Héraclius ( ; en grec : ), né le et mort le , est un empereur byzantin qui règne du au /. Il appartient à la dynastie héraclide, au pouvoir de 610 à 711.
Premier fils d'Héraclius et de Fabia Eudocia, il est très tôt associé au gouvernement pour consolider le pouvoir encore fragile de la nouvelle dynastie. Il passe l'essentiel de sa jeunesse à Constantinople tandis que son père est souvent en campagne contre les Sassanides. D'une santé fragile, il assure la continuité du pouvoir impérial en l'absence d'Héraclius. En dépit de son statut d'héritier désigné, il est rapidement en concurrence avec les enfants de Martine, la deuxième femme d'Héraclius qui tente de les promouvoir aux dépens de Constantin. Cela ne l'empêche pas d'accéder au trône en 641 alors que l'Empire est dans une situation critique.
Son règne, qui ne dure que quelques semaines, est surtout consacré à quelques tentatives de stabiliser l'Empire et de préserver son trône et les droits de son fils, Constant, face aux visées de Martine. Il meurt en , probablement de la tuberculose, et, si Martine en profite pour prendre la régence au nom de son fils Héraclonas, Constant est finalement élevé sur le trône au terme d'une révolte de l'armée, peut-être en partie planifiée par Constantin avant sa mort.
Jeunesse et couronnement comme co-empereur left|thumb|upright|alt=Photo d'une statue d'un empereur en armure.|Statue d'Héraclius (début ) dans l'abbaye de Metten, Allemagne. Constantin est le premier fils d'Héraclius et de sa première femme, Fabia Eudocia, épousée dès son accession au trône le . Héraclius est très probablement d'origine arménienne et il passe une large partie de sa jeunesse en Afrique car son père, Héraclius l'Ancien, a été nommé exarque d'Afrique, l'un des postes les plus élevés de l'Empire. C'est dans cette région qu'il y rencontre Fabia Eudocia, fille d'un riche propriétaire terrien local du nom de Rogas..
En 608, Héraclius suit son père dans la rébellion contre l'empereur Phocas qui a usurpé le trône en 602 sans parvenir à affermir sa légitimité. À la tête d'une flotte, il débarque près de Constantinople et capture Phocas avant de l'exécuter. Néanmoins, il doit très tôt s'atteler à consolider son pouvoir, lui aussi fragile car issu d'une rébellion. Confronté à des frontières qui vacillent sous les assauts des Sassanides en Orient, il compte très tôt sur son entourage familial, que ce soit Nicétas qui devient gouverneur de l'Égypte ou son frère Théodore.
Constantin naît le , peu avant la mort de sa mère, vraisemblablement dans le palais de Sophia. Il reçoit la bénédiction de Théodore de Sykéon, qui est alors l'une des figures religieuses les plus éminentes de l'Empire, et est baptisé en . Son père cherche alors certainement à renforcer son pouvoir en s'associant à un personnage reconnu pour sa piété et proche de ses prédécesseurs, tant Phocas que Maurice.
Constantin est rapidement reconnu comme successeur désigné puisqu'il est couronné co-empereur alors qu'il n'a que quelques mois, le . Il est présenté à l'hippodrome où il est acclamé par le Sénat puis par les factions de la ville, avant d’être amené à Sainte-Sophie. L'association du fils et héritier au pouvoir impérial est une pratique déjà courante dans le monde byzantin. Elle vise à prévoir les troubles de la succession. L'Empire byzantin, pénétré de l'héritage de la Rome antique, ne reconnaît alors qu'une valeur relative au principe de la légitimité dynastiqueVoir à ce sujet .. Cependant, la décision d'Héraclius de donner la couronne impériale à son fils alors même qu'il n'est qu'un bébé est un geste significatif, qui atteste son désir de préparer au mieux sa succession et d'installer sa famille à la tête de l'Empire, alors que Fabia Eudocia est morte peu après la naissance de Constantin. Il est aussi possible qu'en associant son fils au pouvoir, il se réserve la possibilité de quitter plus aisément Constantinople. En laissant son fils dans la capitale, il maintient la présence de sa famille dans la Cité impériale, cœur du pouvoir que les empereurs précédents n'ont que rarement quittée. Ainsi, dès 613, Héraclius part en campagne à la tête de ses troupes. De même, Constantin apparaît assez tôt sur les pièces de monnaie émises par son père, là encore pour illustrer son rôle de successeur désigné, bien plus, par exemple que Théodose, le fils de Maurice, empereur de 578 à 602 et renversé par Phocas. Héraclius a peut-être voulu prendre exemple sur cet échec pour affirmer très vite la position de son fils. Enfin, en 632, Constantin est élevé au rang de consul.
Très jeune, Constantin semble d'une santé fragile. Alors que son père quitte Constantinople en 622 pour conduire ses troupes contre les Sassanides durant plusieurs années, Constantin reste généralement dans la capitale, sauf lors d'un bref moment en 624 lors duquel il accompagne Héraclius jusqu'à Nicomédie avant de revenir à Constantinople. Il est alors nécessaire qu'un membre de la famille impériale, a fortiori l'héritier désigné, demeure à Constantinople pour assurer une sorte de continuité, même si dans les faits le pouvoir est en réalité détenu conjointement par le patriarche et le général Bonus. Dans les années 630, Constantin n'accompagne pas non plus son père et il est difficile de savoir les relations qu'il entretient avec lui, alors qu'il est dorénavant suffisamment âgé pour prendre part au gouvernement de l'Empire. Il est possible qu'Héraclius, conscient de la santé précaire de son fils, ait essayé de le préserver ou bien que ait poursuivi sa fonction de représentation d'Héraclius dans la capitale. Nikolas Hächler met ainsi en évidence une forme de partage du pouvoir et de la représentation impériale entre le père et le fils, dans le contexte de l'installation d'une nouvelle dynastie et d'une période de grand trouble pour l'Empire. Ainsi, même si les fonctions de sont essentiellement cérémonielles, son rôle serait plus important qu'il n'y paraît.
