vignette|En vert, les pays du continent européen. La Russie, le Kazakhstan et la Turquie ont leurs territoires en partie en Europe (en bleu clair sur la carte) et en partie en Asie (en bleu foncé).
L'Azerbaïdjan et la Géorgie peuvent également être situés en partie en Europe, ainsi que l'Arménie et Chypre (pourtant en violet sur la carte). Chypre est même membre de l'Union Européenne malgré sa proximité avec le Moyen-Orient. La définition des limites de l’Europe est sujette à controverse, la géographie physique ne la donnant pas immédiatement. En effet, le continent européen n’existe pas en tant qu’unité physique : il est un finistère de l'Asie et constitue avec elle un supercontinent dénommé Eurasie. Les limites de l’Europe sont donc une convention.
À l'est, les limites ont souvent été créées artificiellement non seulement en fonction de critères géographiques, mais également en raison de considérations culturelles, voire politiques et religieuses.
À l'époque d'Hérodote, dans l'Antiquité, le monde européen s'étendait assez à l'est, car l'ensemble des Scythes, un peuple indo-européen, était parfois intégré, dans une certaine mesure, au monde européen. Au , certains géographes établissaient la frontière de l'Europe juste un peu à l'est de Nijni Novgorod, qui correspondait à la partie la plus orientale de l'ancienne Rus' de Kiev, car au-delà se trouvait la partie nord du territoire de la Horde d'Or. Au , certaines sections situées au sud du fleuve Don ou du nord de la Volga étaient parfois considérées comme des frontières naturelles. Cependant, certains géographes français de la Renaissance considéraient que la Russie dans son ensemble était asiatique, faisant ainsi passer la frontière entre Europe et Asie au long de la frontière entre la Pologne et la Russie Larry Wolf : Inventing Eastern Europe. The Map of Civilization on the Mind of the Enlightment. Stanford University Press, Stanford, États-Unis, 1994.. Pour d'autres, certaines parties de la Russie étaient en Europe tandis que d'autres étaient asiatiques — en particulier sa partie sud et sud-est récemment conquise. À certains endroits, la frontière de l'Europe était ainsi parfois située au niveau de la steppe pontique, à la frontière sud-est du grand-duché de Lituanie. Toutefois, cette délimitation n’était pas fixe et variait selon les géographes. Par exemple, Nicolas de Nicolay, géographe et voyageur français du , se basant sur les observations de diplomates ou de voyageurs tel que Stefano Guazzo laisse entendre qu'il intégrait la Moscovie et les anciens territoires de la république de Novgorod et de la république de Pskov dans l'ensemble européen. Par ailleurs, il est souvent question de division au niveau politique et il y a eu des tentatives pour une union polono-lituano-moscovite dès la fin du .
Le diplomate allemand Sigismund von Herberstein, qui a effectué deux missions diplomatiques en Moscovie, l'une en 1517 et l'autre en 1526 pour le compte du Saint-Empire romain germanique, situait les limites de l'Europe entre Nijni-Novgorod et Kazan, un lieu marquant la frontière avec le Khanat de Kazan. Dans son ouvrage Rerum Moscoviticarum Commentarii (1549), il décrit cet endroit comme un espace de transition entre l'Europe et l'Asie.
Un cartographe allemand contemporain qui rejoint cette vision est Sebastian Münster. Dans sa célèbre Cosmographia (publiée pour la première fois en 1544), Münster inclut la Moscovie dans l'Europe et place les limites de celle-ci de manière similaire à Sigismund von Herberstein, délimitant ainsi les zones d'influence culturelle et politique entre l'Europe chrétienne et les khanats musulmans voisins.
Les contributions combinées de Sigismund von Herberstein, par ses récits détaillés, et de Sebastian Münster, par ses cartes influentes, ont renforcé l'idée que la Moscovie, bien qu'éloignée, appartenait géographiquement et culturellement à l'Europe.
La division géographique actuelle entre l'Europe et l'Asie en Russie a été formulée au début du , à l'Oural, par le militaire et géographe suédois d'origine allemande Philip Johan von Strahlenberg, qui raisonna en partie selon des critères ethno-civilisationnels. Ce tracé fut ensuite repris et officialisé par le géographe russe Vassili Tatichtchev. Ainsi, en tenant compte du contexte de l'époque de Pierre le Grand, cette frontière avait une certaine logique. A l'ouest de l'Oural, on trouvait essentiellement des Slaves et des peuples finno-ougriens assimilés au monde européen, tandis qu'à l'est se trouvaient plutôt des peuples turciques ou paléo-sibériens et semi-nomades. La région de la Sibérie comptait déjà quelques villes, des comptoirs et des avant-postes avancés russes, mais la colonisation massive par la Russie ne commencera réellement qu'à la fin du et surtout au .
Aujourd'hui, des villes comme Irkoutsk, Tomsk ou Novossibirsk sont perçues comme faisant partie de l'Europe sur les plans démographique, culturel et architectural. Si l'on se réfère à la logique des géographes grecs, tel qu'Hérodote, ou à celle des géographes du , l'Europe pourrait ainsi être envisagée comme s'étendant de l'Atlantique à Vladivostok.
Les frontières bordant la Méditerranée, la mer Noire, les détroits du Bosphore, des Dardanelles et de Gibraltar et enfin l’océan Atlantique ne sont en revanche pas modifiéesUne thèse de référence en histoire des limites de l’Europe est celle de Jenö_Szücs, historien hongrois qui a présenté trois Europes : l'Europe_de_l'Ouest, l'Europe_centrale qui est une charnière et l'Europe_de_l'Est..
