La est la première tournée d'une équipe de rugby à XV représentant la France dans une nation du Commonwealth de l'hémisphère SudElle est cependant la seconde équipe de rugby française à effectuer une tournée dans l'hémisphère Sud puisque les treizistes la précèdent de sept ans à l'occasion de leur première tournée en Australie et en Nouvelle-Zélande.. Elle effectue une tournée en Afrique du Sud en 1958 et termine invaincue de la série de deux test matchs avec une victoire et un nul.

Les — surnom de l'équipe d'Afrique du Sud — affrontent les Français dans une série historique pour les Bleus — surnom de l'équipe de France — pourtant handicapés par plusieurs absences. Lors du premier test match, la sélection française obtient un nul 3 partoutVoir aussi Décompte des points au rugby à XV. En 1958, l'essai transformé vaut cinq points, le drop goal trois points, l'essai non transformé trois points, le coup franc (tenté en drop-goal sans opposition) trois points, la pénalité trois points.. La tournée est un succès complet puisque, le , l'équipe de France remporte sa première victoire par 9 à 5 face aux lors du second test à l'Ellis Park de Johannesburg, sous la conduite de Lucien Mias, le Docteur Pack.. L'équipe de France démontre alors qu'elle peut rivaliser avec les meilleures équipes au monde. Ces bons résultats préfigurent les succès à venir dans le Tournoi des Cinq NationsVoir aussi l'équipe de France de rugby à XV et le Tournoi des Cinq Nations que la France remportera 4 fois consécutivement entre 1959 et 1962. Après 1958 et jusqu'en 2010, la France remporte dix-sept victoires sans partage (aucune auparavant) dont neuf Grands Chelems dans le Tournoi..

Historique Préambule thumb|left|upright=1.3|Les sont les premiers adversaires des Français.|alt=Photo de joueurs vêtus de noir célébrant la victoire

Le premier match officiel de l'équipe de France de rugby à XV a lieu le , face aux — surnom de l'équipe de Nouvelle-Zélande — alors en fin de tournée européenne. La sélection française est admise à disputer le Tournoi des Cinq Nations pour la première fois en 1910. De 1906 à 1914, elle dispute 28 rencontres internationales, mais ne remporte qu'une seule victoire sur l'Écosse le , sur le score de 16 à 15.. En 1931, la France est exclue du tournoi pour des faits de professionnalisme (paiement des joueurs, recrutement inter-clubs) et en raison de son jeu violent lors de certains matchsEn particulier, le match France-Galles du Tournoi 1930 est d'une extrême brutalité, aussi bien sur la pelouse - avec de nombreux joueurs blessés - que parmi les spectateurs car ces derniers sont serrés les uns contre les autres dans les tribunes ou sur le bord de touche alors qu'à l'entrée du stade, près de spectateurs potentiels ne peuvent assister à la rencontre..

right|thumb|alt=Un joueur de dos se prépare à taper dans le ballon posé au sol devant un autre joueur à plat ventre sur le sol|L'équipe d'Afrique du Sud fait un passage à Paris en janvier 1907 à la fin de sa tournée en Grande-Bretagne et en Irlande.

Après la Seconde Guerre mondiale, l'équipe de France reprend les matchs internationaux le contre le pays de Galles, puis réintègre le Tournoi en 1947. Les performances du XV de France s'améliorent puisque de 1945 à 1950, les Bleus disputent vingt-six matchs et en remportent quatorze. Ils obtiennent ensuite un bilan positif de 1950 à 1958 avec trente victoires pour quarante-neuf matchs disputés. Le , ils parviennent pour la première fois à battre les Gallois chez eux, à Swansea, sur le score de 11 à 3. Le , les Français, emmenés par leur capitaine Guy Basquet, battent pour la première fois les Anglais dans leur stade de Twickenham sur le même score. C'est le dernier bastion des Îles britanniques et irlandaises qui tombe.. La première victoire des Français contre les a lieu le . lors d'une rencontre où Jean Prat, alors capitaine de l'équipe, s'illustre en marquant les trois points de la victoire française. Il est également le capitaine du XV de France qui bat pour la deuxième fois les Anglais à Twickenham en 1955. Cette même année il est porté en triomphe par les Gallois au terme de sa carrière dans le Tournoi. Un journaliste anglais le surnomme alors ..

