement de leurs origines diverses et de leurs modèles respectifs, prônant leurs influences internationales en opposition à la peinture des Beaux-Arts.. Ce cosmopolitisme est pointé du doigt par une partie de la critique dès les années 1860..
vignette|Auguste Renoir, La Grenouillère, 1869, Stockholm, Nationalmuseum.|alt=Peinture montrant une scène ensoleillée de bord de rivière avec des barques et un groupe de personnes. vignette|Claude Monet, La Grenouillère, 1869, New York, Metropolitan Museum of Art. En 1867, face à la sévérité du jury du Salon, une pétition est signée par Cézanne, Renoir, Bazille et Pissarro pour demander un nouveau Salon des refusés, sans succès.. Mais le Salon est peu visité, puisque se tient au même moment l'Exposition universelle, où Manet est refusé ; en réponse, il installe un pavillon et tient sa propre exposition près du pont de l'Alma, tout comme Courbet au même moment.. Le groupe des Batignolles fait alors le projet de louer une salle pour organiser ses propres expositions, avec le soutien de Courbet, Camille Corot, Narcisse Diaz et François Daubigny, une idée qui aboutit en 1874 à la première exposition impressionniste. En 1868, le jury se montre plus clément, et les jeunes artistes sont reçus au Salon.
Pour décrire les œuvres de ces peintres modernistes, est très utilisé dans la critique, pour eux comme pour d'autres artistes qui ne feront pas partie du groupe impressionniste. À la fin des années 1860, les œuvres du groupe des Batignolles s'éclaircissent et leur touche s'allège, en imitant l'aquarelle de plus en plus à la mode.. En 1869, Renoir et Monet peignent plusieurs toiles à La Grenouillère sur l'île de Croissy, site très convoité par la bourgeoisie, sur les bords de Seine, qui préfigurent nettement l'impressionnisme des années 1870.. Ces toiles sont considérées comme les premières réalisées dans le style impressionniste, où les objets sont définis par la lumière et les reflets qu'elle crée.. L'esthétique propre à ce que l'on nomme alors l'« école des Batignolles » transparaît au Salon de 1870, où sont exposées notamment La Leçon de musique de Manet, L'Odalisque de Renoir, La Lecture de Morisot, Madame Camus en rouge de Degas, et des Vues du canal Saint-Martin en hiver de Sisley..
Conséquences de la guerre de 1870