La Reconstitution () est un film roumain réalisé par Lucian Pintilie et sorti en 1968. Son scénario a été écrit par , sur la base d’une nouvelle homonyme de celui-ci, en collaboration avec le réalisateur.
Le film suit deux jeunes garçons qui reconstituent, à la demande des autorités (police, parquet), une banale bagarre, pour le tournage d’un petit film éducatif censé combattre l’ivrognerie et la violence parmi les jeunes. Toute sorte de petits incidents surviennent pendant le tournage et, finalement, la reconstitution d’une rixe qui n’avait pas été bien grave, aboutit à la mort d’un des deux jeunes gens.
À cause de son caractère de critique sociale dure, le film a été interdit quelques mois seulement après sa première. Il n’a été rediffusé en Roumanie qu’en 1990..
Synopsis
L’action du film se déroule en un seul lieu, près d’une petite ville, dans un cadre naturel, au bord d’une rivière qui coule entre deux montagnes, où est aménagé un endroit ouvert au public pour la baignade. Il comporte également une buvette avec terrasseSection d’après le contenu d’image et textuel du film.. Dans la rivière il y a une seule baigneuse, jeune et gaie, et sur la terrasse se tiennent le buvetier et un sous-officier de police. À proximité est assise une vieille paysanne, un petit troupeau d’oies autour d’elle. Le haut-parleur de la buvette diffuse une chanson du groupe PhoenixGroupe fondé en 1962, ancêtre de Transsylvania Phoenix des années 2000..
Une voiture tout-terrain relativement grande arrive, amenant, comme il ressort de la suite du film, un procureur, un apparatchik (le secrétaire du comité local du Parti communiste roumain), un policier, un cadreur, deux jeunes hommes et un professeur, directeur des cours du soir du lycéeEn Roumanie, sous le régime communiste, les lycées avaient des cours dans la matinée destinés aux élèves mineurs, et des cours du soir, pour les gens qui avaient un emploi, souvent des ouvriers. de la localité. Pendant que le cinéaste prépare son matériel, le procureur dit à l’apparatchik pourquoi ils sont venus : les deux jeunes, bien qu’amis, se sont enivrés, sur la terrasse de la buvette, en fêtant leur réussite au baccalauréat à la fin de leurs études aux cours du soir. Puis ils se sont bagarrés, ont frappé le buvetier à la tête et ont détruit un kiosque. Pour cela, ils sont passibles d’une condamnation à trois ans de prison pour hooliganisme, destruction de biens publics et tentative de meurtre. Selon le procureur, il s’agit d’une bagatelle, mais il faut faire un film sur les effets néfastes de l’alcool, et ensuite il laissera les garçons libres. Il confie qu’il a divorcé de sa femme et demande à l’apparatchik de lui prêter de l’argent. Parlant du professeur qui est assis seul un peu plus loin et a l’air malheureux, il dit qu’il est ainsi parce que sa fille de 19 ans s’est suicidée, et sa femme la trompe avec lui-même, le procureur.
Dans la vallée il y a une voie ferrée sur laquelle des trains passent de temps en temps, et on entend parfois les clameurs d’une foule lors à un match de football qui a lieu dans un stade invisible.
Pendant que le procureur est assis sur la rive opposée avec l’apparatchik qui pêche à la ligne, le sous-officier explique aux jeunes qu’ils doivent jouer fidèlement leurs méfaits, et alors le procureur sera sûrement indulgent avec eux. Il leur demande qu’en guise de répétitions ils chantent comme ils l’ont fait quand ils étaient ivres. Les garçons ne prennent pas ses ordres au sérieux. Alors le policier fait faire des exercices militaires à l’un d'eux, Ripu, puis l’autre aussi, Vuică, participe volontairement à l’exercice, qu’il exécute comme un jeu. Le professeur proteste à haute voix contre ce procédé et la fille présente, que les autres appellent « mademoiselle », s’amuse en regardant la scène. Le policier stoppe brutalement ses ordres et offre des cigarettes aux jeunes, puis il cherche à les convaincre de faire ce que le procureur leur demande.