Cependant, la progression des performances des Français connaît un arrêt lors de la saison 1957 : ils perdent leurs quatre rencontres du Tournoi puis frôlent la défaite face aux Roumains en ne s'imposant que par 18 à 15.. Lors du Tournoi de 1958, la France perd ses deux premières rencontres face à l'Écosse et l'Angleterre, avant de battre le pays de Galles à Cardiff et l'Irlande à Paris. Durant cette période, elle remporte également une victoire au stade de Colombes face à l'Australie sur le score de 19 à 0.

De leur côté, les restent sur une série perdue face aux lors de la tournée disputée en Nouvelle-Zélande en 1956 au cours de laquelle ils sont défaits trois fois pour une seule victoire. .. Cette défaite, la première dans une série de matchs de tournée depuis 1903, est fatale pour Danie Craven qui est démis de ses fonctions d'entraîneur. Toutefois, il devient le président de la fédération sud-africaine de rugby, le , dès .

Premières rencontres de la tournée

Le , au Bourget, alors qu'il n'est question que de l'exploit des footballeurs, demi-finalistes de la Coupe du monde en Suède, l'équipe française s'embarque dans un avion à hélices affrété par la nation invitante. Les tricolores doivent faire avec les absences de Maurice Prat — absorbé par les festivités du centenaire des apparitions de Lourdes —, mais également d'André Boniface, de Jacky Bouquet — fracture d'une jambe —, de Pierre Albaladejo, d'Henri Domec — blessure au genou en finale du championnat contre Mazamet —, d'Amédée Domenech et de Michel Crauste, resté au chevet de sa femme souffrante. Michel Hoche et Claude Mantoulan sont également indisponibles car ils viennent de partir en Algérie. Les événements qui s’y déroulent ont une autre influence sur l'équipe de France : un communiqué des Forces armées déclare que les « militaires du Centre, André Haget, Jean Dupuis et Jean de Grégorio ne participeront pas avec l'équipe de France de rugby à la tournée en Afrique du Sud, cette tournée n'ayant pas la valeur d'une représentation nationale ». À la suite d'interventions politiques, et malgré ces déclarations, les autres joueurs font néanmoins partie de la tournée. Serge Saulnier, directeur de tournée, écrit une longue lettre à chaque joueur retenu : « C'est la première fois que l'équipe de France est invitée dans un ancien dominion britannique. De la tenue de cette équipe sur le terrain et en dehors découleront sans doute d'autres invitations, d'autres tournées dont profiteront vos successeurs. Je pense que de votre comportement peut dépendre une modification dans le jugement que le peuple sud-africain porte sur la France. À la conférence d'Ottawa, à la fin de la dernière guerre, le représentant sud-africain a déclaré que la France avait cessé d'être une grande puissance. Vous aurez le pouvoir de démontrer que la France est toujours une grande puissance ».

Les espoirs mis sur cette sélection ne sont pas énormes. Les deux équipes ne se sont affrontées qu'à deux reprises en quarante-cinq années et ce sur le sol françaisVoir aussi Afrique du Sud-France en rugby à XV.. En 1913 lors du Grand Chelem en Europe, les l'emportent sur la France au Bouscat 38 à 5 et lors de celui de 1951-1952, ils gagnent à Paris 25 à 3 contre la France. La France a donc encaissé soixante-trois points pour huit inscrits. De plus, aucune nation n'a remporté une série de tests sur le sol sud-africain depuis soixante deux ans et la troisième visite des Lions britanniques en 1896.