Le seul événement d'importance lors duquel il semble avoir un rôle notable est le siège de Constantinople en 626, face aux Avars et à l'armée sassanide conduite par Schahr-Barâz. À la fin de celui-ci, l'empereur sassanide envoie une missive pour mettre à mort son général en raison de son échec, mais elle est interceptée et transmise à , qui la fait remettre à son père. Celui-ci en profite pour contacter Schahr-Barâz et l'inciter à faire défection, ce qui lui permet de concentrer ses forces contre les armées restantes de Khosro.
Un règne éphémère vignette|Solidus représentant Héraclius entouré de deux de ses fils, Héraclonas et . Un nom de règne incertain
Nommé Héraclius Nouveau Constantin par ses parents, en référence à Constantin le Grand, mais gouvernant sous le nom de Constantin, son nom de règne varie selon les pratiques des historiens. Les Romains eux-mêmes n’utilisent pas de numéros de règne ; ceux-ci sont appliqués aux empereurs par les historiens modernes. Il existe une confusion particulière autour du nom « », qui a également été attribué à l’empereur occidental Constantin (407-411), d’abord usurpateur puis reconnu par Honorius. Charles Le Beau (1701-1778) établit la convention consistant à numéroter onze empereurs nommés Constantin, mais utilise le chiffre uniquement pour l’empereur d’Orient.. Edward Gibbon (1737-1794) qualifie également explicitement l’empereur d’Occident d’usurpateur et réserve le chiffre à l’empereur d’Orient. Justin Sabatier (1792-1869) et Louis Félicien de Saulcy (1807-1880) numérotent notablement Héraclius Constantin comme « » — un chiffre souvent utilisé pour son frère Héraclonas — mais désignent le Constantin suivant comme , comptant ainsi indirectement l’empereur d’Occident.. Cette numérotation a été reprise par quelques auteurs. Warwick Wroth (1858-1911) n’attribue aucun chiffre à Héraclius Constantin et utilise « » comme nom alternatif de . De même, Andreas Stratos considère que l'usurpateur Constantin ne règne pas sur l'Empire romain mais il va plus loin puisqu'il n'inclut pas dans la liste impériale, considérant qu'il ne règne que sur une partie de l'Empire romain. Il estime donc que devrait être reconnu sous le nom de « ». La Prosopography of the Later Roman Empire (PLRE, 1980) utilise le chiffre uniquement pour l’empereur d’Orient, tandis que l’Oxford Dictionary of Byzantium (1991) ne l’utilise que pour l’empereur d’Occident, 500, 917.. Philip Grierson applique le chiffre aux deux empereurs, mais considère « » davantage comme un nom alternatif pour Héraclius Constantin, auquel il n’attribue pas de chiffre dans l’index, 385.. Dans l'ensemble, les historiens s'accordent néanmoins pour lui donner comme nom de règne..
Au-delà de ces confusions, les sources à propos de sont peu nombreuses et parfois contradictoires. Le principal récit sur lequel s'appuient les historiens est celui relativement tardif de , tandis que le chroniqueur plus contemporain Jean de Nikiou paraît moins clair dans sa chronologie et certaines de ses descriptions. Les autres écrits, y compris Théophane le Confesseur, s'accordent sur de grandes généralités mais peuvent varier dans leurs détails. Georges de Pisidie le mentionne dans un poème composé en son honneur vers 625, décrivant ses qualités martiales mais de façon très romancée, comme pour souligner la nécessité pour le jeune homme d'acquérir rapidement des qualités militaires, dans un contexte de guerre féroce contre les Perses et en imitation de son père. Ses talents de tireur à l'arc sont notamment mis en évidence, en référence à Héraclès.
Une succession complexe vignette|upright|Portrait de dans le Mutinensis gr. 122, manuscrit du .|gauche Tout au long de sa vie, Constantin est le successeur désigné par Héraclius. Néanmoins, le remariage de celui-ci avec sa nièce Martine favorise des conflits familiaux avec les enfants issus de cette union. Héraclius souhaite probablement assurer l'avenir de sa dynastie en concevant de nouveaux fils, d'autant plus que Constantin est d'une santé précaire. Or, Martine montre assez tôt son désir de promouvoir ses propres enfants au sommet de la hiérarchie impériale. Héraclius y consent en partie, certainement pour se prémunir d'un décès précoce de Constantin. Si les premiers enfants qu'il a avec Martine sont frappés d'infirmité et meurent parfois en bas âge, Héraclonas (né en 626) est couronné co-empereur en 638. Son plus jeune frère, David, est élevé à la dignité de César la même année. Néanmoins, cette décision renforce aussi la concurrence intrafamiliale. Dans ces dernières années du règne d'Héraclius, le représente de plus en plus, aux côtés d'Héraclonas, alors qu'Héraclius s'isole sur la rive asiatique du Bosphore et renâcle à se rendre dans la cité impériale.