Différentes conceptions
Conception géographique thumb|300px|
Traditionnellement, on divise les terres émergées de notre planète en six parties du Monde (Europe, Asie, Afrique, Amérique, Océanie, Antarctique) qu'on appelle souvent, par commodité et tradition historique, des continents. Certaines parties du monde sont séparées par des frontières terrestres, ce qui en fait techniquement un seul continent. C’est le cas de l’Europe et de l’Asie que les scientifiques considèrent comme un seul continent, l’Eurasie. La limite entre Asie et Europe est donc plus culturelle ou historique que géographique ou géologique.
La classification des terres entre les différentes parties du monde, appelées continents, persiste et est toujours largement utilisée, bien que cela soit un « pur artefact ». En particulier, les traités établissant différentes institutions transnationales européennes précisent que pour appartenir à ces institutions, un État doit être « européen ». Cependant, aucune définition ne vient préciser ce que l'on entend par « État européen ». Le territoire de certains États est indiscutablement sur le continent européen ; d'autres n'en font indiscutablement pas partie ; enfin, l'appartenance ou non à l'Europe de certains autres est discutée. Les limites de l'Europe géographique ne sont pas tracées.
Plusieurs limites ont donc été proposées par différents géographes et historiens depuis l'époque de Pierre le Grand. Dans l'ensemble, on considère que l'océan Arctique au nord, l'océan Atlantique à l'ouest et la mer Méditerranée au sud sont les frontières maritimes de l'Europe.
À l'est, on considère depuis le , sous l'influence du savant russe Vassili Tatichtchev, repris par l'Encyclopédie, que la chaîne de l'Oural, le fleuve Oural, la mer Caspienne, la chaîne du Caucase, la mer Noire, les détroits du Bosphore et des Dardanelles et la mer Égée marquent la limite géographique entre l'Europe et l'Asie. Cette limite fut dès lors assez généralement acceptée, mais la partie entre l'Oural et la Caspienne et celle sur le Caucase varient parfois suivant les auteurs.
Cependant, les géographes contemporains reconnaissent volontiers que la limite terrestre « Oural » est largement conventionnelle. Les monts Oural sont facilement franchissables, et n'ont jamais marqué une quelconque frontière politique ou culturelle. Le fleuve Oural est de même facilement franchissable et sans signification particulière autre que conventionnelle.
D'autre part, cette limite conventionnelle, qui remonte à la volonté de la Russie impériale de Pierre Le Grand de s'inscrire dans le jeu des Nations, est plus exactement celle au-delà de laquelle l'Europe ne s'étend pas : dans le flou de la frontière, ces points extrêmes sont assurément asiatiques. Inversement, la zone asiatique s'étend bien en deçà de cette limite. L'affirmation de Metternich voulant que Cité d'après Norman Davies, Europe: a history., posant une limite extrême dans les faubourgs de Vienne, est probablement excessive. Mais, comme le montrent les cartes anciennes, la conception traditionnelle des pays indiscutablement européens s'arrête à l'isthme situé sur une ligne reliant Odessa, sur la mer Noire, et Kaliningrad sur la mer Baltique. Cette autre limite extrême de l'Europe correspond aux frontières de l'Ukraine et de la Biélorussie, mettant toute la zone russe dans une situation intermédiaire « un peu asiatique, un peu européenne ».
Une définition originale a même été proposée, qui passe par les voies navigables des plaines russes, en se fondant sur l'idée qu'il devait être possible de naviguer autour d'un continentMiles Clark, Russian Voyage. National Geographic Magazine de juin 1994, p. 114 à 138.. Cette limite part de la mer Blanche, remonte le long de la Dvina septentrionale et son bras la Soukhona pour atteindre le canal de la Dvina. Ce canal permet d'atteindre la Cheksna, dans le bassin de la Volga, jusqu'à la retenue de Rybinsk. Franchissant le barrage, la limite descend le long de la Volga, jusqu'au canal Volga-Don, qui permet de rejoindre le Don jusqu'à la mer d'Azov et la mer Noire. Ce chemin était d'ailleurs anciennement emprunté par les Vikings. Une autre voie navigable possible semble être l'autre affluent de la Dvina septentrionale, la Vytchegda, puis le canal Catherine qui rejoint la Kama le grand affluent de la Volga. Il existe aussi la voie navigable Volga-Baltique et depuis 1933 le canal de la mer Blanche ou le Belomorkanal qui relie le lac Onega à la mer Blanche. Plus au nord et à l'est dans le prolongement de la Volga puis de la Kama on pourrait aussi éventuellement envisager un tracé non-fluvial pour rejoindre la Petchora jusqu'à la mer de Barents. Dès le il existait d'ailleurs un projet de construction d'un canal Petchora-Kama.
Conception anthropologique 250px|thumb|L'Europe des peuples établie en 1896. Dans la vision purement anthropologique de la première moitié du , « la pensée classique des anthropologues » étend « le substratum biologique des populations européennes au-delà des frontières politiques de l'Europe » et établit « d'abord la présence d'une commune humanité » sans établir « une conjonction entre identité politique, identité culturelle et identité biologique »Gilles Boëtsch et Jean-Noêl Ferrié, Identité politique, identité raciale : l'impossible construction des frontières de l'Europe, Hermès, , 1999, . L'Europe anthropologique comprend donc non seulement l'Europe géographique mais aussi toutes les populations « europoïdes » du pourtour méditerranéen (Proche et Moyen-Orient, Afrique du Nord...). Ainsi pour Marc Sauter, à la fin de l'ère coloniale, marquée par une vision raciste de l'humanité, « les frontières que tracent le géographe et l'historien ne signifient pas grand-chose... En fait, sur le plan anthropologique, l'Europe déborde largement les mers méridionales, la chaîne du Caucase et les steppes russes pour englober toute une humanité. Racialement, l'Europe est partout où la peau de l'homme est blanche »Marc Sauter, Les Races de l'Europe, Payot, 1952, .