Le programme proposé aux Français est, selon l'aveu même des techniciens sud-africains, de « dix test-matchs à jouer », programme que nulle équipe au monde n'aurait accepté. C'est ainsi que les Français doivent commencer leur tournée face à la Rhodésie, sélection de la Fédération de Rhodésie et du Nyassaland, qui précède les actuelles équipes de Zambie et surtout du Zimbabwe, et qui a à son palmarès une victoire face aux . Quatre jours après le premier test, leur adversaire est une sélection des Western Province, Boland et South Western Districts, provinces que les Lions britanniques ne rencontrent que séparément. Lors de son discours de départ, le président de la Fédération René Crabos déclare : « Les petits, soyez sportifs et bien élevés. Là-bas, c'est tout ce qu’on vous demande. Si vous pouvez aussi gagner un match ou deux, ce sera parfait. Personne ne pourra vous en vouloir d'avoir perdu les autres … »

Le voyage vers l'Afrique du Sud n'est pas de tout repos. L'avion des Français, à la suite de la panne de deux des quatre moteurs, doit se poser à Kano, au Nigeria. Après deux jours passés dans la chaleur et l’inconfort d’un aéroport, l'équipe de France arrive enfin à Salisbury en ancienne Rhodésie du Sud le , pour sa première tournée dans une nation australe du Commonwealth. En effet, la France a déjà voyagé deux fois dans l'hémisphère Sud mais en Argentine lors des tournées de 1949 et de 1954.

Trois jours seulement après leur arrivée, les Français doivent affronter leur premier adversaire, la Rhodésie. Le palmarès de celle-ci, une victoire sur les en 1949 et une courte défaite 16 à 12 lors de la dernière tournée des Lions britanniques en 1955, convainc les dirigeants français d'aligner leur meilleure équipe. La France l'emporte 19 à 0 en marquant quatre essais, mais l'équipe connaît toutefois ses deux premiers blessés, le capitaine de la tournée, Michel Celaya, pour une entorse du genou et Jacques Lepatey sur une déchirure intercostale. Le lundi suivant, Louis Casaux se fracture la clavicule lors d'un entraînement.

Le deuxième match de la tournée se déroule à Pretoria. La France est opposée à une sélection du Nord et Ouest Transvaal. Lors de cette rencontre, le score est ouvert par le demi d'ouverture van Zyl qui réussit un . Malgré une énorme domination du pack du Transvaal, les Français réussissent deux essais. Le premier est marqué par Jean Carrère qui reprend dans l'en-but un coup de pied à suivre de l'ailier Lucien Rogé. Puis trois minutes plus tard, c'est Jean Dupuy qui devance les Sud-Africains pour ramasser le ballon à la suite d'un coup de pied de dégagement de Rogé. Avec deux transformations, la France mène désormais 10 à 3. Le capitaine des Johan Claassen change de stratégie et décide de tester les Français sous les chandelles. Sur la première de celle-ci, Baartman s'empare du ballon et va aplatir dans l'en-but des Bleus. En deuxième mi-temps, une pénalité de Geyer, des essais de Schmidt et Swemmer portent le score à 19 à 10 pour le Transvaal. À un quart d'heure de la fin, Guy Stener franchit la défense dans ses propres vingt-deux mètres puis transmet à Rogé qui file le long de la ligne. Opposé à l'arrière Geyer, celui-ci redonne le ballon à Stener qui marque l'essai, transformé par Lacaze. C'est ensuite Dupuy qui va aplatir entre les poteaux après un service de Stener sur la dernière attaque de la rencontre. Mais Lacaze ne convertit pas cette transformation dans le domaine du réalisable. La France s'incline 19 à 18. Elle perd également quatre autres joueurs, Lucien Mias, double entorse de la cheville, Pierre Lacaze luxation de la clavicule, Louis Echave, poignet fracturé. Pierre Danos, deux fois, passe la nuit en observation à l'hôpital.