L'église Saint-Nicolas est une église de styles roman et gothique située sur la commune de Saint-Leu-d'Esserent, dans le département français de l'Oise et la région Hauts-de-France. C'est une ancienne église prieurale, bâtie entre le milieu du et le tournant du pour les moines du prieuré clunisien de Saint-Leu fondé en 1081 par Hugues de Dammartin. Remplaçant une ancienne église paroissiale, elle assumera toujours la double mission d'église prieurale et paroissiale, l'un des moines faisant office de curé. Par sa position en limite d'un plateau, elle domine la ville et une partie de la vallée de l'Oise et sa silhouette caractéristique est visible de loin. Le massif occidental est encore de style roman ; achevé vers 1150, il correspond à un projet de reconstruction moins ambitieux finalement abandonné. Quelques années plus tard seulement, la construction de l'église gothique actuelle commence par l'abside vers 1160 et se poursuit par le chœur et la nef, terminés respectivement vers 1180 et 1200 environ. Avec de longueur dans l'œuvre, et de hauteur, l'édifice frappe par ses dimensions imposantes, proches de celles d'une cathédrale. La pureté de son architecture est remarquable, aucun remaniement important n'ayant jamais été entrepris avant les restaurations à la suite du classement précoce aux monuments historiques par liste de 1840.. Les restaurations ont en revanche été radicales et porté atteinte à l'authenticité. Le prieuré est désaffecté depuis la Révolution française, et le cloître ainsi que les vestiges des bâtiments conventuels sont des propriétés privées fermées au public. L'église continue de remplir sa mission d'église paroissiale. Elle est affiliée à la paroisse Notre-Dame-des-deux-Rivières du Creillois-Sud.

Situation thumb|left|Prieuré de Saint-Leu-d'Esserent : relevé et restitution, 1927.

L'église prieurale Saint-Nicolas de Saint-Leu-d'Esserent est située en France, dans la région Hauts-de-France et le département de l'Oise, dans la basse vallée de l'Oise, au sud-ouest de l'agglomération de Creil, à Saint-Leu-d'Esserent, sur la rive droite de la rivière. Elle est implantée, à l'instar d'une bonne partie du bourg, à flanc de coteau, sur un promontoire rocheux qui détermine en partie les contours et l'orientation de l'édifice... Le chevet est éloigné de l'Oise de seulement, et visible de loin, en raison du relief du site : .. Il surplombe la rue Henri-Barbusse, qui représente l'ancienne route de Creil, ainsi que, plus bas, le parc municipal du château de la Guesdière étagé sur deux niveaux, compris entre la rue et l’avenue Jules-Ferry (RD 92). thumb|Place du Perron ; vue sur l'église.

Désaxée de 56° vers le nord par rapport à l'ouest véritable, la façade occidentale est précédée d'un parvis, qui depuis son élargissement en 1874L'élargissement du parvis et l'acqusition d'une bande de terrain de de largeur devant l'élévation méridionale de l'église est préconisée par Paul Selmersheim en vue de faciliter les travaux de restauration. L'acquisition est facilitée par la circonstance que le jardin au sud de l'église d'une surface totale de venait d'être racheté par un curé en vue de le léguer à la fabrique, dans le but d'y construire un nouveau presbytère. Ce projet n'ayant pas de chance d'aboutir et le jardin étant trop grand pour être entretenu par le curé, la fabrique accepte de céder grâcieusement de terrain à la commune avec effet du ; cf. ., possède à peu près la même largeur que la façade elle-même, et est tourné vers le nord. Il est desservi par la rue de l'Église (anciennement rue du BourgVoir le plan.), qui monte depuis la partie basse du bourg, au sud-ouest, et passe devant la cave Banvin, avant le parvis, puis plus loin devant la porte fortifiée du prieuré. — L'élévation méridionale de l'église donne sur un jardin public, ancien jardin du curé, qui est entouré d'un mur d'enceinte. Avant la cave Banvin, la ruelle du Mouton descend vers la rue Henri-Barbusse, dessert le presbytère et longe plus bas ce mur d'enceinte. Au point de jonction des deux voies, à la place du Perron, particulièrement pittoresqueMême si le puits et l'arbre ont été sacrifiés à la circulation automobile, apparemment au cours des années 1920. Pour des hypothèses sur le nom de la place, cf. . avec les contreforts de la muraille et l'église en arrière-plan, s'élève un calvaire. Depuis le parvis, on peut franchir un portail de style roman du côté gauche (est), traverser une cour et atteindre un espace étroit compris entre le mur gouttereau nord de l'église et le domaine de l'ancien prieuré, à l'est. Cet espace a été créé pour les besoins de la restauration vers 1888Parcelle acquise en 1883, et travaux débutés en 1888 de ce côté ; cf. ., moyennant la démolition de la galerie ouest du cloître et la moitié de la galerie nord. Le mur qui délimite cet espace public est donc moderne, et tous les bâtiments qui subsistent du prieuré en dehors de l'église, propriété privée, se situent derrière ce mur.

Histoire La fondation et le premier édifice thumb|upright|left|Plan à la fin du suggéré par Lefèvre-Pontalis (hypothèse erronée).