Le buvetier et Ripu doivent se tenir accrochés l’un à l’autre comme s’ils se battaient, pour jouer la première scène du film. En regardant cela, le professeur cherche à convaincre le procureur de l’absurdité de ce tournage. Pendant que le cadreur change la pellicule dans sa caméra, Ripu, toujours dans la même position avec le buvetier, se met à pleurer et demande pardon à celui-ci, qui à son tour lui demande pardon. Le tournage de la scène est réussi. Pendant ce temps, quelques Roms s’arrêtent devant la terrasse. Ils ont des paniers pleins de framboises. Les officiels en achètent et font une pause. Tous mangent des framboises, saufs les deux garçons. Finalement, on leur en donne à eux aussi, puis le procureur leur rend leurs cartes d’identité, en disant qu’ils sont libres, mais le film doit être tourné.
Le téléviseur de la buvette transmet le match de football du stade. On y voit qu’un joueur est accidenté et emmené par une ambulance. Celle-ci passe à grande vitesse sur la route de la vallée, où se trouvent les oies. La vieille femme est désespérée car deux de ses oies ont été écrasées par l’ambulance et les autres se sont éparpillées dans la forêt, sur le flanc de la montagne. Le procureur envoie le policier chercher les oies. Le cadreur et les garçons y vont avec lui. À un moment, Vuică disparaît. Le policier reprend la carte d’identité de Ripu, en l’obligeant à ramener Vuică. En le cherchant, Ripu tombe sur la « demoiselle » et l’aborde sans succès. Il ne trouve pas Vuică et retourne à la buvette où Vuică arrive ensuite de sa propre volonté. Avec lui, il ramène les oies. Entre-temps, le professeur s’est enivré à la buvette.
Il faut continuer le tournage. Ripu n’en a pas du tout envie mais Vuică prend la chose avec humour. Le cadreur indique à Ripu comment frapper Vuică. Après quelques refus, il le fait. Vuică simule une chute et, se trouvant sous une douche, il en tire la poignée, arrosant son ami. Ripu se met en colère et il manque de le frapper pour de vrai mais on les sépare.
Le professeur ivre proteste à nouveau contre le caractère abusif de ce qui se passe et tend ses mains vers le procureur, comme en lui demandant qu’on lui mette des menottes. Ensuite il se trouve mal et on le met dans la voiture.
Le tournage continue par la scène où les garçons démolissent un kiosque en se bagarrant. Il reste une seule scène à tourner. On fait répéter plusieurs fois Ripu frappant Vuică, qui roule sur une rive boueuse en pente près d’un pont. Lors des premières répétitions, Ripu ne fait que simuler les coups mais finalement il le frappe pour de bon, et la bouche de Vuică se met à saigner. Il demande à Ripu pourquoi il l’a frappé. La scène aurait été très bonne pour le film mais le cadreur ne l’a pas filmée, parce que juste à ce moment-là il chargeait la caméra. C’est donc lui que Ripu frappe cette fois.
Le match étant fini, la foule des supporters passe par le lieu du tournage et s’arrête pour regarder.
On prépare à nouveau le tournage de la scène mais cette fois, Ripu ne veut plus frapper. Il veut remettre sa carte d’identité à l’apparatchik, qui ne la prend pas. Vuică provoque volontairement Ripu et celui-ci le frappe finalement. La reconstitution est terminée. Le procureur va vers la voiture et il offre à Ripu de ramener les deux amis à la ville mais celui-ci refuse.
Entre-temps, la voiture a roulé jusqu’à la rivière et s’y est embourbée, les roues avant dans l’eau, parce qu’elle n’avait pas le frein de secours tiré. Elle est difficilement poussée sur la route par des supporters, avec, dedans, le professeur et le procureur qui vient de monter. La voiture passe parmi la foule des supporters qui saluent le procureur, et il leur répond par des signes de la main.
