Cet article traite du Special Operations Executive (SOE) en France. Il évoque l’action des différentes sections de ce service secret britannique qui ont été impliquées à des titres divers dans l'action subversive de soutien à la Résistance intérieure dans ce pays pendant la Seconde Guerre mondiale.

Rôle du SOE en France

Rappel de la mission du SOE Comme indiqué dans l’article principal sur le SOE, Winston Churchill confia à ce service secret britannique « action » la mission principale de soutenir les divers mouvements de résistance par l’action subversive : — , lui avait-il donné comme consigne en le créant dès et en le plaçant sous son autorité quasi-directe.

Le SOE constitua, en France comme dans les autres pays mais avec davantage d’ampleur, un tissu de réseaux clandestins dirigés par des officiers recrutés et formés par ses soins en Grande-Bretagne. Malgré un désaccord formel du général de Gaulle, certains pouvaient agir sans coordination avec la France libre : les réseaux dits « Buckmaster », de la section F créée dès l’origine du service en . Les autres agissaient avec coordination obligée : c’est à cette fin que le SOE créa au printemps 1941 une deuxième section pour la France, la section RF. Et au printemps 1942, il mit en place une section évasion, DF, complétant ainsi son organisation pour l’ensemble de ses opérations clandestines en France (l’espionnage proprement dit restant du ressort de l’Intelligence Service). Avec des succès et des échecs divers, ce tissu, qui débuta dans l’Indre en , se développa progressivement dans l’ensemble du territoire jusqu’à la libération du pays : sur l’ensemble de la période, une centaine de réseaux furent créés, dont la moitié environ étaient actifs au moment de la libération.

Sur le terrain, ces réseaux se développèrent, en constituant des groupes nouveaux ou en se liant à d’autres groupes, à des réseaux, à des maquis ou à des corps francs existants, sans se préoccuper de leurs obédiences politiques. Pour être aidés dans leur tâche, ils bénéficiaient d’un important soutien du service, basé en Angleterre, pour les aspects matériels : logistique de fourniture d’armes et d’argent, communications radio ; moyens de transport (mis à la disposition du service par la RAF et la Royal Navy). Grâce à cela, ils recrutèrent, formèrent, entraînèrent et encadrèrent les résistants français pour exécuter l’ensemble des actions clandestines nécessaires : identifier des objectifs et repérer des cibles ; réceptionner des parachutage d’armes ; accueillir sur le terrain ou exfiltrer vers l’Angleterre des agents secrets ou des personnalités, par avion, par bateau, par sous-marin, via l’Espagne ; manier les armes fournies ; apprendre le système de codage des messages radio cryptés échangés avec Londres ; apprendre les strictes consignes de sécurité édictées par le service. Ils fournirent les liaisons radio clandestines entre la France et l’Angleterre nécessaires à leurs opérations « action » (F et RF) ou « évasion » (DF), et marginalement à du « renseignement ». Ils fournirent aussi les consignes opérationnelles d’action, participèrent au commandement ou commandèrent les groupes de résistants français dans le cadre des sabotages, des attentats, des coups de force, des opérations de guérilla et des combats dans lesquels les Résistants étaient engagés pour maintenir l’occupant dans l’insécurité jusqu’à la libération et pour soutenir les armées alliées à partir du débarquement.

En s’engageant dans leurs missions en France, les agents venus d’outre-Manche mais d’origines diverses (Britanniques, Français, Canadiens, Mauriciens, Américains, Belges, Australiens), la plupart très jeunes, étaient conscients des risques qu’ils couraient : beaucoup furent arrêtés et déportés ; un quart d’entre eux y laissèrent la vie.

Reconnaissance en France du rôle joué par le SOE Le SOE et le rôle qu’il a joué dans la lutte contre l’occupant sont restés longtemps mal connus et encore plus mal reconnus en France. À ce sujet, Jean-Louis Crémieux-Brilhac écrit en 2013Le Débat, revue bimestrielle, , novembre-décembre 2013. :

Liste des sections du SOE impliquées dans l’action en France

Les deux sections principales sont la section F et la section RF : Section F Cette section française du SOE agissait sans relation avec la France libre. C'est la section la plus importante. Elle donna lieu à la formation d'une centaine de réseaux. Section RF Elle était chargée de travailler avec les gaullistes (en l'occurrence André Dewavrin « Passy », chef des services de renseignements, qui devint le BCRA).

Sept autres sections, plus modestes, sont impliquées dans l’action en France : Section DF : chargée de la mise en place des filières d'évasion devant permettre le retour des agents au Royaume-Uni. Section EU/P : en relation avec les réseaux polonais du nord de la France. Section AL : servait de bureau de liaison avec le ministère de l'Air britannique, elle était chargée des liaisons aériennes clandestines avec le territoire français. Section Stockage-Emballage : responsable des chargements de ravitaillement. Section MT : organisait les écoles d'entraînement spécial qui formaient les agents à la guerre secrète et subversive. Section AMF : basée à Alger à partir de fin 1942, opérait dans le midi de la France ; après avoir brièvement collaboré avec les giraudistes, elle se mit au service des gaullistes. Section Devonshire : travaillait avec les giraudistes.

Section F

Organisation de la section F À la tête de la section F sont nommés successivement : Leslie Humphreys (), H.R. Marriott (), Maurice Buckmaster (début de l'été 1941). Le nom de ce dernier est particulièrement connu en France, où les réseaux de la section F sont souvent appelés réseaux Buckmaster ou familièrement réseaux Buck.