En 1081, le comte Hugues de Dammartin rend à l'évêque de Beauvais l'église, l'autel, l'âtre et la dîme du village, afin qu'il y fonde un prieuré devant être confié à l'abbaye de Cluny. Or, strictement parlant, il ne s'agit que d'une restitution de biens ecclésiastiques au suzerain, qui ne peut pas être sujet à des conditions. Le seigneur en est conscient et donne ainsi également tout ce qu'il possède en propre à Saint-Leu, soit notamment des terres, bois et vignobles, ainsi que les droits de traversée de l'Oise. Il tient à être considéré comme le fondateur du prieuré, bien que laissant la fondation proprement dite à l'évêque. L'on peut supposer que les termes de la charte de fondation sont le résultat de négociations entre le comte et l'évêque et, si ce dernier accepte qu'Hugues de Dammartin tienne lieu de fondateur, c'est qu'il a sans doute proposé lui-même de donner le prieuré à l'abbaye de Cluny. Elle est susceptible de lui servir d'allié. Sous son abbé Hugues de Semur, l'abbaye bénédictine est alors au sommet de sa gloire, mais la première grande vague de fondations de prieurés est déjà passée. Saint-Leu devient une filiale directe de Cluny et en tient une importance particulière dans l'ordre. Grâce à un privilège accordé par le pape, tous les établissements clunisiens n'ont à répondre qu'au pape et sont exempts de l'influence de l'évêque ou de seigneurs laïcs..

Selon la légende rapportée par Louis Graves, la fondation serait intervenue en remerciement du paiement de la rançon pour sa libération effectuée par des religieux du monastère de Saint-Michel-sous-Saint-Leu, alors qu'il était emprisonné en Terre sainte.. Si la charte de fondation existe toujours aux archives départementales de l'Oise, aucun document écrit confirmant le geste des moines de Saint-Michel-sous-Saint-Leu n'a été retrouvé. En tout cas, en lisant bien la charte de fondation, il paraît certain qu'une église existe déjà à Saint-Leu lors de la fondation du prieuré. et cette église continue par ailleurs de servir d'église à la paroisse, comme l'église actuelle pendant toute son histoire.. thumb|Plan de l'église du tel qu'identifié lors des fouilles de 1955.

Au dernier quart du , l'architecte Paul Selmersheim retrouve l'absidiole nord de l'église primitive au droit de la huitième travée de l'église actuelle. Des vestiges de la fin du ou du début du subsistant toujours à l'extrémité septentrionale de la nef au revers du massif occidental (située en fait au nord-nord-ouest), dont des colonnettes à chapiteaux et une porte bouchée., Eugène Lefèvre-Pontalis a conclu à une église romane assez vaste, et fort de sa connaissance de l'architecture religieuse régionale de cette époque, et en tenant compte des constatations de Selmersheim., en propose une reconstitution ; et planche après la .. Or, des fouilles plus poussées sont menées en 1955 par Pierre Durvin à l'intérieur de l'égliseDes photographies des fouilles prises par Emmanuel-Louis Mas ont été versées à la Médiathèque du patrimoine et de la photographie ; cf. les notices , , , , , , , ., à l'occasion de son redallage. Son rapport ne dépasse malheureusement pas cinq pages et la documentation de ces fouilles reste donc insuffisante, mais il remet au jour une grande partie des fondations de l'église primitive, qui s'avère nettement plus petite que celle supposée par Lefèvre-Pontalis. Elle n'atteint notamment pas le massif occidental. Longue de , large de , elle présente une nef unique se terminant par une abside centrale et deux absidioles. Le chevet suggère un plan basilical, mais les piliers d'éventuelles grandes arcades n'ont pas été mis en exergue. L'interprétation des vestiges toujours visibles à l'extrémité occidentale de la nef pose dès lors problème. Philippe Racinet émet l'hypothèse que les moines y auraient déposé des restes de la première église pour lui rendre hommage, ce qui paraît peu vraisemblable du fait que le petit portail a dû être bouché dès l'édification du massif occidental. Plus probablement, un premier projet de construction d'une nouvelle église a dû être lancé dès la fin du ou du début du , interrompu dès l'achèvement de la façade..

La construction de l'édifice actuel et son évolution

Les chartes anciennes ne fournissent pas de renseignements sur la construction de l'église, le cartulaire étant, : c'est le constat d'Eugène Müller., qui publie une édition critique et commentée du cartulaire en 1901., destinée à servir de base à de futures recherchesCependant, selon le constat de Jean-Louis Bernard, presque un siècle plus tard, l'édition du cartulaire et la monographie de l'église par Eugène Müller demeurent les seuls travaux importants disponibles ; cf. .. Tout au plus, les rapports de visite de Cluny renseignent sur son état à partir du . Seulement l'étude stylistique basée sur la comparaison avec d'autres édifices contemporains a permis une datation des différentes parties. Ensuite, il est possible de déterminer le maître d'ouvrage grâce à la liste des prieurs et recteurs, et à la connaissance sur leurs familles. Un contrat par lequel le prieur Raoul de Haute-Pierre cède au comte de Clermont l'avouerie du monastère en retour de sa protection, attire l'attention sur ce nom. En 1152, Raoul de Haute-Pierre est dit « sous-prieur d'Esserent », et en 1173, « prieur ou recteur de Saint-Leu et sous-prieur de Cluny ». Un acte de 1175 enfin le qualifie cousin du comte de Clermont. Raoul de Haute-Pierre bénéficie donc à la fois d'une situation exceptionnelle vis-à-vis de la puissante maison de Clermont, et de l'abbaye-mère. C'est donc lui qu'Eugène Müller propose, avec prudence, comme maître d'ouvrage du déambulatoire et du chœur, pour situer ces dates dans le contexte de la construction de la prieurale. Cette hypothèse est validée par Delphine Hanquiez en 2011..

thumb|upright|Vue de la façade vers 1840.