Pendant un moment, Vuică reste assis par terre en se tâtant la tête, puis il se lève et part en titubant. Les supporters qui le croisent le croient ivre. Finalement, il s’écroule. Ripu, qui l’a rejoint, lui demande pardon en pleurant mais Vuică plaisante encore, en lui disant de ne pas être désolé, parce qu’il en a assez de tout et qu’il s’en va. Du sang lui coule d’une oreille et il meurt. Un supporter fait des reproches à Ripu, qui le frappe. Un autre supporter, fils du premier, veut rendre ses coups à Ripu, jusqu’à ce que les autres les séparent. Le film finit par le visage attristé et dégoûté de Ripu en gros plan.
Fiche technique Titre original : Titre français : La Reconstitution Réalisation : Lucian Pintilie Scénario : et Lucian Pintilie, d’après la nouvelle homonyme de Horia Pătrașcu Décors : Aureliu Ionescu Costumes : Photographie : Sergiu Huzum Son : Montage : Eugenia Naghi Production : Société de production : Studios cinématographiques de Buftea Société de distribution : Direction du réseau cinématographique et de diffusion des films Budget : lei (frais de production) Pays de production : Langue originale : roumain Format : noir et blanc — 35 mm — Monophonique Genre : drame Durée : 100 minutes Dates de sortie : Roumanie : 1968 (Bucarest) France : 1970 (Festival de Cannes, Quinzaine des réalisateurs)
Distribution : Vuică : Ripu : le procureur : Paveliu, le professeur : Dumitrescu, le sous-officier de police Ștefan Moisescu : Drăgan, le secrétaire du comité du parti Nicky Wolcz : Vlad, le cadreur : la demoiselle Ion Rădulescu : Toma, le buvetier Niță Anastase : le policier chauffeur
Production et diffusion Horia Pătrașcu, le scénariste du film, a participé en 1960 à un tournage du genre de celui du film, aux environs de la ville de Caransebeș, au bord de la rivière Timiș, après que 10 à 15 ouvriers ont fêté leur succès au baccalauréat obtenu après la fin de leurs études au cours du soir, et se sont bagarrés. Il s’est inspiré de cet événement pour écrire et publier une nouvelle. Celle-ci a plu a Lucian Pintilie, qui a prié Pătrașcu de l’adapter avec lui pour le cinéma..
Le tournage a eu lieu en été 1968, près de Sinaia, les jours où les troupes du Pacte de Varsovie ont pénétré en Tchécoslovaquie pour réprimer le Printemps de Prague. Vladimir Găitan (Ripu) et George Mihăiță (Vuică) étaient à l’époque étudiants à l’Institut d’art théâtral et cinématographique, ce film étant le premier de leur carrière. Ileana Popovici (la demoiselle) avait apparu jusqu’alors à la télévision en tant que chanteuse de musique populaire. Elle aussi débutait dans le cinéma. Deux acteurs non professionnels ont également joué : le chauffeur de l’équipe des cinéastes (le policier chauffeur) et le directeur de production du film (le buvetier).
Bien que 1968 fût en plein milieu de la période la plus libérale du régime communiste, la vie du film après sa réalisation a été pleine de difficultés. Les discussions autour de sa diffusion ont duré pendant une année. Les organismes habilités l’ont visionné plusieurs fois, ont demandé de couper l’une ou l’autre de ses parties, mais Pintilie n’a pas cédé. Il semblait que le film ne sortirait pas mais, à la surprise de ses réalisateurs, on a tout de même annoncé sa première à Bucarest, sans affiche, seulement par une simple feuille de papier exposée à un cinéma. Il a passé à ce seul cinéma pendant deux mois, avec des foules pour le voir, puis dans quelques grandes villes de province, un seul jour dans chacune, après quoi on a arrêté sa diffusion.. Malgré cela, le film est arrivé à Cannes., puis, en 1971-1972, il a été présenté en Hongrie, en Pologne, en Finlande et en Allemagne de l’Ouest.
En Roumanie, le film a été de nouveau présenté vingt ans après, en 1990, y compris à la télévision.. Dans d’autres pays, on a pu le revoir à certains festivals, dans le cadre de rétrospectives, par exemple à la Berlinale 2002., au Festival international du film de Palm Springs (2008)., au de Łódź (2018) ou au festival Europalia (2019).
Analyse et accueil critique