Au poste d'adjoint, Nicolas Bodington, un brillant diplômé d'Oxford de 35 ans, est nommé fin 1940. Correspondant de presse à Paris avant-guerre, il a collaboré à cette époque avec le MI6 et conserve des relations avec son ancien patron Claude Dansey.

L'assistante de Buckmaster est Vera Atkins. Elle est considérée comme l'« âme de la section »L'écrivain Ian Fleming, qui connaissait Maurice Buckmaster et son assistante Vera Atkins, est connu pour les avoir pris partiellement comme modèles pour « M » et « Miss Moneypenny » dans ses romans d'espionnage James Bond. Dans son premier roman Bond, Fleming aurait fondé le personnage « Vesper Lynd » sur la belle Krystyna Skarbek (Christine Granville), agent SOE..

L'équipe du quartier général de la section F comprend égalementSource : M. Buckmaster, They fought alone, . : Lieutenant-colonel Robert Archibald Bourne-Paterson, le responsable planning (certaines sources le citent comme responsable financier). Major Jacques Vaillant de Guélis, le responsable du briefing. Major Lewis Gielgud et Selwyn Jepson, responsables du recrutement. Major Gerry Morel, le responsable des opérations (fin -). Capitaine George Noble (alias de Georges Bégué), responsable des transmissions. Major Huot, US 2i/c. Park, portier (janitor).

Réseaux de la section F

Système d’attribution des noms de code La section F attribue des noms de code à ses agents et à ses réseaux, comme suit : Au moment où un agent part pour la France, il reçoit, en plus d'une identité de couverture, deux noms : un nom de code opérationnel : c'est généralement un nom de métier en anglais (exemple : ACTOR), ou plus rarement de plante ou d'arbre (exemple : PRUNUS). Ce nom n'est généralement pas connu sur le terrain, son usage étant destiné aux communications avec Londres. un nom de guerre (« field name » en anglais) qui est généralement un prénom français. Exemple : « Jules ». En formant ou en homologuant un réseau, le SOE section F lui donne pour nom de code celui de son chef. Cela a deux conséquences : lorsqu'un réseau change de chef, il change de nom, même si le reste de la structure est inchangé. Exemples : AUTHOR devient DIGGER lorsque Jacques Poirier prend la succession de Harry Peulevé. lorsqu'un chef de réseau change de région pour monter un nouveau réseau, il peut changer de nom de guerre mais conserver le nom de réseau. Exemple : Claude de Baissac dirige SCIENTIST en Aquitaine en 1942-43 avec le nom de guerre « David », et un autre SCIENTIST en Normandie en 1944 avec le nom de guerre « Denis ». Dans les récits, il est utile de les distinguer : SCIENTIST I et SCIENTIST II.

Dans la littérature sur le sujet, on observe fréquemment qu'un réseau, comme son chef, est désigné par une combinaison des deux noms de son chef. Exemple : Jean-Marie Régnier ayant pour code opérationnel MASON et pour nom de guerre « Portos », pour désigner le réseau dont il est le chef, on écrit indifféremment MASON, MASON-Porthos et Porthos-MASON.

Rôle des réseaux de la section F au sein de la Résistance intérieure française Sur le terrain, les réseaux de la section F utilisèrent, selon le cas, deux méthodes de développement de leurs effectifs et donc de leur action : un certain nombre recrutèrent sur place sans s’appuyer sur une organisation préalable constituée ; d'autres purent se greffer sur des organisations existantes, et constituèrent la pièce manquante de ces organisations en apportant souvent les éléments qui leur manquaient, à savoir la capacité de faire arriver des armes d’Angleterre, de recruter, former et entraîner les équipes, et de communiquer avec les Alliés.

Certains réseaux relevèrent selon l’époque du premier ou du deuxième cas. Le tableau suivant donne quelques exemples de ces relations. Ces binômes sont perçus souvent de manière différente en France et au Royaume-Uni : selon la vision française, les agents de la section F étaient des « fournisseurs de moyens », la direction d’ensemble et le commandement des hommes étant assurés par les responsables des organisations françaises ; selon la vision britannique, la direction d’ensemble était assurée par le chef de réseau (organizer), les organisations françaises étant considérées comme des composantes de l’exécution (planification et réception des parachutages, actions de sabotage ou de guérilla, etc.). Cette différence de vision est effective dans les organes de direction à Londres et perdurera après la guerre, y compris dans l’esprit de nombreux historiens qui conserveront souvent un point de vue national, voire régional, ne permettant pas facilement de souligner la complémentarité des rôles. En réalité, comme l’a souligné Jean-Louis Crémieux-Brilhac, une bonne entente entre les deux parties a permis que ces distinctions ne jouent pas vraiment dans l’action, les décisions opérationnelles ayant été le plus souvent prises d’un commun accord. Zone SOE, section F Résistance intérieure Période de l’action Réseau Agents Organisations Responsables ZN. — Bordelais 1942-43 SCIENTIST I (C) Claude de Baissac (David)(R) Roger Landes (Stanislas) OCM André Grandclément ZN. — Bordelais – libération ACTOR (C) Roger Landes (Aristide) FFI (B2)6 corps francsSix corps francs : Pierre de Mérignac, Dédé le Basque (André Bouillard), Léon des Landes (Léonce Dussarat), Arcachon, Fernand, Georges J. B. Morraglia (B)J. de Milleret (Landes),etc.Responsables des corps francs : André Bouillard (Dédé le Basque), Léonce Dussarat (Léon des Landes), etc. ZS. — Gers, Landes-est, Toulouse – libération WHEELWRIGHT (C) George Starr (Hilaire)(R) Yvonne Cormeau (Annette) |